Ruines de châteaux

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Archives pour décembre 2008

Taillebourg 2005 France (Charente Maritime)

Posté par ruine le décembre 19, 2008

Château de Taillebourg

Un vrai château fort avec des batailles, des démolitions, des reconstructions, des illustres qui y couchent, tellement de faits qu’il n’en reste rien, enfin pas tout à fait. Une tour médiévale tant restaurée qu’elle prend l’allure d’un château d’eau et de beaux communs seuls vestiges de la dernière évolution du site au début du XVIIIe. Depuis 1822, sur la terrasse, il n’y a plus qu’un beau parc public offrant un superbe point de vue sur la charente, et certainement des fouilles à entreprendre. L’occupation du site remonte au VIe après JC, un tronçon de voie romaine surélevée reste toujours utilisée lors des crues du fleuve. Pourquoi de tels enjeux sur un petit village sombre et moribond aujourd’hui ? A Taillebourg,
Auparavant, il y avait là le seul pont sur la Charente avant l’estuaire, d’ailleurs la plus fameuse des batailles qui opposa Saint Louis à Henri III s’est déroulée autour du pont. La victoire française redonnait à Louis IX son emprise sur les terres françaises du roi d’Angleterre, ce dernier lui rendait hommage. Voilà pour l’épisode de 1242. des hôtes de marque entraînèrent leur armée ou leur épouse ici, nuit de noces sans succès pour Louis VII et Aliénor, une victoire pour Richard Cœur de Lion qui razzie le château en 1179, un camp de base pour Charlemagne lors de sa croisade contre les Sarrazins, la chute pour Jacques Cœur qui s’y fait arrêté en 1451, le nomade Charles VII y dormira aussi. Plus tragique, les guerres de religion puis la Fronde entraîneront en 1652 la démolition du site médiéval. Ultime reconstruction, à partir de 1715, d’un bâtiment de Style Classique avec toit terrasse et balustres, à la révolution partage et vente, en 1822 il brûle. R.C.

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La Hunaudaye 1990 France (Bretagne)

Posté par ruine le décembre 19, 2008

Château de la Hunaudaye

Les vacances en Bretagne comportent toujours le risque d’une météo pluvieuse. Quand la plage est tellement grise que vous ne pouvez plus contenir une marmaille qui braille, évadez-vous du mobil home. Destination des jours sans soleil, nombreux dans cette Bretagne entre Rennes et St Malo, à La Hunaudaye tout est fait pour accueillir les chalands petits et grands. Le château se trouve dans une cuvette, la grosse masse grise en impose vraiment, à plus forte raison si la pluie menace. Isolé, dissimulé par la forêt, le village le plus proche est Plancoêt près de Dinan, mais rassurez-vous le fléchage est parfait. Avant la reprise en main par les Monuments de France une sauvegarde à l’allemande, des animations costumées et festivités médiévisantes, nul ne s’arrêtait là. En 90, la dimension centre de profits était déjà prégnante, je sentais se profiler le spectre du parc d’attractions. Entretenez le rêve le plus longtemps possible en faisant le tour des larges fossés presque comblés, laissez-vous dominer par ces cinq puissantes tours et courtines bien hautes en bel appareil de granit. Prenez le temps d’admirer l’entrée double, pour piétons et charrettes, bien protégée par sa grosse tour ronde affichant un bel état d’indestructibilité.
Maintenant vous pouvez payer et pénétrer. A l’intérieur, le décor est rongé, plus de logis seigneurial, seul souvenir d’un standing révolu, une belle porte du XVIIe, avec un départ de volée d’escalier, disparition totale des intérieurs des tours, autant de tubes vides abonnés aux courants d’air et aux cris d’oiseaux, seule celle de l’oratoire possédait une voûte, ailleurs ce n’était que poutres et planchers.
La construction affiche la richesse des Tournemines qui reconstruisirent le château à la fin du XIVe, sur les restes de l’ancienne forteresse du XIIIe. Adaptées aux armes à feu d’improbables canonnières sont implantées en dessous de grandes ouvertures, le luxe est néanmoins de mise et prévaut sur le défensif, larges fenêtres, latrines, cheminées à tous les étages. Des hôtes illustres passent à La Hunaudaye, Anne de Bretagne, puis François Premier, tout est calme jusqu’à la révolution. A cette époque, le château appartient à un pro révolutionnaire, couard ou pressé de se défaire d’un lieu en état moyen il fait appel à la Garde Nationale pour miner et incendier le site, il recevra pour ce haut fait de résistance quelques assignats. Les dernières déprédations datent du début du XIXe quand son propriétaire d’alors entreprend de le démolir pour bâtir son manoir un peu plus loin. Il y aurait eu une glacière, mais pas de donjon, symbole de la fin d’une période où l’hédonisme s’impose au défensif. Profitez du site les jours de grand soleil, vous y gagnerez le calme et vous verrez le granit scintiller, enfin avec un peu de chance vous éviterez les figurants costumés. R.C.

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Clisson 2005 France (Loire Atlantique)

Posté par ruine le décembre 5, 2008

Château de Clisson

Château de Clisson

Le château est en plein milieu du bourg, qu’il écrase de toute sa hauteur et surtout de sa masse.
Les premières constructions datent du XIIIe, la seconde période d’élargissement avec une enceinte adaptée aux armes à feu remonte au XVe. Il subit quelques ajouts dont des bastions et des ponts-levis au début du XVIIe sous le règne d’un gros jaloux, le duc d’Avaujour. Au XVIIIe les Rohan vendent tout le mobilier, en 1793 les Français incendient le château, tout grille y compris le patelin. Triste siècle pour Clisson, le vieux donjon du XIVe s’effondre à moitié sur lui-même un soir de noël de la mi XVIIIe, une chance pour ses occupants installés dévotement au frais pour une messe dans la chapelle.
Vous trouverez dans la cour principale un puits garni d’une plaque qui relate une histoire dont le public se repaît. En 1794, une famille est massacrée et précipitée par dessus la margelle, ensuite les mecs, une colonne de vendéens assoiffés de sang, le comblèrent de gravas. En 1961, des fouilles corroborant la légende permirent effectivement d’exhumer des os et des sabots. La visite est une promenade où l’on passe d’un espace à un autre par un pont ou par le franchissement d’une enceinte. Les murs se succèdent, parfaitement restaurés et consolidés certainement un peu trop, enfin les enfants peuvent y jouer à cache-cache tranquillement. La ville de Clisson présente d’autres intérêts, le bourg médiéval au pied du site s’étale sur le cours de la Sèvre Nantaise, se prêtant aux balades sentimentales. L’amateur éclairé d’architecture éclectique ne manquera pas de trouver un caractère italianisant au bourg, l’explication est due à l’installation d’une star de la sculpture académique au tout début du XIXe. Lemot et les frères Cacault investissent une colline en face du château, un parc que ne renierait pas Hubert Robert. Parsemés dans les bois et sur l’éminence, des édicules genre fabriques égaient le promeneur solitaire ou convient les acteurs du week end sentimental à des échanges au pied d’un chêne séculaire ou autres temples d’amour. Dans le plus pur style italien agreste, vous apprécierez une magnifique ferme lombarde, plus loin Lemot s’est fait bâtir une villa patricienne face au château auquel il voue sa vie et sa fortune. Dommage, Clisson perd un peu de son âme depuis que des aménagements néo-médiévaux entachent l’authenticité, à quoi servent ces imitations de pavés anciens et bordures de trottoirs en béton, ne valait-il pas mieux laisser l’asphalte… ? Et si Lemot s’était vu interdire la construction de ses bizarreries italiennes ? Aller directement à la pizzeria pour parfaire le tableau sentimental. R.C.

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Tiffauges 2005 France (Vendée)

Posté par ruine le décembre 5, 2008

Château de Tiffauges
Château de tiffauges

Je n’ai rien oublié mon premier passage à Tiffauge, sur la route du départ en vacances, vers les plages tristes et monotones de la Vendée. J’émergeais d’une nuit visqueuse, recroquevillé sur la banquette grise en skaï. La Dauphine stationnait devant la porte du château, j’avais à peu près 8 ans.
Entre la Vendée et le Poitou, une grande enceinte de 18 tours sur un promontoire au-dessus de la confluence de la Crume et de la Sèvre Nantaise. Le premier château date du XIIe, il comprend un donjon, la massive porte d’entrée et la longue enceinte. Le début du XVIe augure une nouvelle période de construction dont la tour du Vidame, énorme masse de pierre parvenue intacte. En pur granit de bel appareil, c’est une formidable construction sans équivalence en Europe de l’ouest.
Depuis quelques années le site a été repris par la commune et le conseil général. Ce qui lui vaut d’être fermé la plupart du temps, ce faisant, en longeant la muraille vous pourrez escalader le mur. Les lieux sont parfaitement entretenus, ils abritent un musée de la machine de guerre, les tours sont couronnées par des mâts et des fanions, la basse-cour, outre les engins en bois, est encombrée de cahutes de foire, une atmosphère festive qui illustre parfaitement la dure vie âpre et solitaire des châtelains au moyen âge.
Nous serions à demi tenté de regretter ce bon Gilles de Retz, époque héroïque où Gilles s’illustre dans des faits de guerre remarquables aux côtés de Jeanne d’Arc sa loyale patronne. A la mort de celle-ci il retourne sur ses terres dont Tiffauges. Pour se distraire il n’a pas trouvé mieux que de violenter des jeunes gens, garçons et filles, sacrifice, sodomie et décollation sont au programme. Lors de ces bacchanales, il invitait des soudards, plus de 140 enfants essentiellement des garçons furent ainsi martyrisés. Tiffauges ne fut pas le seul lieu, il essaima dans ses trois autres possessions fuyant les populations qui s’inquiétaient devant autant de disparitions d’enfants. Lors de son procès, Gilles de Retz a révélé son enfance, brutalisé par son grand père, un bonhomme pas catholique et surtout sans aucuns scrupules. Dur moyen âge. R.C.

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Vitré 1990 France (Ille et Vilaine)

Posté par ruine le décembre 5, 2008

Château de Vitré

La puissance et la gloire des grandes familles du duché de Bretagne.
Sur la route qui mène St Briac plusieurs détours s’offrent à nous, Vitré fait partie de ces petites villes pimpantes où le touriste s’arrête pour déguster une crêpe et l’indigène sublime son ennui dans des clubs échangistes le dimanche. Auparavant, il y avait l’office cultuel et l’alcool.
En arrivant, les toitures des tours en poivrières sont autant de totems propres à attirer le visiteur, même le plus affamé. L’excellent état du site, son utilisation quotidienne en guise de mairie et de musée pourront décevoir l’amateur de ruines romantiques, et ce n’est pas le bâtiment néo-gothique de l’hôtel de ville qui arrange l’affaire. Devant le châtelet, l’atmosphère d’un film de cape et d’épée avec Bourvil et d’Artagnan à ses côtés est plus que prégnante, voire incontournable. – En passant sous le porche les sabots résonnent, puis des voix : “holà Monseigneur venez vous rassasier à ma table…”, “as tu des chevaux frais tavernier, nous repartons tantôt”, “Blandine se languit de vous Monseigneur”, “je n’aurai pas le temps, car la reine m’attend…” -.
Dans la cour triangulaire, chaque angle est signifié par une tour, la Saint Laurent, la Madeleine et la Montafilant, de hautes courtines impeccables les relient, d’autres tours appuient la défense, au total il y en a 13. Leur visite est possible, celle de l’oratoire se pare d’un bel oriel renaissance, la Saint Laurent abritent un petit musée, les tours du châtelet sont dévolues à l’hôtel de ville, enfin pour la vue panoramique ce sera la Montafilant, d’autres plus petites servait de latrines.
La fondation du château remonte au XIe, mais la majeure partie de ce que tu vois aujourd’hui date des XIVe et XVe siècles, avec une restauration de grande envergure au début du XXe. Il subsiste du XIIe, la configuration d’ensemble du lieu sur son éperon et un très beau porche roman. Vitré réunit tous les ingrédients du décorum populaire du château fort : des tours poivrières pointues à souhait ornées de mâchicoulis, de belles ouvertures à meneaux, qui paradoxalement voisinent avec des bouches à feu, un châtelet garni de deux tours et d’un pont-levis, enfin de hautes murailles toujours debout. Jusqu’au XVIe, le château est entretenu, modernisé, il tombe en désuétude au XVIIIe, la commune le rachète et entreprend des
travaux importants. Depuis les 46 m de la tour St laurent, en-dessous coule la Vilaine et fument les cheminées des crêperies. R.C.

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