Ruines de châteaux

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Archives pour août 2008

Méréville 1994 France (Essonne)

Posté par ruine le août 22, 2008

Méréville Essonne France
Méréville Essonne France

Ici, tout est douceur, grâce, harmonie, tous les plus grands se sont penchés sur Méréville, Belanger, Barré, Loiseau et mon préféré Hubert Robert. A la fin du XVIIIe il n’est pas de chantiers au monde plus prestigieux. J. J. de Laborde acquiert un vieux manoir et 60 ha de marais dans la vallée de la Juine en 1784, neuf années plus tard le jardin est terminé, 400 ouvriers y travaillent régulièrement, ainsi sont dépensés plus de 9 millions de livres, il l’avait acheté moins d’un. Au titre de travaux dignes d’un pharaon, entendez le détournement de la Juine, le déplacement du village, la création d’îles et d’un lac. Le reste n’est que gnognotte, reconstruction du château, installation d’une bonne vingtaine de fabriques dont des grottes, des ponts, des bâtiments et la colonne trajane, aujourd’hui près de la gare. La révolution bat son plein, Jean-Joseph doit vraiment intriguer pour maintenir l’avancement des travaux et conserver sa tête sur ses épaules. Sa fortune immense et rapide provient de sa charge de fermier général, elle lui vaudra finalement d’être décapité en 94. Sa fille Nathalie poursuit l’œuvre paternelle, elle vendra le domaine en 1819. Quatorze “tauliers” se succèdent, je les baptise ainsi à dessein car douze d’entre eux, chacun à leur tour, ne feront que dépecer un peu plus le site. De 1819 à 1824, la bâtisse s’altère, elle est modifiée par l’ablation de la moitié des deux ailes. Belanger qui avait construit Bagatelle en moins de 70 jours est l’architecte en chef ici, il a sûrement dû employer la même équipe, qui ne brille pas dans la construction durable, mais dans le genre plus clinquant. Le bâtiment est réalisé en briques et moellons grossièrement appareillés, recouverts ensuite d’un bon enduit relevé de pâtisseries. 1824 à 66 dernières belles heures de Méréville, Jacques de Serre restaure le château, l’embellit et ajoute une fabrique : la ferme suisse. Après c’est la catastrophe, fauchés et pusillanimes vivent sur la bête, la déprédation suit le flux de la facilité pour la revente, le mobilier, les fabriques, les arbres, puis le mobilier immobile, les derniers arbres et pourquoi pas des mottes de terre. Lors de ma première visite le site était fermé au public, ce faisant l’interdiction n’empêche pas les passionnés, en famille, de franchir le mur et de passer un dimanche après midi bucolique à la recherche des dernières fabriques recouvertes de végétation. Pour les enfants, la promenade prenait des allures d’expédition dans la forêt, à la chasse d’un trésor. Sensations que je retrouve, moi aussi, nonobstant les braillements d’un clébard dans une cour de ferme au loin, nous imaginons soudain la confrontation avec des molosses à la croisée d’allées forestières. Quelques gravures en tête, le souvenir de Jeure où les plus belles fabriques ont été remontées, étaient mes seuls référents. Premières découvertes, sur le flanc de la colline en descendant dans la vallée, des galeries dont la couverture est une voûte façon rocaille et le pavement un assemblage de galets scellés sur leur pointe. La perspective est maintenant dégagée, la peupleraie vient d’être coupée, le château surplombe la rivière derrière un rideau d’arbres, nous passons par la ferme totalement inaccessible dans son roncier, pour arriver dans la cour d’honneur. Il est loin le faste du XVIIIe quand Hubert imaginait Méréville inondé d’une lumière d’été, peuplé de belettes poudrées, de beaux mâles sur leurs canassons et quantité de manants affairés au jardin.
La ruche imaginée fait place à notre solitude et le luxe inouï, au grand délabrement, l’enduit laisse apparaître la misère du grossier appareil de construction, les planches clouées dissimulent les ouvertures sans fenêtres, quand tu sais aussi qu’à l’intérieur les planchers sont tombés, que les cheminées et même les portes sont parties. Faire le tour révèle d’autres fissures, les corniches moulées ont disparu, je comprends les réfections successives des façades dès le début du XIXe, un vrai décor d’opérette mal construit. Sans doute négligé au profit du décorum et du parc qui invite à la déambulation active voulue par Laborde. Partez à l’aventure et à la rencontre :  d’un empilement de pierres percées qui tient par miracle le pont de roches, des restes de la laiterie sans sa façade (à Jeure), une grotte en rocaille rafraîchie par une cascade, d’autres cavités artifices existent encore dont celle aux cristaux que je n’ai jamais trouvée malgré mes quatre visites. Près des anciens potagers il existe toujours une pile du faux pont ruiné, plus loin encore complètement à l’opposé, les quatre murs en meulière du moulin sur la juine vestiges humides et calcinés. R.C

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Petra Jebal Habis et El Weira 1998 Jordanie

Posté par ruine le août 22, 2008

Petra jordanie, El Weira
Petra jordanie

Alors que la terre entière défile devant les temples des nabatéens, les châteaux des Croisés restent bien à l’abri des visites. Pourtant, ils ne sont pas difficiles d’accès, l’un El habis est en plein milieu du site, qu’il domine du haut de ses 1000 m, le second El Weira se trouve hors du site payant. Nous avions consacré une demie journée, à ce dernier, c’était sans compter une errance dans un foutu wadi. A présent, je connais un chemin pour rentrer dans l’enceinte de Petra sans payer les 400 fr, au tarif d’une heure d’angoisse et de deux en plein soleil sans eau. Sur le plan guide que tu récupères au visitor center le château est bien indiqué, mais pas le chemin.
Dans ce dédale de roches je pensais m’en sortir les doigts dans le nez, conservant en point de mire un pan de mur d’El Weira. J’oubliais, hélas un peu vite, qu’entre les 500 m qui me séparaient de la ruine il y avait au moins trois wadi quasi infranchissables. Finalement lassés de zigzaguer dans la caillasse, nous descendons dans le premier couloir ombragé qui se rétrécit sympathiquement au fur et à mesure de notre progression. Plusieurs fois le point de non retour fut franchi,  nous passons sous une petite arche maçonnée, toujours impossible de faire demi tour ou de remonter, le plaraeau est au moins à 10 m au dessus et nous en sommes à un mètre en largeur… C’est un vrai boyau, mortel en cas d’orage, équipés comme des touristes du Möven Pick voisin : sans boussole, sans carte, sans eau, sans téléphone mobile, l’aventure prend des airs d’Indiana Jones. J’ai oublié le but du détour, vivement l’air libre.
Beaucoup plus tard, en quittant Petra, partagé entre nostalgie et frustration, je lance mon dernier regard en me disant “il devrait être là”, quand j’aperçois en contrebas un fragment de tour. Le temps de stationner, c’est bien la localisation attendue, mais l’accès requiert du temps que nous n’avons plus. L’appellation tas de pierres est magnifiée ici, il y a longtemps que plus personne ne vient ici. Le château, surplombé par la route qui va à Beidha, est bâti sur l’un de ces mamelons plateforme qui cernent la vallée perdue.
Au Jebal Habis c’est encore bien pire, l’inventaire est succinct : une implantation sur deux terrasses dont la plus élevée portait un donjon, des escaliers taillés dans la roche, une citerne, des restes de casernement, des moignons de tours et de courtines dont le reste s’éparpille 200 m plus bas, il dominait la vallée et contrôlait ses voies d’accès.
Depuis mon parking, je distingue peu de choses d’El Weira,sa construction serait même antérieure à Shawbak, vers 1110. Commandité toujours par Baudouin de Boulogne, y avait-il une implantation byzantine auparavant ?  C’est envisageable, il y a une basilique parmi les vestiges romains. Le destin des deux châteaux est parallèle, de leur date de naissance à 1188 quand le frère de Saladin s’engourdit tout le comté d’Outre Jourdain, jusqu’à la fin du XIIIe, où il semble que les Muslims aient déserté les sites.
Pour El Habis, l’accès officiel s’effectue par le Quasr, ensuite il suffit de traverser le site, c’est fléché. Pour El Weira, emprunte la route vers le nouveau village de Petra et pars à la recherche de l’accès dans les collines, il paraît qu’il subsiste un pont qui enjambe un petit précipice. Le château aurait compté quand même 14 tours, Baybars de passage à Petra en 1276 aurait été plus impressionné par le château que par la vallée des tombeaux, déjà en friche à cette époque. R.CPetra

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