Ruines de châteaux

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Archives pour novembre 2007

Ortenbourg 2002 France (Alsace

Posté par ruine le novembre 24, 2007

Ortembourg

OrtembourgRamstein

Dans le Val de Villé, visible à des kilomètres à la ronde, dirigez vous vers lui à l’instinct, puis prenez à Scherwiller la route qui mène à la maison forestière de Hühnelmüle, de toute façon maintenant le site est fléché. Il faut quand même s’envoyer 3/4 h de montée dans une forêt. Alors ça dissuade quand même pas mal de braillards remplis de bière, en tout cas pour les plus courageux ça les calme. L’énorme masse se découvre progressivement, fissa tu accèdes à la première enceinte et tu grimpes 4 à 4 la rampe d’accès. Tu passes le pont-levis et tu te retournes pour t’accouder au parapet de pierre, il y a souvent du vent là-haut, la vue sur la plaine est quand même saisissante (450 m, c’est moins haut que Gérardmer à 600). Derrière, il y a les Vosges et le Haut-Koenigsbourg mais tu ne les vois pas. Il est temps de rentrer dans le lieu, c’est grand et sombre la courtine couvre trois niveaux. Alternent cheminées, baies, embrasures de tir, le logis est encore perceptible mais c’est surtout le donjon qui impressionne. 40 m, six niveaux, évidemment il ne reste plus que les quatre murs.
Je pénètre par une ouverture de vandales au ras du sol, dans le tube qui ressemble plus à un colombier, ça roucoule grave et ça pue un peu la fiente. Je ressors, je me suis gardé le meilleur pour la fin : la galerie entre le donjon et sa chemise, un mur bouclier destiné à la protection du site coté montagne, il couvre plus de 2/3 de la hauteur de la tour. Dans l’étroit passage (2 à 3m) toute la superstructure en bois a disparu, seul demeurent quelques arcs boutant, je m’imagine dans une ruelle médiévale.

En redescendant, allez faire un tour au Ramstein, de loin la ruine semble intéressante, sur place et après l’Ortemberg c’est plutôt pauvre. Un appareillage de pierre merdique, surtout il ne reste plus qu’un pan d’une grosse tour. Le Ramstein aurait servi de camp de base pour mener des attaques vers le plus haut.

L’histoire de l’Ortembourg est mouvementée, Charles le téméraire le considérait comme une place forte stratégique, une campagne d’aménagement fut menée sous son bref règne.
Tout commence assez tôt vers l’an 1000, les constructions visibles datent de 1258, à cette période le château appartient aux Habsbourg, un certain Rodolphe 1er se considérait roi des Romains, et pourquoi pas empereur du monde.
Après des vicissitudes, arrive Charles, enfin plutôt ses hommes de main dont Pierre de Hagenbach qui finit décapité à Strasbourg. Le Téméraire pensait prendre la Lorraine et son “ami” Louis XI à revers, par le haut en s’appuyant sur l’Alsace. Un rapport contemporain évoque qu’une garnison de 10 ou 12 bonshommes, en temps normal, pouvait faire face à un petit siège. La plupart des châteaux étaient bâtis pour être défendus par une poignée de soldats, l’avantage étant une faible intendance et des coûts réduits pour leur propriétaire. Beaucoup de châteaux disparurent par manque d’entretien, quelquefois très rapidement, des petits seigneurs mégalos s’apercevaient, après la construction, qu’ils ne pouvaient pas payer les traites de leur château, et le bien n’était pas toujours négociable. Autre utilisation pour un site fortifié en jachère, des bandes de soudards s’arrogeaient le bien et en profitaient pour rançonner allègrement les voyageurs et les krutburs dans la vallée. Signe de ces temps difficiles et mouvementés, en 1525 une révolte de kruts se termine dans un bain de sang, 15000..? paysans auraient été liquidés au pied des murailles de l’Ortembourg. Pendant la guerre de 30 ans, les Suédois occupent la place, elle sera démantelée en 1633. R.C.

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Andlau 1994-2002 France (Alsace)

Posté par ruine le novembre 24, 2007

Andlau

Charmant petit bourg de l’Alsace typique, niché dans le mille du vignoble, au pied des ballons et dominé par son château symétrique daté du XIIIe, bien que sa première mention soit en 1344. Les aménagements décoratifs inclinent à se prononcer pour une construction tardive. En effet, l’alignement de baies en ogive polylobées reposant sur des colonnettes au beau milieu de la courtine étonnent pour un ouvrage fortifié. A l’abri des vicissitudes temporelles, des bandits et des Suédois, l’ensemble est intact avant la révolution. Vendu comme bien national à un rapace qui le dépèce monnayant toiture et boiseries, rapide sera sa ruine. Je hais tous ces gars-là, marchands de biens d’hier et d’aujourd’hui. Henri-Paul s’interroge sur la présence des deux donjons, alors qu’un seul suffisait amplement. La mégalomanie répond en principal et je partage son avis, d’ailleurs à quoi sert finalement un château fort si ce n’est à asseoir le nom et la puissance d’un type afin de mieux exploiter les pauvres qui lui sont inféodés. Aujourd’hui, les Chinois se font construire des tours de plus de 400 m de hauteur, au XIIe les bourgeois de San Gimignano se jalousaient avec des tours qui surplombaient leurs palais.
La visite du lieu réclame quelques détours en automobile (passez par la D854 et empruntez une route forestière jusqu’à la Hunterplatz, ne passez pas par Andlau) puis envoyez-vous une bonne demi-heure de marche dans les bois, comme à l’accoutumé.
La muraille apparaît soudain au dernier virage, l’enceinte de la basse-cour est très ruinée en revanche le bel appareil des courtines est intact. Nous entrons dans l’enceinte par une porte ogivale, la cour est sombre, les murs sont percés de meurtrières puis de “larges baies” sur deux niveaux, il faut imaginer que tout était encore couvert au XVIIIe. Un coup d’œil circulaire 11 m sur 34, vite vu, les donjons sont inaccessibles une habitude de la région, la visite est terminée, vite au Spesbourg. R.C.

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Guirbaden 2002 France (Alsace)

Posté par ruine le novembre 24, 2007

Guirbaden

C’est long pour arriver à Guirbaden, j’ai laissé la voiture sur le parking d’une auberge au bord d’un ruisseau, 3/4 h de marche dans la forêt. Sur un petit col près d’une clairière il y a deux ou trois châtaigniers séculaires, finalement je ne suis plus très sûr s’il s’agit vraiment de ce château, c’était en juin il faisait bon.
La forteresse est planquée en plein bois, il ne reste plus beaucoup de superstructures, autant dire que j’arrive dessus sans l’avoir vu auparavant. Un pan de mur rose, émerge de la verdure, soutenu par une belle arche qui relie les blocs de fondation. J’essaie de faire une photo, pas facile dans cet enfer vert. J’arrive à une première porte en ogive, l’emprise est vaste. Après une succession de portes et de murs, j’accède au point le plus haut, un peu d’escalade me permettra de voir un peu plus. Et non mon gars, tu reviendras en hiver pour la vue panoramique. Je distingue à travers le feuillage un grand mur qui barre tout l’éperon. Indiana Jones n’aurait pas fait mieux, je me fraye un passage dans les ronces et arbustes, le mur aveugle m’empêche d’aller plus loin. Demi-tour, je cherche à le contourner. Des photos aériennes datant des années 70, expriment assez bien l’étendue du site, son emprise totale de la sommité. Les deux enceintes sont encore parfaitement distinctes, difficile de les apréhender dans la jungle actuelle.
Le second château à l’est comprend une caserne et à l’extrémité les restes d’un donjon envahi par la végétation si je me le rappelle. Il y avait un bâtiment allongé entièrement restauré façon corps de ferme qui s’avère être une chapelle. La basse-cour est une vaste prairie idéale pour jouer au foot ou faire un pique nique.
Le château daterait du XIIe, l’ensemble s’étend sur 2 ha à 560 m d’altitude, rappelez-vous que le plus haut sommet des Vosges culmine à 1426 m. En 1182 Frédéric Barberousse assiège le site et le démoli. Au XIIIe, un nouveau château à l’alsacienne est reconstruit, tour, donjon, palais luxueux occupent le plateau, un fossé et un mur d’enceinte séparent les 2 châteaux. Améliorations défensives aux XV et XVIe, pendant le XVIIe les Suédois puis les Français auront définitivement sa peau. R.C.

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Franckenbourg 2002 France (Alsace)

Posté par ruine le novembre 24, 2007

Franckenbourg

Du côté du Val de Villé, avec un accès par une route forestière qui n’est pas ouverte tous les jours. Tu laisses ta caisse au grand parking, à la belle saison, le week end, là-haut tu n’es pas vraiment seul. Le château est sur une colline bien isolée, sur ses pentes boisées il subsiste des restes d’un mur païen qui semblait la circonscrire. Première fondation du château moitié du XIIe, quelques remaniements au XVe qui nous gratifient d’une tour d’artillerie avec de belles bouches à feu à redans, l’enceinte à bossage date de la fin XIIe ainsi que le donjon circulaire. Nous sommes bien en Alsace, les ingrédients récurrents de la fortification rhénane sont là : grès rose, appareil parfait en pierres à bossage, la légendaire qualité germanique ne date pas d’aujourd’hui. La ruine est du XVIIe toujours les Suédois…
Un peu de généalogie, le château est passé entre beaucoup de mains : les premières de siegebert de Franckenbourg, puis celles des Stauffen, des Werde, des Mullenheim, de Jean Huttenheim zu Ramstein. C’est au tour des collectivités, les grandes familles ne peuvent plus entretenir les sites, alors les villes qui s’enrichissent et craignent de voir ces forteresses abriter des bandes de soudards assoiffés de gewurz, récupèrent les lieux. Franckenbourg tombe dans l’escarcelle de la Ville de Sélestat pour finir dans celle du grand Chapître de la cathédrale de Strasbourg, pour info, en 1611 la garnison est de deux soldats.
La visite est gratuite, la promenade dans la grande basse-cour est agréable, entre tas de pierres, puits et donjon, mon oreille traîne à l’écoute des balivernes d’un gros malin qui épate une tribu de ménagères endimanchées par des robes à flowers “dans le temps, ils ne devaient pas avoir chaud et les loups rôdaient…”. La promenade aux pieds des remparts est plus calme, faire le tour de l’enceinte, dernières photos avant de voir la pierre virer au violet. R.C

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Wegelnburg 2005 Allemagne (Palatinat)

Posté par ruine le novembre 18, 2007

Wegelnburg Allemagne Palatinat

Wegelnburg Allemagne Palatinat

Il était déjà tard quand nous quittâmes Fleckenstein, pour atteindre le Hoenbourg il faut redescendre jusque dans la vallée et bien sûr remonter fissa sur l’autre ballon. Dans un virage, il y a le panneau du Club Vosgien avec au moins 1/2 h de marche, damned il fera nuit en haut. C’est bien la seule fois où j’appréciai la motricité d’un 4 x 4. A vive allure sur le chemin recouvert de feuilles, je surveille la crête pendant que Paul fait rebondir la Marcel d’une ornière à l’autre. Au détour d’une épingle à cheveux nous laissons l’os et gravissons la pente ventre à terre. Au travers les branchages sur le sommet nous apercevons le pain de grès sombre, dans 1/4 h il fera nuit. La masse sombre du château s’allonge devant nous ou plutôt celle du rocher qui le porte, il fait un froid de canard là-haut, quelques flocons tournoient, le sol n’a pas dégelé. Une belle plaque de fonte signale en écriture gothique : Wegelnburg. “Attends, c’est pas le bon, nous sommes dans le Palatinat, je le connais pas celui-là”. Rapidement nous faisons le tour du propriétaire, trois niveaux de terrasses, une vue imprenable et lugubre sur les derniers ballons qui émergent de la brume avec un bon vent du nord, ambiance Carpates et Dracula.
Du château du XIIe il ne reste pas grand-chose, comme tout ses semblables troglodytes, seules les pièces creusées dans le grès subsistent. Des soubassements de murs laissent imaginer le plan, qui s’apparente à celui d’un navire de guerre avec sa poupe et sa proue fuselées. Des tours défendaient chaque extrémité, les murs épousent parfaitement la forme du rocher. Nous franchissons la première enceinte au pied du rocher, il y a un château haut et un château moyen. L’ensemble est parfaitement restauré, rejointoyé à l’allemande, un peu trop à mon goût. Heureusement, l’heure tardive et les conditions climatiques procurent au site tout son mystère. Un silence vraiment pesant nous entoure, pas une habitation, la forêt à perte de vue, des corbeaux coassent une dernière fois avant de rentrer au bercail. En redescendant, le chemin principal remonte vers une autre butte en s’approchant nous distinguons à travers les arbres la silhouette carrée du Hoenbourg, trop tard, il fallait aller vers la gauche tout à l’heure.
Premières mentions des Wegelnburgen 1246, après un premier siège en 1282 le château s’agrandit puis il passe de mains en mains pour finir ruiné en même temps que Fleckenstein et ses voisins. Aujourd’hui nous appelons ça de l’optimisation car toutes ces places fortes ne sont distantes entre elles que de quelques kilomètres à vol de corbeau. R.C.

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Fleckenstein 2005 France (Alsace)

Posté par ruine le novembre 18, 2007

Fleckenstein Alsace

Fleckenstein Alsace

Fleckenstein j’en rêvais depuis 84, je l’avais loupé de peu. Vu au loin, il flottait sur la prairie comme un navire.
20 ans plus tard, il fait froid et grand beau, la lumière acérée ne pardonne pas. Il est déjà tard quand nous arrivons à Lembach, la route monte dans la forêt de sapins et de chênes, parking de supermarché, visitor center fermé, mais tu peux quand même boire une pils, à un kilomètre au loin, le pain de grès. Il dépasse la forêt qui, dans les années soixante-dix arrivait au pied de la muraille, à présent tout a été nettoyé, déblayé, “cleané”. Aux alentours d’autres résurgences émergent de l’uniformité verte quand le soleil les accroche. En route et au pas de charge, cette fois je suis avec Paul, il aime bien les châteaux surtout les Alsaciens, normal pour un Alsacien. Préalable à notre immédiate ascension, je prends les billets à la minuscule guitoune écrasée par la masse rosâtre. Première enceinte, première chicane, une bouche à feu en fève, une voie carrossable taillée dans le grès mène au pont-levis. Première salle creusée dans la roche, facile avec le grès rose il s’effrite sous le doigt, un pauvre musée lapidaire avec des vitrines des années soixante.
La salle du puits, un ingénieux système de poulies avec renvoi permet de lever l’eau plus facilement quand un bourricot tourne dans la pièce d’à côté. Ca me fait toujours marrer la technologie médiévale, bois ferraille et bourricot ou esclave. Point d’orgue du château, les escaliers donnant l’accès à la terrasse, ambiance garantie par un éclairage soigné (loupiote de balloche de 5 watt multicolores) et bruitage à l’anglaise, mais ici, point de bruit de cuisine, plutôt des éructations de chevaliers (han, han, ah…) avec cliquetis d’épées. Au sommet, j’embrasse un point de vue sur la forêt infinie et déprimante, le vert dur des sapins succède au rouquin des caduques et au loin la brume descend. Le Lowenstein et le Hoenbourg ne sont pas loin, j’en aperçois un, l’autre est juste derrière le ballon à gauche.
La vraie histoire du Fleck. Mensurations : altitude 400 m, 40 m de haut, 8 m de large et 50 de long. Au XIIe, les Fleckenstein font partie des grandes familles d’Alsace qui n’hésitent pas à se quereller avec les Habsbourg, l’affaire vaut au château son premier siège. Cela n’empêche pas à la dynastie de conserver le bien jusqu’en 1720, alors que le château a été démoli en 1680. La construction visible aujourd’hui semble tardive, ou largement aménagée au XVe, les embrasures de tir attestent de l’usage des armes à feu.
La démolition fait suite à la guerre de 30 ans qui oppose la France aux Autrichiens. Le traité de Wesphalie donne les droits des Habsbourg sur l’Alsace à la France, 25 ans plus tard au détour d’un conflit avec les Hollandais l’empire remet la main sur la région, heureusement en 1675 Turenne met la pâtée aux Impériaux à Turckheim. En 1679, au traité de Nimègue, c’en est terminé de l’Alsace aux Habsbourg… pour deux siècles.
1674, Fleckenstein défendu par 14 paysans et un intendant ne fut qu’une bouchée de pain pour les troupes françaises armées jusqu’aux dents, cinq années plus tard la forteresse est détruite à coup d’explosifs, quel spectacle pour les manants. R.C.

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Wasigenstein 2006 France (Alsace)

Posté par ruine le novembre 18, 2007

Wasigenstein France (Alsace)

Wasigenstein France (Alsace)

Une chance que le pain de grès rose qui supporte les constructions des Wasigenstein n’ait pas plus de deux protubérances, sinon il y a lourd à parier que nous aurions eu autant de “châteaux” que de bosses. Le site ne manque pas d’allure, en pleine forêt un éperon verrouille le fond d’une vallée, image récurrente des Vosges du Nord quand une longue barre rose orangée émerge de l’épaisse masse sombre des conifères. Le parking est à 15 mn, il suffit d’emprunter un sentier qui descend vers le site, auparavant tu auras bifurqué après Niedersteinbach sur une petite route en direction de la frontière. De ce côté, le château n’est pas visible, d’ailleurs une vue dégagée sur l’ensemble du site n’est pas aisée. 30 années et 5m séparent les deux bâtiments, à l’est vers le col le plus ancien et le plus grand. Il occupe un long promontoire sur lequel se dressait surtout un donjon, dont un altier pan de mur à la proue du rocher défie le temps. Heureusement pour lui, il a été largement consolidé. A l’ouest, vers la vallée le petit Wasigenstein élevé dans les dernières années du XIIIe, ici le rocher est étroit tout au plus une emprise de 100 m2, pour l’impérial donjon qui le coiffe. Tout est en élévation alors que tout est excavations pour l’ancêtre. Construction remarquablement soignée, l’appareil est à bossage, impeccable dans le plus pur style germanique. Les ouvertures sont des lancettes bien proportionnées, enfin luxe insolent et raffinement dans cet environnement sauvage, la baie principale du donjon ouvrant sur la vallée était surmontée d’une ornementation en trilobe.
Le site est mentionné au XIIe, apparemment les constructions visibles sont datées du XIIIe, je n’ai pas vu de traces d’occupation au pied du rocher, pas d’enclaves taillées ou d’encoches pour recevoir des madriers. Au titre des particularités, vous aurez remarqué en arrivant sur le site, au fond du fossé artificiel qui isole l’éperon de la montagne, deux dispositifs : une piscine qui servait d’abreuvoir et rendait encore plus difficile l’escalade de la paroi, enfin en vous retournant, sur la contrescarpe vous admirerez un ingénieux système de récupération d’eau avec sa citerne, complété d’un petit lavabo dans une niche.
Les wasigenstein construisent et occupent le site pendant presque un siècle, puis il est partagé entre les Hohenbourg et les Fleckenstein, deux seigneurs voisins auxquels le dernier mâle Wasigenstein marie ses filles. Puis les châteaux, sans grand intérêt stratégique, passent de mains en mains, il y aurait eu plus de quinze propriétaires simultanément. Au XVe, une bande de brigands fait main basse sur le rocher avec son corollaire d’exactions dans la contrée. Aux termes de plusieurs sièges, retour au calme avec les Lichtenberg puis les Fleckenstein au début du XVIe.
Le démantèlement, plutôt pour la forme, sera effectué en 1680, six années après le Fleck qui présentait une vraie menace pour les troupes de Louis XIV. Le Wasigenstein n’aurait pas subit de modifications ultérieures au XIIIe, notamment des équipements pour répondre à l’artillerie. R.C.

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Windstein “nouveau” France (Alsace)

Posté par ruine le novembre 8, 2007

Nouveau Windstein Alsace

Nouveau Windstein Alsace

1134 ou 32 les Winsdstein se retrouvent sans château, assorti de l’interdiction de le reconstruire, inconcevable pour une famille noble. Au XIVe, un nom demeure encore attaché à sa motte et à sa tour féodale.
A partir de 1339, à 800 m sur une colline, le nouveau Windstein sort de terre, contrairement à son voisin le bâtiment est intégralement construit, et repose sur un socle de grès. Une seule salle troglodytique, son plafond fissuré est étayé par des colonnes constituées d’un empilement de cylindres, cet aménagement semble être contemporain de l’excavation. En arrivant, tu seras surpris par le calme qui règne par ici, au milieu des bois, la puissante silhouette ne se devine pas de loin. Sur le plateau, il subsiste des petits ouvrages défensifs semi enterrés datant de la première guerre mondiale. Ils font pâle figure devant l’imposant mur bouclier, la puissante tour ornée de belles bouches à feu, et surtout, accrochée au bastion Ouest la mignarde bretèche munie de nombreuses et ingénieuses canonnières. Toutes les fenêtres ouvrent à l’est, sur ce versant plus escarpé la faible probabilité d’attaque a permis d’agrémenter les façades de baies gothiques toutes différentes. L’ouvrage le plus ancien est le donjon, l’enceinte, principalement sur les parties les plus exposées (nord et ouest) a été largement remaniée à la fin du XVe afin de résister aux tirs d’artillerie. La grande façade Est a conservé son allure du XIVe, avec ses belles ouvertures elle appartient à celles des plus beaux palais régionaux. Tu pourras t’interroger sur l’apparent bon état du site et de ses constructions, des fouilles et d’important travaux de restauration ont été entrepris en 1983. Il plane toujours une interrogation sur l’érection du fort, la date de 1339 reste à vérifier, il se peut que la partie centrale (le logis) soit du XIIIe ?
Autre incertitude qui relève plus de l’imagerie pour le peuple ; un souterrain relierait les deux châteaux distant de 800 m, chacun sur leur socle de grès à 360 m d’altitude et séparés par un col… Sur le chemin qui relie les deux sites vous allez longer une barre rocheuse sur laquelle s’accrochait un troisième château constitué d’une tour et d’une salle taillée dans le grès. Hormis 1676, date de sa destruction et une attaque pendant la guerre de Trente ans, il a fait plutôt bon vivre là-haut : grandes fenêtres à banc pour contempler le lever du soleil ou la vue sur les cultures prometteuses, cheminées à tous les étages et tout le monde bien à l’abri derrière l’épaisse muraille du front Nord. R.C.

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Windstein “vieux” 2006 France (Alsace)

Posté par ruine le novembre 8, 2007

Vieux Windstein Alsace

Vieux Windstein Alsace

Comme une formidable sculpture. Des gravures anciennes laissent découvrir un paysage irréel, à peine exagéré tant le site est torturé, plusieurs milliers d’années d’érosion, et chaque jour inlassablement les grains de grès continuent de se détacher du bloc. Il faut s’imaginer ces châteaux complètement nus dans un environnement de prairies, aujourd’hui ils émergent difficilement de la gangue forestière qui les cerne. Nos ancêtres trouvaient dans ces pains de grès, si friables, des lieux fortifiés à bon compte puisqu’il ne s’agissait plus d’empiler des pierres mais de sculpter un bloc. Tailler des salles, des coursives, des volées d’escalier, comme si la construction s’élaborait depuis l’intérieur. A la fin du XIIe, l’abée de Neubourg occupe le site et fait entreprendre “la ronde bosse”, pour le compte des Hohenstaufen, un avant poste destiné à protéger la cité d’Hagueneau. Les terrasses supérieures sont dévolues au guet, plus qu’à l’habitation, l’accès devait se faire par des échelles en bois car il ne subsiste rien pour y accéder. Sur la plateforme, une tour et un donjon assumait leur fonction symbolique dominante, toute l’activité se déroulait au pied du bloc, de nombreuses traces dans le rocher l’attestent.
Au nombre des curiosités, il y a le puits de 41 m de profondeur accessible depuis deux niveaux, les salles troglodytes, la citerne avec des rigoles de récupération d’eau, tu remarqueras aussi, taillés dans le grès tendre, des encoches pour y attacher les animaux. La promenade est plutôt ludique, l’arrivée à la première terrasse, ancienne basse-cour, est aisée mais inaccessible car une maison d’habitation y a été construite. L’accès au niveau intermédiaire des salles et du puits s’effectue par des marches à flanc de rocher, rassurez-vous les passages délicats sont bordés de gardes corps en bonne ferraille, un peu désuets mais efficaces.
Le vieux Windstein fut l’objet d’une scission familiale et les deux blocs, distants de quelques mètres se fortifièrent l’un de l’autre, puis le site échoue entre les mains de brigands qui rançonnent dans la vallée. La démolition de 1334 mit tout le monde d’accord d’autant qu’elle était assortie d’une interdiction de reconstruction. Elle n’empêchera pas une nouvelle édification dans le courant du XIVe, incendié en 1515, la fin du site date de 1676 lorsque les troupes françaises écument les Vosges du Nord et récupèrent l’Alsace. R.C.

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Otrott 2002 France (Alsace)

Posté par ruine le novembre 8, 2007

Ottrot Alsace

Ottrot Alsace

Investissement du site au XIe, jusqu’au XIIe c’est un ouvrage en bois posé au centre de l’éperon. Début du XIIIe construction du premier château à l’ouest, dit de Ratsamhausen, par les Lutzelbourg (celui de gauche), 50 ans plus tard construction à l’est du Lutzelbourg, au milieu l’édifice primitif est en ruine. Les deux châteaux sont distants de 100 m, sympa pour le canardage d’une tour à l’autre, l’un appartient à l’empereur et l’autre à l’abbesse du Mont. A la fin du XVIe le site est réunifié. L’accès se fait par la route du Mont Sainte-Odile. A la sortie de Klingenthal aller vers Eichwaeldel, enfiler vos pompes de marche et c’est parti pour une promenade en forêt.
Que s’est-il passé là-haut pendant sept siècles, outre des travaux de construction d’embellissement et d’adaptation aux armes à feu ? Peu d’informations, peu d’importance stratégique, la vie semble douce dans la montagne, quelques échauffourées à la fin du XIIe entre les évêques de Strasbourg et l’empereur. En 1375 des Anglais auraient incendié le Lutzelbourg qui n’était qu’un château de siège comme le Ramstein avec l’Ortenbourg, la reconstruction du nouveau palais seigneurial hérite du style pré-renaissance. Charles le Téméraire aurait eu quelques infructueuses velléités, puis c’est la guerre de 30 ans et le début de la ruine. La révolution parachève le boulot et sonne le glas de cette relative quiétude, tout le monde redescend dans la vallée.
L’incontestable avantage d’une visite en hiver c’est bien sûr l’absence de végétation, les inconvénients eux sont multiples, neige, froid, 3 h de lumière par jour, site bouclé…
Avantage de taille que j’allais oublier tu es seul sur le lieu. C’est toujours avec un petit pincement que j’arrive devant un château, d’autant que nous sommes le 30 décembre, cette fois j’en ai deux à voir. Je file vers le Lutz ouvert à tous les vents, effectivement les fenêtres du palais ont conservé leurs meneaux, les murs se dressent sur au moins 15 m, les cours jonchées de ronces, la désolation est prégnante et la chaleur des lieux m’invitent à me retrouver à l’air libre, c’est à dire à l’extérieur de l’enceinte. Direction le Ratsamhausen, ses façades bricolées, ses enchevêtrements de murailles attestent des nombreux remaniements depuis le début du XIIIe, le palais donjon carré aurait des origines normando-siciliennes, à ses côtés, j’admire les corbeaux de la tour du XIIIe qui supportait un hourd. Dommage l’entrée est fermée et faire le mur comporte certains risques, toujours plus facile de monter que de descendre. De plus, la cheminée de la maison du garde fume et il fait presque nuit. R.C.

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Sudak 1997 Crimée

Posté par ruine le novembre 1, 2007

Sudak Crimée

sudak

A 109 km de Simferopol, capitale de la Crimée actuelle, à l’extrême Est de la presqu’île, Sudak ressemble à une ville balnéaire moyenâgeuse. La puissante forteresse génoise qui surplombe la ville et son anse de sable fin surpeuplée de hordes de pauvres vacanciers russes mal fagotés, le confirment. Déambulant dans les rues poussiéreuses, ils traînent leurs mômes fatigués d’une journée de plage sous un soleil bien lourd. Ainsi nous arrivâmes à Sudak, après l’idyllique vue panoramique des murailles crénelées se profilant au loin sur un ciel bleu pur. Depuis le XIVe, cette enclave en territoire ennemi a garanti aux Génois un havre de protection relatif pendant un siècle. Le retour des Turcs plonge la ville dans le déclin, les Génois chassés de Sudak établirent d’autres comptoirs un peu plus loin à Féodossia notamment. Sans position stratégique forte, la ville est appauvrie lorsque les Russes envahissent la Crimée en 1771, la forteresse sans usage est ruinée, elle sert de poste de garnison. Sous l’ère soviétique, la douceur des lieux est à la mode et les apparatchiks descendent sur la côte chaque été, une autoroute relie directement Moscou à Simféropol. Certains disent que Brejnev s’y rendait en “Féfé”, en prenant soin de faire fermer les bretelles d’accès au fur et à mesure de sa progression.
L’engouement pour les rives de la mer Noire a justifié la restauration totale de la forteresse, ainsi que de la reconstruction à l’identique de Sébastopol après son bombardement, ou encore de l’entretien des palais et villas bâtis par des occidentaux au XIXe. Aujourd’hui, dominant le rivage depuis ses 150 m, le crénelage nickel, assez flatteur, de cette vaste enceinte fait un peu décor de film américain. Seule contrepartie ; se trouver face à un site d’une telle ampleur dans une contrée chiche en château fort. Les génois devaient avoir drôlement peur dans ce pays de tatars cruels. Auparavant il existait quelque chose sur cette colline, avant le XIVe, une mosquée était en construction, elle s’est trouvée incluse dans l’enceinte et devint une église. R.C.

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Alupka 1997 Crimée

Posté par ruine le novembre 1, 2007

Alupka Palace Crimée

Pourquoi un palais Anglo-kitsch dans cet inventaire ? Voir Sébastopol revêtait l’apparence d’un rêve lointain. Je n’imaginais pas Yalta avec sa mer Noire, simplement cette photo de 1945 avec ces trois types assis, prêts à se faire cirer les pompes ; le moustachu à la casquette étoilée, le mourant, et le gros au cigare qui tapa l’incruste à Alupka pendant tout le temps des négociations.
J’ignorais qu’un truc pareil exista dans ces contrées brutales. Si vous allez à Alupka vous comprendrez pourquoi ce Vorontsov, représentant de l’autorité britannique, a construit un château à cette place, juste entre la mer et la montagne.
La côte Sud de la Crimée est un doux mélange de Riviera et d’île grecque. Les trois zouaves qui m’accompagnèrent ici, dans une Marcel hors d’âge sur des routes défoncées, se contrôlant pour garder leur calme à chaque barrage de police, conservent eux aussi un souvenir ému de l’aventure. Le palais est un mélange d’influences néo-gothique anglais et de style mozarabe, pas très éloigné de l’Alhambra de Grenade dans la disposition et l’attribution des espaces. Sa construction a duré 18 ans, de 1828 à 1846, le parc qui l’entoure est immense et regroupe des thématiques végétales à la manière des parcs anglais du XVIIIe. La visite intérieure ne dépaysera pas l’amateur averti de château anglais, la même décoration lourdingue avec en prime des références muslim, un régal pour les yeux, beurp !
La promenade dans les jardins suffit amplement, les variétés d’essences et quelques coups d’œil aux façades explicitent le romantisme du lieu, comme aiment à nous le rabâcher les dépliants touristiques. Profite plutôt du village à flanc de montagne, quand, dans des gargotes accueillantes, servi par des femmes aux poitrines accortes, tu dégusteras de fameuses brochettes de jeune mouton sous les lampions avant que la terrasse du caboulot ne se transforme en dance floor. R.C.

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Turquie Cilicie

Posté par ruine le novembre 1, 2007

 

 

Vahga 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 25 octobre 2007

 

Vahga Turquie cilicie

Vahga Turquie cilicie

Certains lieux excitent la curiosité et forcent l’admiration, ainsi se plairait à résumer Vahga, un guide touristique… s’il en connaissait l’existence. Heureusement personne ne parle de cette forteresse perdue dans la montagne avec un environnement qui ne plaisante pas. Un château à 1250 m autour duquel les premiers sommets sont déjà à 2000, avec en prime l’aridité du climat et l’âpreté du décor. Ni hasard ni de mégalomanie outrancière, le site occupe une place stratégique sur la route, vers le nord, qui vient de Sis et de Kozan. Depuis le XIIe il a vu se regrouper aux pieds de ses murailles une forte colonie arménienne. La montagne servait de premier refuge aux populations chassées de la plaine, Vahga fut à la fois l’ultime forteresse arménienne sur la route du nord, une base de repli et en 1144 un point d’appui pour la reconquête de la Cilicie. Quand les châteaux de plaine tombaient en quelques jours, le piton subit un siège de trois semaines, au terme duquel il fut décidé que l’histoire allait se terminer dans un pré en dessous du fort. Un tournoi opposerait directement champions Arméniens et Byzantins, ces derniers emportèrent le challenge. Cette défaite entraîna la chute du premier Levon en 1138. Les byzantins semblaient vraiment déterminés à récupérer le château du prince Koch Vassilia.
Le site est riche en monuments, il subsiste à moins d’un kilomètre une église byzantine remarquable. Sur le flanc Ouest du rocher, l’Est donnant sur des falaises, une “ville” s’étendait là depuis la fin du XIe, réduite à quelques pauvres fermes au début du XXe suite à de tragiques dispersions de populations locales.
Prends ta journée pour y parvenir et visiter le lieu, le chemin est long depuis Adana, heureusement le paysage compense largement le temps passé derrière des caisses asthmatiques et fumantes. La route traverse Sis, sa citadelle te nargue avec pas moins de 44 tours, passe à Kozan et direction Feke. Cinq kilomètres plus loin, le château est visible depuis la route, mais il paraît encore drôlement éloigné, il te faudra au moins 20 bonnes minutes pour atteindre son contrefort, utilise une piste sur la gauche (fléchée), elle est en mauvais état, loue un 4×4 ce sera plus facile pour le périple. Le château se trouve sur un pog au-dessus des fermes.
Pas trouvé l’accès présumé au travers l’alpage, la nuit était tombée sur Vahga. R.C.

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Anavarza 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 25 octobre 2007

 

Anavarza Turquie Cilicie

Anavarza Turquie Cilicie

Une grande grande plaine fertile s’étend des contreforts de l’Anti Taurus au rivage. Parsemés sur leurs pitons isolés dans cette platitude, les forts arméniens égaient une monotonie d’ocres écrasée de soleil. Au nord-est d’Adana plusieurs sites se dressent ainsi, se surveillant entre eux. La falaise d’Anavarza se voit à plus de 20 km à la ronde, depuis Toprakale elle se distingue sur un horizon voilé. En arrivant sur le lieu, dominés par l’immense barre qui culmine à 200 m, des restes de constructions romaines et byzantines s’étalent dans une belle prairie verte tondue par des moutons. L’accès au site s’effectue au sud juste avant la passe entre les rochers. Si tu ne souhaites pas te faire importuner laisse ta caisse près des rochers et grimpe fissa avant qu’un vieux trésorier turc jovial et transpirant l’oignon ne te repère. L’ascension démarre au pied la colline avec quelques marches taillées, autour, épars des fragments de bâtiments pré-arméniens. 20 longues minutes d’ascension sous un soleil bien lourd nous amènent au bord du plateau.
Ici débute la première enceinte, un mix de pré-arabe, byzantin et arménien qui augure le bricolage et le réemploi dont les Arméniens étaient friands, n’oublions pas le travail des Muslims qui occupèrent le site jusqu’au XVe. Passé la porte, c’est d’abord une vaste étendue d’herbe, de laquelle émerge une chapelle byzantine, aux trois nefs accolées, écroulées, seule une voûte en cul-de-four porte encore des traces de peintures.
A 400 m le plateau se rétrécit, sur une bande étroite en surplomb il y a le château, isolé du plateau par un fossé. Imposante masse de pierre qui atteste de la très ancienne occupation corroborée par le recyclage de blocs d’époques antérieures, principalement dans les soubassements, frises d’attique, corniches, colonnes, chapiteaux se retrouvent mêlés sans dessus dessous. Un caractère récurrent dans les constructions arméniennes où la rapidité de construction et l’efficacité prévalent sur la qualité et l’esthétisme. Ce second plateau est occupé sur sa périphérie par de nombreuses constructions accolées à la courtine. Depuis une baie du donjon, 150 m plus bas j’aperçois parfaitement le tracé de l’enceinte romaine, les moutons font des points blancs sur la pelouse remarquablement verte dans cette monotonie d’ocres. Le plan de l’ancienne cité vespasienne se devine au sol. La dernière partie de la barre à l’extrémité Nord, épouse une arête rocheuse qui serpente, monte, descend, plus de 500 m de muraille de chine ultime version.
Du village actuel à la ville romaine ; d’abord cinq siècles d’occupation romaine, ruiné par les conquêtes arabes en 824, réinvesti au XIe par les croisés qui passaient pas loin pour se rendre en Palestine, les Arméniens tinrent les lieux de 1111 à 1374 avec quelques vicissitudes, date de la reconquête définitive par les Mamluk, et le départ des Arméniens de Cilicie. R.C.

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Toprakale 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 25 octobre 2007

 

Toprakale Turquie Cilicie

Toprakale Turquie Cilicie

Un énorme château noir au bord de l’autoroute sur une colline à la croisée de routes stratégiques. Lieu de rencontre, tour à tour possession des Byzantins, des Mamluks, des Arméniens, des Ottomans et même des Egyptiens, sans oublier le passage des croisés. La superficie du site est impressionnante, la double enceinte, les deux basses-cours, les salles de garde, les écuries, les tours, tout est à l’échelle du site. Des dimensions qui ne ressemblent pas à celles des autres forteresses de Cilicie, mais évoquent plutôt un site isolé dans un pays hostile, enfin sa pierre noire de basalte et son implantation me rappellent les plus grandes places fortes de Syrie. Henri Paul associe volontiers le Krac aux forts de Cilicie. Les Arméniens participèrent à la construction des forteresses franques, puis ils s’en inspirèrent dans l’édification des leurs, quant à trouver des similitudes entre Toprak et le Krac… si le plan présente des similitudes l’allure générale évoque plus facilement le Marquab. L’accès à Toprak est très facile, le château est visible depuis la route principale, ne passez pas par le village de Toprakale poursuivez la nationale jusqu’au fléchage. Le stationnement s’effectue dans la première basse-cour en contrebas. L’entrée actuelle n’est pas attribuée formellement à celle du moyen âge, il y avait deux autres poternes au sud et à l’est, doutons, car ces accès étaient soit mal protégés ou implantés dans un cul-de-sac. Avec certitude, l’endroit est occupé depuis l’âge du bronze et des vestiges de village médiéval subsistent sur le flan Ouest, la première forteresse daterait du VIIIe, à l’époque les muslims l’appelaient al-Kanïsah. De 1137 à 1337 fin de l’occupation arménienne, il change au moins huit fois de main, puis les Egyptiens l’occupent jusqu’en 1491, les Ottomans pacifient la région et Toprak devenu inutile, sauf pour les carriers, s’oublit.
Toute la beauté du site est intérieure, pas de donjon, de tours de maître, rien ne dépasse au-delà de deux niveaux. Pas de constructions au milieu de la basse-cour, les bâtiments couverts sont adossés à la courtine, nombre de salles ont conservé leur voûte. Les longues écuries et celliers qui s’appuient sur le mur Ouest possédaient une double couverture, entre le plafond et les voûtes était stocké du fourrage. Au bout, se trouvent deux petites pièces enterrées sous la tour Sud-Ouest. La fameuse, avec sa bande blanche horizontale, bien repérable. Elle intrigue, apparemment ce ne serait pas l’œuvre des Arméniens qui ne donnaient pas dans la dentelle lors de l’édification de leurs forts, en revanche les muslims se préoccupaient plus de l’allure de leurs châteaux, cela confirme les différentes époques de construction. Plusieurs autres endroits valorisent cette thèse, avec des traces de maçonnerie plus soignée notamment dans le relèvement des niveaux.
A perte de vue s’étend la plaine agraire, il doit faire une chaleur à mourir l’été. R.C.

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Yilan 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 25 octobre 2007

 

Yilan Turquie Cilicie

Yilan Turquie Cilicie

Si vous êtes un peu intéressé par les châteaux de la petite Arménie, vous aurez certainement vu une photo de Yilan Kalesi, “le château du serpent”. Parmi tous ces forts de la plaine de Pamphylie, il est le plus célèbre. Proche de la route principale qui traverse l’Anatolie, il affiche une fière silhouette sur sa colline au milieu de la plaine, ses murailles et son équipement défensif sont en bon état, enfin pour les fainéants, c’est le lieu idéal pour une ballade de dimanche après midi, dommage que la Turquie soit aussi loin. Facile d’accès, tu ne peux pas te tromper, une petite route depuis la nationale te mène direct au parking, après il te reste un quart d’heure pour parvenir à la porte, évite les heures chaudes. La progression vers le château te régale, les enceintes successives se découvrent, les tours s’enchevêtrent, le plaisir de passer là quelques temps me gagne.
Mon premier regard dans la première enceinte ne me dit pas où je dois aller, sensation jouissive d’avoir tellement à voir. Je vais au plus loin en me retournant régulièrement pour être sûr de ne pas manquer un détail. Les constructions sont concentrées sur 200 m de long et à peine 100 au plus large, le site est partagé en trois parties auto défensives. Les enceintes basses défendaient l’approche de la partie haute qui recevait toutes les habitations. Les deux basses-cours parallèles, à flanc de rocher, ne valent que par les lacets de leur belle muraille en pierre à bossage, leurs deux portes d’accès sont placées sur le même axe, chacune est défendue par une tour. L’accès au plateau supérieur oblige à gravir plusieurs rochers, il devait y avoir un escalier en bois. L’entrée est remarquable de systèmes défensifs, elle se fait dans une construction encadrée de deux tours élevées de trois niveaux, tout y est : à l’aplomb du mur pour une défense depuis le parapet, un assommoir devant la porte, la souricière avec ses deux ouvertures à 90 degrés. Passé cet ouvrage, tu peux admirer l’intérieur de l’enceinte en parfait état, à gauche la voûte de la grande citerne dépasse du taillis et des rochers, parfaitement fraîche. Sur toute la périphérie, des tours bastionnées ont conservé leurs salles basses voûtées, au centre un chaos de roches et de végétation dissimule les ruines de la chapelle, en contrebas il y a une autre citerne. Seul vestige de l’occupation du site à l’époque byzantine, l’ouvrage est à demi enterré, doublé d’un parement de briques, vous y verrez également une rigole de récupération des eaux. Pour terminer l’errance, tu iras visiter l’intérieur des tours de l’entrée, il y reste de belles voûtes. L’histoire de Yilan est mal connue, d’ailleurs son nom médiéval l’est tout autant, des clés de voûte ainsi que des détails permettraient de dater certaines parties de la construction du règne de Levon Premier, fin XIIe, la grande époque des châteaux de Cilicie, rien de sûr. Toujours dans l’approximation, une garnison l’aurait occupé jusqu’au XIXe. R.C.

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Kis 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 25 octobre 2007

 

kis turquie Cilicie

kis turquie Cilicie

Une maison sur la colline, à des kilomètres à la ronde par-delà les vallées tu l’aperçois, la butte culmine à 550 m. La fin de l’après-midi allait forcément nous gratifier d’un beau coucher de soleil.
L’accès n’est pas fléché, mais il est aisé, la campagne est placidement vallonnée, le château est bien visible depuis la route 750, direction Cokak, prendre un chemin sur la droite monter dans les pâturages 1/4 h sur la crête, dans une courbe quitter le chemin, terminer à pied 20 mn sur un sentier de chèvres. A nouveau peu d’information au sujet de l’occupation des lieux et de la construction. L’attribution au passé arménien est corroborée par l’implantation dans cette zone géographique de la Cilicie et par le travail de maçonnerie caractéristique. Pourtant à Kis l’appareil est plutôt soigné, des pierres à bossage encadrent les baies, le rythme des ouvertures, leur grande taille, les corbeaux sur la partie nord et les proportions du bâtiment confèrent de l’harmonie à l’ensemble voire de la préciosité. Le site est à l’écart de toutes routes importantes, modeste par sa taille de 30 m sur 12 de large avec deux niveaux principaux, entouré d’une enceinte constituée d’un mur continu peu élevé et sans tour, il n’illustre pas la mégalomanie d’un chef de canton.
L’approvisionnement en eau reste un problème majeur, hormis un vague puits artésien insuffisant en cas de siège, une citerne est obligatoire. A Kis, elle se trouve sous les trois niveaux du corps Sud et surtout elle est alimentée par une disposition ingénieuse. Sur la façade exposée au soleil affleurant j’avais remarqué en arrivant une saignée verticale sur toute la hauteur, en m’approchant je constatais qu’elle se terminait sur une pierre saillante creusée en rigole qui pénétrait le mur, à l’intérieur je retrouvais le déversoir dans la citerne. Le tour du château sera bref, il jouit quand même d’un panorama à 360°, à l’intérieur la visite est en odorama, l’âcre fragrance des crottes de chèvres nous accompagne, le squatt est ancien car des millions de ces petites billes forment un tapis moelleux de plusieurs dizaines de centimères. Les salles ont conservé leur voûte, certains escaliers sont toujours en place, mais il n’y a plus de toiture, évidemment l’aménagement est sommaire, toutefois il semble subsister une cheminée dans la grande salle du bas de l’aile Nord.
En guise de conclusion poèto-kitsch, je termine en pensant qu’ici tout est désolation et misère, que le temps ne fait rien de bien à l’affaire et c’est tant mieux. R. C.

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Bogazpinar 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 25 octobre 2007

 

Bogazpinar Turquie Cilicie

Un vieux panneau tordu et gris indiquait bien Bogazpinar kalesi dans la descente 3 km avant Lampron, mais nous n’y prêtions aucune attention. En remontant, après la révélation de ce site improbable sur le tertre de Lampron, j’avais l’œil gauche sur chaque route traversière, je la retrouvais enfin au second passage. Rapidement la route se commue en chemin, tout d’abord au milieu de maisonnettes
de villégiature, puis en plein alpage, au détour de virages je l’aperçois de mieux en mieux. Une tour seule, posée sur un gazon, à 1270 m, en pente douce.
En contrebas d’un gué, des gitans campent, roulottes, chevaux et tracteur, pas de Marcel pour tirer la caravane, ils ont des tronches noires comme leurs vêtements, une vieille bricole un feu pendant que des ados font brailler un chien, des hommes coupent du bois avec une tronçonneuse. Je laisse l’os en dessous du château souhaitant que les gamins ne viennent pas nous casser les pieds. Solitude et ruine romantique, un vrai luxe, seul bruit, celui des cloches des moutons un peu plus haut dans l’alpage.
La construction est simple, un quadrilatère avec quatre tourelles pleines, la maçonnerie utilise un grand nombre de pierres à bossage, une porte basse pour le premier niveau, une autre à trois mètres pour le second, les trois niveaux étaient voûtés. Désolation à l’intérieur, reconverti en bergerie depuis plusieurs siècles, ce n’est plus qu’un chaos de pierres et d’herbes peu engageant, les trois voûtes sont tombées en cascade. La salle basse est encore en partie couverte, aux niveaux supérieurs ne subsistent que des arches.
A l’extérieur je respire à nouveau, le rocher de Lampron à 5 km se laisse admirer. Ne comptez pas sur l’histoire, simplement quelques réflexions, la relation avec le rocher en face est évidente, l’intervisibilité la justifie, pourtant beaucoup d’éléments les opposent. Le style presque élégant de Sinap, sa maçonnerie à bossage contraste avec l’appareil jointif de Lampron avec ses constructions scellées aux rochers lorsque la petite tour se dresse en pleine pampa sans autres éléments défensifs. Alors, ouvrage avancé défensif ou offensif ? Tellement improbable que je ne m’en lasse pas de ce refuge d’alpage. R.C.

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Tece 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 25 octobre 2007

 

Tece Turquie Cilicie

Tece Turquie Cilicie

Après Korykos, la tour de Tece au milieu des champs et des plantations de citronniers ne mérite pas un vrai détour. Son implantation en bord de route à la sortie du village sur une légère éminence peut néanmoins la rendre désirable, pour des stakhanovistes du vieux pan de mur. Ici, il n’en reste plus que deux d’une tour maîtresse cernée d’une petite enceinte. La vue stratégique sur la mer est barrée par des immeubles campés le long de la route côtière, de l’autre côté la plaine agraire vibre au soleil.
Au XIIe, la construction devait abriter un baron local et ses ouailles ou encore des caravaniers, en cas de troubles. Les croisés y auraient séjourné, peut-être l’ont ils possédée alors qu’ils défendaient le bord de mer. Au loin, la ruine est prometteuse, sur place tu fais trois fois le tour de près ou de loin afin d’être sûr de n’avoir rien oublié. Trois niveaux, le premier est couvert d’une voûte en berceau, les deux suivants réservés à l’habitation, ont droit aux planchers. Petit paradoxe, pourquoi une archère à côté de deux baies d’un mètre de large ? Des corbeaux, supportant un ouvrage en bois, sont toujours en place sur le pourtour, pour le reste c’est ruine et tas de cailloux. Pas d’historique connu.
Bon voilà c’est fini, en route pour Lampron, en montagne. R.C.

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Lampron 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 18 octobre 2007

 

Chateau de Lampron Turquie Cilicie

Chateau de Lampron Turquie Cilicie

La chaleur tombe, l’habitat prend des allures de chalets suisses, à 75 km de Tarsus la mer est bien loin. Nous avons traversé des vallées, roulé sur des hauts plateaux, emprunté des défilés, peu à peu l’ocre jaune et la poussière s’efface, bleu et vert dominent. Un univers coquet de résidences secondaires disséminées dans la vallée, au milieu de ce paysage alpestre trône un formidable rocher qui se voit à des kilomètres à la ronde, posé dessus le château, dont j’imagine quelques superstructures. Un œil exercé est capable de déterminer la position d’un site sur le terrain. Je fais moins le malin quand il s’agit de trouver l’accès, premier essai infructueux, nous atterrissons dans la cour d’un restaurant désaffecté en dessous de la terrasse Nord, la seconde tentative nous offre l’occasion de faire le tour du rocher au pied des falaises, après la visite du vieux village sur le flanc Ouest, des ouvriers nous indiquent le chemin. 20 mn en zig-zag de terrasses en terrasses, inutile d’aller trop à gauche vous ne passerez pas, à droite dans un petit défilé prends l’escalier taillé dans le rocher, deux derniers lacets et te voilà dans la souricière à l’arménienne (2 portes à 90°). La partie Sud est très ruinée, des murs délimitent des enclos auxquels il est difficile d’attribuer une fonction. Le plateau du piton est très accidenté, il s’étend sur 400 m et plus de 120 de large, du haut de ses falaises de 40 m il domine le bourg. Au centre, aucune trace de bâti, l’éperon Nord en léger surplomb supporte les constructions les plus attractives, cinq salles agglomérées dont quatre sont encore voûtées. La plus belle mesure 20 m de long, la maçonnerie est en parfait état avec un bel appareil de pierres jointives, une particularité rare si l’on considère les techniques de constructions en usage dans la région. Constantes arméniennes : l’absence de décorum et l’austérité qui confèrent à tous ces sites l’appellation de fort voire d’ouvrage purement défensif, par ailleurs vous aurez remarqué l’absence des donjons dans les châteaux arméniens.
L’histoire connue de Lampron nous la devons à Robinson & Hughes, puis à Hellenkemper dans les années 70. Malgré son isolement montagneux le site est un lieu convoité, sa position stratégique près des Portes de la Cilicie excite les peuplades de passage dans la région. Les Grecs, avant les Byzantins auraient occupé l’endroit. Au XIIe, le château est déjà cité, le fameux Levon roi de Cilicie s’en empare à la suite d’un mariage, il échoue dans les mains d’un baron félon (Constantine) qui s’allie aux muslims, démasqué il est exécuté. Au tout début du XIVe il sert de prison pour des croisés, jusqu’à la fin du siècle une garnison mamluk le garde. Après, c’est fini jusqu’à l’invasion des antennes d’un relais émetteur. Immanquablement, tu pourras embrasser un paysage panoramiquement à 360°, vers le nord-est, tu distingueras au milieu d’un alpage une grosse construction. A la jumelle, non tu ne rêves pas, c’est bien une tour posée sur une pelouse et de surcroît pas ruinée. Vite en bas, sans trop de regrets pour ce site sans surprise.
R. C.

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Meydan 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 18 octobre 2007

 

Meydan Turquie Cilicie

Chateau de meydan Turquie Cilicie

L’intérêt de certains sites repose plus dans leur quête que dans leur configuration. Depuis Adana il y a environ 60 km, le château est en montagne à 1500 m. Il faut apprendre à se méfier des cartes en Turquie, surtout des routes secondaires. 3 h pour parvenir au village et l’apercevoir perché sur son piton, puis une de plus pour toucher la porte. D’ailleurs, il y a bien longtemps qu’il n’y a plus d’huis là-haut, l’endroit est vraiment planqué et il ne faut pas craindre de faire un peu d’escalade pour y arriver. Dans la cour tout est mêlé, le rocher, les murs, la végétation d’altitude, pas trop de pillage, il fallait redescendre les pierres dans la vallée… L’austérité règne, brutalité des formes, dénuement des parois, absence de toute ornementation, seulement la fonction défensive. Il n’y avait pas d’eau sur place, le premier puits était à 20 mn de marche, alors il y a quatre citernes. Le site occupe deux espaces, la partie haute surplombe de 50 m la plus basse. Un puissant mur appuyé sur le rocher les sépare, son rôle défensif est manifeste considérant les tours et les postes de tir, cette partie offrait un dernier refuge en cas de siège. Au plus haut il y a une belle terrasse, recouverte d’une pelouse d’alpage au bord d’un à-pic, comptez à perte de vue les chaînes montagneuses. En bas la concentration de vestiges est plus forte, principalement le mur Est, percé de 11 archères au ras du sol, plus quatre ou cinq autres 4 m plus haut, il défendait un autre accès. L’entrée principale était de ce côté, aujourd’hui la poterne Ouest semble la seule issue d’accès.

Qui pouvaient être les malfaisants capable de cavaler en pleine montagne, d’escalader et de se frotter à des murailles de plus de 7 m ?

Les constructions sont toutes là, mais assez abîmées, le temps en a fait son affaire. La chapelle incluse dans une tour est en parfait état, sans doute sa construction avec d’énormes blocs l’a préservée des rigueurs de la montagne. A l’intérieur, seule concession au décorum dans cette austérité minérale, une voûte en cul-de-four où alternent les rangs de briques et de pierres. Recueillir des informations sur le château, sa construction, son histoire, sa ruine est aussi difficile que de s’en approcher, il n’est pas mentionné sur les cartes récentes. Son nom est celui du village moderne un peu plus bas, quand bien même il serait situé à la croisée de routes stratégiques au moyen âge, que défendait-il et surtout qui acceptait de demeurer très longtemps là-haut ?
Allez à Meydan même si vous vous perdez un peu. Utiliser la route qui passe à l’ouest du lac depuis Adana en direction de Karaisali et d’Aladag. Le château est visible depuis la route, le chemin d’accès se situe dans le village en contrebas de la route à gauche. L’accès au pied du pog est possible en 4×4, environ 20′, puis terminer à pied dans les sapins 10′. Position : 37° 31 N, 35° 23 E à 1450 m. R.C.

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Silifke 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 18 octobre 2007

 

Silifke turquie Cilicie

Silifke turquie Cilicie

Le château sans porte, comme il est fait mention dans les rares guides touristiques qui le mentionnent. A part cela, il est idéalement situé sur deux axes : un Nord Sud qui menait les croisés de l’Anatolie à la mer et Est Ouest sur la stratégique route de la côte sud de la Turquie. Le lieu est investi depuis l’antiquité, la ville fut fondée par l’un des généraux d’Alexandre et s’appelait Seleucia, puis au IXe et Xe viennent les empereurs romano-byzantins. Du XIIe au XIVe , à cette époque la petite Arménie est très agitée, au gré d’alliances et de mésalliances entre les quatre protagonistes du coin : Byzantins, Arméniens, croisés au début puis muslims à la fin. Parmi ces illustres, deux roitelets Arméniens se distinguent, Levon qui est emprisonné à Constantinople et Levon Premier qui récupère, pérennise, s’allie à Frédéric Barberousse pour lutter contre les Arabes.
La place s’étend sur plus de 200 m de long et 80 de large, sur une colline qui domine la ville ancienne. La grande enceinte, avec ses 10 tours, quoique ruinée demeure en place. Un début de restauration voire de reconstruction est en cours, un travail d’Allemand sans doute, au vue de la qualité de la prestation qui ne ressemble en rien aux appareils arméniens mais plutôt à un boulot de Francs. Heureusement, il semble arrêté.
L’entrée du jour s’effectue sur la face Nord après avoir utilisé un long corridor, une seconde paroi double plus de la moitié de la courtine Nord. En contrebas, allez jeter un œil sur une grande citerne enterrée. La porte franchie, tu te trouves devant un immense champ de pierres, il ne reste rien au centre, que des moignons de mur et une citerne, les bâtiments principaux étaient à l’ouest. Perché sur un tas de cailloux, le point de vue circulaire contemple, la mer au sud, les montagnes tout autour, ce ne sont pas les ruines qui obstruent la vue. Le tour est rapidement fait, les restes témoignent de vastes espaces couverts, par de longues gaines en voûte d’ogive adossées aux courtines, tout est vraiment très abimé. Nous passons de salles en salles sans franchement parvenir à identifier leur vocation. Dans les tours, il demeure quelques belles salles basses voûtées en coupole. En marchant sur le mur Sud, je distingue les traces et subsistance d’un fossé délimité par une première enceinte qui devait cerner l’ensemble. L’avantage indéniable du site est son positionnement périurbain, il dispose surtout d’un restaurant d’altitude nantis d’une terrasse couverte, au pied des murailles. R.C.

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Korikos 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 12 octobre 2007

 

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Korikos 2005 Turquie (Cilicie) necropole

Nous aurions pu faire un reportage sur le tempérament sportif de la Fiat Albea. La route de la côte qui relie Antalya à Adana vaut bien une spéciale du Tour de Corse. Seul inconvénient, nous roulons sur route ouverte et les camions turques hors d’âge sont autant d’obstacles pour “faire un temps” entre chaque site.
A l’est le soleil se couche plus tôt, en arrivant à Korykos vers 17h, vous n’aurez plus le choix entre le château de terre et celui de mer. Pas le temps d’aller sur l’île à 200 m de la plage, en compensation nous sommes en technicolor, une lumière jaune oranger irradie les pierres sur un fond de mer bleu profond. Le site devait être encore plus beau 20 ans auparavant, aujourd’hui la magnifique plage est bordée à l’ouest de buildings de plusieurs étages, heureusement le château à l’est n’est pas encore encerclé.
L’occupation d’un tel site n’est pas nouvelle, quand les Arméniens en font leur deuxième port et construisent le fort au XIIe, les Byzantins, les Arabes et les Grecs connaissaient déjà l’endroit, les stigmates de leur passé en constellent les murs. Colonnes, entablements, jambages, linteaux, stèles funéraires, bornes, portails proposent un nouveau jeu pour les promeneurs, “Sampling à Korykos” : identifie et attribue l’origine des pierres recyclées. Entre bricolage savant et réemploi… une spécialité des bâtisseurs arméniens.
L’endroit est stratégique pour la maîtrise des plaines agraires de l’ouest, entre Silifke et Tarsus il protège la Cilicie. La plupart des historiens s’accordent sur la fondation du château actuel au début du XIIe, l’époque est trouble, les croisés ont tenu le lieu quelques années avant de se faire déloger par les Byzantins, les Arméniens craignaient les Mamluks, les Chypriotes jusqu’en 1360 assurent le dernier rempart contre l’annexion définitive des Arabes. Quant aux Grecs, ils y avaient édifié un fort dont les éléments se trouvent maintenant scellés dans les murs.
L’implantation de l’ensemble occupe un éperon barré, à mains d’homme, le fossé taillé dans le rocher isole la forteresse. La double enceinte épouse le quadrilatère presque parfait, des tours carrées encadrent et rythment les murailles. Le site est en bon état. La visite regorge de détails signifiant le soin et la particularité de la construction ; l’intérieur des tours avec leurs escaliers placés dans l’épaisseur des murs et leurs étages voûtés sur deux, voire trois niveaux – le chemin de ronde sur l’enceinte extérieure – la porte de la mer avec sa vue imprenable sur la baie et le château de la mer. Toujours la mer, elle pénètre dans le fossé frappant ses flancs noirs et les tours qui le bordent, tout me ramène à la passe de Saone. Dans la basse-cour, les constructions sont bien plus ruinées, de beaux vestiges permettent encore l’affectation des bâtiments, à toi de repérer les trois chapelles (une seule date de l’époque arménienne).

La nécropole
Tu n’es pas au bout des bonnes surprises, pour terminer traverse la route!
Tu vas pouvoir entamer à une longue promenade dans une formidable nécropole du début de l’ère chrétienne, oubliée de tous, sauf des agriculteurs qui déplacent les sarcophages pour planter de la vigne. A perte de vue, un enchevêtrement de pierres tombales et de couvercles brisés, jetés, tout a été pillé sans exception. En ruines également, trois bâtiments qui s’apparentent à des lieux de culte, basilique ou sanctuaire…

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Softa Kale 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 8 octobre 2007

 

Softa Kale Cilicie 2

Softa Kale Cilicie

Au bord de la route qui mène à Tarsus, à moins de 20 km d’Anamur, la forteresse est supportée par un piton. Il s’agit d’une vaste enceinte défendue par de nombreuses tours et redans. La sommité de la colline est totalement ceinte, la partie habitée se trouve à l’est juste en surplomb de la falaise. Le flanc Sud, plus exposé, est défendu par une succession d’enceintes. Sur la crête s’étire une muraille renforcée de tours carrées, elles sont rondes sur le mur inférieur, au total plus de 100 m de courtines en bon état. La porte de la seconde enceinte bordée de deux saillants en éperon est un ouvrage avancé, sa disposition en souricière rappelle celle de ses voisins. Un château arménien vraisemblablement, toutefois il n’est pas cité ainsi. Pas d’informations historiques sur le lieu, sa position en bord de mer renforçait le dispositif de protection côtier qui servit tour à tour aux protagonistes des environs entre le XIe et le XVe (Byzantins, Arabes, Croisés et Arméniens).
Autre particularisme défensif, l’entrée du corps d’habitation est encadrée à nouveau de deux tours pleines ou saillants en éperon couronnés en demie coupole à arrête. Un dispositif plutôt décoratif, qui renvoie à un artifice ottoman. Personne sur la colline écrasée par la chaleur, une heure trente d’ascension dans le maquis pour parvenir au faîte. Je n’y suis pas allé, Mamur kalesi avait absorbé le crédit temps libre. Nous devons visiter Silifke qui promet beaucoup, et rouler encore trois ou quatre heures sur cette maudite route de corniche encombrée de camions asthmatiques, pour arriver à Korykos en soirée où 2 châteaux attendent.
Piètre compensation, vite, nous avons fait le tour du piton par la route, au pied des falaises j’ai photographié quelques maisons de paysans en me disant que le temps ne passait pas aussi vite pour tous. Seules concessions contemporaines des bâches de polyane sur le toit d’un appentis. R. C.

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Mamur Kale 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 8 octobre 2007

 

Mamur Cilicie 2Mamur Cilicie

Premier château vers la Cilicie, depuis Antalya. Pour les passionnés, la route est jalonnées de ruines romaines considérables, dans un bon état de conservation. Avec cette première visite, je prends conscience de mon arrivée dans un nouveau pays, à Mamur la mer lèche la base des murs à tel point qu’une tour ou deux sont répandues dans l’eau. Pourtant, il n’est abandonné que depuis la fin de la première guerre mondiale.
Au bord de la célèbre route 400 qui longe toute la côte méditerranéenne, combien de types sont passés par ici, la mer est d’un bleu profond accentué par la blancheur de la roche, combien s’y sont baignés, Frédéric Barberousse, la frivole Aliénor.
Vite avant qu’un bus de touristes germains vienne réveiller le site, nous payons une modeste somme pour pénétrer dans la grosse tour carrée couvrant l’entrée. Le bel état du crènelage ravit les touristes, ils ne seront pas déçus par l’intérieur, tours et salles en grossière maçonnerie sont bien entretenues. Ils pourront aussi monter et descendre à loisir des couronnements au chemin de ronde jusqu’aux salles basses en passant par les galeries de surveillance dans les courtines, il y a de quoi amuser les familles.
De l’aventure et du risque également sur le côté Ouest face à la mer où tours et murailles se sont effondrées, les coursives s’arrêtent brutalement surplombants des effondrements de blocs encore maçonnés. Au centre, l’immense basse-cour d’un bon hectare est séparée en deux sur toute sa longueur. Il s’agit plutôt d’une extension du site vers la plage avec un rang de muraille supplémentaire posé sur un remblai, la similitude de maçonnerie incline à penser que les phases de construction sont proches.
L’histoire est intimement mêlée à celle d’Anamur, la ville voisine. Au IIIe siècle, les Romains édifièrent un premier fort, repris et aménagé par les Byzantins, le château que tu peux visiter aujourd’hui serait du XIIIe, l’époque des grandes constructions arméniennes est en cours. Mamur, s’il s’inspire du savoir-faire arménien est bâti par un sultan Seljoukide. Au XIVe il passe aux mains des Croisés qui l’utilisent comme un poste avancé pour leur implantation chypriote. Récupéré et agrandi au XVe par les Ottomans, l’occupation dure cinq siècles, apparemment pour se défendre de Chypre au large et de l’implantation anglaise au XIXe. Allez dans la grosse tour Est, les voûtes des salles sont en moule de baba au rhum, la pile centrale abrite le conduit du puits quand un escalier s’enroule autour.
Damned, lorsqu’un bus vient d’arriver, son lot de touristes s’égaye dans la basse-cour, il est temps de faire le tour de l’impressionnante enceinte. L’ensemble est tellement photogénique, sur son fond de montagnes, qu’il est mis en scène dans de nombreux films (turcs). R. C.

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Tamrut 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 1 octobre 2007

 

Tamrut 2005 Turquie (Cilicie)Tamrut 2005 Turquie (Cilicie) R.C

La route est longue et périlleuse pour Tamrut le château est en pleine montagne loin de toute habitation. Nous avions perdu beaucoup d’heures à Meydan, à vol d’oiseau c’est 20 km pas plus, mais un massif montagneux les sépare. En redescendant vers Adana, tu prends une petite route à droite vers Etekli (fléchée), après le village c’est une piste durant 40 mn, inutile de regarder vers l’horizon si un pan de mur ou une butte te paraît propice, le château n’est jamais visible depuis la route. Passe d’abord un col, plonge vers la vallée, 600 m plus bas coule l’Eglence pas une âme vivante au fond de cet immense espace herbeux, franchis le pont, la piste remonte sur l’autre versant, prends toujours à droite. Si tu vas à gauche, dans un vallon tu rencontreras trois ou quatre fermes à flanc de colline, demande ton chemin, peut-être se souviendront-ils de nous. Le moyen âge n’est pas loin. Le soleil rasait la cime des pins nous désespérions, quand… il est là, au-dessus, inaccessible dans cette solitude, orienté à l’ouest alors que la piste vient de l’est. Idéalement placée l’enceinte occupe le couronnement d’un piton isolé de la montagne. Si tu trouves un chemin de chèvres à flanc de côte, il te faudra seulement 10 minutes d’un bon raidillon, l’entrée (à l’ouest) se situe entre les 2 tours. Aujourd’hui, il serait difficile d’imaginer que ce château ait eu une position stratégique tant il est isolé, la plus belle preuve en est son bon état de conservation. A l’époque de l’hégémonie arménienne sur la région les enjeux étaient légèrement différents. En plein col, sur la chaîne qui sépare les Portes de la Cilicie de Pozanti, il défendait deux grandes vallées et des routes qui menaient à d’autres plus importantes.
Pas d’histoire pour Tamrut, construit par des Arméniens, seules des inscriptions gravées dans la pierre à 6 m de hauteur au-dessus de la porte en attestaient, c’est tout. Parvenu en haut, le soleil a disparu, la piste de l’aller en nocturne puis 60 km de routes turques, à tombeau ouvert, nous attendent. Aux alentours de 20h nous quitterons Tamrut avec un goût d’inachevé et de retour possible. La visite sera rapide, la porte est défendue par une souricière comme à Yilan, le périmètre intérieur est partagé entre arbustes et roche affleurante, la cour en plan incliné est totalement cernée par des casernements adossés à la muraille. Une à une, j’inventorie toutes les salles, impossible de signifier leur destination. Des baies voûtées ouvrent sur la vallée encore traversée par des particules de lumière jaune. Derrière, au nord-est, une haute paroi verticale grise, presque bleue, la lumière ne parvient déjà plus dans ce fossé naturel où s’installe une monochromie sinistre en soirée.

Je réalise que le site est entièrement isolé du flanc montagneux et que les murs prolongent l’aplomb de la falaise. Pour un endroit abandonné depuis plus de cinq siècles, il subsiste en bon état de nombreux éléments : quelques portes d’accès aux salles périphériques, la chapelle, une citerne en guise de crypte, les tours et l’enceinte. Difficile d’exprimer la solitude de ce petit château, sa fragilité au pied des montagnes, conjuguée à sa redoutable position, loin de tout, où tu joues à l’explorateur, celui qui le découvre pour la première fois, seul le calme ou le vent règne là-haut. Position : 37° 29 N, 35° 11 E à 900 m.

Le retour vers Adana. 21h30, l’Albea traverse Etekli à vive allure dans un nuage de poussière. Trois rares lampadaires illuminent le croisement, les abords de la mosquée et la rue principale. “Arrête-toi, j’ai soif”. Il faisait déjà nuit quand nous passâment la porte de Tamrut, ce jour-là nous avions sacrifié à la découverte de deux ruines nos chich tawik et chich kebab quotidiens. Au moins une journée où nous ne roterions pas l’oignon. Un moustachu affable s’empressait déjà autour de nous, le gourbi faisait dans les 10 m2 et regorgeait de marchandises : du clou au Miko de base. Un Coca light et une eau gazeuse à la réglisse, le taulier nous invite dans son restaurant. Avec un grand sourire de franche sympathie pour ce bonhomme qui taffe depuis qu’il est réveillé, nous déclinons l’invitation. En sortant, nous lui adressons un dernier sourire toujours franc de sympathie émus par la bonhomie de cette scène pastorale qui nous renvoie direct 10 siècles auparavant. Là, se trouve rassemblée une grande partie, assise, des gars du patelin qui tchatchent et jouent au backgammon en sirotant du raki ou de la bière. Le poste de télévision posé sur une chaise distille des images de danseuses et des pubs. Je ressens comme tous les aventuriers le besoin impérieux de m’immiscer dans ce microcosme, boire un glass de raki en tirant sur une latte de tabac turque et échanger quelques sourires avec ces édentés qui transpirent l’oignon. Une pensée m’assaille : “mais, ces types ne connaissent même pas les 35 h, d’ailleurs ils ne doivent pas connaître le temps libre, et le mot loisir ? Remarque, lorsque tu leur demande de localiser le château dans la vallée d’à côté ils ne savent pas, signe de l’étendue de leur périmètre de survie”. Inconscients de leur bonheur, ces gars ont la vie belle : les femmes aux champs ou à la cuisine avec les mioches, ils partagent leur existence calme et nonchalante entre le bar salle de TV, quelques menus travaux agraires, le bricolage de leur maison, la sieste, la tchatche avec leur potes, sans rêver aux pays lointains où la vie est forcément meilleure. Derrière nous Tamrut est dans la nuit. R. C.

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