Un exemple de redistribution, ou comment un homme influent fait preuve de mansuétude à l’endroit de ses prochains, entendons sa famille. Bertrand de Got alias le pape Clément V premier en Avignon s’est considérablement enrichi, en mixant sa maigre fortune à celle de l’église, favorisant ainsi dans la première moitié du XIVe la modernisation de quelques châtellenies voisines. Après Villandraut, la maison mère, il y eu Roquetaillade, Préchac et en 1320 Budos, une belle enceinte plantée au milieu d’une verte et vaste mer de vignobles. Un quadrilatère de 46 m sur 56 cantonné de tours cylindriques à l’exception de celle de l’ouest : une octogonale équipée de belles bouches à feu d’angle. La tour et ses dispositifs d’artillerie ne sont pas forcément contemporains, en effet les ouvrages polygonaux seraient plutôt antérieurs à la rotondité. Pourquoi une tour à pans alors que sa résistance aux projectiles est moindre, survivance d’une ancienne construction ? Toujours au registre des tours, chaque courtine en était surmontée d’une carrée, huit totems au total pour l’exaltation de la puissance de Raimond-Guilhem de Budos neveu de Clément V.
En 1521, la famille La Roque devient propriétaire, les nouveaux aménagements concernent les canonnières de la tour ouest et le crénelage avec ses arquebusières. Puis des travaux de redistribution des espaces et d’embellissements du palais sont entrepris aux XVII et XVIIIe, il n’en reste rien. Aucun souci pour visiter Budos, le château est en contrebas du village sur un mamelon cerné de vignes, son imposant fossé n’a pas été comblé. Deux façades subsistent en bon état, celle de l’entrée avec la porte surmontée d’une tour de quatre niveaux et la partie postérieure dont le mur est constellé de latrines, une constante dans la région (cf Villandrault). Le démantèlement trouve son origine à la Révolution, tout ce qui pouvait être vendu l’est, les constructions font carrière jusqu’en 1841. Si vous visitez Villandraut dans le même espace temps amusez vous à dénombrer les similitudes entre ces deux résidences fortifiées. R.C.
Archives pour février 2009
Budos 2006 France (Gironde)
Posté par ruine le février 14, 2009
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Villandrault 2006 France (Gironde)
Posté par ruine le février 13, 2009
Ecrasé par la chaleur, un pauvre bourg des Landes girondines. A moins de 100 m de la place
du village vaguement ombragée par ses platanes, la forteresse trône au bord de la départementale simplement isolée par son fossé. 52 m de façade, quatre grosses tours circulaires reliées par une haute courtine, la ruine est en état : couronnement dépenaillé, ouvertures béantes. Une fois le pont dormant franchis, tu pénètres entre les deux tours, la basse-cour est vaste, gauche-droite beaux restes des logis, au fond le mur d’enceinte percé de sept énormes baies centrées sur une minuscule poterne. Au delà, une passerelle franchit le fossé et t’emmène sur une terrasse protégée. Depuis cette plateforme la vue sur la courtine est captivante : tu observeras à l’extérieur des arrachements répondant à la volonté d’ériger ici deux tours symétriques à celles du porche, la façade est rythmée par une succession de latrines.
A la fin du XIIIe, la seigneurie appartient à la famille de Got dont le plus illustre membre sera le premier pape avignonais, Clément V, c’est lui qui fera du petit château d’André de Villandrado la château que nous admirons.
Forteresse à l’extérieur mais palais à l’intérieur, il fallait imaginer les bâtiments qui longeaient les trois côtés, l’escalier d’apparat qui menait aux salles de réception de l’aile gauche. Face à l’entrée cinq des sept baies de l’aile éclairaient la chapelle, l’aile droite était dévolue aux appartements privés, enfin sur le dernier côté, construite plus tardivement, au XVe, une galerie sur arcatures reliait les ailes droite et gauche.
Les six tours sont construites sur la même configuration : une cave couverte en coupole, deux étages voûtés, puis un plancher au dernier niveau, à chaque étage des latrines. Je pense n’avoir jamais compté autant de bretèches de commodités sur un même site, à raison d’un édicule par étage pour chacune des six tours qui en compte trois, sans compter les quelques autres accrochées aux courtines, nous sommes à plus de 20 latrines. Sur la face avant tu auras remarqué un ajout de construction le long de chaque tour, lors de la visite du chemin de ronde tu constateras que ces tourelles enfermaient les latrines, postérieurs à l’édification, ces conduits datent du XVIe, leur fonction était, soit disant, d’éviter la propagation des odeurs. En revanche, cela devait être redoutable dans les gaines ainsi que dans les latrines elles-mêmes. La salubrité n’est pas tout, par delà le nauséabond olfactif quel plaisir de voir des étrons rebondir ou s’écraser mollement sur les murs de cette puissante façade, à la vue de tous. Je clos cette digression éclairante sur l’élan de puritanisme qui prône la dissimulation du corps et gagne progressivement du terrain sur la liberté des moeurs et l’hygiénisme, dernière survivance de l’époque Gallo Romaine qui réussit tout de même à perdurer tout le haut moyen âge.
Au fait de sa carrière, Bertrand de Got, alias le pape Clément, confondit allègrement ses très modestes biens avec ceux de l’église, l’intérêt de cette fortune est d’une part la rapidité avec laquelle le château fut bâti en moins de dix ans et d’autre part l’héritage qu’il laissa à son neveu pour continuer son œuvre et construire Roquetaillade.
Durant les XIV et XVe le lieu vit au rythme de la Guerre de Cent Ans, au XVIe il supporte un siège pour déloger les protestants qui s’y réfugiaient, sa démolition est ordonnée, la tour Sud-Est est déjà sacrifiée, quand Henri IV annule l’ordonnance. En revanche, pendant la Révolution, le château déjà mal-en-point sert de carrière. Plus tard, il n’aura pas le sort de son voisin Roquetaillade réinvesti par Viollet-le-Duc. R.C.
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Fargues 2005 France (Gironde)
Posté par ruine le février 13, 2009

En plein Sauternes, Yquem est à deux pas et les vins de la propriété sont renommés. La vieille forteresse médiévale est un peu oubliée dans cette écrin de nature superbement dessiné et parfaitement domestiqué. De la pelouse, aux séculaires qui bordent les allées en passant par les vignes, tout est apprêté, l’extérieur de la ruine ne dépare pas dans le paysage. Remercions toutefois les propriétaires d’autoriser l’accès aux abords des murs. L’histoire de Fargues débute en 1306, l’empreinte de Clément est toujours là, tant dans la construction que dans le financement puisque c’est encore son neveu Raimond Guilhem, celui de Budos, qui en est le maître d’ouvrage. Plan en quadrilatère flanqué de tours polygonales aux extrémités et logis sur les courtines. La bâtisse semble avoir perdu toutes velléités défensives à la renaissance pour se muer en palais résidence ouvert sur l’extérieur, contrairement aux autre constructions familiales. Quand Budos transforme sa seule tour polygonale en l’équipant de canonnière, à Fargues les archères sont maintenues mais de larges baies géminées percent toutes les courtines qui se transforment en agréables façades. Ici, tout devait être élégance, les terrasses engazonnées talutées sont cantonnées par des bastions. Les restes de l’intérieur, encore éloquents, dénotent un luxe insolent, à voir de belles arcatures de portes. L’accès au château se fait par l’habitation privée, impossible de pénétrer dans la cour. Néanmoins, depuis les baies tu peux admirer les murs pantelants des logis gagnés par une végétation luxuriante, et toujours debout, une superbe tour d’escalier surmontée d’un
édicule à la fonction vaguement défensive. Il faudrait imaginer aujourd’hui l’allure américaine du lieu s’il n’avait pas été incendié une chaude nuit d’été de 1687. Particularité de Fargues qui le distingue de ses congénères “Clémentin”, un donjon extérieur, nettement en saillie du mur d’enceinte Nord-Ouest, difficile d’évaluer la hauteur de cette grosse tour carrée. Aujourd’hui, elle ne dépasse pas la courtine, et semble avoir conservé ses ouvertures d’origine. En bordure d’un haut plateau girondin le bâtiment en impose vraiment, pour arriver à Fargues allez à Langon et continuez sur la D 152, de là-haut et surtout par beau temps vous apercevrez les clochers de Bordeaux à plus de 40 km. R.C.
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