Une rareté, alors que la plupart des châteaux relativement approchable sont sécurisés et surtout rendus inaccessibles par de solides grillages, les 4ha de ruines de Mourcairol sont ouverts à tous les vents. Fouilles et travaux de consolidation sont en cours au gré des financements, la promenade fléchée est suffisamment didactique sans être prétentieuse. Depuis les Aires, en face de Lamalou les Bains sur la 908, une piste grimpe rudement sur les crêtes, mais elle demeure praticable pour tous les véhicules. Le site est à 460 m, il domine les collines des alentours avec une intervisibilité à l’est vers le fortin de la Tour du Pin. Les comptes rendus des premières traces d’occupation font état du VIIIe avant JC. Les témoignages d’une occupation domestique dès le IVe sont avérées. Au XIIe, un nouveau château s’étend sur une arête rocheuse du versant Nord-Est. à la même époque une enceinte encercle tout l’éperon. Jusqu’à la fin du XIVe une centaine d’habitants réside sur le rocher. La vie semble avoir été mouvementée, depuis l’époque carolingienne jusqu’au XIVe, la cité conforte son statut hégémonique sur les cantons voisins. Le site n’est pas directement impliqué dans la croisade albigeoise, il change simplement de mains pendant quelques années, le temps nécessaire pour les seigneurs de Mourcairol de récupérer leur bien au détour d’une bonne alliance. La peste et un passage des Anglais auront raison du piton, vient l’abandon. L’activité rurale descend dans les vallées, au XVe ne subsiste plus qu’une occupation militaire très réduite. La consécration de la chapelle Saint Michel maintiendra une activité sur le site jusqu’à nos jours avec un pèlerinage tous les 8 mai. Sa première restauration du XVIIe suit la dévastation du château pendant les guerres de religion. Au XIXe, un ermite y créchait encore, les procédures de classement figeront l’ensemble. Le château primitif se situait sur l’extrémité Sud de l’éperon, de ce côté, la déclivité est suffisante pour justifier une seule enceinte constituée de petites tours. L’une d’elles abrite une citerne à demi engagée dans la roche. La chapelle romane est devenue le totem du lieu, la fortification la plus ancienne se situe juste au-dessus, une table d’orientation occupe la sommité avec le panorama concomitant. En redescendant, sur le côté Sud, un mur de soutènement a conservé son appareil en épis, vestige pré roman. Isolée et à flanc de côte, la chapelle paraît démesurément imposante sur son socle, reconstruite au XIIe elle abritait un maître autel du Xe. En contrebas, le nouveau château rompt avec le nid d’aigle qui le dominait, les standards de confort et d’habitation évoluent, autour d’une petite cour se trouvent répartis ; les logis seigneuriaux, une salle des gardes, une cuisine, dans la proche périphérie des habitations, puis un bâtiment plus élevé signifiait le donjon. Cet ensemble était défendu par une enceinte flanquée de petites tours carrées. En redescendant vers la seconde muraille, dont il ne subsiste plus que la porte Nord, quelques fondations de maisons sont dégagées. R.C.
St Michel de Mourcairol 2008 France (Hérault)
Publié par R C le janvier 15, 2012
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Nemrut Dag Yeni Kale 2008 Turquie
Publié par R C le décembre 16, 2011
Une ruine magnifique au bord d’une falaise, un peu occultée par la richesse des sites qui l’environnent. En redescendant du mont Nemrut, tout ce que vous pourrez voir ensuite semblera plus fade. Cette sensation nous l’avons tous ressentie ; persistance mêlée d’images, d’odeurs, de chaleur, d’une texture de pierre, de la couleur d’un instant qui demeure plusieurs jours après la visite remarquable. La vallée de Petra m’avait laissé une sensation similaire.
Le Mont culmine à 2150 m, il s’aperçoit à des dizaines de kilomètres, sa fondation est contemporaine de l’occupation romaine, proche de l’an zéro. Une chambre mortuaire sous un tumulus de 75 m abriterait la dépouille d’un roitelet de Commagène, reposant ainsi au plus près des cieux il consacrait son immortalité. L’œuvre est titanesque, des statues de plusieurs mètres de haut dans un style mi hellénique mi perse sont dressées face à un paysage infini baigné d’Euphrate, depuis les terrasses la vue est à 360°. A la meilleure saison, du matin au soir, des centaines de pèlerins touristes suivent le soleil sur les modénatures. Rite retrouvé, comme à la belle époque du culte d’Antiochos, qui néanmoins se retrouve bien seul quand survient la nuit glaciale. En redescendant, vers le sud-ouest, depuis la route du parc deux éperons se distinguent du relief : sur celui de droite vous apercevrez des ouvertures régulières percées dans la paroi. Elles éclairent une vaste salle taillée dans la roche, seuls témoins visibles du site millénaire d’Eski Kale, la résidence cultuelle d’Antiochos 1er , le maître du tumulus. La colline lui est dédiée, parsemée de vestiges où des stèles remarquables, elles le mettent en scène tutoyant les divinités, toujours dans la célébration. En face, sur l’éminence épousant les mouvements géologiques, vous distinguerez une dentelle de murs. Au plus proche, quelques édicules accrochés à 100 m de verticalité rocheuse relient un point d’eau à la muraille tout en haut. La Nymphe coule, les petites constructions servaient d’abris relais à un long escalier qui permettait le ravitaillement en eau, il existerait un passage souterrain entre les collines des 2 sites (Eski et Yeni). L’accès au château s’effectue par le côté Nord-ouest, il suffit de contourner l’éperon afin de se rendre au village, durant le trajet vous allez pouvoir admirer toute la spectaculaire façade ouest qui s’étire sur la crête. L’entrée en souricière pour la première enceinte évoque le travail des Arméniens, pourtant ces derniers n’ont jamais colonisé le site, nous sommes loin de la Cilicie. Les beaux restes que nous contemplons appartiennent au XVe, époque des Mamelouks qui gardent l’Anatolie pendant un bon siècle avant la domination définitive des Ottomans. L’implantation originelle daterait du site du règne d’Antiochos, au XIIe un bref passage des Francs du comté d’Edesse est consigné, certainement l’une de leurs plus lointaines incursions vers le nord. La visite n’est pas libre un guide caissier indigène semble ouvrir la porte au gré de ses humeurs, si tu parviens à pénétrer, il te suivra et guidera fissa tes pas. Le site garde tous ses murs, plutôt chancelants, leur faible épaisseur n’y est pas indifférente. La partie basse est construite en grosses pierres parfaitement taillées et assemblées, ce type de maçonnerie est plus ancien, XIIIe siècle. Les superstructures de ce qui suggère un palais, en partie haute, ne relèvent pas de la même qualité de construction, appareil plus incertain, et moellons de plus petite taille. La forteresse abritait toutes les fonctionnalités d’une ville : mosquée, citernes, bazar, place de marché, prison évidemment… L’emprise est importante et les vestiges s’étagent au moins sur trois niveaux visibles, il subsiste également des espaces en sous-sol. Une ruine en plein devenir, le site ne semble pas avoir été déblayé, les équilibres ne manquent pas, chaque année doit constater son lot de chutes de pierres. Imbrications, assemblages et confrontations de style ou d’époque offrent un cheminement varié dans un environnement minéral, pour une fois la végétation n’occulte pas le champ de vision. Dans la partie basse, de belles salles voûtées en ogive ou sexpartite, toujours en bon état, émergent de la gigantesque ruine, les murs de l’enceinte en appareil à bossage sont percés d’archères et supportent encore de belles bretèches. L’intérêt stratégique du lieu est difficile à cerner, partie intégrante du système défensif de l’accès au mont Nemrut à l’époque de la Comagène, il est le seul à avoir été remanié. Les autres sites, non réoccupés, ont conservé leur empreinte romaine. R.C.
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Tumlu 2008 Turquie (Cilicie)
Publié par R C le novembre 8, 2011
Trouvez Tumlu est aisé y pénétrer l’est beaucoup moins. Au milieu de la plaine, entre Osmanye et Kozan en intervisbilté d’Anavarza, de Yilan, de Sis évidemment et d’Amuda, le château est planté sur le mamelon d’une colline à 155 m d’altitude. Tu pourrais te dire : chic, pour une fois, je fais le tour en auto, la marche d’approche dans la pierraille dure à peine un quart d’heure, l’accès principal est parfaitement localisé. Au pied du mur la donne change, un petit passage délicat pour accéder à ce qui s’apparente à une barbacane, une fois franchie c’est le vide, un ouvrage en bois vraisemblablement mobile protégeait le véritable accès. Second essai, redescendre puis contourner l’éperon supportant l’ouvrage avancé, puis tenter d’escalader la paroi, l’exercice est périlleux d’autant que des blocs de maçonnerie en surplomb ne tiennent qu’à un fil. Au visionnement des photographies d’Edwards ils étaient déjà en suspens 30 ans auparavant. Echec, pourtant l’accès se trouve là, tout au-dessus, une véritable porte dans le style arménien couverte par une voûte en ogive. Le corridor passé, s’ouvre la cour à droite, à gauche vers le sud l’espace est plus réduit, d’autant que les constructions s’élèvent sur deux niveaux. Une disposition analogue à celle de Tamrut, lorsque tout le bâti est accolé aux courtines. Le principal du château est l’œuvre des Arméniens, toutefois les mamlouks l’ont largement occupé et aménagé. L’histoire n’est pas connue, Tumlu est un fort de garnison sur une voie annexe Nord-Sud, son relatif bon état de conservation résulte d’une difficulté reconnue d’accès à l’intérieur du site, conjuguée à une occupation tardive comme à Yilan. Au registre des curiosités, il subsiste plusieurs rangs de meurtrières sur les côtés Est et Ouest, une belle citerne en brique au milieu de la cour et quelques ouvertures complètes avec leurs voussoirs ou linteaux. In fine, l’accès le moins difficile se trouve au pied d’une tour de la face Sud-Ouest, à l’opposé de l’entrée officielle. La petite poterne est assez visible, l’approche en escalade est exposée en cas de chute, les aplombs autour du site varient entre 20 et 40 m. Une fois parvenu à l’intérieur, tu ne regretteras pas les risques encourus, la ruine est spectaculaire, essentiellement par son état de conservation, corrélativement au degré d’oubli dont semblent jouir le château et son minuscule village en dessous. Position : lat. 37° 09 254 N, long. 35° 42 268 E. R.C.
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Ayas 2008 Turquie (Cilicie)
Publié par R C le octobre 7, 2011
Escale divertissante, le petit port d’Ayas rompt avec l’austérité des forts de montagne. Dommage, le château de la terre n’est pas d’un grand intérêt, et celui de la mer est en cours de réfection. La visite ou le séjour doit s’accompagner d’une baignade ou d’une brochette dans l’un des caboulots du port, depuis lequel vous pourrez vous ravir de la vue sur les murailles dépenaillées. Sur la terre, il n’est qu’une enceinte qui cerne une avancée vers l’eau. Quatre tours flanquantes, en fer à cheval, dont la plus éminente, sur trois niveaux voûtés, domine l’anse du port. Le site est construit sur les vestiges de l’antique Aegae, de nombreux éléments engagés dans les murs témoignent. Paradoxalement, ce réemploi ne serrait pas seulement attribuable aux Arméniens, grands spécialistes de cette technique, mais plutôt aux Egyptiens (Mamlouks) qui récupèrent Ayas dès 1337. L’intérêt stratégique du site n’a pas été partagé par tous, de longues périodes de désuétude justifient l’état de la construction aujourd’hui. La façade sur le port, avec sa tour polygonale très abîmée, est imbriquée dans des constructions elles aussi en ruine. La saleté règne, contraste immédiat avec la partie Nord où une mosquée pimpante occupe le terre-plein central, les parties adjacentes de la muraille semblent en avoir profité. Cette remarque vaut pour de nombreux villages turcs où les abords de l’établissement cultuel rutilent, se heurtant à la rusticité moyenâgeuse de l’environnement rural. Sous l’occupation arménienne la ville connaît une période commerciale florissante de 1260 à 1340, surtout après la chute d’Antioche puis d’Acre en 1291. La place est vitale, via Chypre les flux de l’orient vers l’occident transitent par le port d’Ayas qui répond directement au roi, et non au seigneur régnant sur la province. Les Génois s’enrichissent en contrôlant la plupart des échanges commerciaux. L’occupation Mongols stabilise la région, la situation devient encore plus profitable à tous. Plusieurs attaques Mamlouk sont régulièrement repoussées, au moins sept en 60 ans. C’est à la fin de ce XIIIe mouvementé que le château de mer est bâti, ce qui n’empêche pas à la ville de brûler en 1322. Elle demeure dans le giron de l’empire puisque le pape finance les travaux de reconstruction, le naïf abusé croyait encore au rétablissement des Croisés en Palestine. Après la conquête Egyptienne, l’ensemble sombre doucement faute d’une utilité stratégique, Ayas reste un petit port de pêcheurs. Au milieu du XVIe Soliman le Magnifique restaure les deux châteaux et y abrite une partie de sa flotte. Ayas sert également de port de débarquement pour des voyageurs vers l’orient, Marco Polo s’y est arrêté. Le fort de la mer, que je n’ai pu visiter, occupe une petite île à 400 m au large. A son extrémité Nord, une vaste salle ronde était couverte d’une seule voûte en rotonde, trois autres salles sont agrégées dans un bloc de construction dont les parois vers le large font plus de 6 m d’épaisseur.
Les vestiges du bel appareil que nous voyons aujourd’hui appartiennent à la période ottomane, beaux blocs jointifs, aspect lissé des façades, variation chromatique dans l’utilisation de la pierre, rarement un travail d’Arménien. R.C.
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Saimbeyli 2008 Turquie (Cilicie)
Publié par R C le août 25, 2011
Un dernier poste avant de gagner le plateau anatolien, après Feke et Vahga, la vallée s’étire encore pendant 40 km. A 1100 m, la ruine domine une petite ville aux rues en pente où l’étranger est rare, et les invitations à boire un thé sont fréquentes. Mon propos n’est pas de m’étendre sur l’hospitalité de la population turque, ce faisant nous reconnaîtrons que les propositions de collation sont régulières, un seul frein à l’affaire : la pratique de la langue, l’échange se borne à quelques sourires. L’accès au château débute tout au nord du bourg par une rue qui grimpe rapidement sur la crête, il suffit de progresser sur l’arête, puis de stationner devant les deux tours massives de l’entée. Derniers vestiges toujours en élévation, passée la porte, seuls des soubassements s’étalent sur la petite plateforme. Depuis la vallée le site semblait bien plus ambitieux. La fondation de l’édifice reviendrait aux Arméniens, il commandait une voie commerciale importante Sud Nord qui relie la plaine de Cilicie à l’Anatolie, voire jusqu’à Trébizonde. Le fort est bâti sur une éminence à la confluence de deux torrents. C’est un ouvrage de garnison dont l’emprise se contente de la petitesse du rocher qui le supporte. Dans la tradition, l’appareil est en bons gros moellons à bossage bien assemblés. Sur le flanc ouest, côté ville, un pan de mur percé d’élégantes ouvertures se maintient debout en dépit de son étroitesse. Ces vestiges du XVe avec d’autres en contrebas constituaient les bâtiments conventuels du monastère qui occupa le château. La vallée comptait plusieurs implantations arméniennes, jusqu’en 1920 une colonie de plus de 12 000 âmes y vivait. Sur l’éperon, c’est un peu décevant, hormis la façade de l’entrée au nord, tout est arasé. Imagine un mur d’enceinte à 9 m, la hauteur des tours, des constructions sur la périphérie, l’œil exercé décèlera sur le flanc Est la chapelle typiquement arménienne : abside, cul-de-four, micro nef voûtée en plein cintre. Il subsiste, en relativement bon état, une citerne semi enterrée, enduit et voûte sont toujours là, sur le terre-plein qui termine le rocher quelques tombes taillées dans la pierre, elles dateraient de l’occupation monastique. La cour aurait été reconvertie en cloître. L’examen des deux tours de l’entrée est sans surprise, un plan en fer à cheval, leur similarité est évidente : deux niveaux voûtés, au rez-de-chaussée, une petite salle fermée avec des traces d’enduit sur les murs, à l’étage la tour est ouverte à la gorge, il est imaginable qu’un chemin de ronde en bois ait existé, les enfoncements de poutres dans le mur le confirme. Seules les ouvertures diffèrent : trois dans l’une, et une seule dans l’autre qui assure un tir de flanquement, quand les trois autres maintenaient à distance l’ennemi envahisseur, finalement une disposition rationnelle à condition d’avoir un homme dans chaque tour. Position : lat. 37° 59 150 N, long. 36° 05 519 E. R.C.
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Savranda 2008 Turquie (Cilicie)
Publié par R C le juillet 29, 2011
Un gros poste frontière pour les Croisés sur la route d’Antioche. Dans la montagne, la passe de l’Amanus depuis Cardak vers Fevzipasa méritait plusieurs relais, Savranda ou Servantikar en était le pivot, la tour d’Hasambeyli et Karafrenk des appuis défensifs. La forteresse pouvait héberger des groupes de passagers et une garnison importante. Un véritable verrou incontournable qui a supporté quelques revirements de propriété. Avant les Croisés, une occupation des Byzantins est évoquée vers 1069, au XIIe c’est une partie tournante entre les Francs, les Arméniens et les Byzantins, les Mamluks n’arriveront qu’au siècle suivant, trois années avant le gros tremblement de terre de 1270. Le château quittera définitivement le giron chrétien en 1337. En 1271, un traité d’importance est conclu à Savranda entre les Arméniens et les chevaliers Teutoniques, ces derniers récupèrent tout le flanc Est de la passe d’Amanus. Il leur est alloué l’autorisation d’élever une tour, il se pourrait que ce soit à Karafrenk, Hasambeyli est également mentionné. Revenons en 1135, Leon Ie d’Arménie conquiert la Cilicie en occupant Adana, Tarsus et Servantikar. Revers, les Francs le récupèrent, la principauté d’Antioche affirme encore son hégémonie. C’est à la toute fin du XIIe que les Arméniens s’installent pour plus de cent ans, il y aura quelques bagarres fameuses aux pieds du château, en 1266 puis en 76 avec la participation des troupes égyptiennes de Baybars, le tombeur des Templiers. Cette longue et tumultueuse occupation laissera du temps pour consolider et parfaire les bases byzantines du fort. A l’inventaire des constructeurs arméniens, l’entrée couverte, en souricière, typique de leurs systèmes de défense, la chapelle en saillie sur la courtine Est, et surtout toute la proue Sud. Isolé de l’ensemble, ce châtelet à l’extrême de l’éperon domine toute la forteresse et se dresse au-dessus de la forêt. Un à-pic de 150 m, sensation d’avancer parce que le vent y souffle plus fortement, tu ressens toute la puissance. L’emprise du fort est vaste, son enceinte borde toutes les parois du rocher, altitude 580 m, des pins et du maquis recouvrent toute la surface, néanmoins les principales élévations sont toujours visibles. Vous trouverez des citernes au milieu du site, en léger contrebas, à proximité du mur qui isolait la partie Sud. En principal, la face Est comprenait la plupart des bâtiments et le système défensif, les autres côtés bénéficiaient naturellement de l’aplomb des falaises. A l’extrémité Nord-Ouest, dissimulée sous la végétation, il reste en bon état un petit ouvrage qui abritait une salle couverte d’une voûte en ogive, a demie enterrée la porte se situe à sur la face Ouest. Bizarrement, vous remarquerez en gravissant le toit en terrasse, que les parois, déjà épaisses, étaient chemisées. Nul ne risque de se perdre dans la quête de Savranda, si vous venez de Cardak prenez la direction de Kaypak, immanquablement vous verrez le château, quatre kilomètres avant le village. Depuis Hasambeyli, vous aurez à choisir entre la route principale vers Osmanye, ou à la sortie du bourg une route file vers le sud-ouest, le kilométrage sera plus court mais les chances de se perdre plus grandes, demander son chemin, toujours vers Kaypak. L’accès au château est très facile environ 10 mn, une piste longe la muraille Est puis se commue en sentier, profite et admire la qualité de la maçonnerie.A présent, Savranda domine un lac et son barrage, ces aménagements ne semblent pas avoir affecté la structure et le panorama, une chance si nous imaginons la disparition de Kum, sous les eaux. Position : lat. 37° 08 998 N, long. 36° 27 309 E R.C.
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Sis – Kozan 2008 Turquie (Clicie)
Publié par R C le juin 26, 2011
L’ancienne capitale du royaume arménien de Cilicie se gardait fièrement une vaste citadelle et de vieux faubourgs accrochés au flanc Est de sa colline, la ville nouvelle s’étend vers le nord. L’enceinte qui serpente et s’étire sur toute la longueur de l’éperon semble en parfait état, à tel point que tu imagines un guichet avec un juteux visitor center au pied du mur. Nous avons parcouru l’ensemble du site sans croiser un chenapan ou un guide vendeur de monnaie romaine. L’implantation est hautement stratégique ; Kozan c’est la bordure Nord de la plaine juste avant les premiers escarpements du Taurus, à la convergence de plusieurs vallées et de leurs routes qui descendent du nord. Enfin, l’éperon au milieu de l’étendue agraire se défend tout seul, falaises abruptes et isolement total, le spot de défense et de commandement par excellence pour des dizaines de kilomètres à la ronde. L’intervisibilité est parfaite jusqu’à Anavarza (25 km) l’ancienne capitale jusqu’en 1180, plus au loin Tumlu (37 km) et encore au sud Yilan (50 km). L’occupation du site est ancienne, d’abord une petite colonie grecque qui repousse les premières cohortes d’Arabes, au IXe les occupants chrétiens sont délogés, installation des Abbassides. Dans la seconde partie du Xe les Byzantins reprennent la ville, période d’absence de 150 ans sans heurts majeurs jusqu’à l’arrivée des Rubéniens ou Roupenides (Anavarza, Vahga, Geben), avec plusieurs atermoiements et un tremblement de terre au tout début du XIIe. La domination et la reconstruction arménienne dateraient des années 70, l’accalmie est courte car les Mamlouks ne cessent de harceler la ville, cela dure jusqu’à la fin du royaume en 1375. Léon de Lusignan, dernier roi plutôt fantoche, est emprisonné au Caire. Les Arméniens demeurent, le Catholicossal installé depuis 1292, après la chute de Hromgla, se maintient avec un patriarche jusqu’en 1873. La construction relève de l’éclectisme, elle a joui des Romains, des Arabes, des Byzantins, des Arméniens et des Mamluks. A l’actif de ces derniers : toute la porterie, la partie extrême du donjon ainsi que la grosse tour qui fait face à l’entrée. Avant le XVe, l’on pénétrait directement par une ouverture dans la courtine, comme dans beaucoup de sites. Le majestueux hall d’entrée évoque celui de Vahga. Dans l’enceinte c’est toujours le chaos, les constructions répandues sur les trois Kilomètres de l’éperon sont autant en sous-sol qu’en élévation. L’inventaire de l’ensemble serait fastidieux pour le lecteur, contentons nous des principaux spots remarquables par leurs dimensions et leurs positions. Deux citernes enterrées en semi excavation, couvertes de doubles nefs, cavités lugubres à la profondeur exagérément abyssale lorsque tu y descends seul. Autour du donjon sud, enchevêtrement d’espaces qui s’achève avec la salle d’apparat à la vue panoramique depuis ses immenses ouvertures en arc d’ogive. Belles constructions à l’affectation difficile, succession de salles desservies par plusieurs escaliers. Cacophonie qui épouse quand même les formes du rocher, toujours le contraste entre la qualité des constructions et la pauvreté des liens qui les unissent. Aucune circulation évidente ou tracée, la végétation a largement investi la colline, tu découvres les bâtiments en flânant sur les maigres sentiers. Une promenade exhaustive occupe quatre à cinq heures, prenez garde aux abrupts. Descendez dans la ville au pied du rocher, il y reste un grand nombre de vieilles demeures ottomanes. Ambiance commerciale placide, succession des petites échoppes salons de coiffure, quincailleries et boucheries s’intercalent dans où l’intervisibilté permet à chaque tenancier, en attente de clients, de demeurer au chaud dans le café où l’on ne sert que du thé. Position : lat. 37° 08 998 N, long. 36° 27 309 E. R.C
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Gokveglioglu 2008 Turquie (Cilicie)
Publié par R C le mai 17, 2011
Chaque visite se mue en une nouvelle aventure, allons nous le repérer facilement, pourrons-nous y accéder en moins d’une heure sans trop risquer notre peau ? La route descend plein sud en direction de Cemlik, depuis le pont romain de Misis il y a 15 km. Un éperon s’avance sur les contreforts d’un petit massif montagneux, la vue sur la forteresse est dégagée, elle domine une vaste pleine fertile irriguée par la Cehyan. Depuis son promontoire, elle contrôle la piste qui mène à Ayas et l’accès à la mer. Ne vous fiez pas à la porte de l’enceinte basse que vous apercevrez à l’extrémité Sud du flan Est, c’est un faux ami qui ne vous mènera qu’aux deux terrasses Sud. L’accès à la plateforme sommitale du fort est au nord, et rien ne le laisse le présager au pied de l’éperon. L’aventure du front Sud est pimentée, l’arrivée à la poterne est relativement aisée, première esplanade cernée d’un mur qui se déploie jusqu’à un amoncellement rocheux. Première curiosité, une tour bâtie autour d’un bloc rocheux, ouvrage de surveillance avancée ou leurre, afin de détourner l’ennemi de l’accès principal ? Nous avons été bernés comme beaucoup d’autres par ce dispositif, notre témérité nous a d’ailleurs fait gravir l’escalier qui mène à la terrasse supérieure. Un exercice périlleux, car les marches sont taillées assez grossièrement à flanc de falaise, quelques passages sont rendus délicats par la végétation, des oliviers sauvages poussent accrochés à la paroi. Parvenu à ce degré, hormis les vestiges d’une tour et une superbe vue sur une plaine remembrée, ne cherche pas d’autre accès à la plateforme supérieure. Finalement, l’arrivée au château peut se faire assez rapidement en empruntant les sentiers des ruminants qui mènent au plateau Nord, de surcroît tu chemines face au plus beau côté : trois tours, des courtines encore très hautes et la grosse tour de l’angle Nord-est nantie d’un beau glacis. Il faut longer la muraille pour parvenir à ce qu’il reste de la porte, toute la face extérieure a disparu, en revanche l’intérieur demeure : une très belle enfilade de salles voûtées sur plusieurs niveaux décalés suivant la déclivité. Il semble que seule cette face Nord ait été lotie, elle défendait l’unique accès à l’éperon, le dénuement venté du plateau se conjugue avec la grandeur monacale des austères voûtes ogivales. Partout ailleurs le regard file, les murs sont inutiles, tout autour il n’y a que des falaises, quelques bribes de soutènements émergent. Sur le plus haut point du plateau un long bâtiment servait de citerne, sa partie Nord constituée de trois petites chambres est byzantine, les Arméniens l’ont prolongé par une grande salle au sud. Le petit édicule un peu plus au sud serait également une citerne. Plusieurs campagnes sont visibles dans l’élévation des bâtiments, le pavillon de la porterie illustrerait cette thèse. Ses deux niveaux d’entrée, attribués à l’occupation arménienne, sont de deux époques différentes, en attestent les appareils. Dispositions identiques pour la succession des salles voûtées qui s’étire sur 40 m jusqu’à la tour Est, massive et pleine, tout repose sur elle. Les fondements de l’édifice seraient byzantins, la situation est idéale et extraordinaire, panorama circulaire, supervision sur la plaine de la Cehyan, défenses naturelles sur presque toute la périphérie, enfin la beauté du site quand la roche restitue les couleurs du couchant. Logiquement les Romains auraient pu nantir l’espace, à mi-chemin de Payas et Misis, le spot est incontournable, pourtant nulles traces de réemploi de matériaux dans l’édification. Position appro. : lat. 36° 50 N, long. 35° 37 E. R.C
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Amuda 2008 Turquie (Cilicie)
Publié par R C le avril 6, 2011
Un petit fort pour se mettre en jambes, parfaitement visible, fléché, identifié sur les cartes, la route passe à ses pieds et l’ascension s’effectue en 10 mn. Pas de miracle sur le rocher, les vestiges sont largement fréquentés et leur intérêt assez faible. La tour comportait quatre niveaux, la seule porte est au nord à un mètre cinquante de la base du rocher. A l’intérieur la disposition est étrange, en demi étage inférieur un espace confiné occupe plus de la moitié de la salle, probablement une citerne. Dans l’angle Nord-est, reliant l’une des parois de la citerne, un muret délimitait un petit espace clos, certains y verraient bien une seconde réserve d’eau, pourquoi pas un silo de stockage ? Le troisième niveau dont il ne subsiste plus que la face Nord-Est jouissait d’une vue imprenable sur l’ensemble de la cour, deux ouvertures demeurent toujours, un petit escalier pris dans l’épaisseur du mur le distribuait. Un dernier niveau en terrasse, bénéficiait d’un hourd, quelques beaux corbeaux surplombent toujours la porte d’entrée du donjon. J’emploie ce terme à dessein car il s’agit d’un bâtiment autonome dans l’enceinte du château. Il possédait son propre système défensif avec le hourd et les merlons du couronnement, ses espaces d’habitation sur deux étages, du stockage en eau et nourriture. Un dispositif rare dans la région où la majorité des forts n’a pas de tour dominante. La situation d’Amuda sur la route Sud-Nord de Kadirli à Goksun puis en direction de l’est, son implantation sur un rocher isolé au milieu d’une plaine fertile bien irriguée, rendent le spot convoitable. Le site a certainement été occupé assez tôt, par les Hittites puis par les Byzantins et les Arméniens qui cédèrent la place aux Chevaliers Teutonique. Au début du XIIIe vient au pouvoir le jeune roi Arménien Raymond-Roupen, intronisé par Othon IV, il souhaita faire un geste envers ses nouveaux protecteurs Allemands. 1266, épisode douloureux selon certaines chroniques moyenâgeuses, lorsque le fameux Baybars se pointe ici avec ses Mamelouks il a déjà raflé la plupart des forteresses franques dont le Krac. Les indigènes, plus de 2000, se seraient réfugiés dans l’enceinte et les cavernes qui minent le rocher. 40 mètres sur 70, c’est petit pour toute cette foule. Maintenant le village d’Hemite compte à peine 500 personnes. Finalement l’affaire s’est mal terminée pour les ruraux, les hommes furent liquidés quand femmes et enfants allèrent visiter le Caire… Toutes ces occupations successives se repèrent dans la construction, notamment l’aménagement du donjon qui correspond assez bien au standard germanique, l’Alsace n’est pas si lointaine. Hormis la tour, les vestiges sont assez abîmés, à l’extrémité Nord-Ouest le saillant s’élevait encore à plus de sept mètres en 1939 (Hellenkemper), le fragment d’arche au milieu de la cour est difficilement attribuable, sans doute un casernement comme à Silifke. Pour se rendre à Hemite, depuis Osmanye roule en direction de Kadirli, le château est parfaitement visible. A la première intersection après avoir aperçu le site, tourne à droite, franchis le canal, traverse le village, stationne au pied du rocher puis grimpe en empruntant un chemin, facile. Position : lat. 37° 14 N, long. 36° 05 E. R.C.
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Payas 2008 Turquie (Cilicie)
Publié par R C le mars 1, 2011
Loin des forêts perdues, des sommets abandonnés, des pistes boueuses, de pierriers ou d’amas de blocs instables, Le fortin de Payas présente bien. Etat de conservation parfait, vue sur mer, plage de sable gris, pieds quasi dans l’eau. Superbe carte postale, bien proportionné avec sa petite enceinte et la masse de sa grosse tour carrée. Conceptuellement de l’arménien, mais construit dans le dernier quart du XVIe par les Ottomans, l’ouvrage défendait le port, de plaisance aujourd’hui. Quadrilatère flanqué de trois tourelles d’angle et surmonté de la tour dans l’angle Nord-Est, une entrée de style ottoman en souricière, un appareil de construction en très gros bloc à l’arménienne. L’association des tourelles pleines et le type de construction rappellent Sinap et Anacik. La tour occupe plus du quart de la superficie du site, sur trois niveaux. Au rez-de-chaussée, une salle aveugle couverte par une voûte quadripartite, seule une petite porte en donne l’accès. Au second, par un escalier extérieur rampant sur la courtine, une magnifique salle organisée autour d’un espace couvert d’une croisée d’ogive, La lumière y pénètre de toutes parts, les ouvertures alternent leurs embrasures de tir, intérieures pour les archères, extérieures plutôt pour des bouches à feu. Au troisième niveau, une tour polygonale est dédiée au guet vers la mer. La visite est rapide, d’autant que le site de Payas est riche. Il existe à quelques centaines de mètres un grand château qui défendait un complexe cultuel, mosquée, médersa, et surtout l’un des plus vastes caravansérails du monde ottoman. Ces deux sites sont ouverts à des conditions ignorées, hélas, Le château est également un grand quadrilatère, avec un rempart protégé par un boulevard et de grandes douves sèches entièrement maçonnées. L’ensemble a subi des travaux de restauration, la basse-cour est totalement vide, à l’exception d’une bâtisse en ruine sans intérêt. Sur la périphérie, un châtelet protégeait l’unique entrée. tours rondes et carrées alternent avec une dominante plus massive très en saillie sur le mur Ouest. Un ensemble dénué de charme, il transpire l’ennui. Le caravansérail, dans un état remarquable est impressionnant de taille et de silence. La préservation de l’attribution de ses espaces est conforme à l’origine. L’endroit semble avoir été utilisé jusqu’à une date récente, la lugubre galerie du bazar avec ses cellules échoppes attend le retour des camelots. La cour intérieure de l’édifice bordée d’arcades ouvrait sur les espaces attribués aux caravaniers, toutes identiques les cellules possédaient une cheminée. A noter d’autres espaces plus résidentiels par la taille et leur isolement destinées à des hôtes plus généreux. Demandez peut-être à la mosquée pour vous faire ouvrir la grande porte. Position : lat. 37° 45 N, long. 36° 12 E R.C.
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Maran 2008 Turquie
Publié par R C le janvier 19, 2011
1440 m, une longue crête de 200 m de long sur à peine 10 au plus large. Depuis l’est le fort est invisible, aucune fortification, la falaise protège naturellement, côté ouest à peine plus accessible, le rempart file sur la roche tout au long de l’éperon. Pas d’ostentation, de l’efficace, un fort de garnison dans toute sa splendeur surtout au couchant. Le site est désert, plus bas, à la passe, un berger séculaire nous a refilé un verre de thé brûlant, j’aimerais pas y séjourner l’hiver. A partir de la route, entre 150 et 200 m de dénivelé, une petite demie heure en ligne droite pour parvenir au socle des rochers qui porte la muraille, il s’agit plus d’un mur de soutènement. La porte typiquement arménienne, en façade un arc surbaissé composé de 8 voussoirs, vue de l’intérieur, un arc en ogive constitué de 12 autres voussoirs. A cet endroit la déclivité est d’au moins 40°, dans l’enceinte ou plutôt sur le faîte les espaces plans sont rares. Présents depuis toujours, d’énormes blocs obstruent les passages, quitte à élever de semblables murs pourquoi ne pas aménager la plateforme. Les rares constructions sont disséminées sur une langue de gazon fin entre d’énormes rochers, tu imagines assez difficilement les déplacements rapides sans se fouler une cheville ou se tordre le cou. Un trait caractéristique des châteaux arméniens de Cilicie, un extérieur soigné, un système défensif efficacement impressionnant, et le chaos dans la basse-cour. Nous en déduirons hâtivement que l’apparat, ainsi que la puissance dégagée comptaient pour beaucoup dans l’établissement du statut nobiliaire. Maran n’a pas la majestueuse ambition de Toprak, Geben, Yilan ou de Vahga son intervisible suzerain, 20 km les espacent. “La beauté du paysage nous rendait muets”, un coup d’œil circulaire, la lumière rasante, la pierre vire au doré et le registre des verts s’amplifie, déjà les sommets voisins s’embrument.
Depuis le dernier relevé d’Edwards en 1979, la chapelle est devenue un tas de pierres, ses soubassements sont encore en place. Vers la pointe Sud, légèrement en contrebas, à demi taillées dans le rocher deux salles contiguës devaient plus servir de celliers ou de corps de garde que de citernes. Pour les amateurs, il en subsiste une vaste au milieu de l’éperon dans une redoutable anfractuosité de la roche, couverte par une voûte, elle était fermée à l’ouest par le mur d’enceinte. Les téméraires y descendront en ayant pris soin de laisser une corde à leurs copains assis à califourchon sur le rempart, surplombant 20 m de vide. Pour rejoindre Maran ; dans le centre de Feke en venant de Kozan, juste après un pont, empruntez une route plein ouest. Au début, suivre la vallée jusqu’au huitième kilomètre, à la bifurcation prendre à droite vers Kaiserli. Au terme d’environ 15 km, les rares murs du côté Nord-est sont visibles. Sous la falaise au bord de la route, en semi troglodytique les quelques habitations du hameau de Maran, Position : lat. 37° 49 986 N, long. 35° 48 581 E R.C.
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Mancilik Mandjilik Neghir 2008 Turquie (Cilicie)
Publié par R C le décembre 21, 2010
Le château invisible, depuis la plaine, depuis la montagne et depuis la mer. Au XIIe et XIIIe les voyageurs qui descendaient vers Antioche (Iskenderun) pouvaient apercevoir la silhouette du fort en repli des premiers monts. Enfoui dans une abondante végétation il est vraiment difficilement discernable, au terme de 4 heures d’investigation en poursuivant une piste carrossable puis une tentative pédestre dans un maquis à 600 m d’altitude nous avons échoués. Edwards en 1974 avait eu recours à un guide local, et mentionne au moins une bonne heure de marche, sans donner son point de départ. Depuis 34 ans, l’infrastructure routière a largement progressé, nous avons pu constater que les pistes forestières étaient souvent praticables par des véhicules de tourisme, surtout s’il y a de l’exploitation forestière. Ce faisant, l’usage d’un 4 X 4 pour s’aventurer dans ces montagnes peu fréquentées est largement recommandée, les cartes précises sont introuvables, existent-elles ? Tout bien considéré, l’intervention d’un guide s’avère salutaire et économique si vous ne souhaitez pas sécher sur un sentier ou passer une nuit dans une voiture embourbée, au mieux cheminer de longues heures pour rien. Second chapitre de l’aventure, une fois le fort aperçu et parfaitement localisé il faut encore trouver le chemin le plus simple pour parvenir à sa porte. Enfin, au pied des remparts la quête peut se terminer par de l’escalade. Ma première analyse de Mancilik se borne à l’interprétation du plan et aux excellentes supputations d’Edwards. L’attribution du lieu et sa trace dans des chroniques moyenâgeuses est sujette à circonvolutions, des explorateurs allemands y verraient bien un château baptisé Neghir par les Arméniens, ce faisant il était construit en basalte noir, or ce que nous n’avons pas vu est construit en moellon de calcaire bien jaune. Assurément, le fort contrôlait l’axe nord/sud, plus tardivement il a pu servir de base arrière pour les postes de Payas à l’époque des Ottomans. Le site est nantis de plusieurs constructions à usage domestique dont des citernes, une chapelle, des salles voûtées, l’ensemble est inclus dans un système défensif puissant, autant d’équipements qui orientent vers une occupation régulière plutôt que celle d’un ouvrage de garnison. L’accès le plus aisé s’effectue par l’ouest, avec pas moins de trois portes, les autres côtés sont bordés de rochers. L’état de conservation semble attractif, tous les bâtiments sont agglomérés dans la partie haute, à l’est. Plusieurs rangs de mâchicoulis sont toujours en place sur des parties de murs extérieurs et intérieurs. Au Nord, deux grosses tours sur deux niveaux, leurs salles étaient couvertes par des voûtes en ogive. Si vous parvenez dans l’enceinte vos efforts certains devraient être récompensés. L’accès au village de Rabat, dernier village avant la montagne, passe par Doryalik ou Dorytöl à l’est de Payas, sur la route du littoral qui descend vers Antakya. La montagne qui le supporte est entièrement boisée. Sur la route principale à Doryalik bifurquer en direction de la montagne, l’intersection se trouve avant un pont qui enjambe une petite rivière. La piste forestière qui pourrait y mener démarre après la traversée de Rabat au pied de la montagne en longeant vers le sud, puis rapidement il faut prendre à gauche le chemin monte sur le flanc d’une colline au dessus d’une carrière, après c’est la forêt. Edwards évoque une marche dans le lit d’une rivière vers l’Est puis un accès final depuis le nord, dans une forêt très dense. Position : lat.36°47 N Long. 36°19 E. R.C.
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Hasambeyli 2008 Turquie (Cilicie)
Publié par R C le novembre 26, 2010
Allez directement vous tapez la cloche dans un petit caboulot au centre du bourg. Dégustez tranquillement votre brochette de plus ou moins jeune mouton avec une salade d’oignons frais, l’ensemble accompagné d’un peu de pain chaud dont vous ne pouvez vous rassasier, tant sa texture moelleusement élastique est jouissive. Il ne manque que le verre de Tavel, cruelle culture. Sous les tonnelles, installés sur des chaises multicolores en métal, les types sommeillent ou glosent sur la présence de deux touristes attablés à l’intérieur. Vous allez vite oublier le pan de mur sur la colline qui longe la rue principale, en revanche vous n’effacerez pas le contraste des boutiques répandant leur couleur sur le trottoir et gardant une sombre fraîcheur dans leur antre. Hasambeyli, une petite ville qui s’étire d’un fond de vallée sur un plateau céréalier à 800 m, Toute l’activité économique de la région est concentrée là depuis longtemps. L’étape est ancienne et convoitée, dès 1298 la route qui mène en Syrie ou à Antioche n’est déjà plus contrôlée par les Arméniens. Aujourd’hui, il s’agit toujours du plus court chemin vers Gaziantep depuis Osmanye via Cardak, gardé par le puissant fort de Savranda, à 10 km vers l’ouest. Ce dernier a vu passer dans un sens ou dans l’autre tous les protagonistes des XIe au XIVe siècle : Byzantins, Grecs, Mamlouks, Francs, Arméniens et peut être Mongols. Dernière étape avant la montagne, puis la descente vers la jonction avec la route côtière, à Fevzipasa. La construction du fortin d’Hasambeyli aurait pu être accordée aux Croisés, tout comme celle de Karafrenk. Pas d’histoire connue, chiches ruines, seul un mur sur deux niveaux percé de deux archères, pas de traces de soubassement. Le grossier appareil évoque celui du mur du bastion d’Amuda L’enceinte devait épouser la forme de l’éperon, aujourd’hui elle est cernée de fermes, sacrifiée à la technologie de “pointe”, son accès est rendu impossible par l’implantation d’un relais hertzien. Chaussez des bottes, il faut traverser une basse-cour repoussante pour arriver à la clôture, l’approche du site s’effectue en voiture et les vestiges sont visibles depuis la rue en contrebas. Position : lat. 37° 07 744 N, long. 36° 33 371 E. R.C
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Geben Gaban Kapan 2008 Turquie (Cilicie)
Publié par R C le octobre 25, 2010
Godefroy de Bouillon aurait dû y passer, dommage la vallée d’Andirin, à cette époque, étaient entre les mains des Seljoukides. La première croisade avait traversé l’Anatolie, en franchissant cette dernière chaîne du Taurus elle accédait aux plaines en direction d’Edesse. En 1097, les Byzantins guidaient tous ces troupeaux de pèlerins francs, depuis Goksun vers Maras, la piste la plus franchissable était celle qui passait par Geben, Azgit, Andirin. Aujourd’hui, la route principale passe plus à l’est par Sadalak, Godeffroy et sa bande ont bien emprunté cette piste moins sûre, aucune fortification n’est présente sur cette voie. En passant à Geben vous comprendrez l’appellation de verrou pour un ouvrage fortifié, elle prend ici toute sa signification ; qui tient ce fort, doit contrôler toute la vallée. Le village, à 3 km au sud, était un nœud de communication, outre l’axe principal Nord-sud, d’autres routes transversales desservent de nombreuses petites vallées contiguës, certaines en cul-de-sac, d’autres menant vers de grands axes. L’arrivée par le nord est certainement la plus impressionnante, le piton qui porte le château se détache clairement avec ses aplombs de plus de 400 m. La route circule sur le versant Ouest opposé, elle permet une remarquable vision semi-circulaire sur le site, précisément sur le logis en partie haute. Depuis le sud, le château ferme vraiment toute la vallée, la route du col passe à ses pieds, il est inévitable, ses trois rangs de fortification s’étagent sur une forte déclivité. Pendant l’occupation arménienne, vers 1216 une bagarre fameuse se déroula dans la vallée, les Mamelouks emportèrent le morceau, plusieurs chevaliers furent faits prisonniers, paradoxalement le baron Levon demeura maître dans son fort. Encore une fois, la majeure partie du bâti est attribuable aux Byzantins, les Arméniens se contentent de procéder à quelques ajouts. Leur occupation débute vers 1145, survient l’épisode de 1216, puis la capture Mamelouk de 1346 suivi d’une brêve reprise qui s’achève avec la chute du royaume en 1375. Quelques sursauts d’activité avec le maintien d’une présence arménienne se poursuivront au XVe et jusqu’au XIXe, pas forcément dans le fort mais dans le village. En cela aussi, Geben et Vahga ont eu un destin parallèle, ils contrôlaient des routes d’accès stratégiques pour la Cilicie, enfin ils appartenaient aux Rubeniens. Le point est à la fois défensif et résidentiel, il suffit de considérer l’importance du logis et le nombre de salles, néanmoins tu peux t’interroger sur les conditions de la vie hivernale dans pareil endroit, à plus de 1500 m. Je n’ai vu aucun vestige de cheminée, l’endroit est réputé pour être enneigé de novembre à mars. Au bord du précipice, alignés sur la crête sur le flanc Nord les constructions sont naturellement et idéalement défendues par un abîme vertigineux. A l’ouest, offrant une vue imprenable sur la route, s’élevait un complexe d’habitation sur trois niveaux. Attribué aux byzantins pour les fondements et la détermination des lieux, les Arméniens auraient loti l’espace. Difficile, voire dangereux, l’accès au sous-sol, il reste une belle voûte en ogive et deux minuscules pièces taillées dans la roche. L’accès principal au logis se pratiquait au niveau intermédiaire qui compte plusieurs salles dont la plus vaste s’allongeait sur 20 m. Toute la partie Ouest s’est éparpillée 200 m plus bas, dommage l’accès à ce qui pourrait être une chapelle est vraiment impossible. L’étage supérieur, certainement d’un assemblage plus léger a disparu, il demeure un pan du mur Nord et l’escalier extérieur face au Sud. En poursuivant vers l’est, toujours accroché à la falaise ; les vestiges d’une tour avec une citerne, puis dans les anfractuosités de la roche des pièces aux fonctions non définies, enfin un autre logis. L’espace est généreux, orienté Nord/Sud, surmonté d’une grande voûte, il devait avoir un second niveau. Depuis l’extérieur un beau mur en pierres à bossage s’élève encore à plus de 7 m, juste derrière il existait une autre sortie pour les moments difficiles, son accès devait être réservé aux sportifs. En contrebas, au sud-est, sur la ligne de la première enceinte, les restes d’un bâtiment intriguent ; d’une part par son implantation périphérique isolée et surtout par son absence de toute ouverture vers l’intérieur, enfin son unique porte donne sur l’extérieur de la forteresse. Cette construction de l’époque byzantine aurait pu être un lieu de culte, l’accès n’est pas aisé. L’implantation du château sur un pan sévèrement incliné ne devait pas rendre la vie très facile aux occupants, aucune basse-cour ou d’espaces plans. Paradoxe récurrent pour les châteaux de Cilicie : ici la présence de d’énormes rochers dans les salles ainsi que dans les passages, entre en contradiction avec l’ingéniosité des systèmes de défense ou la qualité des appareils. Ces forts sont d’avantage des espaces militaires que de résidences, représentants d’un pouvoir féodal assez fragile où l’ostentatoire prime sur le fonctionnel. Position : lat. 37° 48 863 N, long. 36° 24 449 E. R.C.
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Findikli Goksun 2008 Turquie (Cilicie)
Publié par R C le octobre 3, 2010
Lors de mon premier voyage en Cilicie, j’évoquai dans ma quête de Tamrut, la rudesse des lieux de vie. Pauvreté ou saleté pourraient qualifier l’habitat et les conditions de vie du rural turc. Un regard empathique, doublé d’un examen plus approfondi des modes de construction t’acheminent vers une lecture moins paresseuse. Sans nier leur fonctionnalité, la poésie des assemblages de matériaux millénaires à des parpaings de béton est une leçon d’architecture vernaculaire pour les zélateurs de l’habitat traditionnel en occident. Les hameaux des fonds de vallée n’ont pas de route, simplement des chemins de terre qui passent dans les cours de fermes. Sur ces esplanades de boue ou de poussière, dans une monochromie d’ocre foncé émergent des silhouettes pâteuses aux trognes souriantes. Findikli kalesi ? …des secondes, puis ils répètent en cœur kalesi, concertation du groupe, puis ils agitent les bras en nous montrant une direction puis d’autres pour la suite. Nous n’avons jamais compris s’il fallait marcher, rouler, monter directement, emprunter quelques routes en fond de vallée. Pourtant le pog est là, depuis l’esplanade de boue, il vient de pleuvoir, les ruines ne sont pas visibles, je me demande si les types y sont déjà allés ? Il ne reste que peu de pierres assemblées sur l’éperon, les soubassements de bâtiments autour de l’entrée et un super morceau de carapace en aplomb de la falaise. Disproportionné, il augurait de la taille de la muraille, sa découpe permet d’identifier le pog qui se voit à plus de 10 km à la ronde, Le rocher est isolé et très haut, selon Edwards, la piste d’accès est dangereuse, certainement un sentier introuvable taillé dans la roche avec des marches d’escalier usées et un bout d’escalade pour terminer. Le fort, qui a hérité du nom du village turc le plus proche, était l’un des points de défense arméniens les plus au nord. Avant la plaine de Goksun, il fermait la passe en provenance de Geben, ainsi que celle de Maras plus à l’est. La montagne est lugubre, les fonds de vallée où nous nous sommes perdus exhalent la fraîcheur, tout est boisé sauf les sommets en prairie.Nous n’avons pas démérité, nos infructueux essais par l’ouest, ou par l’est auront durés plusieurs heures jusqu’à la tombée du jour. Le village de Findikhoyak (Findikli) est accessible depuis une bonne piste de terre rouge, vers l’ouest, sur la route de Kadirli, ou plus aisé depuis Goksun par une route plein sud. Ensuite il faut s’enfoncer dans une vallée, éviter celle qui semble mener au pied de la falaise vers le sud-ouest, elle parvient au fameux hameau où nous nous sommes arrêtés. A proximité, une autre piste sur le versant Est pourrait s’avérer plus praticable mais elle te fait changer de vallée. Position appro. : lat. 37° 54 N, long. 36° 26 E R.C.
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Cardak Hamous 2008 Turquie (Cilicie)
Publié par R C le août 26, 2010
L’un des plus gros forts de Cilicie, Cardak s’appuie sur les premiers monts du massif de l’Amanus qui bordent le sud-est de la plaine. A 10 km à peine de Osmanye, depuis ma chambre d’hôtel je pouvais distinguer un morceau de muraille. Le château est ancien, il pourrait être cité dès 942 s’il s’agit bien du site d’Hamous. Aucune certitude pour une attribution exacte, la corrélation entre des faits et des lieux est rarement établie, en Cilicie seule une poignée de forts en bénéficie. La localisation stratégique en fait un ouvrage déterminant dans la défense de voies importantes au moyen âge. L’accès vers le sud, par la passe de l’Amanus vers Savranda, la route de la plaine vers l’est en allant vers Gaziantep puis Edesse, enfin vers le nord dans la direction de la vallée qui mène à Goksun. Pour l’intervisibilité, sa position en bordure de plaine lui ouvre la perspective vers Toprak à l’ouest, Harunye au nord est, Bodrum au nord. Le château a hérité du nom du village juste en dessous, pour s’y rendre il faut prendre la route de Osmanye à Gaziantep. Bizarrerie turque, à une grosse intersection un panneau de signalisation indique Cardak Kalesi, direction plein sud. Ne te réjouis pas, ce sera la seule indication, 10 m plus loin il faut déjà tourner vers l’est afin de reprendre la route qui passe par la montagne vers Yarpuz/Fevzipasa. Traverse le bourg qui s’étend sur des kilomètres, comme la plupart en Turquie. D’abord dans les cultures puis dans les pins, la route monte à flanc de coteau. Après les premiers lacets, sur la droite une piste en épingle aborde la montée plus rudement, effectivement elle semble se rapprocher du château. Nous avons tenté notre chance à deux reprises, le soir après un orage, cinq kilomètres de caillasse et de boue, le lendemain matin dans de meilleures conditions, après 8 km et 1/2 h de marche nous avions toujours une vallée et un mont à franchir. Quatre à cinq heures de quête pour des prunes ! Consolation, les vestiges visibles depuis notre route sont parmi les plus emblématiques du lieu : trois tours et un beau morceau de muraille toujours en parfait état, elle est bien plus abîmée sur la face Nord. L’enceinte est un quadrilatère de 100 m presque équilatéral, sur le plan les rares bâtiments sont accolés au revers de courtine Ouest. Un grand espace sans ouverture, Edwards y verrait bien une citerne mais campée sur un rocher au point le plus haut, il faut s’interroger sur la collecte des eaux. Au milieu, reste un bâtiment sans toit où notre ami y placerait une autre citerne. Tout à côté un petit édicule isolé attribuable sans équivoque aux Arméniens servait de chapelle. Ce serait là leur seule contribution. Les ruines émergent d’une forêt de pins qui recouvre tout le site, celles que nous voyons correspondent au côté sud, A prévoir, quelques heures et peut être le concours d’un guide ou d’un indigène désoeuvré pour accéder au pied des murs. Position appro. : lat. 37° 05 N, long. 36° 19 E R.C
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Bodrum 2008 Turquie (Cilicie)
Publié par R C le juillet 27, 2010
La Cilicie s’apparenterait au plateau de Monument Valley, une plaine hérissée de rochers garnis de fortifications. La force du système repose sur l’intervisibilité des forts entre eux, et des signes qu’ils pouvaient émettre. La comparaison avec la pratique ancestrale des signaux lumineux ou fumigènes apparaît inévitablement. Romains d’abord, Byzantins puis Arméniens, durent certainement les pratiquer pour se prémunir des incursions Seljoukides et Mamelouk. Depuis Bodrum l’amplitude du panorama offre la visibilité sur Anavarza, Amuda, Babaoglan, Cardak, Toprak et Tumlu, un vrai programme d’alpiniste. Ajoutez à cela une position stratégique à la confluence de deux axes : nord-sud Goksun-Adana et est-ouest Kadirli-Osmanye. Un éperon qui s’avance sur la plaine, la Ceyhan coulant à deux pas… un tel spot ne pouvait demeurer inoccupé. Le site domine aujourd’hui des cultures fruitières, au printemps le bucolique et le lyrisme des ruines occultent le peu d’intérêt que représente la visite du fort. L’arménienne’s touch est néanmoins discernable dans le réemploi des matériaux de l’époque romaine, et l’usage de certains appareils de maçonnerie. Le plan est simple, l’enceinte occupe toute la périphérie du sommet, un mur flanqué d’une tour pleine divise en deux la construction. La carcasse est vide, les courtines Est ont bien morflé, les restes sont minces : deux débuts de salles voûtés superposées, une tour aveugle qui contenait deux petites salles recouvertes d’une voûte en ogive. De l’avis d’Edwards les salles basses seraient des citernes, il affectionne particulièrement à en dénicher aux quatre coins de tous les forts ! Depuis la plaine, la vision des ruines est très photogénique de toutes parts, je vous recommande de faire le tour et d’emprunter la passe taillée dans l’éperon, un travail de Romains. Aux alentours, diverses installations domestiques égaient la promenade : rigoles d’adduction d’eau, tombeaux creusés dans la falaise, emplacement de structure en boisage. Dans la prairie s’étalent les vestiges de la ville de Hiérapolis-Castabala, le théâtre, la voie à colonnade bordée de portiques, le temple et la basilique, tout fut détruit par deux tremblements de terre au VIe, depuis le château beau panorama de l’ensemble. Dans le théâtre, vous remarquerez le banc des patriciens en relatif bon état, il bénéficie d’une assise convexe d’un seul tenant alors que la plèbe profite sur de simples gradins. Sur le panneau d’accueil au pied du site, l’administration culturelle turque attribue la construction du “kalé” aux “crusaders”, bien souvent les indigènes oublient ou ignorent que les châteaux de Cilicie relève d’une occupation arménienne. Position : lat. 37° 09 N, long. 36° 12 E. R.C
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Babaoglan 2008 Turquie (Cilicie)
Publié par R C le juin 21, 2010
Toutes les collines de la plaine de la Ceyhan ont été investies très tôt, celle de Babaoglan n’y a pas échappé. Quelques “historiens voyageurs” lui auraient attribué une occupation quasi mythique. Les présences Hittite à Karatepe et Romaine à Hiérapolis authentifieraient la thèse, plusieurs vestiges romains se trouvent à proximité du château. Le plus beau est sans doute ce bas-relief taillé dans un grand pain de grès, au nord, faisant face à la butte des ruines. Le spot est idéal pour capturer les plus belles prises de vue des murailles. La stèle représente un soldat avec son cheval cabré, au dressage peut-être. Les Byzantins ont occupé et fortifié le site, puis les Arméniens, et enfin les Mamelouks, chacun y allant de sa touche personnelle, ce faisant les premiers occupants peuvent se targuer d’avoir fait le plus gros du travail. Dans le système défensif de la plaine, Babaoglan était un ouvrage d’appui, impressionnant par l’exiguïté de son implantation et les surplombs de ses faces Nord et Ouest. Petit rocher. Si les murailles sont flatteuses, surtout depuis le nord, une fois passé la porte disparue, et pénétré dans la petite tour à droite, il ne subsiste vraiment pas beaucoup de repères. Seulement des soubassements qui permettent d’imaginer. Lors de ses relevés, Edwards est parvenu à dégager dans la partie Est, à l’intérieur de deux minuscules pièces rondes, quelques Mosaïques byzantines, des restes de peintures murales et des morceaux de pavage en marbre. Il s’agit d’imports, il n’y a pas de filon à Baba. Considérant les quelques restes des bâtiments et la délicatesse de leurs aménagements, le château a certainement été employé comme lieu de résidence. Sur le front Ouest, autour des vestiges d’une citerne, il en existerait deux autres complètement enterrées, tellement inaccessibles que je ne les ai pas aperçues. Pas vu non plus, l’emplacement d’une chapelle, au nord, sur une terrasse en contrebas, il ne resterait plus que l’abside qui possédait encore de belles niches, nous ignorions son existence et notre guide ne nous y a pas amené. Le haut du rocher est partagé, accolée en avant du réduit sommital, une construction pouvait faire office de premier poste défensif, notamment avec son mur bouclier. L’intervisibilité de Babaoglan avec Bodrum, l’implantation sur un rocher au milieu d’une plaine, facilitent grandement la visite. Ainsi, sur la route de Osmaniye à Kadirli, prendre vers le nord en direction de Karatepe. A l’approche du site, obliquer à gauche et monter jusqu’au village qu’il faut traverser en montant vers la droite, une cour de ferme semble traverser la route, continue en évitant les poules et les canards, à 1 ou 2 km stationne dans une carrière. Ensuite marcher 1/4h, le sentier dans le maquis est à peine tracé, sur la crête, lors d’une bifurcation peu visible, à droite le chemin mène à la stèle romaine, à gauche vers le château. Alt. 488. Position lat. 37°14 589 N long 36°11 206 E. R.C
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Azgit 2008 Turquie (Cilicie)
Publié par R C le mai 31, 2010
A 1200 m sur un plateau herbeux j’imagine le vent circuler en rafales froides. Depuis Andirin, le château semble posé sur un tas de blocs rocheux. Une belle enceinte presque au complet, une performance pour un site en bord de route, Depuis le nord, en redescendant de Geben, changement de décor, le fort est au bord d’une falaise. Sur son éperon il domine toute une plaine agraire, n’y cherchez pas l’accès, il se trouve sur le plateau par un chemin tout juste après la montée. Ensuite il faut suivre le chemin et couper en direction des ruines. Comme à l’accoutumé l’arrivée à la porte est rendu difficile par une succession de passages entre des rochers. D’ailleurs, la plupart des châteaux arméniens sont à peine accessible aux canassons, quant aux charrettes… L’approvisionnement ne devait pas être aisé, la destination militaire prime sur la résidence qui devait se faire dans des masures de bois et torchis avec un soubassement en grosses pierres. Avec un peu d’imagination, il suffit d’ôter aux constructions voisines actuelles leur parabole et connexion au réseau d’électricité. Azgit est un point d’appui qui défendait la passe vers Goksun et contrôlait en même temps toute une vallée. Le site à fait l’objet de plusieurs études au cours des 50 dernières années, Thompson, Dunbar & Boal, puis Edwards. L’attribution aux Arméniens n’est plus mise en cause, la construction s’est déroulée vraisemblablement en une seule campagne au XIIe. La porte est typique des constructions arméniennes ; un arc en ogive soigné doublé d’un assommoir. Probablement pas de souricière pour cette fois, la forte déclivité procurait un avantage indéniable pour les défenseurs postés en surplomb, une petite tour de défense à l’extérieur protégeait aussi l’entrée. La courtine Sud se trouve dans un état remarquable. L’angle Sud-est conserve l’endroit le plus intéressant du château, un saillant élevé sur au moins deux niveaux. Le premier, semi enterré, garde deux salles basses voûtées. Peut-être des citernes… avec des portes ? Le sol ne paraît pas très excavé, tout au moins pour l’une, car l’autre n’est franchement pas accessible, à noter traversant le mur, des conduits habillés de terre cuite. A l’extérieur sur le couronnement du second niveau, il subsiste des corbeaux, la salle était éclairée par quatre embrasures de tir. A l’extrémité Ouest, surmontant une petite poterne, un beau linteau s’orne d’une croix pattée dans un cercle, à l’intérieur sont conservé en parfait état les systèmes de fermeture ainsi que le couronnement par un arc en plein cintre. Le plan torturé occupe toutes les limites du terrain, la basse-cour suit les aspérités et ne semble pas très logeable, pas de restes de constructions, seulement la grande enceinte. Position : lat. 37° 36 553 N, long. 36° 22 891 E R.C
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Gicekli 2008 Turquie (Cilicie)
Publié par R C le mai 10, 2010
Un poste de garde, à la liaison des routes transverses de la vallée de la Ceyhan à celle d’Andirin. Une grosse tour sur un éperon isolé, situation idéale pour surveiller et réguler la passe. Le plan est simple, un quadrilatère flanqué d’un décrochement qui défendait la porte d’entrée au nord. La tour ronde venait en renfort sur l’angle Sud-ouest donnant sur la vallée d’Andirin. La position et l’implantation sur ce rocher, à la confluence de deux vallées, sont les seuls attraits du site. Sa construction en blocs irréguliers de bonne taille pourrait être attribué aux Arméniens, elle ressemble d’ailleurs à l’appareil Azgit quelques kilomètres plus haut. Si vous venez de l’est depuis la vallée de la Ceyhan, la route de jonction qui passe par Yenicekale, traverse une chaîne de montagnes, elle se prend à plus de 20 km au nord de Karamanmaras. Auparavant, une route démarrait directement de la ville, elle a disparu sous les eaux d’un gigantesque lac. De profundis, également pour le petit château de Kum qui dominait la Ceyhan à 12 km au sud d’Anacik. Au terme de deux bonnes heures de recherche autour des bras d’un autre lac artificiel, nous avons fini de comprendre, en turc, que les ruines étaient sous l’eau. Bizarrement, les deux routes qui y menaient sont fermées et les rives sont inaccessibles, le barrage n’est pas éloigné. Ainsi disparaissent certains sites. Position : lat. 37° 31 950 N, long. 36° 21 595 E. R.C
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