Ruines de châteaux

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Archives pour juillet 2008

Ash Shawbak 1998 Jordanie

Posté par ruine le juillet 26, 2008

Ash Shawbak
Ash Shawbak

A 1 500 m, d’altitude face à l’entrée, il y a ce vieux bédouin qui te file du thé dans des verres en pyrex culottés limite crades. Bien à l’abri du vent sous sa tente caravane, son accueil est légendaire. Il paraît que des vents glacés soufflent à mort l’hiver et que la neige est fréquente. Une fois de plus, quand nous arrivons le soleil est vraiment près de se coucher, j’ai du mal à me défaire de ce paysage quand tu te doutes que tu ne reviendras pas. Le cirque autour du tertre qui porte le château est animé d’un mouvement circulaire, la montagne semble parfaitement peignée tant les strates qui ondulent sur ses flancs sont régulières. Toute la dureté de la contrée transparaît dans ces filons de dentelle de calcaire qui glissent en plongeant dans un wadi. Donner une échelle est difficile, je discerne des cavités, de la végétation, des arbustes ou de la broussaille, tout en bas des restes d’habitations semblent écrasés par la masse rocheuse.
Difficile d’éviter Shawbak, il n’y en a que deux routes pour aller de Amman à Petra, l’autoroute dans le désert et la vraie, celle de toujours, La King’s Highway, escarpée, désertique avec ses paysages de poussières et d’ocres infinis. Après Dana, un patelin en plein désert, un peu à l’écart de la King’s, près de Nijil, roule 4 km, c’est fléché, tu entres dans le cirque par le Wadi Fidân, en levant les yeux tu verras sur son tertre rocheux le Crac de Mons Reali comme l’appelait les croisés au XIIe.
Première et dernière forteresse du comté d’Outre Jourdain, là où s’illustra le veule, cupide et cruel Renaud de Chatillon. Etabli sur une fondation Byzantine, la construction débute en 1115, le royaume de Jérusalem est fondé en1099, Shawbak est un village relais pour les caravanes, il devient le centre administratif du comté. Son premier siège date de 1171, puis en 87 un second qui dure deux années, on peut dire que Saladin s’est fait les dents ici, avant d’entamer sa marche victorieuse vers le nord, en 1188 il prend Saone, l’année suivante Shawbak capitule. Sous la domination mamelouk la place est largement reconstruite et aménagée. Elle sera vraiment abîmée lors d’un bombardement égyptien début XIXe, d’ailleurs en passant la porte je n’aperçois qu’un colossal tas de pierres et de ruines sur toute la surface ceinte. Ca commence bien, pourtant le guide parle de salles et surtout d’un souterrain qui mène à un puits ou une citerne. Il subsiste des galeries en demi voûtain qui s’adossent à la courtine, quelques salles à demi enterrées, encore une fois les derniers rayons du soleil enjolivent le site. En contrepartie, il faut faire vite, un peu par hasard nous tombons sur les bains de l’époque mamelouk, tout y est : bassin, lavabos et un dispositif de douches. -”Damned, il est où ce putain de truc”-. Nous n’avons toujours pas trouvé le souterrain, le site est vaste et la lumière fléchit fissa, dans un quart d’heure je ne pourrai plus prendre de photos. Il faut imaginer une porte basse au niveau inférieur, sur le côté Nord. Je finis par découvrir le passage ; une petite ouverture qui immédiatement s’enfonce dans l’obscurité des entrailles de la terre. N’écoutant que son courage mon pote Ged muni d’une loupiotte commence la descente. A demi rassuré, je le suis de loin, il y a entre 300 et 360 marches à peu près une heure pour monter et descendre… gamberge. Nous étions les derniers, le bédouin va se casser, les piles tiendront-elles, les marches sont usées jusqu’à la corde ça descend raide dans la poussière, combien de chances de sécher dans ce trou avant que le premier touriste téméraire passe ici ? Je remonte, laissant la béance et son escalier déroulé dans l’obscurité, certains verront là une signification symbolique easy à laquelle je n’ai pas obéi ce jour-là. Un sacré paquet de gaillards a dû emprunter ces marches. R.C.

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Krac de Moab Kerak 1998 Jordanie

Posté par ruine le juillet 26, 2008

Krac de Moab kerac Jordanie
Krac de Moab Kerak Jordanie

En ville les châteaux manquent généralement de perspective et de mystère, bien souvent mieux entretenus, ils ont également subi de profonds aménagements qui altèrent leur unité originelle. Pour achever le portrait ils supportent régulièrement une antenne radiophonique ou un relais de télécommunication avec quelquefois une guitoune en parpaings tagués. Finalement à Kerak, point de relais, de tags, mais des ajouts efficaces. Je me souviens de toute cette partie mamelouk dédiée à l’habitation, d’un assemblage régulier de patios, de hammams, avec leurs salles attenantes. Je me souviens aussi d’un dédalle de salles, de couloirs noirs, d’escaliers à palier où tu perds tout repère. Je devais dormir quand nous quittâmes le plateau désertique et monochrome pour l’approche soudainement chaotique de cette oasis. L’arrivée à Kerak est spectaculaire, la ville s’étire à l’horizon sur ses collines, seules ses habitations cubiques et le scintillement de vitres permettent de déceler que la crête est habitée. La route plonge dans un Wadi pour remonter immédiatement libérant le panorama sur la citadelle au bout de l’éperon. Le contraste est violent entre la maçonnerie sauvage de l’enceinte et l’encore plus superbe appareil du glacis qui resplendit de blancheur sous le soleil de midi. A cette heure, mon apathie s’explique parfaitement par une fringale, un choix cornélien s’installe, visiter avant ou après un repas frugal de mézzés et de chichtawik ou kebab dans cette ancienne cité caravanière ? Il vaut mieux visiter l’esprit libre et le ventre léger, sage décision car dans la Jordanie moderne ville étape n’est pas synonyme de gastronomie, loin s’en faut. Déjà fastidieuse la visite aurait été plombée et bien laborieuse, j’aurais enfin compris la lassitude et l’irréductible désintéressement des autres à l’évocation de ces témoins immobiles de notre glorieux passé… Vite, Kerak est fondé en 1143 par Payen le Bouteillé (échanson de Beaudouin), sur les fondements d’un site byzantin lui-même érigé sur les restes d’une construction Moabite. Halte pour les caravanes qui remontent d’Egypte, au XIIe la terre produit encore du blé et du raisin. Altitude, plus de 1200 m au-dessus de la mer Morte, à 16 km. Par beau temps, les coupoles de Jérusalem scintillent dans l’horizon qui frise au loin, très loin. 1184 le siège, un mois de pilonnage 24 h /24, les assiégés profitent d’une accalmie climatique pour faire un feu qui alerte Beaudoin IV à Jéru, ce dernier rapplique fissa, Saladin se sauve. 1187 bataille de Hattin, deux jours de lutte sous le soleil et dans le vent, assoiffée habilement par Saladin la chevalerie franque est défaite, tout le comté d’Outre Jourdain tombe, premier grand revers pour les Croisés en Orient. Isolées les places fortes choient, Kerak en 88, shawbak en 89. Outre sa jupe glacis nickel, l’enceinte et ses tours sont construites à la va vite, réemploi et recyclage à tous les étages. La citadelle se caractérise, aussi par deux dispositions qui valent une visite : le mur chemise cyclopéen du donjon et le fossé creusé à mains d’homme qui défend l’extrémité de l’éperon. A l’intérieur, tu peux organiser un jeu de cache-cache ou de piste, le grand nombre de pièces et de couloirs s’y prête parfaitement, attention toutefois de ne pas trop t’approcher du bord de la falaise.
A voir : la grande salle de 100 m sur 16 sous la terrasse, bien restaurée c’est un musée lapidaire, et la chapelle dernier vestige de l’ère byzantine. A se remémorer, l’histoire de Renaud de Châtillon qui, arrivé fraîchement émoulu du continent dans la croisade d’Aliénor d’Aquitaine, voulu jouer au petit chef, se crama les ailes, fit 16 ans de geôle, épousa Etiennette, la fille de Payen possesseur de Kerak, déterra la hache de guerre et finit sabré par Saladin après une dernière félonie. Sortir de Kerak, prendre plein sud sur la Kings Road vers Shawbak et Petra. R.C.

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Qalaat al Rabha 1998 Syrie

Posté par ruine le juillet 13, 2008

Qalaat al Rabha

En descendant vers Mari, la température s’élevait progressivement dans le désert. Roulant vers le sud-est, nous nous enfoncions dans un inconnu de tas de sable et d’ocre. Au départ j’avais bien remarqué le symbole magique sur la carte signifiant la ruine, Mari à plus de cinq mille ans et la proximité de l’Irak me captivaient davantage.
A l’écart de la nationale au-dessus de Mayadin, sur un tas ruisselant se dressaient quelques murs pantelants, un vrai château de sable séchant doucement au soleil. La route serpente sur le flanc, nous stationnons la voiture au bord du grand fossé face à des moignons de mur. Seuls au monde, nous pénétrons dans un univers d’ocre jaune, tout est mêlé : la terre et les murs, drôle de mix de matériaux. De la brique crue, mi-cuite, cuite, bloc de poudingue, variété d’appareils aussi, tout cohabite exprimant les campagnes successives de construction. Nous descendons, le château comportait  trois niveaux dont deux en souterrain, galeries basses, voûtes fragiles en briques crues, à tout instant je crains de recevoir l’édifice sur la tête. Un véritable labyrinthe, les couloirs se croisent, il y avait sans doute de grandes salles, un donjon dominait l’ensemble, il n’en reste que les quatre murs aveugles. Nous marchons dans les éboulis et dans le sable, le vent s’engouffre dans les passages en promenant des tourbillons de poussière, à Rabbah tout semble calme mais inquiétant. L’ombre du puissant Nour ad-din plane encore sur la colline, son château de sable n’aurait guère duré plus d’une centaine d’années. Forteresse arabe sur l’Euphrate, il servait exclusivement de poste militaire sur le fleuve, mais des invasions mongoles de la fin du XIIIe il ne se relèvera pas. Sans doute sa fonction purement défensive et sa rapide inutilité l’ont-elle privé d’une longue vie et d’un entretien. Depuis 700 ans la brique crue se délite, c’est son avantage.
D’autres biographes du lieu lui prêteraient une vie plus longue, peut-être jusqu’au XVIe ? La visite de Rabbah n’est pas sans impression, césure forte entre les salles obscures, le labyrinthe des couloirs, la monochromie maronnasse, et l’aspect reposant, fortement signifiant d’une ruine fondante et finalement inoffensive. Cela vaut bien un détour. R.C

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Qalaat el-Rabadh Ajlun 1998 Jordanie

Posté par ruine le juillet 13, 2008

Qalaat el-Rabadh Ajlun
Qalaat el-Rabadh Ajlun

Pas de Croisés ici, le château est construit en 1184 par Saladin ou un membre de sa famille qui craignait le retour des chrétiens.
A peine installés dans leur nouveau royaume ils édifient sur l’axe Sud Nord cette forteresse qui domine la vallée du Jourdain. Les Jordaniens sont très fiers de leur ruine, à leur décharge, hormis le spot de Petra, les forts que j’ai évoqués, la ville romaine de Jerash, ajoutons quelques châteaux du désert appelés aussi caravansérails, ainsi, résumé est fait du patrimoine archéologique récent de la royauté. Ajlun est surtout une ruine pittoresque, très visitée parce que Jerash et Amman sont proches, elle subit un début de restauration à l’allemande. Esplanade dallée, rampe d’accès proprette, guitoune de souvenirs, garde-corps à la romaine, murs bien rejointoyés, entrée payante, location pour noces et banquets… L’enceinte très ramassée est encore en bon état, l’appareil en pierre à bossage témoigne d’une belle qualité de construction avec une belle homogénéité, première phase 84-85 puis un agrandissement en 1214.
Passé la porte tu pénètres dans une tour, l’entrée en chicane s’ouvre sur la basse-cour surélevée, “chic c’est prometteur”. Tu te retrouves dans des ruines bien propres, où tu erres de terrasses en salles voûtées éventrées, sans une once de végétation parasite. Qalaat el-Rabadh ne vécut qu’une seule attaque, celle des Mongols en 1260, suffisamment violente car le château nécessite une reconstruction orchestrée par le fameux Baybars.
Au fil des siècles, la garnison ottomane est maintenue jusqu’au XVIIe, ensuite c’est l’abandon, les tremblements de terre de 1837 et de 1927, à présent c’est la restauration évoquée précédemment. R.C

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Bosra 1998 Syrie

Posté par ruine le juillet 13, 2008

Bosra Syrie

Encore une forteresse que les Croisés ne purent occuper, pourtant en 1147 il s’en est fallu de peu, pour une fois l’unité arabe a payé. La situation stratégique de Bosra sur la route des pèlerinages vers les villes saintes justifiait une prise de position commune. Cette soudaine unité illustre bien le contexte politico religieux du Proche Orient lorsque les Francs s’y installent avec une relative facilité. On a rarement vu une poignée de soldats aussi loin de leur pays s’emparer d’un territoire aussi vaste et y demeurer plus de deux siècles. Depuis toujours les luttes claniques divisent les musulmans, situation rêvée pour des envahisseurs qui s’appuient tour à tour sur un sultanat pour en annexer un autre. Saladin et Baÿbars, les grands libérateurs de la Palestine ont surtout réussi leur reconquête grâce à leur talent de négociateurs et de fédérateur de l’unité arabe. Aucune place forte franque n’a résisté à leurs assauts, et toutes les tentatives ultérieures de retour ont échoué.
Bosra est à l’extrême sud de la Syrie en plein Jebel Druze, une région agraire où le blond vénitien de l’herbe tranche avec le noir de la roche basaltique. Grande rivale de Petra, au IIe la ville devient la capitale de la province romaine d’Arabie, elle se pare d’édifices dont le fameux théâtre de 17 000 places. Au XIIe les Seljoukides transforment le bâtiment en château, toutes les arcades sont obturées et cinq énormes tours carrées sont édifiées, les trois autres le seront plus tardivement, un bel appareil à bossage adoucit la dureté du basalte. La masse sombre domine les restes de la ville antique, le plan romain est toujours en usage, les habitations datent de la même époque et tu prendras plus de plaisir à flâner sur les dalles disjointes des voies que de visiter l’intérieur nickel du château-théâtre. Evidemment, c’est toujours surprenant de pénétrer dans un fort et de se retrouver sur une scène face aux gradins, autrement tu peux déambuler dans les couloirs où se croisent des centaines de touristes, ou pire te déguiser en bédouin. J’ai préféré la marche sous le soleil dans les ruelles et la contemplation des ruines des bâtiments publics ou le bricolage de pauvres masures croulantes. Façades de guingois, colonnade rendue aveugle par un mur de grossiers moellons, linteaux bancals, frontons, corniches et chapiteaux empilés, quelquefois barbouillés de peinture blanche, tout est d’époque, je m’attends à chaque croisement de rue à rencontrer une patrouille de légionnaires débraillés. En remontant vers Damas, se déroulent les champs blonds jusqu’à l’horizon, paysage de bocage sans verdure, quand, aux haies se substituent des murets en boulets de basalte, le couchant doré me retient sur ce défilement, il me reste quelques photos. R.C

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