A vol d’oiseau c’est à 10 km de Montségur, par la route, prends la direction de Foix, après Lavelanet sur la 177 vers le nord. C’est aussi le nom de cette ancienne bastide, étendue sous sa barre rocheuse face à la chaîne des Pyrénées, si calme avec son château sur son éperon. La place du village bordée de platanes, où tu laisses ta caisse sereine, en redescendant du pog je voulais m’installer ici, trop beau, trop de plénitude. A ceux et celles, apaisés par la platitude de la mer, la délicate douceur de Roquefixade devrait les réconcilier avec les pics et les vallées. Si vous aimez le sport, plusieurs voies d’escalade sont ouvertes pour parvenir au sommet sans passer par le chemin.
De la construction et de l’histoire aucune information, même Henri-Paul brode pas mal. Histoire d’un site résumée en deux dates, la fin du XIIIe à Richelieu au XVIIe. Simon de Montfort passe à côté, partagé entre les comtes de Foix et de Toulouse, Roquefixade n’a abrité que quelques Parfaits errants, propriété de la famille Villemur, il revient à la couronne après la croisade.
nous un peu sur ces pauvres ruines ouvertes au vent et aux moutons, depuis le Chemin des Parfaits l’accès paraît inaccessible, benoitement tu suis le sentier qui longe et contourne la falaise avant d’arriver dans une grande prairie qui monte vers la crête. C’est le meilleur endroit pour admirer la célèbre arche qui enjambe une faille dans le rocher et supporte la courtine. En haut sur le plateau, une vaste basse-cour insoupçonnable depuis la vallée t’attend, jonchée de pierres et de crottes de bique, tu peux quand même te poser dans l’herbe en contemplant le petit château sur son rocher. Pas mal de touristes pour un site oublié, la veille nous étions à Peyrepertuse, ça grouillait, j’y avais appris que Chirac venait d’être élu président, des types en CX genre parvenus exposaient leur allégresse.
Que reste-t’il ? Un châtelet d’entrée avec deux portes formant une souricière, un grand pan de mur supporté par l’arche avec ses deux ouvertures sans leurs encadrements, d’autres portions de muraille à l’aplomb de la falaise délimitaient une petite enceinte. Les démolisseurs ont bien travaillé, contraints, rémunérés et habilités à la récupération des matériaux pour leurs biens propres, maintes habitations de la bastide s’en parent. Encore une belle occasion de stagner là ; partir à la recherche des pierres séculaires sur les façades. R.C.
Archives pour mars 2008
Roquefixade 1995 France (Ariège)
Posté par ruine le mars 30, 2008
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Puivert 1998 France (Corbières)
Posté par ruine le mars 22, 2008
Pour une fois, dans ce pays de montagnes, vous n’aurez pas de marche fastidieuse pour accéder au lieu, idéal pour la promenade dominicale digestive. Après Quillan (env. 15 km) sur la 117, un peu avant le village une route monte tranquillement à flanc de coteau, elle vous amène au pied de la muraille, facile. Dans le temps, les gros paresseux passaient sous la tour porche avec leur véhicule, roulaient sur la grande esplanade (80 x 50 m), d’où ils pouvaient contempler l’imposant donjon culminant à 40 m. Ce qui signifiait aussi que tu rentrais comme dans un moulin; aujourd’hui c’est fini. Posé à cheval, sur une barre rocheuse coupée par un fossé artificiel, le château s’étend longuement, donnant l’impression d’un site imposant, la courtine qui épouse les bords du promontoire lui confère encore plus de solennité. Passé la tour d’entrée, tu découvres cette vaste basse-cour dominée par la masse de pierre du gros donjon carré, le mur d’enceinte limite ton champ visuel, rien d’autre à part deux tours, l’une ronde, l’autre carrée, c’est tout. En accédant à l’intérieur du donjon par l’arrière, tu découvriras un enchevêtrement de ruines qui contraste avec le dénuement de la première partie. Des murets, de la courtine effondrée, des bases de tours, voici l’inventaire des vestiges du château primitif qu’un compagnon de Montfort a conquis en trois jours, en 1210. La légende dit que les assiégés se seraient enfuis par un souterrain, un guide en fait encore état à la fin du XIXe. Dans la grosse tour, quatre niveaux voûtés : un cellier à demi enterré, une salle de garde au premier, au second la chapelle équipée d’un lavabo dans une niche décorée d’arabesques gothiques, au troisième une salle pour noces et banquets richement décorée, principalement les chapiteaux, certains représentant des troubadours. Hormis quelques baies géminées polylobées qui égaient l’austère façade, l’ensemble est plutôt morne.
Apparemment la défense du donjon s’effectuait par son couronnement, une disposition surprenante pour une construction du XIVe, l’absence de système défensif sophistiqué. Pourtant le site possédait un intérêt stratégique de ce côté des Pyrénées, comme ses voisins : Quéribus, Peyrepertuse, Puilaurens ; ce qui leur valut d’être longtemps entretenus par la couronne et épargnés par Richelieu. 1210 fut le seul haut fait guerrier à Puivert, les seigneurs de Bruyères inféodés aux rois de France y coulent des jours paisibles et le château plonge lentement dans l’oubli. Un jour de 1279, ils seront bien aises sur leur promontoire, quand le lac, en contrebas, s’est brutalement vidé, emportant sur son passage toutes habitations et ruinant le ville de Mirepoix à 30 km de là. Depuis la terrasse du donjon tu peux imaginer les rives et surtout la belle plaine parfaitement plate matérialisant l’étendue de la pièce d’eau. R.C.
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Quéribus 1998 france (Corbières)
Posté par ruine le mars 22, 2008
Le seul château Cathare visible depuis la mer. Le site est ancien, ce que nous visitons aujourd’hui a été largement remanié jusqu’au XVIe. Quéribus aurait été le dernier bastion cathare en 1255, il y aurait eu une dernière bagarre au pied de la butte, les grandes défaites hérétiques étaient loin : 1210 à Termes et 1244 à Montségur où les cendres étaient bien refroidies. Ultimes résistants cathares, ces gars de la trempe de Bélibaste étaient les derniers Parfaits à sillonner les montagnes des Corbières et les contreforts de l’Aragon. A demi bergers, souvent routiers, vrais opportunistes, ils vivaient aux crochets de paysans vaguement acquis à leur cause et de nobles prêts à les accueillir dans leur maison.
Le site est un rocher isolé de la montagne sur laquelle il prend naissance, il s’agit d’une grosse tour avec des rangs successifs de murs et de murets. L’accès prend 20 minutes sur un sentier escarpé qui se termine en serpente raide jusqu’au seuil de la porte, dans la caillasse en plein soleil… L’étroite basse-cour parsemée de ruines de casernement est écrasée par la masse de la tour maîtresse. Assez rapidement, tu pénètres à l’intérieur
à la recherche de cette magnifique salle du XIIIe dont la voûte rayonnante repose sur une pile centrale, c’est haut, le plancher a évidemment disparu, l’ensemble est éclairé par une large et haute fenêtre à meneaux. Les touristes affectionnent Quéribus ; pas loin de la mer pour les jours pluvieux, ça occupe les mômes, visible de loin, présence dans tous les guides touristiques du Roussillon. L’ensemble est en très bon état, le site n’a été abandonné qu’à la fin du XVIIe, de plus il a été restauré à maintes reprises (une grue a trônée là-haut pendant plus de 10 ans), l’accès est aisé même si c’est un peu ardu à la fin, heureusement il y a une buvette à côté du parking dimensionné comme celui d’un parc national américain. R.C.
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Opoul 1995 France (Corbières)
Posté par ruine le mars 14, 2008
Lieu habité depuis longtemps, ce vaste plateau désertique de 6 ha surplombe de 50 m l’aride vignoble des Corbières. Au loin, c’est Leucate et la mer. L’occupation Romaine est attestée, vers 1100 il est cité comme château, 1246 renaissance du site, qui avec les Aragonais, devient une véritable citadelle. Un mur d’enceinte borde le périmètre des falaises, le château est implanté sur un petit promontoire côté est, le village est au nord. La vie est plutôt rude sur le plateau, absence d’eau, la roche affleure, le vent assèche tout. Le lieu passe aux mains des Français, il fait partie de la ligne de défense française : Salses, Tautavel, Aguilar, Quéribus, Peyrepertuse. Progressivement, les habitants s’exileront dans les patelins voisins, au XVe il ne reste plus que le fort, fin XVIe il retourne dans le giron espagnol. En 1639 sonne le glas de Salvaterra, ainsi nommé le plateau, il se rend aux troupes de Richelieu, il le fera démanteler en 1642. Impressionnantes courtines depuis le pied de la falaise, l’intérieur serait bien frustrant s’il ne restait deux citernes taillées dans la roche, une salle voûtée, et quelques murs de logis attenants à la muraille. A l’ouest, un grand fossé isolait l’ensemble du plateau, le donjon circulaire pris dans le mur d’enceinte en défendait l’accès. Après c’est l’abandon.
Si tu souhaites passer la journée dans le coin, vas à Périllos, c’est à 2 km. Sur une colline, autour du dernier pan de mur d’une ancienne tour, stagnent les restes d’un village abandonné depuis l’après-guerre. L’été, un café y est ouvert, je me demande qui vient boire des bières par ici, à 20 mn de toutes habitations ? Autres curiosités, les grottes, dont celle de Tautavel désormais célèbre par son occupant âgé 450 000 ans.
Pour les amateurs, Opoul et les localités voisines regorgent de celliers, prompts à vous faire déguster les nectars du pays.
Terre de mystère également, avec la catastrophe du Super Constellation en janvier 63, quand 12 militaires trouvent la mort dans la carlingue du zinc qui vient de rebondir sur la colline. Un avion spécialisé dans la recherche d’épaves, en Méditerranée, équipé d’un matériel hyper sophistiqué de navigation avec 12 techniciens à son bord qui se tape une colline de 500 m, bizarre… Depuis, des types ont baptisé le site : “vallée de la mort”. R.C.
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Padern 1995 France (Corbières)
Posté par ruine le mars 14, 2008
Une belle ruine, presque régulière sur son rocher au-dessus du petit village de Padern. Nous ne sommes pas très loin de Termes, dans les Corbières vertes, au fond de la vallée coule le Verdouble. Tu ne peux rêver plus bucolique, à tel point que j’ai totalement oublié ma visite. Pourtant les ruines sont encore belles, un solide mur d’enceinte à l’ouest protégeait une grande basse-cour et les logis qui lui étaient attachés. Un donjon carré surplombe l’ensemble, accolée une petite tour contenant un escalier en colimaçon distribuait les étages. Le versant Est ouvre sur le vide, de ce côté la courtine est moins épaisse, elle porte encore de beaux merlons, propres à égayer la visite. Les latrines donnent aussi sur l’à pic, de l’autre côté du donjon c’est une espèce de gros mâchicoulis dont la justification laisse
perplexe.
Résumé séduisant dans une région où le soleil brille plus souvent qu’ailleurs : un ensemble photogénique, avec quelques détails intrigants, un accès aisé, sans oublier la perspective spectaculaire sur les Corbières.
Le château est mentionné pour la première fois au XIe, quand le site appartient à l’abbaye de Lagrasse, les seigneurs de Termes le revendiquent également. Pendant la croisade les deux parties se l’arrachent, les moines le récupèrent à la fin du XIIIe. Il change de mains en 1579, s’ensuit une campagne de reconstruction, au début du XVIIIe l’abbaye le possède à nouveau. La ruine devrait dater de la révolution quand les ecclésiastiques se sont retrouvés sur la paille.
Pour aller à Padern : quittez la D117 à Maury, vers Cucugnan, puis prendre la D14, vous passerez au pied de Quéribus. R.C.
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Aguilar 1982-95 France (Corbières)
Posté par ruine le mars 14, 2008
Conforme à chacun de mes passages, séduisant au loin avec ses sillons de vignes convergeant vers la muraille, si décevant à l’arrivé au pied du site. J’effectuais ici ma première visite d’un château “Cathare”, en 82. La grande différence entre hier et aujourd’hui, c’est l’entrée devenue payante. Certaines parties ont été déblayées de leurs ronces et bénéficient de l’inévitable signalétique en plexibois. A 320 m d’altitude, il domine une large vallée viticole des Corbières sèches, le village le plus proche est Tuchan. En 1210 Aguilar appartient à Raymond de Termes quand il le perd avec toutes ses terres au terme du siège épique de son château de Termes. Raymond termine sa vie dans un cachot et ses deux fils passent en Aragon. En 1240, Olivier l’aîné, revient pour prendre part au dernier baroud contre Saint Louis, la lutte est vite inégale, il se rend et prend part en 1246 aux dernières croisades d’orient. Preux et valeureux, il s’illustre dans des batailles, à tel point qu’en 1250 il récupère Aguilar. Olivier de Termes est un vrai aventurier, il ira 5 fois en Terre Sainte et y terminera sa vie en 1275. Aguilar est le cadet de ses soucis, d’ailleurs il le revend au roi en 1260, c’est à cette époque que les grands travaux sont entrepris. La colline est sur la première ligne de défense des Pyrénées, en face il y a l’Aragon. Une belle histoire pour un lieu qui n’en a pas beaucoup. Hormis une razzia espagnole et quelques escarmouches à la fin du XVIe, qui ruinèrent la construction, voilà la vie palpitante du site, Olivier y a t’il seulement mis les pieds ?
La ruine entamée depuis plus de 350 ans ne recèle pas de détails architecturaux ou militaires croustillants. Seulement, les tours ouvertes à la gorge de la grande enceinte qui datent de la seconde campagne de reconstruction, fin XIIIe, une disposition avant-gardiste reprise à Puilaurens et Peyrepertuse. Enfin, la chapelle romane à l’extérieur de l’enceinte sur un petit promontoire, elle paraît en très bon état comparée au reste du tas de ruines. A peine si tu distingues une citerne et les traces du premier château du XIIe, avec son donjon et son appareil grossier. J’y suis passé au moins trois fois, sans doute le souvenir de son allure et de son empreinte lointaine dans ce paysage aride ne me lasse pas. Passez sûrement mais ne pénétrez pas forcément. R.C.
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