Les vissicitudes d’un château féodal en plein val de Loire, qui n’a pas toujours été quiet. De tout temps des types formidables ont égayé la vie de leurs contemporains, Foulque Nerra pendant ses 70 ans de règne a fait bosser un paquet de maçons et de charpentiers, il n’aurait pas moins de 20 châteaux dont Loche et Langeais, à son palmarès. Tout a débuté avec le règne des Capet, la France est morcelée en baronnies et ça canarde dur, d’ailleurs le bon Foulque perdra Montbazon à peine les plâtres secs, pour le récupérer de haute lutte seulement 40 ans plus tard.
Nous voici devant l’un des plus vieux châteaux fort, enfin ce qu’il en reste, mais le puissant donjon de 994 est toujours debout. Habité jusqu’à la révolution, l’intérieur s’est effondré sous la constituante, depuis il est vide, menacé plusieurs fois de totale razzia par les pouvoirs municipaux il s’est maintenu grâce à des enthousiastes. Le château neuf du début du XVe n’a pas eu cette chance, après avoir accueilli les rois de France et le cardinal La Balue, il finit son existence dans le remblai de la N10 qui traverse Montbazon. Il paraît qu’il était très beau.
Voici l’énumération des hôtes prestigieux de Montbazon ; entre propriétaires et passants chronologiquement après Foulque il y eut son fils, puis Henri Plantagenêt et les Anglais, retour à la couronne avec Philippe Auguste, puis les Mirabeau, les Savary, les Craon, les Rochefoucauld, Charles VII, Louis XI, les Rohan, un tonnelier, joseph de la Ville le Roux et Perry Dudley. Une longue histoire, riche comme l’infâme vierge dorée de 10 m, qui parade depuis 140 ans au faîte de l’édifice. L’histoire dit que l’impératrice Eugénie aurait financée en partie ce truc. Ils auraient mieux fait de sauver Coucy. J’arrivais à Montbazon par l’est, dans le soleil couchant se découpait la silhouette trapue et sombre du donjon, à ses côtés la vierge brillait de ses mille feux, ils doivent l’illuminer la nuit, direction la butte par une rue creuse taillée dans le rocher. Tout était fermé. Depuis 2003, la sinistre ruine est ouverte aux visites, un formidable panneau devant le parking attend le chaland, il ne lui raconte pas moins que la terrible histoire du taulier qui brûla sa femme et “massacrit” tous ses ennemis. Superbe préambule avant la visite, chacun se demande à son tour, dans qu’elle salle la malheureuse trépassa. R.C.
Archives pour octobre 2008
Montbazon 1998 France (Indre et Loire)
Posté par ruine le octobre 30, 2008
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Lavardin 1990 France (Loir et Cher)
Posté par ruine le octobre 30, 2008
En 1590, Henri IV conquiert son royaume, il apporte au pays sa stabilité politique en apaisant le conflit religieux qui le divise et pose les bases d’une véritable économie agraire. Ce rassemblement condamne les petites baronnies à se rallier définitivement à la couronne. Si les châteaux fort s’érigent en période d’instabilité, ils font les frais des réunifications, n’importe quel monarque absolu ne peut accepter de tels potentiels nids de résistance. Richelieu et Louis XIII poursuivront l’œuvre de démolition amorcée par leur prédécesseur. Vous l’aurez compris, Lavardin, bien qu’appartenant à ses ancêtres les Bourbon-Vendôme, n’échappera pas au sort des poches de résistance combattues par Henri de Navarre : le démantèlement. La ruine a 300 ans et demeure vraiment impressionnante, sa position sur une crête rocheuse au-dessus du Loir accentue ce sentiment de puissance. Dans le paysage tout n’est que collines apaisantes, lorsque tu arrives au village cette haute dentelle de ruines blanches, dont le donjon culminant à plus de 26m, se détache de son amphithéatre de verdure. En empruntant la petite route qui longe le fossé et la première enceinte, un premier regard explique les trois niveaux couronnés par ces hautes murailles.
Certainement à l’origine du fort actuel, une tour quadrangulaire épaulée par des contreforts plats, illustrerait les premières mentions d’un bâtiment construit au XIe. Vers 1130 les comtes de Vendôme récupèrent le domaine, il passe aux Bourbon en 1364 lors du mariage de Catherine de Vendôme avec Jean de Bourbon. Les grands remaniements du site datent de cette époque : la façade du châtelet d’entrée sur l’enceinte basse, la transformation du donjon en habitation cossue avec un bel escalier à vis dans l’une de ses tours d’angle du XIIe. Toujours en place, sa décoration ostentatoire en voûtes d’ogive ne supporte rien, les marches reposant sur un pilier central. En 1990, l’accès libre au site était interdit, plein chantier. Dans l’enchevêtrement des ruines, les niveaux se confondent, mécaniquement tu montes vers le donjon, belle vue sur le village juste en dessous, le Loir coule paisible. Les murs restés debout ont conservé leurs beaux mâchicoulis, à la bretonne, sur console pyramidale, et leurs décors luxueux de la fin du XIVe : superbes baies géminées, grandes cheminées, planchers sur voûtes d’ogive. Epars, d’autres restes défensifs : le mur chemise du XIIe au dos du donjon, une motte au milieu du grand fossé barrant l’éperon. Derniers aménagements du site datés du XVe au niveau intermédiaire : un logis seigneurial desservi par un second escalier à vis, une cuisine et une chapelle très ruinées. Avant de repartir passe au village, ça sent bon la France de Simenon. Lavardin est à proximité de Vendôme. R.C.
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Cinq Mars 1998 France Indre et Loire
Posté par ruine le octobre 30, 2008
L’avantage du château féodal de Cinq Mars réside dans les très agréables chambres d’hôtes qu’il abrite dans ses communs. Les heureux occupants des trois ou quatre piaules jouissent à loisir de promenades dans les tours et les fossés. L’ensemble est agrémenté de très beaux jardins, l’un à l’anglaise, l’autre à la française offre un parcours odorant à travers des buis. J’aime leur odeur d’urine de chat, j’ai le souvenir de nombreux châteaux entourés de buis sauvage, dans le pays Cathare particulièrement.
En 1642, le marquis de Cinq Mars fut décollé sous la recommandation de Richelieu, il avait vaguement hourdi un complot avec le félon Gaston d’Orléans, immédiatement après le château était rasé.
Sa fondation date du XIe, c’est un quadrilatère flanqué de quatre tours d’angles élevées aux XIIe et XIIIe. L’ensemble est posé sur une terrasse légèrement bastionnée au XVIe et isolée de la butte par un fossé artificiel. Des tours restantes, je crois me souvenir que deux sont ouvertes, la vue est belle sur les sables de la Loire. Les jardins amènent fraîcheur, couleur et noirceur dans les profondeurs des douves obscurcies par des frondaisons. En défense du pont dormant subsiste un moineau accolé à l’escarpe.
Les hôtes profitent également d’un petit-déjeuner roboratif servi dans une grange rénovée pendant les sixties, une grande baie en place d’une porte cochère ouvre sur un sous-bois, pendant qu’une âcre fumée issue d’une authentique cheminée de cuisine rustique et refoulante, parfume délicatement la salle, les confitures sont aussi très bonnes. R.C.
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Chambord 2006 France (Loir et Cher)
Posté par ruine le octobre 23, 2008
Immuable, depuis des dizaines d’années, l’endroit est toujours le même, la forêt et son brin de fraîcheur, l’hôtel Saint Hubert seulement un peu désuet.I Comment ne pas rêver de passer une nuit ici, au milieu de la grande forêt, quand tu sais que les biches rôdent au-dehors. Dîner sur la terrasse face au château, une vieille truite meunière desséchée dans ton assiette te fait de l’œil, la douceur t’entoure, autour de toi tu n’entends que l’anglais, le japonais, l’allemand. Je repense à ce vieux François qui voulait faire la nique au jeune Charles, tous deux avec leurs rêves européens. D’une forêt plate, fangeuse et giboyeuse, souvent brumeuse, émerge ce palais avec son taux de notoriété spontanée propre à faire pâlir n’importe quelle multinationale. Signifiant et signifié se recoupent immédiatement, à mon avis l’un des meilleurs taux dans l’imaginaire des français. Qui n’entrevoit pas les cheminées et les lanterneaux quand le mot magique est prononcé ? Description inutile, cumul de superlatifs, à partir de 1519, 1800 bonhommes travaillent à la gloire naissante de François qui, comme chacun sait, ne l’habitat en temps cumulé que quelques semaines. Il aurait au moins pu s’y faire enterrer, comme un pharaon, seulement la fin du règne fut moins glorieuse que Marignan. Quand il disparaît, en 1549, les travaux ne sont pas achevés, son fils Henri II les poursuit, Louis XIV les termine. On glose beaucoup sur la genèse du site, Léonard serait-il dans le coup, il aurait oeuvré au premier projet ? Tout est connu, à l’exception du projet perdu de 1519, aujourd’hui les archéologues se passionnent pour les fosses d’aisance, à défaut de souterrains et d’oubliettes.
L’histoire domestique du château, recèle apparemment quelques croustillants secrets. Tout commence en 1999 lorsque des types s’intéressent à l’appartement de François 1er, plus particulièrement à un conduit de latrines et à la fosse qu’il dessert. Mais, ladite cavité est obstruée, si la présence est avérée en 2001, les fouilles n’ont pas encore débuté, ce faisant tout laisse à penser que de formidables débris seront découverts, l’Egypte et Grossgrabenstein ne sont pas loin. Les mystères de la fosse royale vont-ils captiver les foules en augmentant le chiffre de 800 000 visiteurs annuels. D’autres fosses fouillées ont déjà livré leur butin : vaisselle, parure, vêtements, reliefs divers… Quant au premier Chambord médiéval, cité dès le XIIIe, personne ne sait où il se trouve, à la périphérie de l’existant ? R.C.
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Château-sur-Epte 1990 France (Eure)
Posté par ruine le octobre 23, 2008
Je venais de toucher ma nouvelle Mercedes, elle n’avait que 23 ans, je l’ai gardée 14 ans… Une belle occasion pour une virée vers la Normandie, quand tu habites Paris c’est la destination. Ce jour-là le temps était brumeux, froid, humide, et je crois que le maître-cylindre donnait déjà des signes de fatigue.
Une agréable surprise ce petit château dans son jus, sur sa butte au-dessus de l’Epte. Bien avant, à l’époque de Richard Cœur de Lion, la vallée de l’Epte signifiait la frontière entre la France et la Normandie anglaise. De Gisors à la Roche Guyon, il se trouve un château ou une tour tous les 5 km, aujourd’hui ils sont en ruine avancée ou bien servent de fondations à des demeures des XVII et XVIIIe. Ici, point de luxe et de raffinement, un peu cernées par les broussailles et dévorées par le lierre, les fortifications conservent encore leur allure du XIIe : les courtines épousent parfaitement les formes de la motte sur laquelle se dresse toujours la tour maîtresse, ceinte d’un mur percé de petites meurtrières.
Bien sûr tout est très ruiné, toutefois sur l’enceinte extérieure, demeurent en bon état les deux tours portes carrées à contreforts avec leur passages en arc brisé. En tout, trois rangs successifs de défense : la basse-cour, puis autour de la motte et enfin un mur chemise autour de la tour.
Le site est évoqué, voire fortifié, à la fin du XIe, il s’agissait d’une tour en bois entourée d’une palissade. C’est au XIIe que l’ensemble à été élevé en pierre, à cette époque d’Henri II (Plantagenêt) règne sur l’Angleterre et l’ouest de la France. Au début du XIIIe, Philippe Auguste franchit l’Epte et récupère la Normandie en assiégeant victorieusement Les Andelys. Les petits châteaux de la basse Normandie vont se mettre en sommeil. A Chateauneuf il y aurait eu encore quelques ajouts au XIVe, la surélévation de la tour notamment. L’accès à l’intérieur de la cour n’a pas été possible. R. C.
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Bouillon 2005 Belgique (Ardennes)
Posté par ruine le octobre 9, 2008
Là-haut dans l’Eifel en Belgique. Allez à Monthermé et suivez la vallée de la Semois. 35 km de pur bonheur pour les amateurs de voitures rapides, de forêts sombres, de routes en lacets, de verts intenses, de rivière qui serpente, d’auberges animées, de villages de montagne, de graves maisons de schiste, de chevaux ardennais, de points de vues avec des sangliers. Bohan, Alle, Membre, Vresse, Corbion, Rochehaut, patelins inconnus de la plupart, ceux qui connaissent n’oublient jamais, tant mieux pour eux. Les Ardennes, terres oubliées dont personne ne parle, quand toutes les villes se restaurent Charleville s’engourdit, la place ducale est celle de mon passé : les mêmes inscriptions sur les façades, la pierre jaune de Dom le Ménil vire au potiron. Pimpante Bouillon accueille chaque week end des hordes de touristes indigènes, belges le matin, français en matinée. Dans une boucle de la Semois, le vieux village à ses pieds, la forteresse s’étale au long d’une barre rocheuse. Segmentée en trois parties par des entailles naturelles, deux ponts relient les constructions.
Fameux roi éphémere de Jérusalem en 1099, Godefroy avait hypothéqué ses biens afin de financer sa croisade. De cette époque, il ne reste pas de superstructures apparentes aujourd’hui.
Le lieu est cité dès l’époque Gallo Romaine, démolitions et reconstructions alternent, un donjon et même un beau logis seigneurial renaissance s’effacèrent au profit de fortifications vaubanesques… ainsi jusqu’au XIXe, avant de retourner dans le giron des bataves, après Waterloo.
A l’intérieur c’est un labyrinthe, descendre puis remonter, passer d’une salle troglodyte moyenâgeuse à des bastions adaptés aux armes à feu, il s’est passé cinq siècles. Pour le visiteur, tout le bestiaire touristique est mis en oeuvre, oubliettes, salle des tortures, mannequins de cire derrière les portes, musique médiévale, et bien dans le move, une exposition sur la fauconnerie avec de vrais rapaces pas féroces. Cinq fois, pas moins, j’ai visité le château, pas de changement durant ces 30 dernières années, le charme est à l’extérieur : le pont, les anciens jardins au bord de la Semois. Bouillon est un site qui présente une belle continuité dans l’aménagement défensif de l’an mil au XIXe, l’intérêt stratégique et l’occupation permanente du lieu le justifient. Sous un soleil chaud et oranger d’automne asseyez vous à une terrasse pour siroter une bière, sous la pluie glaciale avec une brume plombée par de gros nuages bas courez chez Nicole pour manger un civet de marcassin. R.C.
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Fagnolles 1992 Belgique (Ardennes)
Posté par ruine le octobre 9, 2008
La contrée n’est pas riche en ruines, l’âpreté et la pauvreté des Ardennes n’ont pas favorisé les érections. Peu de petits chefaillons, pas une terre de conquête, les Anglais n’y ont pas mis les pieds et ne sont pas près de les poser, le climat délétère leur rappelle un peu trop le leur. Les Allemands y passèrent trois fois rapidement avec tout le succès escompté, mais ne s’incrustèrent pas. Sans mes origines familiales, je n’aurais peut-être pas autant de passion pour ces terres honnies par beaucoup. A Pâques, toute la famille se réunissait à Monthermé, le gigot haricot constituant l’ossature du déjeuner, le café au gâteau mollet celle de l’aprem. Il fallait s’échapper. Dans ma fuite j’emmenais souvent l’un de mes frères. Direction Givet, à Vireux prendre vers Couvin, premier arrêt à Dourbes où deux pans et un reste de tour surplombent une fermette au bord du Viroin, la ruine propose une belle vue sur le village.
Fagnolles est dans une plaine fangeuse, le château est situé à l’écart, au bord d’un ru qui alimente ses douves. Le plan est un classique quadrilatère avec ses tours d’angle et un châtelet d’entrée. Il aurait subi pas mal de dommages en 1554 lors des guerres opposant Charles Quint à Henri II. Sa construction s’étale du XIIe au XVe. A la fin du XXe Luc Lowagie son propriétaire entreprend sa reconstruction, et là tout se gâte, surtout pour les conservateurs amis de la pierre brossée.
“Qu’est ce que c’est ce que ce bricolage ?” fut ma première remarque en posant mon circulaire regard sur l’ensemble de la ruine. Du béton partout, dans les courtines, pour les tours, dans les infrastructures des logis, en faisant le tour je m’aperçois que toutes les parties effondrées sont progressivement reconstruites en béton banché.
Jovial et rubicond, un type, l’œil amusé par ma mine déconfite s’approche de nous : “ça vous plait ?” Une Gueuse Lambic derrière les oreilles, j’écoute ce châtelain m’expliquer qu’il ne fait que perpétuer la tradition de maintien en état du bâtiment, mais avec les matériaux d’aujourd’hui. Logique séduisante, tout à fait recevable, qui profite plus à la reconstitution qu’à une nouvelle architecture, évidemment mystère et charme du moyen âge se sont envolés. Rassurez-vous touristes moyens ; Fagnolles n’est pas un bunker, plutôt une curiosité pour amateur averti. Il paraît que les fonctionnaires ennuient Luc qui fait appel aux audacieux pour le soutenir dans sa restauration. R.C.
Luc Lowagie, château de Fagnolles BE 5600 Belgique
00 32 60 311 304 gsm 00 32 497 53 14 81.
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