Là-haut dans l’Eifel en Belgique. Allez à Monthermé et suivez la vallée de la Semois. 35 km de pur bonheur pour les amateurs de voitures rapides, de forêts sombres, de routes en lacets, de verts intenses, de rivière qui serpente, d’auberges animées, de villages de montagne, de graves maisons de schiste, de chevaux ardennais, de points de vues avec des sangliers. Bohan, Alle, Membre, Vresse, Corbion, Rochehaut, patelins inconnus de la plupart, ceux qui connaissent n’oublient jamais, tant mieux pour eux. Les Ardennes, terres oubliées dont personne ne parle, quand toutes les villes se restaurent Charleville s’engourdit, la place ducale est celle de mon passé : les mêmes inscriptions sur les façades, la pierre jaune de Dom le Ménil vire au potiron. Pimpante Bouillon accueille chaque week end des hordes de touristes indigènes, belges le matin, français en matinée. Dans une boucle de la Semois, le vieux village à ses pieds, la forteresse s’étale au long d’une barre rocheuse. Segmentée en trois parties par des entailles naturelles, deux ponts relient les constructions.
Fameux roi éphémere de Jérusalem en 1099, Godefroy avait hypothéqué ses biens afin de financer sa croisade. De cette époque, il ne reste pas de superstructures apparentes aujourd’hui.
Le lieu est cité dès l’époque Gallo Romaine, démolitions et reconstructions alternent, un donjon et même un beau logis seigneurial renaissance s’effacèrent au profit de fortifications vaubanesques… ainsi jusqu’au XIXe, avant de retourner dans le giron des bataves, après Waterloo.
A l’intérieur c’est un labyrinthe, descendre puis remonter, passer d’une salle troglodyte moyenâgeuse à des bastions adaptés aux armes à feu, il s’est passé cinq siècles. Pour le visiteur, tout le bestiaire touristique est mis en oeuvre, oubliettes, salle des tortures, mannequins de cire derrière les portes, musique médiévale, et bien dans le move, une exposition sur la fauconnerie avec de vrais rapaces pas féroces. Cinq fois, pas moins, j’ai visité le château, pas de changement durant ces 30 dernières années, le charme est à l’extérieur : le pont, les anciens jardins au bord de la Semois. Bouillon est un site qui présente une belle continuité dans l’aménagement défensif de l’an mil au XIXe, l’intérêt stratégique et l’occupation permanente du lieu le justifient. Sous un soleil chaud et oranger d’automne asseyez vous à une terrasse pour siroter une bière, sous la pluie glaciale avec une brume plombée par de gros nuages bas courez chez Nicole pour manger un civet de marcassin. R.C.
Bouillon 2005 Belgique (Ardennes)
Publié par ruine sur octobre 9, 2008
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Fagnolles 1992 Belgique (Ardennes)
Publié par ruine sur octobre 9, 2008
La contrée n’est pas riche en ruines, l’âpreté et la pauvreté des Ardennes n’ont pas favorisé les érections. Peu de petits chefaillons, pas une terre de conquête, les Anglais n’y ont pas mis les pieds et ne sont pas près de les poser, le climat délétère leur rappelle un peu trop le leur. Les Allemands y passèrent trois fois rapidement avec tout le succès escompté, mais ne s’incrustèrent pas. Sans mes origines familiales, je n’aurais peut-être pas autant de passion pour ces terres honnies par beaucoup. A Pâques, toute la famille se réunissait à Monthermé, le gigot haricot constituant l’ossature du déjeuner, le café au gâteau mollet celle de l’aprem. Il fallait s’échapper. Dans ma fuite j’emmenais souvent l’un de mes frères. Direction Givet, à Vireux prendre vers Couvin, premier arrêt à Dourbes où deux pans et un reste de tour surplombent une fermette au bord du Viroin, la ruine propose une belle vue sur le village.
Fagnolles est dans une plaine fangeuse, le château est situé à l’écart, au bord d’un ru qui alimente ses douves. Le plan est un classique quadrilatère avec ses tours d’angle et un châtelet d’entrée. Il aurait subi pas mal de dommages en 1554 lors des guerres opposant Charles Quint à Henri II. Sa construction s’étale du XIIe au XVe. A la fin du XXe Luc Lowagie son propriétaire entreprend sa reconstruction, et là tout se gâte, surtout pour les conservateurs amis de la pierre brossée.
“Qu’est ce que c’est ce que ce bricolage ?” fut ma première remarque en posant mon circulaire regard sur l’ensemble de la ruine. Du béton partout, dans les courtines, pour les tours, dans les infrastructures des logis, en faisant le tour je m’aperçois que toutes les parties effondrées sont progressivement reconstruites en béton banché.
Jovial et rubicond, un type, l’œil amusé par ma mine déconfite s’approche de nous : “ça vous plait ?” Une Gueuse Lambic derrière les oreilles, j’écoute ce châtelain m’expliquer qu’il ne fait que perpétuer la tradition de maintien en état du bâtiment, mais avec les matériaux d’aujourd’hui. Logique séduisante, tout à fait recevable, qui profite plus à la reconstitution qu’à une nouvelle architecture, évidemment mystère et charme du moyen âge se sont envolés. Rassurez-vous touristes moyens ; Fagnolles n’est pas un bunker, plutôt une curiosité pour amateur averti. Il paraît que les fonctionnaires ennuient Luc qui fait appel aux audacieux pour le soutenir dans sa restauration. R.C.
Luc Lowagie, château de Fagnolles BE 5600 Belgique
00 32 60 311 304 gsm 00 32 497 53 14 81.
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Thugny Trugny 1998-2005 France (Ardennes)
Publié par ruine sur septembre 25, 2008
Bien caché au fond d’un vallon, le château est au bout du village après une grande ferme, en contrebas de la route qui mène à Rethel. De toute façon, il est impossible de visiter le parc et encore moins les bâtiments, pourtant la grange sur la gauche planquée dans le bois est alléchante. Construction la plus intéressante du site, elle s’écroule doucement, une des quatre tourelles d’angle est tombée depuis ma dernière visite, une partie du mur de façade n’est plus et le toit tient par miracle. Charmant accès au site, pas de portail, un grand tapis vert invite à l’aventure quand de nombreux panneaux te rappellent que tu n’es pas chez toi.
Une simple chaîne marque l’entrée de la propriété, j’enjambe, quatre pas après, deux clébars de marque doberman, nourris au Taillefine entament la chevauchée des Walkyriees, ça calme l’aventure. Ils semblent parqués dans la cour d’honneur cernée par un vieux grillage, nous poursuivons en direction de la grange, à chaque pas les monstrueuses bestioles braillent un peu plus. A 50 m du bâtiment, ils disparaissent derrière le château et semblent encore plus proches. J’ai soudain les chocottes, ils ne feront qu’une bouchée de la clôture et fondraient sur nous comme la vérole sur le bas clergé.
C’est la seconde fois que je viens ici, outre la grange dîmière, le corps du logis se dégrade aussi, apparemment, seule l’aile qui forme aussi un châtelet d’entrée est encore habitable.
Ca transpire les dommages de guerre, bricolée par des gars du coin pour quelqu’un peu soucieux de son patrimoine, la porte d’entrée est plus proche de celle d’un ouvrage de la ligne Maginot que de celle d’une construction renaissance. Thugny Trugny a appartenu au XVIIIe à un fermier général qui possédait deux immeubles Place Vendôme, fit creuser un canal, se risqua en Louisiane en tant que gouverneur, auparavant la famille Moy avait augmenté le vieux château féodal d’un logis renaissance. L’ensemble conserve son plan moyenâgeux : fossés, cour intérieure, impressionnant châtelet d’entrée surmonté d’une bretèche. Vraiment peu d’informations sur le lieu qui malgré son inscription à l’inventaire depuis 1947 se délite tranquillement. L’Automobile Club Ardennais dans l’un de ses fanzines en parle longuement, il daterait de 1960 à 67, je ne l’ai pas retrouvé. R.C.
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Vez 1993 France (Aisne)
Publié par ruine sur septembre 25, 2008
Le donjon des vanités. De tout temps cette place a toujours été comme ça, un truc bizarre : une basse-cour presque vide avec au milieu un petit logis et une grande chapelle gothique. Autour, une belle enceinte, et dans l’angle Nord Est une seule tour, énorme, haute de 30 m, 5 niveaux avec de grandes fenêtres. Un vrai décor d’opérette pour amateur de féodalité hollywoodienne. L’aménagement minimaliste des espaces verts en ramène encore un peu plus, une belle froideur.
Si vous êtes dans les parages, après avoir visité Pierrefonds, la Ferté Million, et Septmont vous pourrez toujours jeter un œil à Vez, il vous laissera une impression de déjà vu. C’est la belle époque de Louis d’Orléans, du registre gothique flamboyant, quand les tours se parent de grandes fenêtres à meneaux, de niches ou de mâchicoulis décoratifs. Bénéficiant de l’engouement du second empire pour les monuments dits gothiques, la plupart de ces châteaux bénéficièrent d’une restauration zélée à la fin du XIXe.
L’histoire de Vez commence au XIIIe avec l’un des compagnons d’armes de Philippe Auguste à Bouvines, au milieu du XIVe la maison forte est démolie lors de la Jacquerie. La reconstruction assez lente se termine au début de la renaissance, une restauration intensive à la fin du XIXe parachève le travail de décoration post médiévale. Ne cherche pas la ruine romantique ici, surtout quand l’actuel propriétaire, féru d’art contemporain, fait repeindre les murs des pièces du donjon par Sol Lewit. Cela vaut bien une tapisserie des Flandres. R.C.
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Pierrefonds 1990 France (Aisne)
Publié par ruine sur septembre 25, 2008
En arrivant par l’est, c’est à dire par le plateau, un jour d’hiver brumeux, vous n’égalerez pas la sensation glaciale qui pénêtre tout entrant dans la cour du château. Dans cet espace minéral sans soleil, un fameux courant d’air préfigure l’emprise lugubre de cet immense bâtiment qui semble construit en béton banché. Ils sont loin, doux et agréables les châteaux du val de Loire en pierre ivoire. Pourtant, lorsque Louis d’Orléans fait agrandir la vieille tour philippienne, le souci esthétisant de l’ensemble est déjà visible. La vocation défensive est encore d’actualité, mais l’ostentatoire oriente la construction. 1396, la France est partagée par une guerre civile dont l’occupation anglaise est le catalyseur, Charles VI gouverne quand sa folie ne l’accapare pas, son frère mène grand train et couche avec la reine. Dans son Valois il refait sa France, il érige des forteresses dignes d’un monarque, en ces périodes d’instabilité il vaut mieux s’affirmer et pouvoir s’abriter rapidement. Louis donne dans le multiple magnifique : aménagement décoratif à Coucy, agrandissement de Pierrefonds, construction de la Ferté Millon. Ses frasques et son ambition attisent crainte et jalousie, il se fera poignardé un soir par les hommes de Jean sans Peur, en sortant de chez Isabeau.
En 1407, l’enceinte est en place avec la plupart de ses tours, le vieux donjon remanié parade avec ses nouvelles vis et tourelle d’angle. Plus rien n’évoluera, la place restée dans le domaine royal subit quelques sièges pendant les guerres de religion pour terminer minée au XVIIe, durant deux siècles la ruine domine le pauvre village. A la fin du XIXe, Viollet Le Duc convainc Napoléon III de restaurer un site gothique, les Français redécouvrent leur patrimoine médiéval, Mérimée en est l’apôtre, Taylor et Nodier font l’inventaire Pittoresque et Romantique de l’Ancienne France. Première option Coucy, où les travaux débutent, mais Napoléon préfère Pierrefonds. Ce nouveau site décrié par les puristes n’a pas perdu son caractère monumental et son enveloppe demeure conforme au XVe, en revanche Eugène s’est lâché dans la cour, les courtines sont bordées de bâtiments, un escalier d’apparat est accolé au donjon, une chapelle gothique trône dans la cour. Les aménagements intérieurs ont été largement modifiés, il fallait pouvoir abriter et divertir toute la classe dominante, mais Napoléon ne séjourna ici que deux ou trois fois. La visite est une déambulation dans de grandes salles vides sombres et froides, vivement les tours et le chemin de ronde, tu respires enfin. Vue bucolique sur la forêt ou sur le bourg qui s’étale sur les flancs des collines avoisinantes avec des petits manoirs de la fin du XIXe, ça sent bon la bourgeoisie parisienne en week end. Avec l’avènement du chemin de fer, Pierrefonds, l’Oise, Coucy devenaient les destinations de prédilection le temps d’un dimanche pour des milliers de Français. R.C.
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Yèvre le Châtel 1990 France (Loiret)
Publié par ruine sur septembre 10, 2008
Dans ce paysage de côtes, rythmé par l’agriculture intensive de la Beauce, les vallons sont autant de havres de quiétude où s’écoulent de petites rivières, jalonnées de moulins et de ponts aux piles moussues. Enfin Yèvre, à flanc de côte, dominé par l’imposante masse de son château à gauche et son église ruinée à droite. Un séduisant panorama aux lignes rondes sur lesquelles repose l’un des plus beaux villages de France. La promenade dans le patelin vous ravira d’importance, avec ses venelles creuses bordées de haut murs décrépis recouverts de fleurs multicolores. Délicatement sauvage, bien aménagé, idéal pour le tour digestif vaguement culturel d’un dimanche après-midi. Foin de bucolisme, il est temps de passer dans la basse-cour, un espace plan de grande taille au pied du château. Un rempart la défendait, il a presque disparu, seules demeurent les deux tours du châtelet d’entrée. La construction est établie sur une motte artificielle défendue par un fossé sec, quatre grosses tours semi-circulaires forment les angles et les fondations. Sur le mur Ouest, vous remarquerez un dispositif que Philippe Auguste ramena du Proche-Orient, un arc bandé entre les deux tours qui supporte la courtine et interdit son effondrement en cas de sape. Autre particularité, des archères dans la noue des tours et de la muraille, une disposition rare qui permettait au tir de balayer à l’aplomb du mur, cette fonction est assurée normalement par le couronnement.
Pas de donjon, mais un logis seigneurial adossé au mur Ouest, il s’élevait sur toute la hauteur, au rez-de-chaussée subsistent les vestiges d’une cuisine, à l’étage se trouvait la salle d’apparat, il reste des cheminées. Une restauration de cette partie fut entreprise au XVe alors que la partie défensive date du début du XIIIe, mais Yèvre est déjà mentionné en 1112, quand Louis le Gros l’annexe à la couronne. Ce site renommé a bénéficié de plusieurs campagnes de protection et d’entretien, toutes les tours sont accessibles, vous remarquerez qu’elles sont voûtées en croisée d’ogive. Les niveaux de la tour Nord sont desservis par un escalier rampant dans l’épaisseur du mur, ils sont à vis dans les trois autres, dans son fondement une salle abrite un cachot. Pour l’amateur de détails croustillants, dans un souci de vérité, sans doute pour renforcer l’imagerie spinalienne de ces lieux sordides, tu pourras peut être admirer un gisant de cire recouvert d’une robe de jute blanc dont se repaissent nombres de grosses blattes noires bien vivantes. L’abandon du château date de la fin du XVIe, la région est pacifiée, Yèvre est devenu une forteresse royale sans intérêt stratégique, en 1610 l’état de ruine est avéré. R.C.
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Nemours 1995 France (Seine et Marne)
Publié par ruine sur septembre 10, 2008
Un gros donjon avec quatre tourelles d’angle, une tour carrée et la galerie qui les relie. Bâti au XIIe, le château faisait partie d’un ensemble fortifié qui défendait la ville. Il est pourtant joli ce petit château dans son cadre de verdure sur les bords du Loing, dommage, Nemours est un peu à l’écart des haltes touristiques. Alors Parisien, par un beau dimanche de printemps prends ton os, direction Lyon autoroute du sud, sortie 15 ou 16, la petite ville bien glauque comme tous les bourgs français le jour du seigneur, avec son abbatiale, ses canaux, ses ruelles et son château, t’attendent. Au retour, tu auras tout le loisir de t’arrêter à Barbizon pour le bain de foule.
D’un manoir féodal pour Croisés de retour au bercail, à la construction actuelle, six siècles se sont déroulés. Inclus depuis toujours dans le domaine royal, il sera épargné voire bien aménagé au fil des siècles, des hôtes illustres l’habitent où y passent, Orson le fait construire, Louis VII, Saint Louis y séjournent. Jacques d’Armagnac transforme la forteresse en demeure de loisirs, en 1585 les Guises et La Médicis signent un accord, la famille de Savoie en prend possession jusqu’à Hédelin, lieutenant du duc d’Orléans, qui en 1673 engage les derniers aménagements, perron et portail. Au XVIIe il sert de Palais de justice et des cachots sont aménagés dans les sous-sols. En 1789, il appartient à Monsieur Dupont, député, dont le fils fondera l’entreprise américaine Dupont de Nemours… enfin, vous savez. Après la révolution il est occupé et entretenu, immanquablement il frôle de justesse le démantèlement. Au XIXe, il fait office de “maison du peuple”, on y joue des pièces de théâtre, il abrite une école de filles, des stockages divers de vin et de laine, transformé en musée de la paléontologie, il pourrit doucement, aujourd’hui après sa restauration, ce sont des collections de faïences.
A l’intérieur, c’est bidouille et compagnie, rien de plus normal pour un site qui a tellement vécu, il subsiste de la renaissance de grandes cheminées, de belles fenêtres à meneaux. Le très bel oratoire dans l’une des tourelles date de la fin du XIIe. Aux pieds de la muraille flottent nonchalamment quelques cygnes. R. C
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Blandy les tours 1991 France (Seine et Marne)
Publié par ruine sur septembre 9, 2008
Deux châteaux, deux époques, le temps des vicomtes de Melun jusqu’au milieu du XIVe, puis celui de grands feudataires du royaume, jusqu’à la fin du XVIIe : les Tancarville, les Harcourt et les Orléans-Longueville. Au début du XIIIe, une chapelle et quelques baraquements en bois étaient protégés d’une haute enceinte de pierre. Aujourd’hui, au milieu d’un village plutôt engourdi, posé délicatement sur une grande pelouse, la forteresse écrase les petites maisons au charme suranné et franchouillard. Image rassurante de la France rurale et immuable qu’une pauvreté certaine entretient. Il n’est pas encore trop difficile de se procurer des photos de Blandy avant sa restauration : une masse sombre et verdâtre, aux courtines effondrées, tours lézardées et étêtées. La blancheur est revenue au terme de grands travaux de consolidation et de reconstruction, les sept tours sont debout, bien couronnées, la muraille est remontée, seul l’intérieur est vide, et depuis longtemps. Les bâtiments de résidence de facture classique se trouvaient là, au milieu de la basse-cour appuyés sur la courtine primitive, il n’en reste plus qu’une cave datant du XVIIe. La partie la plus ancienne compte quatre tours, autant de carrées que de rondes bien engagées dans le mur. Ici, la différence est flagrante entre ces construction du XIIIe et celles du XIVe avec des tours plus grosses parfaitement en saillie du mur d’enceinte. L’une d’elle, celle du sud, s’élevait à plus de 35 m, appelée tour maîtresse, elle comportait trois portes d’accès : l’une ouvrant vers l’extérieur au niveau du sol avec un pont-levis, depuis longtemps murée, la seconde vers l’intérieur donnant sur la basse-cour, avec herse et assommoir, enfin, accessible par le chemin de ronde la dernière était protégée aussi par un pont-levis. Ils devaient affectionner les poternes dans ce château… pas moins de trois sur l’enceinte primitive. L’originelle est murée, l’entrée principale se fait par une tour porche percée au XIVe, vous trouverez la troisième poterne à 10 m vers le sud. Pas de hauts-faits de guerre, nous sommes sur les terres royales. Le démantèlement est amorcé en 1707 quand de Villard, propriétaire de Vaux le Vicomte, transforme Blandy en ferme, depuis le XVIe les parties défensives sont négligées au profit du résidentiel.
Au travers de ces transformations, les bouleversements sociaux de la société française sont signifiants : du manoir en bois au château fort, du palais à la ferme, puis à la ruine, enfin à la restauration aseptisée depuis 1992 et financée par le conseil général. De loin, les toitures acérées, la rectitude absolument parfaite des murs se découpent sur un horizon brumeux de chaleur, au premier plan deux pauvres glaneuses se courbent. R.C
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Méréville 1994 France (Essonne)
Publié par ruine sur août 22, 2008
Ici, tout est douceur, grâce, harmonie, tous les plus grands se sont penchés sur Méréville, Belanger, Barré, Loiseau et mon préféré Hubert Robert. A la fin du XVIIIe il n’est pas de chantiers au monde plus prestigieux. J. J. de Laborde acquiert un vieux manoir et 60 ha de marais dans la vallée de la Juine en 1784, neuf années plus tard le jardin est terminé, 400 ouvriers y travaillent régulièrement, ainsi sont dépensés plus de 9 millions de livres, il l’avait acheté moins d’un. Au titre de travaux dignes d’un pharaon, entendez le détournement de la Juine, le déplacement du village, la création d’îles et d’un lac. Le reste n’est que gnognotte, reconstruction du château, installation d’une bonne vingtaine de fabriques dont des grottes, des ponts, des bâtiments et la colonne trajane, aujourd’hui près de la gare. La révolution bat son plein, Jean-Joseph doit vraiment intriguer pour maintenir l’avancement des travaux et conserver sa tête sur ses épaules. Sa fortune immense et rapide provient de sa charge de fermier général, elle lui vaudra finalement d’être décapité en 94. Sa fille Nathalie poursuit l’œuvre paternelle, elle vendra le domaine en 1819. Quatorze “tauliers” se succèdent, je les baptise ainsi à dessein car douze d’entre eux, chacun à leur tour, ne feront que dépecer un peu plus le site. De 1819 à 1824, la bâtisse s’altère, elle est modifiée par l’ablation de la moitié des deux ailes. Belanger qui avait construit Bagatelle en moins de 70 jours est l’architecte en chef ici, il a sûrement dû employer la même équipe, qui ne brille pas dans la construction durable, mais dans le genre plus clinquant. Le bâtiment est réalisé en briques et moellons grossièrement appareillés, recouverts ensuite d’un bon enduit relevé de pâtisseries. 1824 à 66 dernières belles heures de Méréville, Jacques de Serre restaure le château, l’embellit et ajoute une fabrique : la ferme suisse. Après c’est la catastrophe, fauchés et pusillanimes vivent sur la bête, la déprédation suit le flux de la facilité pour la revente, le mobilier, les fabriques, les arbres, puis le mobilier immobile, les derniers arbres et pourquoi pas des mottes de terre. Lors de ma première visite le site était fermé au public, ce faisant l’interdiction n’empêche pas les passionnés, en famille, de franchir le mur et de passer un dimanche après midi bucolique à la recherche des dernières fabriques recouvertes de végétation. Pour les enfants, la promenade prenait des allures d’expédition dans la forêt, à la chasse d’un trésor. Sensations que je retrouve, moi aussi, nonobstant les braillements d’un clébard dans une cour de ferme au loin, nous imaginons soudain la confrontation avec des molosses à la croisée d’allées forestières. Quelques gravures en tête, le souvenir de Jeure où les plus belles fabriques ont été remontées, étaient mes seuls référents. Premières découvertes, sur le flanc de la colline en descendant dans la vallée, des galeries dont la couverture est une voûte façon rocaille et le pavement un assemblage de galets scellés sur leur pointe. La perspective est maintenant dégagée, la peupleraie vient d’être coupée, le château surplombe la rivière derrière un rideau d’arbres, nous passons par la ferme totalement inaccessible dans son roncier, pour arriver dans la cour d’honneur. Il est loin le faste du XVIIIe quand Hubert imaginait Méréville inondé d’une lumière d’été, peuplé de belettes poudrées, de beaux mâles sur leurs canassons et quantité de manants affairés au jardin.
La ruche imaginée fait place à notre solitude et le luxe inouï, au grand délabrement, l’enduit laisse apparaître la misère du grossier appareil de construction, les planches clouées dissimulent les ouvertures sans fenêtres, quand tu sais aussi qu’à l’intérieur les planchers sont tombés, que les cheminées et même les portes sont parties. Faire le tour révèle d’autres fissures, les corniches moulées ont disparu, je comprends les réfections successives des façades dès le début du XIXe, un vrai décor d’opérette mal construit. Sans doute négligé au profit du décorum et du parc qui invite à la déambulation active voulue par Laborde. Partez à l’aventure et à la rencontre : d’un empilement de pierres percées qui tient par miracle le pont de roches, des restes de la laiterie sans sa façade (à Jeure), une grotte en rocaille rafraîchie par une cascade, d’autres cavités artifices existent encore dont celle aux cristaux que je n’ai jamais trouvée malgré mes quatre visites. Près des anciens potagers il existe toujours une pile du faux pont ruiné, plus loin encore complètement à l’opposé, les quatre murs en meulière du moulin sur la juine vestiges humides et calcinés. R.C
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Petra Jebal Habis et El Weira 1998 Jordanie
Publié par ruine sur août 22, 2008
Alors que la terre entière défile devant les temples des nabatéens, les châteaux des Croisés restent bien à l’abri des visites. Pourtant, ils ne sont pas difficiles d’accès, l’un El habis est en plein milieu du site, qu’il domine du haut de ses 1000 m, le second El Weira se trouve hors du site payant. Nous avions consacré une demie journée, à ce dernier, c’était sans compter une errance dans un foutu wadi. A présent, je connais un chemin pour rentrer dans l’enceinte de Petra sans payer les 400 fr, au tarif d’une heure d’angoisse et de deux en plein soleil sans eau. Sur le plan guide que tu récupères au visitor center le château est bien indiqué, mais pas le chemin.
Dans ce dédale de roches je pensais m’en sortir les doigts dans le nez, conservant en point de mire un pan de mur d’El Weira. J’oubliais, hélas un peu vite, qu’entre les 500 m qui me séparaient de la ruine il y avait au moins trois wadi quasi infranchissables. Finalement lassés de zigzaguer dans la caillasse, nous descendons dans le premier couloir ombragé qui se rétrécit sympathiquement au fur et à mesure de notre progression. Plusieurs fois le point de non retour fut franchi, nous passons sous une petite arche maçonnée, toujours impossible de faire demi tour ou de remonter, le plaraeau est au moins à 10 m au dessus et nous en sommes à un mètre en largeur… C’est un vrai boyau, mortel en cas d’orage, équipés comme des touristes du Möven Pick voisin : sans boussole, sans carte, sans eau, sans téléphone mobile, l’aventure prend des airs d’Indiana Jones. J’ai oublié le but du détour, vivement l’air libre.
Beaucoup plus tard, en quittant Petra, partagé entre nostalgie et frustration, je lance mon dernier regard en me disant “il devrait être là”, quand j’aperçois en contrebas un fragment de tour. Le temps de stationner, c’est bien la localisation attendue, mais l’accès requiert du temps que nous n’avons plus. L’appellation tas de pierres est magnifiée ici, il y a longtemps que plus personne ne vient ici. Le château, surplombé par la route qui va à Beidha, est bâti sur l’un de ces mamelons plateforme qui cernent la vallée perdue.
Au Jebal Habis c’est encore bien pire, l’inventaire est succinct : une implantation sur deux terrasses dont la plus élevée portait un donjon, des escaliers taillés dans la roche, une citerne, des restes de casernement, des moignons de tours et de courtines dont le reste s’éparpille 200 m plus bas, il dominait la vallée et contrôlait ses voies d’accès.
Depuis mon parking, je distingue peu de choses d’El Weira,sa construction serait même antérieure à Shawbak, vers 1110. Commandité toujours par Baudouin de Boulogne, y avait-il une implantation byzantine auparavant ? C’est envisageable, il y a une basilique parmi les vestiges romains. Le destin des deux châteaux est parallèle, de leur date de naissance à 1188 quand le frère de Saladin s’engourdit tout le comté d’Outre Jourdain, jusqu’à la fin du XIIIe, où il semble que les Muslims aient déserté les sites.
Pour El Habis, l’accès officiel s’effectue par le Quasr, ensuite il suffit de traverser le site, c’est fléché. Pour El Weira, emprunte la route vers le nouveau village de Petra et pars à la recherche de l’accès dans les collines, il paraît qu’il subsiste un pont qui enjambe un petit précipice. Le château aurait compté quand même 14 tours, Baybars de passage à Petra en 1276 aurait été plus impressionné par le château que par la vallée des tombeaux, déjà en friche à cette époque. R.CPetra
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Ash Shawbak 1998 Jordanie
Publié par ruine sur juillet 26, 2008
A 1 500 m, d’altitude face à l’entrée, il y a ce vieux bédouin qui te file du thé dans des verres en pyrex culottés limite crades. Bien à l’abri du vent sous sa tente caravane, son accueil est légendaire. Il paraît que des vents glacés soufflent à mort l’hiver et que la neige est fréquente. Une fois de plus, quand nous arrivons le soleil est vraiment près de se coucher, j’ai du mal à me défaire de ce paysage quand tu te doutes que tu ne reviendras pas. Le cirque autour du tertre qui porte le château est animé d’un mouvement circulaire, la montagne semble parfaitement peignée tant les strates qui ondulent sur ses flancs sont régulières. Toute la dureté de la contrée transparaît dans ces filons de dentelle de calcaire qui glissent en plongeant dans un wadi. Donner une échelle est difficile, je discerne des cavités, de la végétation, des arbustes ou de la broussaille, tout en bas des restes d’habitations semblent écrasés par la masse rocheuse.
Difficile d’éviter Shawbak, il n’y en a que deux routes pour aller de Amman à Petra, l’autoroute dans le désert et la vraie, celle de toujours, La King’s Highway, escarpée, désertique avec ses paysages de poussières et d’ocres infinis. Après Dana, un patelin en plein désert, un peu à l’écart de la King’s, près de Nijil, roule 4 km, c’est fléché, tu entres dans le cirque par le Wadi Fidân, en levant les yeux tu verras sur son tertre rocheux le Crac de Mons Reali comme l’appelait les croisés au XIIe.
Première et dernière forteresse du comté d’Outre Jourdain, là où s’illustra le veule, cupide et cruel Renaud de Chatillon. Etabli sur une fondation Byzantine, la construction débute en 1115, le royaume de Jérusalem est fondé en1099, Shawbak est un village relais pour les caravanes, il devient le centre administratif du comté. Son premier siège date de 1171, puis en 87 un second qui dure deux années, on peut dire que Saladin s’est fait les dents ici, avant d’entamer sa marche victorieuse vers le nord, en 1188 il prend Saone, l’année suivante Shawbak capitule. Sous la domination mamelouk la place est largement reconstruite et aménagée. Elle sera vraiment abîmée lors d’un bombardement égyptien début XIXe, d’ailleurs en passant la porte je n’aperçois qu’un colossal tas de pierres et de ruines sur toute la surface ceinte. Ca commence bien, pourtant le guide parle de salles et surtout d’un souterrain qui mène à un puits ou une citerne. Il subsiste des galeries en demi voûtain qui s’adossent à la courtine, quelques salles à demi enterrées, encore une fois les derniers rayons du soleil enjolivent le site. En contrepartie, il faut faire vite, un peu par hasard nous tombons sur les bains de l’époque mamelouk, tout y est : bassin, lavabos et un dispositif de douches. -”Damned, il est où ce putain de truc”-. Nous n’avons toujours pas trouvé le souterrain, le site est vaste et la lumière fléchit fissa, dans un quart d’heure je ne pourrai plus prendre de photos. Il faut imaginer une porte basse au niveau inférieur, sur le côté Nord. Je finis par découvrir le passage ; une petite ouverture qui immédiatement s’enfonce dans l’obscurité des entrailles de la terre. N’écoutant que son courage mon pote Ged muni d’une loupiotte commence la descente. A demi rassuré, je le suis de loin, il y a entre 300 et 360 marches à peu près une heure pour monter et descendre… gamberge. Nous étions les derniers, le bédouin va se casser, les piles tiendront-elles, les marches sont usées jusqu’à la corde ça descend raide dans la poussière, combien de chances de sécher dans ce trou avant que le premier touriste téméraire passe ici ? Je remonte, laissant la béance et son escalier déroulé dans l’obscurité, certains verront là une signification symbolique easy à laquelle je n’ai pas obéi ce jour-là. Un sacré paquet de gaillards a dû emprunter ces marches. R.C.
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Krac de Moab Kerak 1998 Jordanie
Publié par ruine sur juillet 26, 2008
En ville les châteaux manquent généralement de perspective et de mystère, bien souvent mieux entretenus, ils ont également subi de profonds aménagements qui altèrent leur unité originelle. Pour achever le portrait ils supportent régulièrement une antenne radiophonique ou un relais de télécommunication avec quelquefois une guitoune en parpaings tagués. Finalement à Kerak, point de relais, de tags, mais des ajouts efficaces. Je me souviens de toute cette partie mamelouk dédiée à l’habitation, d’un assemblage régulier de patios, de hammams, avec leurs salles attenantes. Je me souviens aussi d’un dédalle de salles, de couloirs noirs, d’escaliers à palier où tu perds tout repère. Je devais dormir quand nous quittâmes le plateau désertique et monochrome pour l’approche soudainement chaotique de cette oasis. L’arrivée à Kerak est spectaculaire, la ville s’étire à l’horizon sur ses collines, seules ses habitations cubiques et le scintillement de vitres permettent de déceler que la crête est habitée. La route plonge dans un Wadi pour remonter immédiatement libérant le panorama sur la citadelle au bout de l’éperon. Le contraste est violent entre la maçonnerie sauvage de l’enceinte et l’encore plus superbe appareil du glacis qui resplendit de blancheur sous le soleil de midi. A cette heure, mon apathie s’explique parfaitement par une fringale, un choix cornélien s’installe, visiter avant ou après un repas frugal de mézzés et de chichtawik ou kebab dans cette ancienne cité caravanière ? Il vaut mieux visiter l’esprit libre et le ventre léger, sage décision car dans la Jordanie moderne ville étape n’est pas synonyme de gastronomie, loin s’en faut. Déjà fastidieuse la visite aurait été plombée et bien laborieuse, j’aurais enfin compris la lassitude et l’irréductible désintéressement des autres à l’évocation de ces témoins immobiles de notre glorieux passé… Vite, Kerak est fondé en 1143 par Payen le Bouteillé (échanson de Beaudouin), sur les fondements d’un site byzantin lui-même érigé sur les restes d’une construction Moabite. Halte pour les caravanes qui remontent d’Egypte, au XIIe la terre produit encore du blé et du raisin. Altitude, plus de 1200 m au-dessus de la mer Morte, à 16 km. Par beau temps, les coupoles de Jérusalem scintillent dans l’horizon qui frise au loin, très loin. 1184 le siège, un mois de pilonnage 24 h /24, les assiégés profitent d’une accalmie climatique pour faire un feu qui alerte Beaudoin IV à Jéru, ce dernier rapplique fissa, Saladin se sauve. 1187 bataille de Hattin, deux jours de lutte sous le soleil et dans le vent, assoiffée habilement par Saladin la chevalerie franque est défaite, tout le comté d’Outre Jourdain tombe, premier grand revers pour les Croisés en Orient. Isolées les places fortes choient, Kerak en 88, shawbak en 89. Outre sa jupe glacis nickel, l’enceinte et ses tours sont construites à la va vite, réemploi et recyclage à tous les étages. La citadelle se caractérise, aussi par deux dispositions qui valent une visite : le mur chemise cyclopéen du donjon et le fossé creusé à mains d’homme qui défend l’extrémité de l’éperon. A l’intérieur, tu peux organiser un jeu de cache-cache ou de piste, le grand nombre de pièces et de couloirs s’y prête parfaitement, attention toutefois de ne pas trop t’approcher du bord de la falaise.
A voir : la grande salle de 100 m sur 16 sous la terrasse, bien restaurée c’est un musée lapidaire, et la chapelle dernier vestige de l’ère byzantine. A se remémorer, l’histoire de Renaud de Châtillon qui, arrivé fraîchement émoulu du continent dans la croisade d’Aliénor d’Aquitaine, voulu jouer au petit chef, se crama les ailes, fit 16 ans de geôle, épousa Etiennette, la fille de Payen possesseur de Kerak, déterra la hache de guerre et finit sabré par Saladin après une dernière félonie. Sortir de Kerak, prendre plein sud sur la Kings Road vers Shawbak et Petra. R.C.
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Qalaat al Rabha 1998 Syrie
Publié par ruine sur juillet 13, 2008
En descendant vers Mari, la température s’élevait progressivement dans le désert. Roulant vers le sud-est, nous nous enfoncions dans un inconnu de tas de sable et d’ocre. Au départ j’avais bien remarqué le symbole magique sur la carte signifiant la ruine, Mari à plus de cinq mille ans et la proximité de l’Irak me captivaient davantage.
A l’écart de la nationale au-dessus de Mayadin, sur un tas ruisselant se dressaient quelques murs pantelants, un vrai château de sable séchant doucement au soleil. La route serpente sur le flanc, nous stationnons la voiture au bord du grand fossé face à des moignons de mur. Seuls au monde, nous pénétrons dans un univers d’ocre jaune, tout est mêlé : la terre et les murs, drôle de mix de matériaux. De la brique crue, mi-cuite, cuite, bloc de poudingue, variété d’appareils aussi, tout cohabite exprimant les campagnes successives de construction. Nous descendons, le château comportait trois niveaux dont deux en souterrain, galeries basses, voûtes fragiles en briques crues, à tout instant je crains de recevoir l’édifice sur la tête. Un véritable labyrinthe, les couloirs se croisent, il y avait sans doute de grandes salles, un donjon dominait l’ensemble, il n’en reste que les quatre murs aveugles. Nous marchons dans les éboulis et dans le sable, le vent s’engouffre dans les passages en promenant des tourbillons de poussière, à Rabbah tout semble calme mais inquiétant. L’ombre du puissant Nour ad-din plane encore sur la colline, son château de sable n’aurait guère duré plus d’une centaine d’années. Forteresse arabe sur l’Euphrate, il servait exclusivement de poste militaire sur le fleuve, mais des invasions mongoles de la fin du XIIIe il ne se relèvera pas. Sans doute sa fonction purement défensive et sa rapide inutilité l’ont-elle privé d’une longue vie et d’un entretien. Depuis 700 ans la brique crue se délite, c’est son avantage.
D’autres biographes du lieu lui prêteraient une vie plus longue, peut-être jusqu’au XVIe ? La visite de Rabbah n’est pas sans impression, césure forte entre les salles obscures, le labyrinthe des couloirs, la monochromie maronnasse, et l’aspect reposant, fortement signifiant d’une ruine fondante et finalement inoffensive. Cela vaut bien un détour. R.C
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Qalaat el-Rabadh Ajlun 1998 Jordanie
Publié par ruine sur juillet 13, 2008
Pas de Croisés ici, le château est construit en 1184 par Saladin ou un membre de sa famille qui craignait le retour des chrétiens.
A peine installés dans leur nouveau royaume ils édifient sur l’axe Sud Nord cette forteresse qui domine la vallée du Jourdain. Les Jordaniens sont très fiers de leur ruine, à leur décharge, hormis le spot de Petra, les forts que j’ai évoqués, la ville romaine de Jerash, ajoutons quelques châteaux du désert appelés aussi caravansérails, ainsi, résumé est fait du patrimoine archéologique récent de la royauté. Ajlun est surtout une ruine pittoresque, très visitée parce que Jerash et Amman sont proches, elle subit un début de restauration à l’allemande. Esplanade dallée, rampe d’accès proprette, guitoune de souvenirs, garde-corps à la romaine, murs bien rejointoyés, entrée payante, location pour noces et banquets… L’enceinte très ramassée est encore en bon état, l’appareil en pierre à bossage témoigne d’une belle qualité de construction avec une belle homogénéité, première phase 84-85 puis un agrandissement en 1214.
Passé la porte tu pénètres dans une tour, l’entrée en chicane s’ouvre sur la basse-cour surélevée, “chic c’est prometteur”. Tu te retrouves dans des ruines bien propres, où tu erres de terrasses en salles voûtées éventrées, sans une once de végétation parasite. Qalaat el-Rabadh ne vécut qu’une seule attaque, celle des Mongols en 1260, suffisamment violente car le château nécessite une reconstruction orchestrée par le fameux Baybars.
Au fil des siècles, la garnison ottomane est maintenue jusqu’au XVIIe, ensuite c’est l’abandon, les tremblements de terre de 1837 et de 1927, à présent c’est la restauration évoquée précédemment. R.C
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Bosra 1998 Syrie
Publié par ruine sur juillet 13, 2008
Encore une forteresse que les Croisés ne purent occuper, pourtant en 1147 il s’en est fallu de peu, pour une fois l’unité arabe a payé. La situation stratégique de Bosra sur la route des pèlerinages vers les villes saintes justifiait une prise de position commune. Cette soudaine unité illustre bien le contexte politico religieux du Proche Orient lorsque les Francs s’y installent avec une relative facilité. On a rarement vu une poignée de soldats aussi loin de leur pays s’emparer d’un territoire aussi vaste et y demeurer plus de deux siècles. Depuis toujours les luttes claniques divisent les musulmans, situation rêvée pour des envahisseurs qui s’appuient tour à tour sur un sultanat pour en annexer un autre. Saladin et Baÿbars, les grands libérateurs de la Palestine ont surtout réussi leur reconquête grâce à leur talent de négociateurs et de fédérateur de l’unité arabe. Aucune place forte franque n’a résisté à leurs assauts, et toutes les tentatives ultérieures de retour ont échoué.
Bosra est à l’extrême sud de la Syrie en plein Jebel Druze, une région agraire où le blond vénitien de l’herbe tranche avec le noir de la roche basaltique. Grande rivale de Petra, au IIe la ville devient la capitale de la province romaine d’Arabie, elle se pare d’édifices dont le fameux théâtre de 17 000 places. Au XIIe les Seljoukides transforment le bâtiment en château, toutes les arcades sont obturées et cinq énormes tours carrées sont édifiées, les trois autres le seront plus tardivement, un bel appareil à bossage adoucit la dureté du basalte. La masse sombre domine les restes de la ville antique, le plan romain est toujours en usage, les habitations datent de la même époque et tu prendras plus de plaisir à flâner sur les dalles disjointes des voies que de visiter l’intérieur nickel du château-théâtre. Evidemment, c’est toujours surprenant de pénétrer dans un fort et de se retrouver sur une scène face aux gradins, autrement tu peux déambuler dans les couloirs où se croisent des centaines de touristes, ou pire te déguiser en bédouin. J’ai préféré la marche sous le soleil dans les ruelles et la contemplation des ruines des bâtiments publics ou le bricolage de pauvres masures croulantes. Façades de guingois, colonnade rendue aveugle par un mur de grossiers moellons, linteaux bancals, frontons, corniches et chapiteaux empilés, quelquefois barbouillés de peinture blanche, tout est d’époque, je m’attends à chaque croisement de rue à rencontrer une patrouille de légionnaires débraillés. En remontant vers Damas, se déroulent les champs blonds jusqu’à l’horizon, paysage de bocage sans verdure, quand, aux haies se substituent des murets en boulets de basalte, le couchant doré me retient sur ce défilement, il me reste quelques photos. R.C
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Doura Europos 1998 Syrie
Publié par ruine sur juin 29, 2008
La moitié de la citadelle est partie un jour avec une crue de l’Euphrate. Minée par les eaux, la falaise sur laquelle se trouvait l’ancien palais Séleucide s’est effondrée. Le désert encercle la ville en surplomb sur le côté Est le fleuve, il y fait très chaud, l’ombre est rare sur ce plan de ruines gigantesque de 73 ha. Quand Séleucos donne le nom de son patelin natal Europos et fonde la ville une steppe herbeuse persistait dans la contrée, des céréales y poussaient et des moutons y paissaient. Au IIIe et IIe av JC durant la période hellénistique, la cité se transforme en un point de passage stratégique. Elle subit l’hégémonique influence de Palmyre, sa voisine du désert, au IIe av JC, puis la domination romaine en l’an 100 de notre ère lorsque les légions investissent la Mésopotamie. Il semble qu’il y ait eu de forts tremblements de terre dans la région au début de l’ère chrétienne, ruinant les villes, certaines ne s’en relèvent pas, à Doura il y aura juste assez de fonds pour rebâtir les habitations. Toutes les fortifications visibles sont de l’époque grecque. L’abandon définitif n’intervient qu’au IVe à la suite d’une razzia des Sassanides, sans doute le processus de désertification déjà bien entamé devait aussi dissuader les postulants à un éventuel come back.
Le site est oublié jusqu’au début du XXe, quand un soldat met au jour une mosaïque, après ce seront les fresques de la synagogue, tout le précieux est embarqué à Damas. Murs et murets reposent ici sans leurs ornements et se délitent tranquillement à chaque pluie, fichue brique crue. Heureusement la citadelle et les remparts sont en pierres, les deux portes subsistantes sont monumentales, surtout au centre du désert. Aventure dans la sape ; ne loupez pas le plus croustillant à Doura, une bataille souterraine entre soldats Romains et Sassanides ? Sous une tour deux sapes se rejoignent, et 1 750 années plus tard des archéologues exhument des squelettes cuirassés les poches remplies de pièces de monnaie. En 98 aucune mention n’existait à ce propos. Il paraît que la nuit tu peux entendre les hurlements des chacals et des hyènes. R.C.
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Palmyre Qalaat Ibn Ma’ân 1998 Syrie
Publié par ruine sur juin 29, 2008
Au pays de Zénobie, la reine mère de Wahballat, qui s’appropria la descendance de Cléopatre et se battit malignement contre des Romains. Ces derniers beaucoup plus forts finirent par la coincer sur l’Euphrate. L’oasis a tout d’un petit paradis ; des palmiers bien verts, des canaux d’irrigation procurant juste un peu de fraîcheur, la richesse des caravaniers, les beaux vestiges de la splendeur romaine et sa vallée des morts au calme derrière les collines.
A Palmyre tout se visite, des “tombes tours” de la nécropole à la ville antique, de jour comme de nuit, ce faisant dans la pénombre surveille tes arrières et reste sur tes gardes car certains indigènes n’hésiteront pas à t’emmener dans le théâtre pour te proposer “des jeux de mains”. Cerise sur le gâteau sur son éminence, la citadelle orange resplendit, dommage ça ne dure que le temps du couchant ou du levant. Son ombre plane au-dessus de la douceur de la belle ville romaine, et l’austère silhouette du monolithe te rappelle que la vie n’a pas toujours été rose oranger à Tadmur. Longtemps ce fut une prison là-haut, ce qui lui vaut son parfait état de conservation, pas de ruines à Qalaat Ibn Ma’ân.
A cette heure avancée du jour, la clémente température fait sortir les touristes, sur la colline plusieurs cars se vident, d’autres se remplissent. Intense fébrilité car la fermeture est proche, dernière chaleur mixée à des relents de gas-oil. La vieille forteresse muslim est parfaitement isolée sur son monticule par un gigantesque fossé taillé dans le calcaire. Apparemment peu de recherches ont été entreprises sur son histoire, sa fondation remonte au XIIIe, de l’avis d’experts passant-là par hasard, elle aurait été aménagée jusqu’au XVIIe de façon concentrique autour du noyau primitif. Il est vrai qu’à l’intérieur c’est un véritable labyrinthe, monter descendre, atteindre des pièces très sombres, simplement éclairées par un rai de lumière couchant. Aucune ouverture, seules de rares archères, pas de déco non plus, une construction assez grossière, pas de donjon, rien ne dépasse de ce bloc minéral. A l’intérieur, quelques puits de lumière procurent de l’éclairage, l’ombre semble plus recherchée que les rayons du soleil dans ce désert, décidement la vraie vie était en bas. R.C.
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Saone 1998 Syrie
Publié par ruine sur juin 14, 2008
Il se dénomait aussi Sahyoun, aujourd’hui c’est Qalaat al Saladin le plus grand fort du Proche-Orient, 750 m de long, avec un vrai éperon barré à main d’hommes. Sur la petite route de Lattaquié, au franchissement de la dernière crête le vaste plan incliné apparaît juste en face. Un champ de ruines disséminées entre roches affleurantes et bosquets desquels émergent des bâtiments nettement identifiables. C’est par le bas, que Saladin s’est emparé facilement du site, trop de surface à couvrir ou à défendre, travaux inachevés. En voiture vite, une fois de plus le temps nous presse, la route plonge dans le ravin pour remonter sur les côtes, falaises puis murailles se dressent devant nous, nous pénétrons le fameux défilé avec son extraordinaire aiguille de roche qui devait supporter un pont glissant 28 m plus haut. 155 m de longueur, sur 25 de haut et 15 à 20 de large, travail titanesque entièrement taillé aux pics, le fossé le plus impressionnant du monde médiéval, à l’image du château, le plus vaste, trop peut-être. Ici la mégalomanie du comte Robert a pris le pas sur la raison militaire, 5 ha, toutes les défenses avec le donjon sont concentrées au sud près du fossé.
L’impact dramatique que représente l’arrivée n’est pas vain, après l’aridité du panorama, l’âpreté des falaises rehaussées par la muraille puis la traversée du couloir, l’atmosphère n’est pas franchement engageante sous ce vrai soleil de plomb fondu. N’oublions pas que ces forts abritaient en cas de siège une grande population de Croisés, en pays hostile il valait mieux tenir ses arrières.
Le 26 juillet 1188 quand Saladin se pointe à Saone, je ne sais pas s’il connaît l’endroit, en tout cas, pas impressionné il rafle la mise en deux jours. Feignant une attaque sur le côté frime, le fossé imprenable, son fils pénètre tranquillement par le faubourg au nord. Selon les chroniqueurs de l’époque les Arabes n’étaient pas une poignée de malheureux, mais une vraie armée équipée comme un porte-avion, avec pas de moins de quatre mangonneaux capable de balancer des pierres de plus de 300 kg.
L’entrée est au sud dans une tour bien préservée, elle accueille aujourd’hui la billetterie, pas spectaculaire mais savamment défendue par une souricière. A l’intérieur, le décor se confond avec le paysage du jebel Ansarié, rochers, arbrisseaux, murs ruinés se mêlent à l’infini, à droite c’est le donjon franc qui domine, plus loin tu sais qu’il y a la porte qui donne sur l’obélisque, 30 m de vide et la pile.
A gauche vers le nord, sur une éminence le vieux donjon byzantin ruiné, en contrebas à 500 m dans le chaos de ruines et de végétation, le faubourg. Les pelouses des basses-cours des châteaux anglais font figures d’opérettes aux côtés de cette immensité tourmentée. Il faut une bonne journée pour visiter Saone, l’après-midi est déjà bien avancé, je ne visiterai pas la partie Nord. Tout de suite, vers le donjon avec ses blocs cyclopéens qui défie le temps, à l’intérieur aussi tout est surdimensionné le pilier central de quatre mètres de côté supporte une voûte en quatre partie à l’étage, la même un peu plus lumineuse, douce fraîcheur. Enfin la terrasse, four solaire, largement envahie par de l’herbe et bordée de solides créneaux. Gigantesques encore, à demi enterrées, des salles basses prennent l’allure de halles, chevaux, fourrage, bétail, voire les hommes de la garnison pouvaient y cohabiter. Je n’oublie pas la petite poterne qui ouvre sur le précipice 28 m de vide, à 7 m le pic et en guise de garde-corps une barre avec deux planches croisées, réalité inouie. Pourquoi, qu’y avait-il sur le plateau en face ? Tellement de sophistication et de travail pour gagner un peu de temps, encore une facétie de ce bon Robert dont la vie se termine cruellement : décollé puis jeté aux fauves, à Damas chez son ancien copain le prince Togtekin.
A la recherche de la citerne, nous savions qu’elle se situait sur le flanc Est, il faut se frayer un chemin parmi broussailles et ruines, derrière un bosquet un ouvrage semi enterré, une petite porte. Nous voici à la “tribune d’une église de campagne”, lugubre et glauque, c’est une salle de 36 m de long, haute de 16 n’ayant pour seul éclairage que trois ouvertures dans la voûte. L’eau est buvable selon Henry-Paul, c’est vrai qu’elle semble limpide, elle doit dater du dernier siège au XIXe, quand les Ottomans retranchés dans les murs repoussèrent les assauts égyptiens.
Tu ne quitteras pas le fossé de saone sans tenter d’escalader l’obélisque, si aujourd’hui une voiture y circule largement, il n’en était pas question au début du XXe siècle, seuls des bourricots empruntaient la passe obstruée par des gravats et la végétation. Un déblaiement effectué par les descendants de ceux qui avaient fait le boulot de carriers, 800 ans auparavant. R.C.
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Masyaf 1998 Syrie
Publié par ruine sur juin 14, 2008
Fondation byzantine au XIe, arrivée des Seljoukides, passage des Ismaéliens, capture par Baybars et les Mammelouks, derniers aménagements au XVIIIe, occupé jusqu’au XIXe. Au milieu de la plaine, sur un promontoire ces superbes murailles s’allongent sur plus de 200 m, impressionnant de rigueur, encore une fois la ville et le château étaient réunis dans une même enceinte. La construction relève d’un séduisant bricolage, du réemploi de chapiteaux, de colonnes jusqu’à des meules de pierre… en passant par le grossier appareil de la première forteresse, au travail plus soigné des dernières campagnes. Nous sommes arrivés tardivement à Masyaf, la localisation de Qalaat al Khaf nous avait pris plus de 2 heures. Fissa, nous arpentons la rampe d’accès, c’est encore ouvert, pour une fois le prix du ticket est symbolique, dans une salle de garde au blanc défraîchi, deux types en uniforme sirotent leur dernier thé, journal et mégots, une vague odeur de bouffe flotte là-dessus.
Dans l’enceinte c’est un capharnaüm de ruines, normal, mais surtout de tas de pierres, d’échafaudages rouillés, de bâches déchiquetées. Le jour se termine et nous sommes les derniers visiteurs, ils n’ont pas dû voir beaucoup de monde aujourd’hui, ça claque, ça siffle, le vent s’engouffre entre les murs, ambiance de mort, nous nous réfugions dans les galeries. Succession de salles aux voûtes frustes, pas de décoration, heureusement des colonnes doriques mises en boutisse égaient le coup d’œil. Décidément il fait trop sombre, tu te dis que ça suffit, d’autant plus que la journée n’est pas finie, il faudra trouver un hôtel pas trop naze à Hama, la ville des norias et des taxis jaunes US modèles sixties. Au revoir le château des Hachichiyyin, les tours opérateurs se plaisent à entretenir la légende, Masyaf fut l’un des centres de “la terrible secte des assassins”, trois mots qui terrorisèrent les foules au XI et XIIe siècles, aujourd’hui ils excitent l’imaginaire du touriste occidental. Les travaux de restauration, entrepris depuis de longues années, sont financés par le dernier chef des Ismaéliens, l’Aga Khan.
A l’intersection des routes 56 et 34, dos au couchant, les derniers rayons découpent la masse noire de la forteresse, 32 km vers Hama de nuit, l’aventure peut commencer : charrettes à bras, troupeaux de moutons, bourricots, camions sans lumière et chauffards sont au programme. R.C.
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Shayzar 1998 Syrie
Publié par ruine sur juin 14, 2008
L’avantage des pays sous dictature, c’est le calme qui y règne et la tranquillité d’esprit avec laquelle tu peux te balader avec ton matériel photo en bandoulière et ta Panerai au poignet. A la belle époque d’Hafez el Assad la visite des châteaux de Syrie ne présentait qu’un seul inconvénient, le prix d’accès de 50 Fr équivalant à 1/10e du salaire moyen syrien et au tarif de deux ou trois sites en France. La quiétude et la solitude lors de la découverte d’un site n’ont pas de prix. Shaÿzar est sur un éperon qui épouse la rive d’un petit affluent de la vallée de l’Oronte, de l’autre côté, s’agglutinent les cases d’un village de pauvres, qui attend chaque soir l’ombre du château. Ma visite, contrairement ou subséquemment à ce que je viens de dire fut largement écourtée, afin d’éviter notre lapidation par une bande de gamins crasseux, qui rapidement s’accrochèrent à nos basques et devinrent menaçants. Héritiers d’une tradition séculaire ces sales mômes ne firent rien d’autre que répéter ce que leurs ancêtres infligèrent aux bons chevaliers Croisés. Shäyzar ne passa jamais aux mains des Francs, demeurant une forteresse Muslim, malgré plusieurs tentatives de sièges au XIIe, et deux tremblements de terre qui ruinèrent le site. Apparemment les Mongols eurent plus de succès et razzièrent tout au XIIIe, Baybars le tombeur du Krac reconstruisit la forteresse. Autrefois, la ville s’étendait sur toute la langue de colline, une faille l’isolait du plateau, à son aplomb subsiste la tour maîtresse du site dont le bel appareil s’orne d’un recyclage de troncs de colonnes romaines en boutisse. Sur la crête, largement chahutée, enchevêtrement de ruines d’habitations et de rocailles, l’attribution des restes est difficile. La partie la plus spectaculaire se porte à l’entrée du site. Un superbe plan incliné, reposant sur trois voûtes en arc brisé, donne l’accès à la tour porche du XIVe, l’ensemble est rehaussé par l’impeccable pavement du glacis façon Krac ou Kerak.
Il fait chaud à Shaÿzar, la plaine fertile de l’Oronte s’étale dans une brume de chaleur jusqu’au jebel an Nusayriyah. Rendez vous au km 23, au nord ouest de Hama, entre Homs et Alep sur la route 56. R.C.
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