Bien caché au fond d’un vallon, le château est au bout du village après une grande ferme, en contrebas de la route qui mène à Rethel. De toute façon, il est impossible de visiter le parc et encore moins les bâtiments, pourtant la grange sur la gauche planquée dans le bois est alléchante. Construction la plus intéressante du site, elle s’écroule doucement, une des quatre tourelles d’angle est tombée depuis ma dernière visite, une partie du mur de façade n’est plus et le toit tient par miracle. Charmant accès au site, pas de portail, un grand tapis vert invite à l’aventure quand de nombreux panneaux te rappellent que tu n’es pas chez toi.
Une simple chaîne marque l’entrée de la propriété, j’enjambe, quatre pas après, deux clébars de marque doberman, nourris au Taillefine entament la chevauchée des Walkyriees, ça calme l’aventure. Ils semblent parqués dans la cour d’honneur cernée par un vieux grillage, nous poursuivons en direction de la grange, à chaque pas les monstrueuses bestioles braillent un peu plus. A 50 m du bâtiment, ils disparaissent derrière le château et semblent encore plus proches. J’ai soudain les chocottes, ils ne feront qu’une bouchée de la clôture et fondraient sur nous comme la vérole sur le bas clergé.
C’est la seconde fois que je viens ici, outre la grange dîmière, le corps du logis se dégrade aussi, apparemment, seule l’aile qui forme aussi un châtelet d’entrée est encore habitable.
Ca transpire les dommages de guerre, bricolée par des gars du coin pour quelqu’un peu soucieux de son patrimoine, la porte d’entrée est plus proche de celle d’un ouvrage de la ligne Maginot que de celle d’une construction renaissance. Thugny Trugny a appartenu au XVIIIe à un fermier général qui possédait deux immeubles Place Vendôme, fit creuser un canal, se risqua en Louisiane en tant que gouverneur, auparavant la famille Moy avait augmenté le vieux château féodal d’un logis renaissance. L’ensemble conserve son plan moyenâgeux : fossés, cour intérieure, impressionnant châtelet d’entrée surmonté d’une bretèche. Vraiment peu d’informations sur le lieu qui malgré son inscription à l’inventaire depuis 1947 se délite tranquillement. L’Automobile Club Ardennais dans l’un de ses fanzines en parle longuement, il daterait de 1960 à 67, je ne l’ai pas retrouvé. R.C.
Archives pour septembre 2008
Thugny Trugny 1998-2005 France (Ardennes)
Posté par ruine le septembre 25, 2008
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Vez 1993 France (Aisne)
Posté par ruine le septembre 25, 2008
Le donjon des vanités. De tout temps cette place a toujours été comme ça, un truc bizarre : une basse-cour presque vide avec au milieu un petit logis et une grande chapelle gothique. Autour, une belle enceinte, et dans l’angle Nord Est une seule tour, énorme, haute de 30 m, 5 niveaux avec de grandes fenêtres. Un vrai décor d’opérette pour amateur de féodalité hollywoodienne. L’aménagement minimaliste des espaces verts en ramène encore un peu plus, une belle froideur.
Si vous êtes dans les parages, après avoir visité Pierrefonds, la Ferté Million, et Septmont vous pourrez toujours jeter un œil à Vez, il vous laissera une impression de déjà vu. C’est la belle époque de Louis d’Orléans, du registre gothique flamboyant, quand les tours se parent de grandes fenêtres à meneaux, de niches ou de mâchicoulis décoratifs. Bénéficiant de l’engouement du second empire pour les monuments dits gothiques, la plupart de ces châteaux bénéficièrent d’une restauration zélée à la fin du XIXe.
L’histoire de Vez commence au XIIIe avec l’un des compagnons d’armes de Philippe Auguste à Bouvines, au milieu du XIVe la maison forte est démolie lors de la Jacquerie. La reconstruction assez lente se termine au début de la renaissance, une restauration intensive à la fin du XIXe parachève le travail de décoration post médiévale. Ne cherche pas la ruine romantique ici, surtout quand l’actuel propriétaire, féru d’art contemporain, fait repeindre les murs des pièces du donjon par Sol Lewit. Cela vaut bien une tapisserie des Flandres. R.C.
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Pierrefonds 1990 France (Aisne)
Posté par ruine le septembre 25, 2008
En arrivant par l’est, c’est à dire par le plateau, un jour d’hiver brumeux, vous n’égalerez pas la sensation glaciale qui pénêtre tout entrant dans la cour du château. Dans cet espace minéral sans soleil, un fameux courant d’air préfigure l’emprise lugubre de cet immense bâtiment qui semble construit en béton banché. Ils sont loin, doux et agréables les châteaux du val de Loire en pierre ivoire. Pourtant, lorsque Louis d’Orléans fait agrandir la vieille tour philippienne, le souci esthétisant de l’ensemble est déjà visible. La vocation défensive est encore d’actualité, mais l’ostentatoire oriente la construction. 1396, la France est partagée par une guerre civile dont l’occupation anglaise est le catalyseur, Charles VI gouverne quand sa folie ne l’accapare pas, son frère mène grand train et couche avec la reine. Dans son Valois il refait sa France, il érige des forteresses dignes d’un monarque, en ces périodes d’instabilité il vaut mieux s’affirmer et pouvoir s’abriter rapidement. Louis donne dans le multiple magnifique : aménagement décoratif à Coucy, agrandissement de Pierrefonds, construction de la Ferté Millon. Ses frasques et son ambition attisent crainte et jalousie, il se fera poignardé un soir par les hommes de Jean sans Peur, en sortant de chez Isabeau.
En 1407, l’enceinte est en place avec la plupart de ses tours, le vieux donjon remanié parade avec ses nouvelles vis et tourelle d’angle. Plus rien n’évoluera, la place restée dans le domaine royal subit quelques sièges pendant les guerres de religion pour terminer minée au XVIIe, durant deux siècles la ruine domine le pauvre village. A la fin du XIXe, Viollet Le Duc convainc Napoléon III de restaurer un site gothique, les Français redécouvrent leur patrimoine médiéval, Mérimée en est l’apôtre, Taylor et Nodier font l’inventaire Pittoresque et Romantique de l’Ancienne France. Première option Coucy, où les travaux débutent, mais Napoléon préfère Pierrefonds. Ce nouveau site décrié par les puristes n’a pas perdu son caractère monumental et son enveloppe demeure conforme au XVe, en revanche Eugène s’est lâché dans la cour, les courtines sont bordées de bâtiments, un escalier d’apparat est accolé au donjon, une chapelle gothique trône dans la cour. Les aménagements intérieurs ont été largement modifiés, il fallait pouvoir abriter et divertir toute la classe dominante, mais Napoléon ne séjourna ici que deux ou trois fois. La visite est une déambulation dans de grandes salles vides sombres et froides, vivement les tours et le chemin de ronde, tu respires enfin. Vue bucolique sur la forêt ou sur le bourg qui s’étale sur les flancs des collines avoisinantes avec des petits manoirs de la fin du XIXe, ça sent bon la bourgeoisie parisienne en week end. Avec l’avènement du chemin de fer, Pierrefonds, l’Oise, Coucy devenaient les destinations de prédilection le temps d’un dimanche pour des milliers de Français. R.C.
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Yèvre le Châtel 1990 France (Loiret)
Posté par ruine le septembre 10, 2008
Dans ce paysage de côtes, rythmé par l’agriculture intensive de la Beauce, les vallons sont autant de havres de quiétude où s’écoulent de petites rivières, jalonnées de moulins et de ponts aux piles moussues. Enfin Yèvre, à flanc de côte, dominé par l’imposante masse de son château à gauche et son église ruinée à droite. Un séduisant panorama aux lignes rondes sur lesquelles repose l’un des plus beaux villages de France. La promenade dans le patelin vous ravira d’importance, avec ses venelles creuses bordées de haut murs décrépis recouverts de fleurs multicolores. Délicatement sauvage, bien aménagé, idéal pour le tour digestif vaguement culturel d’un dimanche après-midi. Foin de bucolisme, il est temps de passer dans la basse-cour, un espace plan de grande taille au pied du château. Un rempart la défendait, il a presque disparu, seules demeurent les deux tours du châtelet d’entrée. La construction est établie sur une motte artificielle défendue par un fossé sec, quatre grosses tours semi-circulaires forment les angles et les fondations. Sur le mur Ouest, vous remarquerez un dispositif que Philippe Auguste ramena du Proche-Orient, un arc bandé entre les deux tours qui supporte la courtine et interdit son effondrement en cas de sape. Autre particularité, des archères dans la noue des tours et de la muraille, une disposition rare qui permettait au tir de balayer à l’aplomb du mur, cette fonction est assurée normalement par le couronnement.
Pas de donjon, mais un logis seigneurial adossé au mur Ouest, il s’élevait sur toute la hauteur, au rez-de-chaussée subsistent les vestiges d’une cuisine, à l’étage se trouvait la salle d’apparat, il reste des cheminées. Une restauration de cette partie fut entreprise au XVe alors que la partie défensive date du début du XIIIe, mais Yèvre est déjà mentionné en 1112, quand Louis le Gros l’annexe à la couronne. Ce site renommé a bénéficié de plusieurs campagnes de protection et d’entretien, toutes les tours sont accessibles, vous remarquerez qu’elles sont voûtées en croisée d’ogive. Les niveaux de la tour Nord sont desservis par un escalier rampant dans l’épaisseur du mur, ils sont à vis dans les trois autres, dans son fondement une salle abrite un cachot. Pour l’amateur de détails croustillants, dans un souci de vérité, sans doute pour renforcer l’imagerie spinalienne de ces lieux sordides, tu pourras peut être admirer un gisant de cire recouvert d’une robe de jute blanc dont se repaissent nombres de grosses blattes noires bien vivantes. L’abandon du château date de la fin du XVIe, la région est pacifiée, Yèvre est devenu une forteresse royale sans intérêt stratégique, en 1610 l’état de ruine est avéré. R.C.
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Nemours 1995 France (Seine et Marne)
Posté par ruine le septembre 10, 2008
Un gros donjon avec quatre tourelles d’angle, une tour carrée et la galerie qui les relie. Bâti au XIIe, le château faisait partie d’un ensemble fortifié qui défendait la ville. Il est pourtant joli ce petit château dans son cadre de verdure sur les bords du Loing, dommage, Nemours est un peu à l’écart des haltes touristiques. Alors Parisien, par un beau dimanche de printemps prends ton os, direction Lyon autoroute du sud, sortie 15 ou 16, la petite ville bien glauque comme tous les bourgs français le jour du seigneur, avec son abbatiale, ses canaux, ses ruelles et son château, t’attendent. Au retour, tu auras tout le loisir de t’arrêter à Barbizon pour le bain de foule.
D’un manoir féodal pour Croisés de retour au bercail, à la construction actuelle, six siècles se sont déroulés. Inclus depuis toujours dans le domaine royal, il sera épargné voire bien aménagé au fil des siècles, des hôtes illustres l’habitent où y passent, Orson le fait construire, Louis VII, Saint Louis y séjournent. Jacques d’Armagnac transforme la forteresse en demeure de loisirs, en 1585 les Guises et La Médicis signent un accord, la famille de Savoie en prend possession jusqu’à Hédelin, lieutenant du duc d’Orléans, qui en 1673 engage les derniers aménagements, perron et portail. Au XVIIe il sert de Palais de justice et des cachots sont aménagés dans les sous-sols. En 1789, il appartient à Monsieur Dupont, député, dont le fils fondera l’entreprise américaine Dupont de Nemours… enfin, vous savez. Après la révolution il est occupé et entretenu, immanquablement il frôle de justesse le démantèlement. Au XIXe, il fait office de “maison du peuple”, on y joue des pièces de théâtre, il abrite une école de filles, des stockages divers de vin et de laine, transformé en musée de la paléontologie, il pourrit doucement, aujourd’hui après sa restauration, ce sont des collections de faïences.
A l’intérieur, c’est bidouille et compagnie, rien de plus normal pour un site qui a tellement vécu, il subsiste de la renaissance de grandes cheminées, de belles fenêtres à meneaux. Le très bel oratoire dans l’une des tourelles date de la fin du XIIe. Aux pieds de la muraille flottent nonchalamment quelques cygnes. R. C
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Blandy les tours 1991 France (Seine et Marne)
Posté par ruine le septembre 9, 2008
Deux châteaux, deux époques, le temps des vicomtes de Melun jusqu’au milieu du XIVe, puis celui de grands feudataires du royaume, jusqu’à la fin du XVIIe : les Tancarville, les Harcourt et les Orléans-Longueville. Au début du XIIIe, une chapelle et quelques baraquements en bois étaient protégés d’une haute enceinte de pierre. Aujourd’hui, au milieu d’un village plutôt engourdi, posé délicatement sur une grande pelouse, la forteresse écrase les petites maisons au charme suranné et franchouillard. Image rassurante de la France rurale et immuable qu’une pauvreté certaine entretient. Il n’est pas encore trop difficile de se procurer des photos de Blandy avant sa restauration : une masse sombre et verdâtre, aux courtines effondrées, tours lézardées et étêtées. La blancheur est revenue au terme de grands travaux de consolidation et de reconstruction, les sept tours sont debout, bien couronnées, la muraille est remontée, seul l’intérieur est vide, et depuis longtemps. Les bâtiments de résidence de facture classique se trouvaient là, au milieu de la basse-cour appuyés sur la courtine primitive, il n’en reste plus qu’une cave datant du XVIIe. La partie la plus ancienne compte quatre tours, autant de carrées que de rondes bien engagées dans le mur. Ici, la différence est flagrante entre ces construction du XIIIe et celles du XIVe avec des tours plus grosses parfaitement en saillie du mur d’enceinte. L’une d’elle, celle du sud, s’élevait à plus de 35 m, appelée tour maîtresse, elle comportait trois portes d’accès : l’une ouvrant vers l’extérieur au niveau du sol avec un pont-levis, depuis longtemps murée, la seconde vers l’intérieur donnant sur la basse-cour, avec herse et assommoir, enfin, accessible par le chemin de ronde la dernière était protégée aussi par un pont-levis. Ils devaient affectionner les poternes dans ce château… pas moins de trois sur l’enceinte primitive. L’originelle est murée, l’entrée principale se fait par une tour porche percée au XIVe, vous trouverez la troisième poterne à 10 m vers le sud. Pas de hauts-faits de guerre, nous sommes sur les terres royales. Le démantèlement est amorcé en 1707 quand de Villard, propriétaire de Vaux le Vicomte, transforme Blandy en ferme, depuis le XVIe les parties défensives sont négligées au profit du résidentiel.
Au travers de ces transformations, les bouleversements sociaux de la société française sont signifiants : du manoir en bois au château fort, du palais à la ferme, puis à la ruine, enfin à la restauration aseptisée depuis 1992 et financée par le conseil général. De loin, les toitures acérées, la rectitude absolument parfaite des murs se découpent sur un horizon brumeux de chaleur, au premier plan deux pauvres glaneuses se courbent. R.C
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