Ruines de châteaux

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Archives pour mai 2008

Krac Qalaat el Hosn 1998 Syrie

Posté par ruine le mai 16, 2008

Krac des chevaliers Syrie

Krac des chevaliers Syrie

Qui ne connaît pas le Krac ? Au moins tu as visionné une photo de son signifiant, ce beau château de pierres blanches, posé sur sa montagne, avec sa double enceinte et ses beaux talus réguliers. Un ensemble parfait, le site idéal que chaque touriste du Proche-Orient se farcit inéluctablement. “t’as fait le Krac, non mais j’ai fait Petra…”. Je ne me trahirais pas en affirmant que j’en rêvais et qu’il fut le premier monument de mon périple en Syrie. Une disposition que je vous recommande car tout ce que vous pourrez visiter ultérieurement vous semblera bourré de charme. En venant de Damas, tu t’interroges sur les mensurations de cette éminence au loin, elle te paraîtra disproportionnée car il te reste encore 15 km à couvrir, “ça doit être ça, la vache c’est immense…”. Effectivement, mais la route que j’emprunte ne me restitue pas le château que je connaissais, à trop l’idéaliser j’ai perverti mon imaginaire. Nous accédons par la face Nord, celle du village avec ses cases agglutinées aux pieds du seigneur. Premier mythe qui se volatilise, le Krac n’est pas isolé dans des contreforts montagneux, je pressens déjà le malaise à l’intérieur. J’ai le choix entre hyper restauré à l’écossaise, blindé de touristes, ou une coquille vide. Evidemment ce sera moins bien que sur les photos, que je connais par cœur : la galerie gothique, la rampe d’accès, la chapelle.
A vous de juger si vous allez en Syrie. Le Krac est un beau château, sa chapelle romane habitée par le mystère est bien sombre, les baies géminées de sa galerie sont identiques à celle d’un cloître gothique, sa rampe d’accès en chicane évoque une ruelle de la Médina, du haut de ses tours la vue tend vers l’infini. Même les toits terrasses du village en dessous possèdent le charme d’une bastide de Guyenne au XVe, quand ses mômes crasseux braillaient dans les rues. Il n’y a pas encore si longtemps, en 1930, 500 Alaouites avec leurs poules et leurs moutons squattaient les cours et les tours du château, les salles fleuraient bon l’étable, ambiance bruit et odeur. Il faut imaginer l’état du château à cette époque ; remparts et cours envahis par la végétation avec des reliefs en tout genre. Aujourd’hui tu peux t’attarder sur les détail de la construction : l’ajustement, le dessin puis la taille des pierres utilisées lors de l’interpénétration du cylindre des tours dans le glacis impeccablement désherbé.
Du charme peut-être pas, mais la satisfaction d’être allé sans doute au bout d’un rêve.
Pour les Hospitaliers qui régnaient là depuis que Raymond II de Tripoli leur avait cédé la place en 1142, la vie contemplative n’était pas primordiale… entre construction, sièges et séismes. Devançant les Francs, les Kurdes séjournèrent sur la butte, réellement le site était déjà occupé depuis l’Antiquité, ce que tu vois aujourd’hui date de 1180 pour le noyau central. Trois tremblements de terre, dont les deux premiers ruinèrent en partie le château. Le dernier en 1201 semble avoir incité les Hospitaliers à renforcer les murailles et à entamer la vaste campagne qui voit s’ériger la double enceinte et les tours de flanquements, la galerie aussi d’ailleurs, riche XIIIe.
A partir de 1207 cinq sièges successifs, à raison d’un tous les dix ans, entre dattes et loukoums, d’aménagements en reconstruction les habitants du Krac profitent à peine des douceurs du climat dans le sérénité et la volupté. Jusqu’à la fin, en 1271 les frères ne lâchèrent pas le morceau. 60 chevaliers exsangues contre une armée équipée de machines, avec à leur tête Baybars le champion de l’unité arabe. La lutte était perdue d’avance, pourtant il leur fallut plus de cinq semaines pour vaincre, par la ruse, les preux combattants, dans cette forteresse réputée imprenable. Rapidemment, après la reddition les musulmans entreprenaient, eux aussi, d’importants travaux de restauration, au fil des années ils renforcent l’enceinte du côté Est et bâtissent la grosse tour carrée sur le front Sud, le plus vulnérable. Au milieu du XIXe le bâti était encore intact, il s’est réellement dégradé lorsque le lieu s’est transformé en village de bédouins. Concluons avec des chiffres éloquents : 600 m d’enceinte, 225 m de long, 150 de large, des talus de 25 m de haut, la plus grande salle 120 m sur 8 de large et 10 de haut.  R.C.

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Marquab 1998 Syrie

Posté par ruine le mai 16, 2008

Marquab Syrie

Marquab Syrie

Si la vie n’était pas toujours reposante dans ces contrées hostiles, sur leur perchoir les Hospitaliers sublimaient en contemplant à loisir les plaines fertiles du jebel Ansarieh et le bleu de la Méditerranée. A 10 km de la côte et du port de Baniyas, sur son éperon triangulaire la masse sombre du Marquab en impose à tous. Le grand Saladin, lui-même, ne préfère pas s’aventurer dans un siège sachant qu’en 24 h toute une armée de frères, lancée depuis le Krac l’encerclera fissa. Le site est fortifié depuis la deuxième partie du XIe, au tout début du XIIe les Byzantins s’y installent, en 1117 les croisés s’en emparent, mais il repart brièvement, jusqu’en 40, dans le giron musulman, les Francs le conserveront 145 ans. En 1186, Bertrand de Mansoer vend son château aux Hospitaliers, il n’est pas le seul à céder ses biens, la passation ou la disparition de sites due à des contingences économiques est courante, les propriétaires dans leur soif de grandeur bâtissent souvent en négligeant le coût global de leur construction, la vie était courte.

A l’époque ce n’est pas encore la puissante forteresse que nous contemplons, les grands travaux démarrent au début du XIIIe, les moines soldats agrandissent et fortifient considérablement la partie Sud. Grands bâtisseurs, ces ordres sont vraiment riches, ils regroupent dans leur fraterie la fine fleur de la noblesse franque. Grands voyageurs également, ils véhiculent les idées et les modèles, notamment dans la fortification, en ce début du XIIIe l’influence provient des châteaux de Philippe Auguste.
A chaque virage tu espères en voir toujours un peu plus, depuis ses 360 m, le Marquab domine la plaine côtière, sa construction en pierres de basalte, ses longues courtines, ses tours, me rappellent un peu Coucy, une vaste enceinte et son château. L’apparent bon état extérieur n’est qu’un leure, changement de décors à l’intérieur, la ruine, est très avancée. Seule la chapelle élevée dans un beau style roman est parvenue intacte, superbe voûte d’arête avec un doubleau égayé par l’alternance de rangs de pierres noires et blanches. A côté, la salle capitulaire devait être fameuse, couverte de nefs en croisée d’ogive, richement ornée il n’en subsiste qu’un angle.
La grosse tour ronde reconstruite par les Arabes après 1285, a bien survécu. En revanche, l’ouvrage avancé en contrebas qui servait de chemise, à la pointe de l’éperon, est un amas de pierres. La promenade dans le château passe de salle en salle toutes aussi gigantesques, dortoir, grenier, cellier, citerne, caserne, magasins, quelquefois superposées, tout est surdimensionné pour accueillir des centaines de soldats et leurs servants. Imagine la logistique d’approvisionnement de cette citadelle. Lors de notre visite une équipe de tournage de film travaillait sur le site, ignorants l’hygiène et la propreté en usage au moyen âge, les gars avaient tendance à utiliser tous les espaces couverts en guise de gogs, notre visite des salles fut brève…
Nous consacrâmes finalement plus de temps aux points de vue sur la mer ou sur les monts du jebel, j’imaginais le déroulement des sièges finaux de 81 et 85 quand la mine vint à bout des murs méridionaux. Avant de quitter le Marquab passe faire un tour sur la basse-cour, l’enceinte encercle 4 ha dont des trois quarts sont réservés au village, habité jusqu’au XIXe. La muraille avec ses 14 tours qui enserrait l’ensemble est antérieure à l’arrivée des Hospitaliers. Aujourd’hui c’est un vrai champ de broussailles, dominé par les tours et ponctué de ruines où le cheminement est difficile, tu ne peux éviter de penser à tous ces reptiles qui sommeillent sous ces vieilles pierres, grosse chaleur, heureusement le type dans la cahute billetterie vend aussi des glaces. Pas de visitor center, pourtant les bus montent en procession ! R.C.

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Safita Chastel Blanc 1998 Syrie

Posté par ruine le mai 16, 2008

Chastel Blanc

Quand le bon Saint Louis passe à Safita en 1250, il demande le renforcement des fortifications existantes. L’ère n’est plus à la conquête, l’unité franque s’effiloche alors que les Arabes regagnent du terrain, Saone est tombé en 1188. Le bon Louis IX pense que la situation est encore rattrapable, il se leurre grave, les prochaines invasions mongoles, loin de déstabiliser la province, deviennent le ferment de l’unité arabe. Après Saladin vient Baybars quand le premier joue les grands seigneurs, l’autre, plus roublard s’illustre par son efficace cruauté. 1271 le Krac c’est fini, 20 ans plus tard c’est le tour du Marquab et la fin de la présence officielle des Croisés en Palestine. La peste et le choléra emportent Saint Louis à Tunis en 1270, la huitième croisade n’est pas allée bien loin. Baybars le winner, avant de rejoindre le pays des houris, réduit aussi les Assassins, le parcours spectaculaire de cet esclave venu du Turkestan s’achève en 77. Je clos là cette digression.
Au XIIIe, le château ou plutôt la tour était isolée du village par deux enceintes concentriques, des passages souterrains les reliaient à une salle basse située sous la chapelle. Aujourd’hui toute la ville converge vers la tour, les murailles ont été avalées. Dernier périmètre libre, un petit terre-plein occupé par un majestueux monstrueux escalier donnant accès à la chapelle toujours consacrée pour les chrétiens des environs. Au-dessus, une grande salle en voûte d’arête éclairée par des archères, au dernier niveau, le solarium une grande et belle terrasse qui offre la plus belle vue sur Safita, la mer à 25 km, enfin je ne me le rappelle plus vraiment si j’ai vu la mer. La profusion émousse ma mémoire, je ne conserve qu’un vague souvenir de cette tour, j’ai retenu la chaleur de la ville et des ruelles, le coiffeur mécanicien, j’aime les salons de coiffure au Proche-Orient parce qu’ils ressemblent souvent à des ateliers de réparateur de mobylettes.
La construction est postérieure au séisme de 1170 qui ravagea toute la Palestine, il paraît que ça aurait duré 25 jours… celui de 1201 aurait été moins dommageable pour la tour. En 1271, Baybars, en revenant du Krac, qui n’est qu’à 10 km, passe à Safita pour faire la fête aux derniers templiers qui
gardaient la place. R.C.

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