La moitié de la citadelle est partie un jour avec une crue de l’Euphrate. Minée par les eaux, la falaise sur laquelle se trouvait l’ancien palais Séleucide s’est effondrée. Le désert encercle la ville en surplomb sur le côté Est le fleuve, il y fait très chaud, l’ombre est rare sur ce plan de ruines gigantesque de 73 ha. Quand Séleucos donne le nom de son patelin natal Europos et fonde la ville une steppe herbeuse persistait dans la contrée, des céréales y poussaient et des moutons y paissaient. Au IIIe et IIe av JC durant la période hellénistique, la cité se transforme en un point de passage stratégique. Elle subit l’hégémonique influence de Palmyre, sa voisine du désert, au IIe av JC, puis la domination romaine en l’an 100 de notre ère lorsque les légions investissent la Mésopotamie. Il semble qu’il y ait eu de forts tremblements de terre dans la région au début de l’ère chrétienne, ruinant les villes, certaines ne s’en relèvent pas, à Doura il y aura juste assez de fonds pour rebâtir les habitations. Toutes les fortifications visibles sont de l’époque grecque. L’abandon définitif n’intervient qu’au IVe à la suite d’une razzia des Sassanides, sans doute le processus de désertification déjà bien entamé devait aussi dissuader les postulants à un éventuel come back.
Le site est oublié jusqu’au début du XXe, quand un soldat met au jour une mosaïque, après ce seront les fresques de la synagogue, tout le précieux est embarqué à Damas. Murs et murets reposent ici sans leurs ornements et se délitent tranquillement à chaque pluie, fichue brique crue. Heureusement la citadelle et les remparts sont en pierres, les deux portes subsistantes sont monumentales, surtout au centre du désert. Aventure dans la sape ; ne loupez pas le plus croustillant à Doura, une bataille souterraine entre soldats Romains et Sassanides ? Sous une tour deux sapes se rejoignent, et 1 750 années plus tard des archéologues exhument des squelettes cuirassés les poches remplies de pièces de monnaie. En 98 aucune mention n’existait à ce propos. Il paraît que la nuit tu peux entendre les hurlements des chacals et des hyènes. R.C.
Archives pour juin 2008
Doura Europos 1998 Syrie
Posté par ruine le juin 29, 2008
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Palmyre Qalaat Ibn Ma’ân 1998 Syrie
Posté par ruine le juin 29, 2008
Au pays de Zénobie, la reine mère de Wahballat, qui s’appropria la descendance de Cléopatre et se battit malignement contre des Romains. Ces derniers beaucoup plus forts finirent par la coincer sur l’Euphrate. L’oasis a tout d’un petit paradis ; des palmiers bien verts, des canaux d’irrigation procurant juste un peu de fraîcheur, la richesse des caravaniers, les beaux vestiges de la splendeur romaine et sa vallée des morts au calme derrière les collines.
A Palmyre tout se visite, des “tombes tours” de la nécropole à la ville antique, de jour comme de nuit, ce faisant dans la pénombre surveille tes arrières et reste sur tes gardes car certains indigènes n’hésiteront pas à t’emmener dans le théâtre pour te proposer “des jeux de mains”. Cerise sur le gâteau sur son éminence, la citadelle orange resplendit, dommage ça ne dure que le temps du couchant ou du levant. Son ombre plane au-dessus de la douceur de la belle ville romaine, et l’austère silhouette du monolithe te rappelle que la vie n’a pas toujours été rose oranger à Tadmur. Longtemps ce fut une prison là-haut, ce qui lui vaut son parfait état de conservation, pas de ruines à Qalaat Ibn Ma’ân.
A cette heure avancée du jour, la clémente température fait sortir les touristes, sur la colline plusieurs cars se vident, d’autres se remplissent. Intense fébrilité car la fermeture est proche, dernière chaleur mixée à des relents de gas-oil. La vieille forteresse muslim est parfaitement isolée sur son monticule par un gigantesque fossé taillé dans le calcaire. Apparemment peu de recherches ont été entreprises sur son histoire, sa fondation remonte au XIIIe, de l’avis d’experts passant-là par hasard, elle aurait été aménagée jusqu’au XVIIe de façon concentrique autour du noyau primitif. Il est vrai qu’à l’intérieur c’est un véritable labyrinthe, monter descendre, atteindre des pièces très sombres, simplement éclairées par un rai de lumière couchant. Aucune ouverture, seules de rares archères, pas de déco non plus, une construction assez grossière, pas de donjon, rien ne dépasse de ce bloc minéral. A l’intérieur, quelques puits de lumière procurent de l’éclairage, l’ombre semble plus recherchée que les rayons du soleil dans ce désert, décidement la vraie vie était en bas. R.C.
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Saone 1998 Syrie
Posté par ruine le juin 14, 2008
Il se dénomait aussi Sahyoun, aujourd’hui c’est Qalaat al Saladin le plus grand fort du Proche-Orient, 750 m de long, avec un vrai éperon barré à main d’hommes. Sur la petite route de Lattaquié, au franchissement de la dernière crête le vaste plan incliné apparaît juste en face. Un champ de ruines disséminées entre roches affleurantes et bosquets desquels émergent des bâtiments nettement identifiables. C’est par le bas, que Saladin s’est emparé facilement du site, trop de surface à couvrir ou à défendre, travaux inachevés. En voiture vite, une fois de plus le temps nous presse, la route plonge dans le ravin pour remonter sur les côtes, falaises puis murailles se dressent devant nous, nous pénétrons le fameux défilé avec son extraordinaire aiguille de roche qui devait supporter un pont glissant 28 m plus haut. 155 m de longueur, sur 25 de haut et 15 à 20 de large, travail titanesque entièrement taillé aux pics, le fossé le plus impressionnant du monde médiéval, à l’image du château, le plus vaste, trop peut-être. Ici la mégalomanie du comte Robert a pris le pas sur la raison militaire, 5 ha, toutes les défenses avec le donjon sont concentrées au sud près du fossé.
L’impact dramatique que représente l’arrivée n’est pas vain, après l’aridité du panorama, l’âpreté des falaises rehaussées par la muraille puis la traversée du couloir, l’atmosphère n’est pas franchement engageante sous ce vrai soleil de plomb fondu. N’oublions pas que ces forts abritaient en cas de siège une grande population de Croisés, en pays hostile il valait mieux tenir ses arrières.
Le 26 juillet 1188 quand Saladin se pointe à Saone, je ne sais pas s’il connaît l’endroit, en tout cas, pas impressionné il rafle la mise en deux jours. Feignant une attaque sur le côté frime, le fossé imprenable, son fils pénètre tranquillement par le faubourg au nord. Selon les chroniqueurs de l’époque les Arabes n’étaient pas une poignée de malheureux, mais une vraie armée équipée comme un porte-avion, avec pas de moins de quatre mangonneaux capable de balancer des pierres de plus de 300 kg.
L’entrée est au sud dans une tour bien préservée, elle accueille aujourd’hui la billetterie, pas spectaculaire mais savamment défendue par une souricière. A l’intérieur, le décor se confond avec le paysage du jebel Ansarié, rochers, arbrisseaux, murs ruinés se mêlent à l’infini, à droite c’est le donjon franc qui domine, plus loin tu sais qu’il y a la porte qui donne sur l’obélisque, 30 m de vide et la pile.
A gauche vers le nord, sur une éminence le vieux donjon byzantin ruiné, en contrebas à 500 m dans le chaos de ruines et de végétation, le faubourg. Les pelouses des basses-cours des châteaux anglais font figures d’opérettes aux côtés de cette immensité tourmentée. Il faut une bonne journée pour visiter Saone, l’après-midi est déjà bien avancé, je ne visiterai pas la partie Nord. Tout de suite, vers le donjon avec ses blocs cyclopéens qui défie le temps, à l’intérieur aussi tout est surdimensionné le pilier central de quatre mètres de côté supporte une voûte en quatre partie à l’étage, la même un peu plus lumineuse, douce fraîcheur. Enfin la terrasse, four solaire, largement envahie par de l’herbe et bordée de solides créneaux. Gigantesques encore, à demi enterrées, des salles basses prennent l’allure de halles, chevaux, fourrage, bétail, voire les hommes de la garnison pouvaient y cohabiter. Je n’oublie pas la petite poterne qui ouvre sur le précipice 28 m de vide, à 7 m le pic et en guise de garde-corps une barre avec deux planches croisées, réalité inouie. Pourquoi, qu’y avait-il sur le plateau en face ? Tellement de sophistication et de travail pour gagner un peu de temps, encore une facétie de ce bon Robert dont la vie se termine cruellement : décollé puis jeté aux fauves, à Damas chez son ancien copain le prince Togtekin.
A la recherche de la citerne, nous savions qu’elle se situait sur le flanc Est, il faut se frayer un chemin parmi broussailles et ruines, derrière un bosquet un ouvrage semi enterré, une petite porte. Nous voici à la “tribune d’une église de campagne”, lugubre et glauque, c’est une salle de 36 m de long, haute de 16 n’ayant pour seul éclairage que trois ouvertures dans la voûte. L’eau est buvable selon Henry-Paul, c’est vrai qu’elle semble limpide, elle doit dater du dernier siège au XIXe, quand les Ottomans retranchés dans les murs repoussèrent les assauts égyptiens.
Tu ne quitteras pas le fossé de saone sans tenter d’escalader l’obélisque, si aujourd’hui une voiture y circule largement, il n’en était pas question au début du XXe siècle, seuls des bourricots empruntaient la passe obstruée par des gravats et la végétation. Un déblaiement effectué par les descendants de ceux qui avaient fait le boulot de carriers, 800 ans auparavant. R.C.
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Masyaf 1998 Syrie
Posté par ruine le juin 14, 2008
Fondation byzantine au XIe, arrivée des Seljoukides, passage des Ismaéliens, capture par Baybars et les Mammelouks, derniers aménagements au XVIIIe, occupé jusqu’au XIXe. Au milieu de la plaine, sur un promontoire ces superbes murailles s’allongent sur plus de 200 m, impressionnant de rigueur, encore une fois la ville et le château étaient réunis dans une même enceinte. La construction relève d’un séduisant bricolage, du réemploi de chapiteaux, de colonnes jusqu’à des meules de pierre… en passant par le grossier appareil de la première forteresse, au travail plus soigné des dernières campagnes. Nous sommes arrivés tardivement à Masyaf, la localisation de Qalaat al Khaf nous avait pris plus de 2 heures. Fissa, nous arpentons la rampe d’accès, c’est encore ouvert, pour une fois le prix du ticket est symbolique, dans une salle de garde au blanc défraîchi, deux types en uniforme sirotent leur dernier thé, journal et mégots, une vague odeur de bouffe flotte là-dessus.
Dans l’enceinte c’est un capharnaüm de ruines, normal, mais surtout de tas de pierres, d’échafaudages rouillés, de bâches déchiquetées. Le jour se termine et nous sommes les derniers visiteurs, ils n’ont pas dû voir beaucoup de monde aujourd’hui, ça claque, ça siffle, le vent s’engouffre entre les murs, ambiance de mort, nous nous réfugions dans les galeries. Succession de salles aux voûtes frustes, pas de décoration, heureusement des colonnes doriques mises en boutisse égaient le coup d’œil. Décidément il fait trop sombre, tu te dis que ça suffit, d’autant plus que la journée n’est pas finie, il faudra trouver un hôtel pas trop naze à Hama, la ville des norias et des taxis jaunes US modèles sixties. Au revoir le château des Hachichiyyin, les tours opérateurs se plaisent à entretenir la légende, Masyaf fut l’un des centres de “la terrible secte des assassins”, trois mots qui terrorisèrent les foules au XI et XIIe siècles, aujourd’hui ils excitent l’imaginaire du touriste occidental. Les travaux de restauration, entrepris depuis de longues années, sont financés par le dernier chef des Ismaéliens, l’Aga Khan.
A l’intersection des routes 56 et 34, dos au couchant, les derniers rayons découpent la masse noire de la forteresse, 32 km vers Hama de nuit, l’aventure peut commencer : charrettes à bras, troupeaux de moutons, bourricots, camions sans lumière et chauffards sont au programme. R.C.
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Shayzar 1998 Syrie
Posté par ruine le juin 14, 2008
L’avantage des pays sous dictature, c’est le calme qui y règne et la tranquillité d’esprit avec laquelle tu peux te balader avec ton matériel photo en bandoulière et ta Panerai au poignet. A la belle époque d’Hafez el Assad la visite des châteaux de Syrie ne présentait qu’un seul inconvénient, le prix d’accès de 50 Fr équivalant à 1/10e du salaire moyen syrien et au tarif de deux ou trois sites en France. La quiétude et la solitude lors de la découverte d’un site n’ont pas de prix. Shaÿzar est sur un éperon qui épouse la rive d’un petit affluent de la vallée de l’Oronte, de l’autre côté, s’agglutinent les cases d’un village de pauvres, qui attend chaque soir l’ombre du château. Ma visite, contrairement ou subséquemment à ce que je viens de dire fut largement écourtée, afin d’éviter notre lapidation par une bande de gamins crasseux, qui rapidement s’accrochèrent à nos basques et devinrent menaçants. Héritiers d’une tradition séculaire ces sales mômes ne firent rien d’autre que répéter ce que leurs ancêtres infligèrent aux bons chevaliers Croisés. Shäyzar ne passa jamais aux mains des Francs, demeurant une forteresse Muslim, malgré plusieurs tentatives de sièges au XIIe, et deux tremblements de terre qui ruinèrent le site. Apparemment les Mongols eurent plus de succès et razzièrent tout au XIIIe, Baybars le tombeur du Krac reconstruisit la forteresse. Autrefois, la ville s’étendait sur toute la langue de colline, une faille l’isolait du plateau, à son aplomb subsiste la tour maîtresse du site dont le bel appareil s’orne d’un recyclage de troncs de colonnes romaines en boutisse. Sur la crête, largement chahutée, enchevêtrement de ruines d’habitations et de rocailles, l’attribution des restes est difficile. La partie la plus spectaculaire se porte à l’entrée du site. Un superbe plan incliné, reposant sur trois voûtes en arc brisé, donne l’accès à la tour porche du XIVe, l’ensemble est rehaussé par l’impeccable pavement du glacis façon Krac ou Kerak.
Il fait chaud à Shaÿzar, la plaine fertile de l’Oronte s’étale dans une brume de chaleur jusqu’au jebel an Nusayriyah. Rendez vous au km 23, au nord ouest de Hama, entre Homs et Alep sur la route 56. R.C.
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Qalaat al Khaf 1998 Syrie
Posté par ruine le juin 2, 2008
Le vieux avait sans doute choisi ce lieu pour son calme et son retirement à mille milles de toutes habitations. Rashid al-din Sinan, alias le vieux de la montagne chef de la fameuse “terrible secte des assassins” s’est installé là en 1131 ou en 1162. Aucune force ne parvient à les déloger pendant 150 ans, il faudra attendre la fin du XIIIe avec Baybars pour assister à leur réduction. Ce château, parmi la dizaine qu’ils détenaient, fut leur dernier repaire. Bouffis de rancune envers leurs cousins Sunnites et Chiites qui les avaient virés d’Alamut et hors d’Iran, ils n’hésitaient pas à donner des coups de mains à tous, probablement au plus offrant. Tour à tour ils assistèrent et assassinèrent des Francs ou des Arabes.
La soumission des Fedayins à leur chef est relatée dans le célèbre événement de 1195. Henri de Champagne se pointe au Khaf avec armes et bagages pour une visite de courtoisie. Le vieux du moment ordonne alors à deux de ses fidèles, camés jusqu’aux oreilles, de se jeter par dessus la muraille, plein de vie ils s’écrasent en bas de la falaise. L’histoire dit qu’Henri fit cesser le carnage car la garnison risquait d’y passer. Ainsi, ces serviteurs totalement dévoués à leur grand pourvoyeur de haschich, de chef, qui leur promettait fortune et fornication dans l’au-delà, obéissaient au doigt et à l’œil, prêts a commettre
n’importe quel attentat suicide.
Aujourd’hui, la tranquillité règne sur le plateau, même pas une vieille odeur de haschich ne flotte. Les vestiges sont rares, une tour éperon domine l’esplanade au pied de la falaise, d’ailleurs sans elle, au premier abord tu douterais de la domesticité du site. Un sentier monte doucement en longeant la paroi, dans le sous-bois surgit la caverne qui donna son nom au château, la roche est percée comme un tunnel, une superbe inscription en arabe surmonte le porche. L’entrée était là, des traces de porte subsistent, quelques lacets permettent l’accès au plateau sous la bienveillance d’une tour, dernier vestige debout. En haut, seulement des murets, je me demande si des constructions ont réellement existé, absence de tas de pierres, les dernières et seules traces de vie sont des trous dans la roche affleurante, certains plutôt pour des poteaux, d’autres sont des jarres ou des petites citernes avec leur système très érodé de récupération d’eau. L’endroit semble retrouver sa sauvagerie naturelle, platière, maquis et arbrisseaux, le tour du promontoire est rapide, gaffe aux bords de falaises, un grand calme plane.
150 m plus bas, immuables, deux masures en terre s’étagent sur des terrasses, seule concession au XXe finissant : le tracteur, les femmes fauchent, les types bricolent. Sur le plan supérieur des moutons bâfrent et des enfants courent en zig zag, ils doivent déjà connaître l’histoire des deux fedayins, il n’y a que 800 ans… Parvenir à Qalaat al Khaf n’est pas mince affaire, complètement isolé, le site s’intègre dans un paysage de montagnes duquel rien ne diffère puisque tout le bâti supérieur a disparu. Heureusement les bergers sont affables, mais ils ne parlent et n’entendent rien à l’anglais, pourtant la ville de Qadmos n’est qu’à 15 Km, le mot Khaf fait sésame encore faut-il comprendre leur guidage. Compte encore moins sur la signalisation exclusivement en arabe, aux routes se succèdent des chemins, au terme de deux bonnes heures nous avons enfin trouvé, l’éperon se distingue par son arasement, cerné de monts plus élevés, il émerge au centre d’un vaste cirque. Bizarre ce dénuement pour un site occupé jusqu’en 1816, les Ottomans en avaient fait une prison, l’Alcatraz des montagnes. R.C.
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Tartous 1998 Syrie
Posté par ruine le juin 2, 2008
L’arrivée à Tartous en fin d’après-midi vous laissera un fameux souvenir, avec sa plage déserte et son remblai où tu peux cruiser tranquille le bras à la portière et la clope au bec. A gauche, la mer et la plage ornée de parasols géants en tôle rouillée, à droite des immeubles en construction ou inachevés, à l’approche du centre le seventies style fait place au médiéval réinvesti. Le soleil se couche face aux remparts orange resplendissants, illuminant la désolation de ce front de mer. Passé la porte de la ville les ombres s’allongent, la douceur de la pierre rose fanée par les siècles vire au violet, les enfants jouent encore au ballon pendant qu’une vraiment vieille Marcel modèle 220 ponton, jaune taxi, se repose de sa journée. Les restes de la ville fortifiée sont présents à chaque coin de rue, un mur, une arche, une tour, la plupart maquillés par des infrastructures énergétiques, des séchoirs à linge, des panneaux publicitaires, des réparations de mauvaises fortunes, des chiens faméliques errants et un vieux coiffeur toujours au taf à 9 h du soir pendant que ses potes jouent au backgammon au milieu de la rue. Tu peux oublier le trottoir et l’urbanisme à la Delanoé. Emotion intacte, nous sommes toujours au XIIe à la belle époque de la domination franque quand, les templiers, maîtres des lieux, faisaient vraiment les malins dans leur citadelle.
A cette époque Tortose dominait en Palestine, c’était le point de passage entre Antioche et Tripoli. Dernier bastion franc, quand les croisés mettent les voiles vers Chypre en 1291, ils ne savent pas qu’ils ne reviendront jamais, Tortose c’est fini. Pourtant la ville était bien défendue, une belle enceinte, une super citadelle, un pont fortifié et un valeureux donjon qui résista au siège de Saladin en 1188. Aujourd’hui, il est malaisé de percevoir ces bâtiments, détruits ou incorporés dans l’habitat domestique, tu peux déceler l’entrée de la citadelle, la position de la grande salle de l’ordre, il te faudra beaucoup plus d’imagination pour situer la seconde enceinte encore plus puissamment fortifiée, l’ensemble ouvre sur la mer, une situation idéale pour fuir le muslim revanchard. Dernier vestige sauvegardé de la splendeur de Tortose, sa cathédrale des XII et XIIIe, un bâtiment d’une grande austérité comparativement à nos cathédrales gothiques contemporaines, l’ensemble flaire l’origine byzantine. R.C.
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