Ruines de châteaux

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Châtel sur Moselle 1992 france (Vosges)

Posté par ruine le novembre 10, 2009

Chatel sur Moselle

 

Le château de mon pote, à la confluence de voies romaines importantes, au début de la trouée de Charmes, l’accès le plus aisé au royaume pour des troupes venues de l’Est. C’était aussi la route des Bourguignons du Nord… Pendant près d’un demi siècle, Châtel a été un chantier de fouilles impressionnant qui permit d’exhumer des tours entières, de découvrir toute la circulation souterraine d’une forteresse parmi les plus importantes de France. Dans la plaine des Vosges la Moselle y coule, le froid pénétrant et la brume persistante y sont plus fréquents que le soleil. Triste pays. Pourtant cette rigueur n’empêchait pas les comtes de Vaudémont et plus tard les Neufchâtel de défendre chèrement leur fief. Aux meilleurs jours, la forteresse comptait plus de 20 tours, une enceinte de 1,4 km doublée sur le flanc Nord, capable de résister à des assauts d’artillerie bien avant la fin du XVe. Avec ses canonnières estimées à une bonne centaine Châtel est une place forte avant-gardiste.
L’arrivée dans le village n’est pas glorieuse, identique à tous les bourgs industriels en friche de la vallée, usines transformées en dépôt vente, habitations datant de la reconstruction, charmante harmonie grise, rien ne laisse présager le site exceptionnel. Quelques panneaux routiers le signalent, symbole et martyr d’une défiguration modèle ou comble de l’incurie des pouvoirs publics, le plateau supporte toujours deux bâtiments des années 70 : une maison de retraite et une HLM rivalisant de pauvreté architecturale. De quoi dissuader les plus téméraires. Heureusement, la promenade au pied de la falaise bordée de supers remparts, te réconcilie avec le lieu, voire te donne l’envie de gravir la rampe d’accès pour pénétrer dans les entrailles. Il n’y a plus que ça, toutes les superstructures ont disparu, les portes, le donjon, l’enceinte Nord, seules les deux verrues émergent sur le promontoire.
L’histoire de la Lorraine passe par ici, les Vaudémont vassaux du duc édifient le premier château, entre le XIe et le XIIe, le comte de Bar récupère le domaine au XIIIe, première extension, au XIVe une bonne alliance matrimoniale fait apparaître les Neufchâtel, famille comtoise sous influence bourguignonne. Ce sont eux qui agrandissent et fortifient considérablement la forteresse. Retour dans le giron lorrain en 1544. Début de la Guerre de 30 ans, la place résiste aux sièges français, période troublée jusqu’en 1671 lorsque le démantèlement est orchestré. Dommage, le village aurait connu un autre essor à l’ombre de son immense château. Depuis 1972, l’association du Vieux Châtel organise des chantiers de fouilles qui, outre le dégagement des fossés et des salles souterraines, favorisèrent l’épanouissement total d’une bande de jeunes. R.C.

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Beaufremont 1998 France (Vosges)

Posté par ruine le octobre 19, 2009

BEAUFREMONT

Vers le sud, sur les derniers contreforts des Vosges, entre Neufchâteau et Contrexéville, la derrière colline avant la Haute Marne, enfin presque … vous ne connaissez pas ? Pourtant la nature y est généreuse, verte et opulente dévorant tranquillement la grisaille de pauvres maisons ou de tristes devantures de magasins hors d’âge, souvent fermés pour toujours. Un grand château ou ce qu’il en reste, car Richelieu n’a pas négligé la place en la démantelant en 1634, comme la plupart de ses voisines. L’épisode Gaston d’Orléans et son alliance avec la maison de Lorraine a scellé pour toujours la fin de toute tentative de sédition du duché avec le royaume. La lignée de Beaufremont est ancienne, une des plus vieilles de France, l’un de ses membres fondateurs, un Burgondes, aurait ferraillé sévèrement contre les Huns en 427, contribuant d’ailleurs à leur défaite. L’histoire se poursuit dans le château jusqu’à la vente du bien à la Révolution, et sa démolition. Au début du XIXe un corps d’habitation avec des dépendances est ajouté au logis, actuellement c’est en ruine que tu peux l’admirer. J’arrivais à Beaufremont un dimanche brumeux en plein automne, la végétation toujours recouverte de sa pellicule de rosée dissimulait les murs, magnifiant le romantisme du site. Profonds fossés, puissantes tours et épaisses murailles tout convient à l’échelle des dimensions de la forteresse, une de plus imposantes de Lorraine avec ses 18 tours. Beaucoup de ruines autour des restes d’un logis qui s’apparente plus à une ferme,  seuls quelques détails architectoniques trahissent la noble descendance. Je me souviens de beaux linteaux renaissance, mais beaucoup moins de la tour résidence implantée au centre de la basse-cour, dernier ajout de la fin du XVe à cet ensemble dont les fondements remontent au XIIe siècle. Quelques photos anciennes te montrent un autre monde où la végétation était encore circonscrite. R.C

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Maulnes 2006 France (Yonne)

Posté par ruine le septembre 23, 2009

maulnes

maulnes-1

Maulnes sur une côte du Tonnerois revient de loin. Laissé pour mort à la fin du XIXe, une photo du milieu du XXe le montre dans un état de délabrement avancé. Toitures effondrées, lierre obturant les ouvertures, le parc et ses abords envahis de ronces et broussailles, un régal s’il n’était pas tombé entre les pattes du conseil général de l’Yonne, qui entend le restaurer. Aujourd’hui, tout accès est impossible grillage et barbelés empêchent même d’en faire le tour, une vraie misère, qu’avons nous fait pour mériter cela.
En attendant la remise en état totale pour que des hordes de visiteurs foulent ses sols en terre cuite du coin, empruntent le bel escalier central, déambulent dans ses pièces nues austères toujours inachevées et ressortent frustrées de ne pas en avoir plein les yeux d’un faste entendu, convenu et attendu. Maulnes est une maison très moderne, son plan, sa rationalité, son ornementation appartiennent déjà à l’époque classique.
Maulnes fut construit à la fin du XVIe, en pleine guerre de religion, pour un couple de vieux excentriques cathos et libertins, le duc et la duchesse d’Uzès. Il meurt en 1573, Louise a déjà plus de 70 ans, ils auront vécu trois années dans leur château, elle n’y revient pas et finit par mourir en 96. Souvenir cruel ou trop froid, inachevé ou désolé au milieu des forêts, certainement fauchée. Tant que le duc était là les constructions allaient bon train, le bâtiment est sorti de terre en quatre ans. Les travaux démarrent en 1566 mais il y avait déjà quelque chose auparavant, la forêt fort giboyeuse attirait les nobliaux depuis le IXe siècle. Aucun nom d’architecte, l’influence italienne est présente, Ancy-le-Franc n’est pas loin, œuvre de Serlio, il appartient au grand frère de Louise. Impossible qu’il n’y est pas eu d’inspiration d’autant que Serlio fut l’élève de Peruzzi bâtisseur de Caprarola, près de Rome, un château également au plan pentagonal.
A Maulnes, chaque angle possède une tourelle qui masque les faces adjacentes ce qui donne l’impression d’un quadrilatère. L’ensemble est couronné d’un lanterneau entouré d’une coursive qui faisait office de mirador offrant la vue sur la forêt voisine et ses bêtes rôdantes. Déjà évoqué, l’escalier centré autour d’un puits est porté par des colonnes doriques, son éclairage provient des pièces qu’il dessert et du lanterneau.
Dehors, une galerie couverte menait aux communs, une enceinte quadrilatérale et des jardins à la française ornaient le parc, aujourd’hui tout à disparu ou presque. Tu peux arriver à Maulnes par trois chemins, le Nord Ouest, l’Est, depuis le Sud la route plonge puis remonte vers le château, en arrivant sur le plateau il disparaît, l’endroit est lugubre. Il subsiste là-haut, en plein vent, de vastes bâtiments agricoles en friche, un manoir fin XVIIIe, une ou deux fermettes proprettes sur le chemin qui mène au site, à gauche. La route du Nord-Ouest que j’empruntais pour repartir reste sur les crêtes un long moment, pendant lequel j’ai vu la tour de Maulnes devenir minuscule entourée de champs vallonants. R.C.

Aux dernières nouvelles le site serait ouvert le week end

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Rochefort 1996 France (Côte d’Or)

Posté par ruine le août 28, 2009

ROCHEFORT

Chateau de Rochefort

Surprenante ruine, dissimulée dans un repli de colline, elle surplombe la route qui monte vers Asnières en Montagne. Allez à Cry par la D 905, un hameau aux pieds des falaises dans la vallée de l’Armançon. A quelques kilomètres vers le sud il y a la célèbre abbaye de Fontenay et un peu plus bas encore c’est Buffon, Montbard. Humidité et grandes forêts sont propices aux histoires monacales et aux forges. Préservé des invasions, le nord de la Bourgogne conserve son patrimoine sans trop de défigurations ou d’altérations, tout s’est endormi depuis le début du XXe, à l’abri du pez, loin du foisonnement des villes. Dans la forêt, au-dessus de la route culmine un pignon, derrière lui, en enfilade toute la construction occupe l’éperon. Un chemin t’amène devant la porte fortifiée d’une grosse ferme, il y avait un pont-levis maintenant c’est un dormant restauré (en 2005), l’association qui s’occupe de la préservation du site n’en n’est pas peu fière. Quelle plaie ces bienfaiteurs qui veulent mettre la France sous cloche, hors d’eau, hors gel, préserver pour le futur, laisser des traces à “nos descendants”… ils auront suffisamment de sites industriels en friche. Je garde de mes deux visites à Rochefort un souvenir poignant, seul dans ce site aux grands murs gris envahis par la végétation.
Le rêve égoïste, occuper la ferme qui forme l’avant scène. Laisser intacte la ruine du château, débroussailler le jardin en terrasse pour y prendre le thé avec les potes à l’ombre de la grande tour d’escalier, avec à l’infini la vue rasante sur une forêt de cimes. Depuis ce balcon tu ne vois rien d’autre, que des arbres, à peine si tu entends la nationale en bas.
Abandonnée en 56, la ferme est toujours couverte, elle serait à l’emplacement de la partie forte du premier site. En traversant les bâtiments, tu parviens au jardin en surplomb, décoré dans le style néo-classique au début du XVIIIe ce seront les derniers aménagements. De ce côté, les murs du logis sont percés de grandes fenêtres à meneau, une belle façade renaissance animée par la grande tour d’escalier surmontée d’une échauguette plutôt décorative. Il ne s’agit plus d’un château fort, bien que tous les arguments défensifs du moyen âge soient représentés … seulement pour la parade.
Depuis plus de mille ans, il s’est trouvé un fort sur cette butte, première évocation au XIe, démoli par le duc de Bourgogne Jean sans Peur, au XVe. Dès la fin du siècle le château est reconstruit sur les décombres du précédent, duquel rien ne subsiste. La révolution sonnera le glas des riches heures de Rochefort, en 89 la chapelle tombe puis vers 1807 tous les aménagements en bois sont récupérés.
Combien de temps pourra t-on encore errer seuls dans les ruines de Rochefort, le nez en l’air sans se soucier du délabrement inéluctable de ces formidables et indestructibles tours. Elles finiront bien par abriter peut-être un centre de cultures médiévales, ouvert de 11 h à 17 h seulement en été, et le jardin en terrasse accueillera des mangeurs d’ice cream. Pourtant, ce lieu, en novembre quand décline un sale jour de pluie laissant les murailles suintantes toujours plus grises lorsque la brume froide arrive, ça vaut tous les Miko du monde.
Dans les bois vers Arrans, il y aurait les vestiges d’une abbaye, mentionnés sur la carte, mais jamais trouvés malgré le questionnement de plusieurs indigènes. R.C.

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Noyers sur Serein 2004 France (Yonne)

Posté par ruine le août 14, 2009

Chateau de Noyers
Château de Noyers

Un jour des types décidèrent qu’il y aurait 100 plus beaux villages en France et chaque année inlassablement, les news hebdo le rappellent aux citadins en quête d’air pur et d’authenticité. Maintenant, les indigènes voient les volets se fermer chaque dimanche soir pour se rouvrir le samedi matin, artisans et agriculteurs cèdent leur place à prix d’or ; aux potiers, aux restaurants de spécialités bourguignonnes “sous vide”. Quand Noyers était une ville, il y avait des vignerons, des tonneliers, des maréchaux-ferrants… une ambiance bon enfant à la “jour de fête” nimbée de soleil et de cloches carillonantes. Bordé d’un côté, par des jardins fleuris en friche clos de murets moussus, et de l’autre par ses remparts sur les rives du Serein, le village vit à l’écart des routes dans la Bourgogne immobile, Auxerre est à plus de 40 km au nord ouest.
Les grandes bâtisses à toits pentus, aux volets clos, l’institution catholique légèrement à l’abandon, sommeillent. Au-dessus, sur les pentes et le plateau boisé s’élevait un grand château bordé à l’est et à l’ouest par la rivière et par un fossé au nord. Lors de ma première visite sur le front nord, seul le mur d’escarpe et un moignon de tour étaient visibles. Depuis, de considérables travaux de terrassement et de reconstruction sont entrepris avec la volonté affichée de rénover en utilisant une technique qui semble appartenir au XIIIe. Le chantier concerne deux tours et la courtine qui les relie, pas d’échafaudages métalliques, étais, plateforme, tout est en bois.
Une situation géographique idéale : une boucle cernée d’eau surplombée par un plateau, tout se prête parfaitement à l’occupation fortifiée, plutôt ancienne car la cité est antérieure à Jules César. Les traces écrites de la première fortification du Xe, évoque une tour carrée entourée d’une palissade. Au XIIe, le lieu prend de l’importance sous l’emprise d’une famille, celle de Gui de Noyers qui couronne Philippe Auguste, c’est à la fin de ce siècle que l’élévation du grand château est entreprise. La construction est rapide, au XIIIe son système défensif lui permet de résister aux assauts des troupes de Thibaut de Champagne. Au XVIe, le prince de Condé en fait le siège de la résistance huguenote, il le perd. Le site parvient entre les mains d’un seigneur brigand, Henri IV le déloge et démantèle la place en 1599. La ville renaîtra au XVIIe mais les pierres du plateau sont oubliées. Des gravures présentaient un plan du château en triangle dont la pointe Sud ouvre sur la ville basse, au nord deux rangs de murailles défendaient le logis et le donjon, l’ensemble compte une vaste emprise au sol avec plus de 20 tours. Aujourd’hui, lorsque tu arpentes le plateau, il ne subsiste que de vagues soubassements. Heureusement des panonceaux définissent vaguement les lieux. Prenez le temps à Noyers, quand plane le fumet du rôti du dimanche matin, le bourg calme et immobile te couvre. R.C

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Sainte Sixte 1984 France (Isère)

Posté par ruine le août 4, 2009

Château de Sainte Sixte

Un copain avait repéré la ruine, un château en montagne dans le massif de la chartreuse au-dessus d’un patelin paumé ; Sainte Sixte et son lac, sur la commune de Merlas, en Valdaine. Surplombant une petite route, sur le versant sombre, des pans de murs se détachent du bleu brumeux des sapins. Une bifurcation vers la gauche, et au bout d’un chemin carrossable la ruine est bien là. Les murs sont noircis, la toiture est dans le salon, la tour des chambres est vide les planchers se sont fait la malle, seuls les réservoirs de chasse d’eau avec leur chaînettes qui pendouillent demeurent bien agrippés au mur. Il y avait trois étages, partis en fumée, ou alors en gravats sur le sol depuis 1944, quand les “boches” ont incendié ce qui était devenu un repère de maquisards. En réalité, le château est une belle grosse maison de villégiature pour une riche famille lyonnaise qui venait là aux beaux jours. Bien pensant, et certainement apôtre du patriarcat, l’œuvre est commanditée par un industriel qui, dans sa grande mansuétude, s’approprie un village et sa population. A la fin du XIXe, Saint Sixte est un hameau moyenâgeux, bien à l’abri, accroché à sa montagne, lorsqu’un jour tout bascule, la première automobile, puis la route, puis le manoir et enfin l’église. L’homme construit tout et n’oublie surtout pas de se rendre à l’office chaque dimanche, au premier rang, à défaut de tribune. A la sortie, il convie les hommes au château, là-haut il leur offre un apéritif accompagné d’un cigare. Celui qui me conta cette histoire, l’avait vu de ses yeux d’enfant, il m’abandonna quelques instants pour s’en aller quérir une photographie d’avant guerre. On y voit une grande maison blanche à la décoration très légèrement annotée de touches néo gothiques, néanmoins le bon goût bourgeois prédomine avec une façade encadrée de tours, une terrasse dont, je ne me souviens pas si elle donne la vue sur le lac, les sapins étaient déjà là. R.C.

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Château Queyras 1997 France (Hautes Alpes)

Posté par ruine le juillet 17, 2009

Chateau Queyras

L’histoire commence au XIe et plus sûrement en 1265. L’endroit est saisissant, j’y arrivai en fin de matinée, toute la nuit il avait neigé, pas assez pour ouvrir les pistes des crêtes. Depuis Guillestre, la route remonte la vallée du Guil, entre défilé de roches noires et fond de vallée herbeuse l’été. Le verrou, ainsi baptisé par les pros de la fortif, semble effectivement, occuper le milieu de la vallée, juste après un dernier défilé. Dans les nuages et la neige fondante la construction recouvre tout le couronnement d’un éperon, à ses pieds le village. Triste en diable, avec ses pierres grises et ses toitures en “bac acier” vaguement couvertes de mocquelotte, il plomberait le moral d’un gagnant du gros lot de la Loterie Nationale. Au-dessus c’est pire, la masse grisâtre et suintante du fort achève de me glacer pour de vrai le dos, le fond de l’air est vraiment frais. Tu sais, cette humidité persistante, qu’est ce que je fais là, les potes sont restés dans le chalet à siroter des bières en jouant au poker. Au moins j’aurai un truc à raconter ce soir, ces zouaves ne m’écouteront même pas.
J’imagine l’intérieur, des couloirs bétonnés où règne le froid, la condensation sur les murs et les voûtes, des pièces nues, des casernements sinistres aux châlits rouillés, chaque cour que tu traverses est un courant d’air, la bise souffle là-haut. Heureusement c’est fermé, de septembre à juin. La position hautement stratégique de Château Queyras a déterminé Louis XIV pour le renforcement de la place. A la suite de la révocation de l’Edit de Nantes les Savoyards et les huguenots menacent à nouveau le Queyras. Vauban s’acquitte de la tâche à peu de frais, en 1700 il agrandit la superficie du site qui se transforme en fort. La partie médiévale est englobée dans une nouvelle enceinte qui occupe tout le couronnement de l’éperon, la garnison compte plus de 200 hommes. Tout le vocabulaire militaire est bien là réuni autour du vieux donjon à l’appareil incertain dissimulé par un grossier crépi : bastion, terre-plein en demie lune pour l’artillerie, galerie voûtée à l’épreuve des bombes. Au XIXe, le système défensif s’étend aux contreforts avec des batteries couvertes, c’est l’époque Haxo. Avec la stabilisation des frontières le lieu perd de son importance et devient une caserne pour les Chasseurs Alpins, épargné par les deux guerres du XXe, l’armée s’en sépare en 1967. Parvenu intact avec ses aménagements successifs depuis le XIVe, l’agglomération et la juxtaposition des bâtiments ne charment pas, l’harmonie grisâtre de l’enduit et du schiste n’arrange pas l’affaire, l’efficacité prime, heureusement nous sommes en montagne. R.C

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Gréolières 2001 France (Alpes Maritimes)

Posté par ruine le juillet 17, 2009

GREOLIERES

A 8OO m, dans l’arrière pays niçois, dominant la vallée du Loup, deux châteaux et un village typique pas trop touristique en été, en hiver la station de ski est un peu plus fréquentée.
Premiers témoignages au XIe, le château de Hautes Gréolières date du XIIIe comme celui de Basses Gréolières. En 1590, les guerres de religions les ruinent, celui du bas demeure entretenu jusqu’au XVIIIe quand l’autre est abandonné. Ma première visite en 85 scelle ma passion, celle de parcourir un champ de ruines où mon imagination se cale spontanément sur ma vision. Lors de mon retour, 16 années plus tard, peu de choses ont changé. Au milieu du village, le château de “Basses” est inaccessible, l’enceinte en partie ruinée est encore debout, mais une part du logis est toujours habitée. Le château des “Hautes” n’est plus qu’un champ de ruines éparpillées à flanc de montagne. Epaisses murailles en grand délabrement, cheminées accrochées à leurs murs pignons, vestiges d’habitations modestes, restes d’une vie oubliée que le soleil couchant ravive un peu tous les jours. N’espérez pas trop jouer à l’archéologue par ici, l’abandon ne date pas d’hier (fin XIXe) et le maquis défend ses pierres. Soyez à Gréolières au crépuscule, la promenade sur le côteau entre les murs, en évitant les épineux, quand tout devient calme est presque inoubliable, prévoyez un pantalon. Voilà pour ce lieu mythique. R.C.

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Col de Restefond – La Bonnette 2001 France (Alpes Maritime)

Posté par ruine le juin 26, 2009

BONNETTE

A 2800 m, sur la route qui relie Nice à Barcelonnette, un des plus hauts cols d’Europe, des ouvrages de frontières de la ligne Maginot. A l’époque, la France, lasse de servir de terrain de manœuvre aux conflits européens se dotait d’un système de fortification hyper sophistiqué au positionnement moyenâgeux. Les ouvrages de Restefond furent les derniers entrepris dans la campagne de construction de la ligne, voilà pourquoi ils ne sont pas tout à fait terminés. De surcroît, l’édification était contingentée, à 2800 m la belle saison dure 3 mois, si le mode de construction est standardisé, il faut s’adapter au terrain et les ouvrages sont répartis un peu partout sur les crêtes voisines. De quoi s’amuser, d’autant que les matériaux ne montaient pas tout seul là-haut. Une partie des fortins est en pierre du pays, les plus récents sont bétonnés. De lourdes cloches tourelles en métal, estampées Thyssen, sont toujours entreposées au bord de la route sans avoir été scellées sur les casemates, au printemps les Allemands avaient envahi la Pologne. La route fut créée avec des ânes et des hommes pour les camions, remise en état dans les années soixante, elle accueillit le tour de France. La première fois que je l’empruntai, en 84 dans la brume seul au volant d’une Volvo asthmatique, j’aperçus vaguement les ouvrages, l’endroit était saisissant de désolation, quelques touristes Néerlandais, à vélo, s’échinaient pendant que mon os ne passait pas la seconde. La caisse donnait des signes de fatigue, j’avais hâte de retrouver le soleil de la côte.
Au second passage changement de décors, je me souvenais d’une route à une voie unique, défoncée, aujourd’hui un ruban de bitume serpente agréablement sur les flancs de la Bonnette, il y a une buvette au col et des hordes de voitures diesel glissent sur l’asphalte. Des panneaux en bois et plexi racontent l’histoire de Restefond. R.C

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Barry 1996 France (Vaucluse)

Posté par ruine le juin 15, 2009

Château de Barry

Si vous n’êtes pas vraiment pressés d’arriver à St Tropez où si vous comptez parmi vos amis de bonne fortune résidents à St Rémi de Provence, la colline de Barry deviendra une halte ou le but d’une excursion estivale. A deux kilomètres au nord de Bollène par la D26 empruntez une petite route fléchée qui vous élèvera jusqu’à l’entrée du village. Là, parking et bonne signalétique vous renseignerons sur l’histoire de la butte et ses bons spots, la divagation est encore possible dans la garigue. Je vous enjoins d’adopter une attitude grégaire, montez fissa sur le sommet, évidemment vous jouirez de la vue sur la vallée du Rhône, le canal de Donzère, les tours de refroidissement de la centrale du Tricastin et sur tout le maquis qui vous cerne. Accessoirement, vous pouvez discerner des empilements de pierres délimitant de vagues quadrilatères, vous êtes sur l’emprise du château. Derniers vestiges de cette construction défensive datée du XIIIe, des archères basses, pratiquées dans un très épais mur, plutôt sophistiquées elles proposent pour un seul poste de tir trois fentes extérieures. Une disposition semblable, mais avec seulement deux ouvertures, est plus courante, je l’ai vue dans la muraille de Samarcande. Ensuite tu redescends tranquillement, depuis les glorieux 312 m, en sillonnant les rues de l’ancien village troglodyte.
L’occupation du lieu remonterait à la préhistoire, de nombreuses fouilles menées sur le site l’attestent, la présence de plusieurs civilisations est avérée de l’époque Gallo-Romaine au début du XXe. Encore abondamment peuplée au XVIIe, la colline se vide progressivement, des éboulements au XIXe accélèrent le processus. Les maisons sont ouvertes, quelques unes restaurées sont closes, vous pourrez vous arrêter à la chapelle qui sort de la falaise avec une belle façade classique. La promenade est très agréable, à mon avis il vaut mieux éviter les samedi et dimanche, quand les familles pique-niquent et les enfants braillent à tue-tête. R.C.

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Boulbon 1996 France (Lubéron)

Posté par ruine le juin 15, 2009

Château de Boulbon

Entre Avignon et Tarascon, dans le massif de la Montagnette, adossé à la falaise et plantée sur un beau roc, le fort domine la plaine du Rhône. Impressionnante, cette parfaite couronne de corbeaux ornementés qui ceint toute la courtine. Les mâchicoulis qu’ils supportaient ont disparu, il subsiste toutefois par endroit des jambages décorés d’un élégant motif trilobé. Ca sent un peu le décorum, ils illustrent la fin de ce système de défense, les armes à feu deviennent efficaces au début du XVe. Néanmoins, dans la logique du système défensif de Boulbon ils ont pleinement leur fonction car la muraille est totalement dépourvue d’ouverture, tout s’effectuait par le couronnement.
Jusque dans les années soixante-dix, le site semblait parfaitement oublié et ouvert à tous les vents. Depuis, il a bénéficié d’une campagne de nettoyage correspondant à l’engouement du monde entier pour le Lubéron. Hélas le site demeure inaccessible pour cause de chute de pierres… Je me souviens des abords très soignés aux pieds du château, le village rutile de jolis massifs floraux propre à séduire les touristes dans leur quête du beau, entre deux boutiques de meubles provençaux et un antiquaire. Piètre compensation, si l’extérieur du site est séduisant, l’intérieur de l’enceinte médiévale ne recèle pas de trésor archéologique, la cour est vide et la roche à nu.
Sur les terrasses intermédiaires vous ne manquerez pas de vous interroger sur la présence d’un ensemble de murs et de bâtiments ruinés. La famille Raousset bénéficiaire des lieux, récupère un site militaire devenu désuet où plane encore l’ombre du fameux Raimond de Turenne qui rançonna la Provence entre 1390 et 99. Au tout début du XVIIe, elle décide d’investir les bases du rocher en construisant une résidence luxueuse, une habitation de quatre niveaux avec de nombreuses dépendances, des jardins en terrasse, et un grand bassin alimenté par des sources captées sur le plateau au-dessus, les aménagements occupent tout le siècle. Pas de certitude pour les constructions antérieures, l’occupation au XIIIe est attestée, la tour carrée en serait un vestige avec peut-être l’enceinte, sans son couronnement. L’agrémentation appartient au début du XVe, juste après l’épisode mouvementé des Turenne, lorsque la Provence entre dans le domaine royal. La ruine et l’abandon date de l’époque révolutionnaire, l’état de ruine est avéré en 1820. R.C.

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Castellas de Roquemartine 1996 France (Provence)

Posté par ruine le mai 28, 2009

Castellas de Roquemartine

Dans un écrin de provençalité authentique, une belle ruine depuis le XIVe..? avec de si beaux restes est assez rare. Considérer que le lieu est déserté depuis plus de plus de 600 ans est encore plus inimaginable. D’ailleurs certains n’hésitent pas à dater la superbe voûte sur croisée d’ogive de la seconde moitié du XVe… Le site est désert, seuls les moutons fréquentent assidûment la roche et la maigre pâture qui l’entourent. Pour vous rendre au Castellas allez aux Eyguières, une petite commune à laquelle la motte castrale, jadis indépendante, fut rattachée en 1805. Parachevons le décor, sur un piton calcaire dans un environnement plutôt aride, une puissante tour carrée de trois niveaux entourée des restes épars de sa muraille. La construction est soignée, mur à bossages, grandes salles d’apparat voûtées. Sur ses flancs, la butte a dû recevoir des habitations, depuis le sommet, on aperçoit en diverses places les restes d’une enceinte basse. Au nombre des vestiges tu peux ajouter une belle église du XIIe juste en contrebas du piton, plus loin, à l’une des extrémités de la parcelle une tour carrée garnie de niches, certainement un colombier, enfin il est aussi évoqué un moulin.
Au Xe le pog est déjà investi, des citations mentionnent un poste de péage appartenant aux comtes de Provence. Au XIIIe, le château bénéficiait déjà de ses aménagements domestiques, considéré comme un lieu de vie agréable toute une société de plaisants s’y retrouvait. Apparemment les fêtes y étaient brillantes. Longtemps les d’Albe en furent détenteurs. Indéniablement, la qualité de construction, la décoration de la salle principale sont l’apanage de la demeure d’une famille raffinée et non d’un ouvrage austère dédié à une garnison de soudards. De ce microcosme toute vie est partie, Roquemartine est un lieu oublié, sans aucun parking, voisin des Baux l’air y est respirable, les herbes de la garrigue empestent.  R.C.

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Rochemaure 1996 France (Ardèche)

Posté par ruine le mai 28, 2009

Chateau de Rochemaure

Toujours sur la route des vacances, le site de Rochemaure propose une halte parfaite pour toute la famille. Petit village fleuri, crêperie, maisons mignonnettes, un ensemble enserré de murailles noires, comme celles du château au bout de l’éperon. Un vrai, tourmenté à souhait, sur lequel s’étire et serpente la courtine. Si vous venez du Massif Central vous ne serez pas dépaysé par la noirceur typique du basalte, élégamment relevée par la blancheur des chaînages d’angle de pierre calcaire. Du haut de ses 40 m (plus de 100 depuis le bas du village) le donjon domine allègrement, sa masse carrée est surmontée d’une tour pentagonale, il serait à l’origine de la construction, au début du XIIe. La courtine est datée du XIIIe, contemporaine du logis et de la chapelle. En réalité il y a deux enceintes, celle du château puis une autre qui descend jusque dans le vallon. Restaurée, elle a belle allure avec ses merlons tous neufs.
En remontant, sur la paroi du dyke, tu ne pourras pas manquer la tour du Guast, plus ancienne, elle serait datée du Xe ?
Depuis un certain Adhémar de Monteil, seigneur de Montélimar, six familles se succèdent jusqu’aux Rohan qui l’abandonnent définitivement en 1730, Hercule aurait vendu sa toiture pour couvrir une grange… mais depuis un bon siècle la ruine est entamée.
Résidence familiale jusqu’en 1440, il devient le siège de la puissance administrative régionale jusqu’au début du XVIIe. Dans ce laps, il subit les assauts des huguenots, au XVIe la vallée du Rhône est un vaste champ de bataille dont ces forts sont les témoins et les victimes. Je ne me rappelle que très vaguement de ma visite, un jour de grand vent, apparemment il souffle souvent de ce côté, la ruine est austère et dépouillée, la grosse pierre noire de basalte mal dégauchie n’y est pas indifférente. En fond d’écran, le paysage de moyenne montagne est très beau et vu de l’extérieur le site est encore plus saisissant. Pas de surprise, l’intérieur risque de vous décevoir, il demeure au fond du donjon une salle enterrée (citerne, cellier, oubliette à touristes). Depuis 2001 une campagne de restauration est menée.
J’encourage les stakhanovistes de la ruine à la visite d’un pont suspendu plein XIXe, à l’abandon, ils trouveront là le charme et l’aventure qui s’évaporent du dyke. R.C.

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Murol 2006 France (Puy de Dome)

Posté par ruine le mai 7, 2009

château de Murol
chaâteau de Murol

Je pourrais presque remercier les tristes conditions météorologiques sous lesquelles j’ai découvert cette énorme forteresse. A la mi février, il neige encore dans le Massif Central, la brume de fin de jour commence à noyer les fonds de vallée. Avant de quitter le plateau et de descendre vers St Nectaire déjà dans la pénombre, la silhouette régulière d’une construction se détache. Masse ou monolithe, il incarne toute la noirceur de la région et la soif de puissance de son bâtisseur. Encore un bénéficiaire des largesses d’un cardinal, fidèle d’un pape avignonais. Le rocher volcanique est occupé par une petite construction dès le XIIe, mais c’est au XIVe que les bâtiments prennent la tournure que nous connaissons aujourd’hui. Riche époque sous laquelle s’érigent quelques uns des plus beaux et plus forts châteaux français, Pierrefonds, La ferté Million, Vincennes… Guillaume de Murol n’a pas les moyens d’un prince, et de loin, pourtant l’œuvre de sa vie est une formidable bête qu’aucun siège ne vaincra, sachant résister aux temps. Surprenant système défensif, exclusivement par le couronnement, une seule tour donjon, absence de tours de flanquement seulement des échauguettes, moins coûteuses à construire, mais tout aussi efficaces. Il faut reconnaître que l’implantation sur des à-pic basalte dissuade toutes velléités de sape ou d’approche directe.
Après 1550 le noyau central des XIV et XVe est protégé par une enceinte destinée à résister à l’artillerie. Elle est constituée de bastions aux plans en amande. L’accès principal, au sud, se fait par une rampe entre deux murailles, vous passerez par un bâtiment entièrement ruiné, d’un style plus maniéré il est édifié par Jean III d’Estaing au début du XVIIe. Plus vraie que vraie, accolée à son ancêtre du début XIIe, une nouvelle chapelle du XIVe, époque des Murols, reprend complètement le style roman de sa jumelle. Dans la cour intérieure, l’ambiance n’est pas franchement gaie, sombre, bordée de ses hauts murs, et finalement éclairée par un maigre soleil d’hiver, aventurez vous dans la grande salle des gardes qui conserve ses voûtes et arcatures, passez à la cuisine et dans la boulangerie où les cheminées fumeraient encore. La ruine date de la fin du XVIIe consécutivement au siège infructueux de Gaston d’Orléans en 1632, suit un lent délabrement. A l’abandon par ses seigneurs, surviennent les pilleurs, manants du coin toujours ravis de trouver des matériaux à bon compte. Au début du XXe une campagne de sauvegarde est entreprise par les Monuments Historiques et orchestrée par Ruprich Robert. Dernier avantage de la visite hivernale : vous échappez à un spectacle d’animation, enfin je vous laisse imaginer l’état romantique de la ruine qui inspira Georges Sand et Maupassant. R.C.

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Chalucet 1993 France (Haute Vienne)

Posté par ruine le mai 7, 2009

CHALUSSET

Il pleut souvent dans le Limousin. Cet écrin de verdure en est la preuve, une luxuriante végétation enserre les murs, d’ailleurs le plan au sol des bâtiments n’est même plus visible. Premières fondations au XIIe, les principales constructions datent du XIIIe. Possession de la couronne, Chalucet a toujours résisté aux Angliches, mais pas aux voleurs. Au XIVe, le château tombe dans l’escarcelle d’un premier bandit qui rançonne dans les vallées. Puis, vint le tour de Perrot le béarnais célèbre pour sa dualité : mi grand brigand, mi chevalier, en tout cas un vrai businesman. Il rançonne, exploite, flatte et persécute à l’envi, il bâtit des aménagements luxueux dans le château pour finir par le revendre au roi pour une somme astronomique. Fortune faite il retourne dans son Béarn plein aux as.
Le règne des seigneurs pillards n’en finit pas, de nouvelles bandes s’installent, en 1593 les bourgeois et paysans des environs réclament le démantèlement. Les ruines sont vraiment considérables, notamment le donjon, dommage la végétation recouvre tout. L’emplacement est idéal, un éperon barré à la confluence de deux rivières, à l’origine il y avait deux châteaux, réunis maintenant. Du premier, plus ancien, il ne subsiste qu’une grande tour, le second du XIIIe conserve son plan en quadrilatère et une belle façade avec corbeaux, merlons et mâchicoulis. Hélas derrière ce mur ce n’est plus qu’un enchevêtrement d’arbustes, de ronce, de pierres. Il pleuvait à verse quand je visitai Chalucet, les pieds dans la boue, je me voyais à la poursuite du diamant vert, en pleine la jungle, me frayant un chemin dans les ronces, ruisselant sans pouvoir lever les yeux et contempler le délabrement des tours. Je vous recommande la traversée de Limoges à 10 km au nord avant la visite du site, juste pour vous mettre dans l’ambiance. R.C.

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Crozant 1991 France (Creuse)

Posté par ruine le avril 26, 2009

Tours de Crozant

Sur une longue langue rocheuse, à la confluence de la Creuse et de la Sédelle se dressent, comme autant de vieux chicots sur une mâchoire, les restes des tours du château de Crozant. La figure n’est pas la plus allégoriquement correcte, mais elle illustre assez bien un panorama que le monde nous envie. J’ai visité le site un dimanche matin quand carillonnaient dans le lointain les cloches de l’office, au calme. Je doute qu’il y ait affluence record sur la barre, hormis les dimanches de printemps et d’automne ou pendant la journée du patrimoine. Depuis, la mairie a récupéré le site, des travaux sont en cours avec pour inévitable corolaire ; des horaires d’ouverture. Dommage, le lieu méritait vraiment une visite sauvage. Ruines ludiques et point de vue romantique, Armand Guillaumin, peintre reconnu des initiés avertis de la période impressionniste s’est extasié sur la contrée, Monet y serait passé aussi. Remontez jusque Cargillesse, très beau village un peu plus haut dans la vallée. Il concentre tous les clichés de notre pays, empreint de tant de suffisance nostalgique qu’il se mue en un territoire passéiste et conservateur. Le rocher s’étire sur 350 m et 25 au plus large, avec trois enceintes successives,
chacune hérissée de tours.
L’histoire commence au XIIe avec les Lusignan détenteurs du comté de la Marche, rebondit au XIVe quand les possessions de la famille passent aux Bourbons sous le contrôle de la couronne. En 1356 le Prince Noir en fait le siège mais il s’y casse les dents.
Sur la crête, les sentiers frôlent l’abrupt franchissant fossés et murs d’enceinte, allant de tours en tours. La plupart des constructions datent de la fin du XIIe ou début du XIIIe : la tour Collin, la particulière tour du Renard ronde à l’extérieur et polygonale à l’intérieur, toutes avec leurs voûtes d’ogive. Dominant l’ensemble, la tour maîtresse de section carrée est attribuée au XVe. Au registre des disparues, une tour qui permettait de descendre au bord de l’eau tout en restant à l’abri et la chapelle. La ruine date du début du XVIe, un siège réussi par les catholiques quelques années auparavant aurait entamé une tour, sans oublier un petit tremblement de terre. Vers 1640 l’affaire est entendue, la carrière de pierre peut s’ouvrir. R.C.

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Ventadour 1997 France (Corrèze)

Posté par ruine le avril 10, 2009

Château de Ventadour

A 6 km du centre d’Egleton, à plus de 560 m d’altitude, une grande enceinte qui s’allonge sur plus de 150 m. Bien qu’elle soit effondrée en divers endroits, l’intégralité est encore parfaitement perceptible. Lors de ma visite, un chantier était en cours, la pierre blanchissait, renseignement pris, cela dure depuis 1965, à l’initiative d’un local qui parvient à mobiliser des volontaires chaque été. Le site est assez dépouillé, il est surtout très ruiné. Depuis la fin du  XVIIIe il a longtemps servi de carrière, notamment pour la construction d’un pont. Le plus spectaculaire est la grosse tour ronde du XIIIe qui servait de donjon. Contemporaine, l’enceinte possède deux entrées : celle par laquelle nous pénétrons aujourd’hui est récente, elle permet le passage de voitures, plus intrigante la poterne primitive située à l’ouest, étroite et défendue par une chicane en souricière, elle ouvre sur un abrupt. Sa redécouverte lors de fouilles date de 30 années. Cette campagne permit également l’exhumation des murs d’une chapelle qui devait révéler la tombe vide du routier Geoffroy Tête-Noire. Ses exactions dans la région, pendant une quinzaine d’années, ne le l’amenèrent pas au paradis, ses adversaires, contrairement à ses dernières volontés, l’enfouirent dans une fosse commune.
L’histoire du second siège que le château ait connu, s’est déroulée en 1394. Au terme d’une année de séquestration les assiégés proposèrent aux Français de leur vendre le château pour 10 000 “romblus”, c’était sans compter la rouerie des neveux de Geoffroy. Dommage pour eux car leur piège fut éventé et toute la bande se fit gauler. Certains furent pendus, d’autres décapités, emmenés à Paris les chefs eurent droit à des raffinements tels que dans l’ordre : écartèlement, décollation et exposition de morceaux choisis aux portes de la capitale.
Dans la cour, vous pourrez admirer également un haut pan de mur. Vestiges d’une grande tour logis du XVe qui s’élevait sur trois étages et accolée à une autre construction datée de 1445, elles formaient un ensemble seigneurial. Des éléments sculpturaux trouvés dans les décombres dénotent d’un certain luxe, au regard de l’austérité des fortifications du XIIIe. De la première campagne d’édification du XIe, il paraît difficile d’attribuer des éléments visibles aujourd’hui, pourtant ce premier château a repoussé les assauts de Richard Cœur de Lion. R.C

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Carbonnières 1997 France (Corrèze)

Posté par ruine le avril 10, 2009

Tours de Carbonnières

A quelques kilomètres, les tours de Merles dans leur cirque de verdure vous raviront, surtout en fin de journée… gaffe, vous risquez de ne pas être seul sur le site. Au pire ou au mieux, tout dépend de votre engouement pour les sons et lumières, vous y rencontrez des passionnés qui vous aideront à revivre l’épopée des chevaliers bagarreurs razziants les campagnes. Fin du préambule qui devrait faire gagner du temps à tous : pour les plus avertis d’éviter de passer à Merles en période touristique et  pour les amateurs de paillettes, inutile d’encombrer les sous-bois perdus de Carbonnières.
L’endroit ne recèle pas de trésor et la beauté architecturale ne transcende pas votre regard, tout au plus de la rudesse. Il n’est pas difficile à trouver, depuis la N 120 prendre la D13 en direction de Goulles, puis un chemin dans la forêt. Les tours dépassent la canopée, campées sur un éperon, bien assises sur leur socle rocheux. Au XVe elles mesuraient encore plus 20 m, aujourd’hui la plus haute culmine à 18. Un escalier à vis desservait les quatre niveaux, dont une voûte subsiste, l’appareil de belles grosses pierres taillées est encore en bon état. Datées du XIIIe elles avaient surtout une fonction défensive, le site est mentionné au XIe avec des ouvrages vraisemblablement en bois.
Pas de surprise, l’intérieur des tours est tombé, je me souviens que l’accès à l’une d’elle requierait un peu d’agilité, Depuis le couronnement des tours, par delà la forêt, tu pouvais voir Merle, un chemin reliait les deux sites. Trempant dans la moiteur, l’abandon du lieu dans ces vastes bois au fin fond de la Corrèze, envoûterait le premier venu. Je suis comblé lorsque je découvre en redescendant des ruines d’habitation. Occupés depuis toujours, les versants Sud et Ouest abritaient un hameau d’une quinzaine de maisons dont une chapelle, une maladrerie, un presbytère et la maison d’un bailli. Aujourd’hui la forêt recouvre tout : les racines et les troncs ont disjoint les pierres, des murs portent encore les dernières cheminées, des linteaux sont toujours en suspension pour plus très longtemps, une cave ou deux ont conservé leur voûte. L’état de délabrement des maisons et la vigueur des arbres inclinent à penser pour un abandon lointain, pourtant la dernière occupation est de 1948. L’histoire de ces tours est liée à celle de Merle dont les Carbonnières au XIIIe en étaient suzerains, le promontoire est partagé, comme à Merle les Noailles sont dans le coup jusqu’à la révolution. Progressivement la fonction de refuge s’estompe, il faut vraiment avoir peur pour se cacher en un endroit pareil, au XVe la ruine peut débuter. Depuis peu de temps, la mairie a pris les choses en main pour une consolidation des tours, il était temps, il ne leur reste plus qu’à fixer des heures d’ouverture… R.C

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Merles 1993 France (Corrèze)

Posté par ruine le avril 10, 2009

Tours de Merles

Ily a des lieux qui méritent… Environnement superbe, une butte dans un cirque de verdure, au fond coule une rivière, les tours échelonnées sur l’éperon jaillissent du vert, c’est calme.  En fin de journée quand tu es seul “les crabes jouent de l’harmonium”, tu files de tours en tours, de surprises en découvertes.
Le rocher qui supporte les tours est dans un méandre de la Maronne, sept familles se partageaient l’espace, chacune une tour… pour les jours incertains. Se réfugiaient là des seigneurs corréziens dont les Noailles, six siècles plus tard Mallet-Steven leur construisait une villa avec une tour sur les hauteurs de Toulon, toujours la même histoire.
Dès le XIe le site est signalé , il appartient aux Merles qui le cède par alliance puis en lots au XIVe. Tout les protagonistes de l’ancien régime passent à Merles ; les Anglais, les routiers, les guerres de religion qui entament la ruine, pour un abandon progressif au XVIIe.
C’est vrai que Merles est un lieu paumé, il y pleut souvent, en atteste la luxuriance de la végétation. L’éloignement des bourgs voisins, la rudesse des lieux n’engage pas à y séjourner surtout lorsque le royaume s’agrandit et la noblesse s’assagit, les rupins rêvent de luxe et de mollesse. Je reviendrai, au milieu de nulle part, entre Tulle et Mauriac, à 10 bornes de Saint Privat en empruntant une départementale qui serpente dans les forêts. Amoureux de scènes bucoliques allez-y hors fréquentations estivales car vous risquez de vous retrouver en pleine fête médiévale, cerné de postiches affublés en bure et tuniques multicores.
Retrouvez de vraies sensations en empruntant le sentier qui reliait Merles aux tours de Carbonnières à quelques kilomètre à vol d’oiseau. R.C

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Bruzac 2005 France (Dordogne)

Posté par ruine le mars 25, 2009

Château de Bruzac
Château de Bruzac

Surplombant la Cole, une rare ruine romantique presque accessible dans cette contrée musée. Les ruines visibles datent du XIIe et du XVe, alors que le lieu est déjà mentionné dans la première moitié du XIe avec la famille Flamenc.
La fin de la journée s’annonce belle, un peu chaude, les tours dépassent la forêt, accrochées aux roches qui surplombent de 50 m le lit de la rivière. A gauche, vers Bruzac une route s’enfile en serpentant dans les bois, le turbo siffle et la température baisse un peu. Après 2 km, un chemin descend vers une ferme, l’entrée du château est en contrebas. Je laisse l’os près d’une bergerie, j’aperçois la porte fermée et un sympa panneau rouge, “forbiden”, à côté une feuille me met en garde contre toute visite sauvage et me conseille, si je suis intéressé, de téléphoner. Disposition sympathique, mais je doute d’obtenir l’ouverture dans les heures qui suivent et je ne reviendrais pas immédiatemment dans la contrée. J’escalade facilement un muret, un coup d’œil me renseigne sur ma solitude, je suis dans une première cour en terrasse celle du château bas. Il y avait deux castrum sur l’éperon de Bruzac, l’inférieur et le supérieur, résultante d’un partage entre deux frères, apparement la cohabitation au fil des siècles s’est déroulé sans heurt, il n’y avait qu’une seule enceinte pour l’ensemble.
Un premier fossé taillé dans la roche tendre du Périgord isole le site de sa colline,  au Nord un autre fossé sec défendait le château supérieur. Toujours sur ma terrasse ensoleillée, à gauche, j’ai un bon vieux mur d’enceinte du XIIe sur lequel s’appuie une tour d’escalier du XV, ornée de beaux mâchicoulis factices et de belles fenêtres. A l’intérieur, il y avait un escalier d’apparat, détruit vers 1920. Il desservait un corps de logis sur quatre niveaux, les cheminées s’empilent et les plus élevées sont complètes. Au niveau du sous-sol un premier réseau de souterrains sillonne la falaise, des refuges pour les manants quand passent les routiers . Un second faisceau t’éloigne du tumulus en cas d’invasion, il y aurait aussi des celliers. Au niveau supérieur, la grosse façade du XVe conserve bien son allure avec ses deux tours, dont la principale supportait le pont-levis, le blason des Flamenc et des latrines dont la descente d’évacuation est prise dans l’épaisseur du mur. D’abord l’abandon au XVIIIe, puis un démantèlement avec pillage façon carrière jusqu’au XIXe, aujourd’hui des bénévoles nettoient les espaces de leurs végétaux.
En ressortant, à 30 m de la porte, je fais le tour d’une chapelle ruinée complètement envahie par la végétation, impossible de pénétrer. Le soir en rentrant à Brantôme nous avons croisé un cerf, une biche et trois ou quatre lapins. R.C

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