Dans un écrin de provençalité authentique, une belle ruine depuis le XIVe..? avec de si beaux restes est assez rare. Considérer que le lieu est déserté depuis plus de plus de 600 ans est encore plus inimaginable. D’ailleurs certains n’hésitent pas à dater la superbe voûte sur croisée d’ogive de la seconde moitié du XVe… Le site est désert, seuls les moutons fréquentent assidûment la roche et la maigre pâture qui l’entourent. Pour vous rendre au Castellas allez aux Eyguières, une petite commune à laquelle la motte castrale, jadis indépendante, fut rattachée en 1805. Parachevons le décor, sur un piton calcaire dans un environnement plutôt aride, une puissante tour carrée de trois niveaux entourée des restes épars de sa muraille. La construction est soignée, mur à bossages, grandes salles d’apparat voûtées. Sur ses flancs, la butte a dû recevoir des habitations, depuis le sommet, on aperçoit en diverses places les restes d’une enceinte basse. Au nombre des vestiges tu peux ajouter une belle église du XIIe juste en contrebas du piton, plus loin, à l’une des extrémités de la parcelle une tour carrée garnie de niches, certainement un colombier, enfin il est aussi évoqué un moulin.
Au Xe le pog est déjà investi, des citations mentionnent un poste de péage appartenant aux comtes de Provence. Au XIIIe, le château bénéficiait déjà de ses aménagements domestiques, considéré comme un lieu de vie agréable toute une société de plaisants s’y retrouvait. Apparemment les fêtes y étaient brillantes. Longtemps les d’Albe en furent détenteurs. Indéniablement, la qualité de construction, la décoration de la salle principale sont l’apanage de la demeure d’une famille raffinée et non d’un ouvrage austère dédié à une garnison de soudards. De ce microcosme toute vie est partie, Roquemartine est un lieu oublié, sans aucun parking, voisin des Baux l’air y est respirable, les herbes de la garrigue empestent. R.C.
Archives pour mai 2009
Castellas de Roquemartine 1996 France (Provence)
Posté par ruine le mai 28, 2009
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Rochemaure 1996 France (Ardèche)
Posté par ruine le mai 28, 2009
Toujours sur la route des vacances, le site de Rochemaure propose une halte parfaite pour toute la famille. Petit village fleuri, crêperie, maisons mignonnettes, un ensemble enserré de murailles noires, comme celles du château au bout de l’éperon. Un vrai, tourmenté à souhait, sur lequel s’étire et serpente la courtine. Si vous venez du Massif Central vous ne serez pas dépaysé par la noirceur typique du basalte, élégamment relevée par la blancheur des chaînages d’angle de pierre calcaire. Du haut de ses 40 m (plus de 100 depuis le bas du village) le donjon domine allègrement, sa masse carrée est surmontée d’une tour pentagonale, il serait à l’origine de la construction, au début du XIIe. La courtine est datée du XIIIe, contemporaine du logis et de la chapelle. En réalité il y a deux enceintes, celle du château puis une autre qui descend jusque dans le vallon. Restaurée, elle a belle allure avec ses merlons tous neufs.
En remontant, sur la paroi du dyke, tu ne pourras pas manquer la tour du Guast, plus ancienne, elle serait datée du Xe ?
Depuis un certain Adhémar de Monteil, seigneur de Montélimar, six familles se succèdent jusqu’aux Rohan qui l’abandonnent définitivement en 1730, Hercule aurait vendu sa toiture pour couvrir une grange… mais depuis un bon siècle la ruine est entamée.
Résidence familiale jusqu’en 1440, il devient le siège de la puissance administrative régionale jusqu’au début du XVIIe. Dans ce laps, il subit les assauts des huguenots, au XVIe la vallée du Rhône est un vaste champ de bataille dont ces forts sont les témoins et les victimes. Je ne me rappelle que très vaguement de ma visite, un jour de grand vent, apparemment il souffle souvent de ce côté, la ruine est austère et dépouillée, la grosse pierre noire de basalte mal dégauchie n’y est pas indifférente. En fond d’écran, le paysage de moyenne montagne est très beau et vu de l’extérieur le site est encore plus saisissant. Pas de surprise, l’intérieur risque de vous décevoir, il demeure au fond du donjon une salle enterrée (citerne, cellier, oubliette à touristes). Depuis 2001 une campagne de restauration est menée.
J’encourage les stakhanovistes de la ruine à la visite d’un pont suspendu plein XIXe, à l’abandon, ils trouveront là le charme et l’aventure qui s’évaporent du dyke. R.C.
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Murol 2006 France (Puy de Dome)
Posté par ruine le mai 7, 2009
Je pourrais presque remercier les tristes conditions météorologiques sous lesquelles j’ai découvert cette énorme forteresse. A la mi février, il neige encore dans le Massif Central, la brume de fin de jour commence à noyer les fonds de vallée. Avant de quitter le plateau et de descendre vers St Nectaire déjà dans la pénombre, la silhouette régulière d’une construction se détache. Masse ou monolithe, il incarne toute la noirceur de la région et la soif de puissance de son bâtisseur. Encore un bénéficiaire des largesses d’un cardinal, fidèle d’un pape avignonais. Le rocher volcanique est occupé par une petite construction dès le XIIe, mais c’est au XIVe que les bâtiments prennent la tournure que nous connaissons aujourd’hui. Riche époque sous laquelle s’érigent quelques uns des plus beaux et plus forts châteaux français, Pierrefonds, La ferté Million, Vincennes… Guillaume de Murol n’a pas les moyens d’un prince, et de loin, pourtant l’œuvre de sa vie est une formidable bête qu’aucun siège ne vaincra, sachant résister aux temps. Surprenant système défensif, exclusivement par le couronnement, une seule tour donjon, absence de tours de flanquement seulement des échauguettes, moins coûteuses à construire, mais tout aussi efficaces. Il faut reconnaître que l’implantation sur des à-pic basalte dissuade toutes velléités de sape ou d’approche directe.
Après 1550 le noyau central des XIV et XVe est protégé par une enceinte destinée à résister à l’artillerie. Elle est constituée de bastions aux plans en amande. L’accès principal, au sud, se fait par une rampe entre deux murailles, vous passerez par un bâtiment entièrement ruiné, d’un style plus maniéré il est édifié par Jean III d’Estaing au début du XVIIe. Plus vraie que vraie, accolée à son ancêtre du début XIIe, une nouvelle chapelle du XIVe, époque des Murols, reprend complètement le style roman de sa jumelle. Dans la cour intérieure, l’ambiance n’est pas franchement gaie, sombre, bordée de ses hauts murs, et finalement éclairée par un maigre soleil d’hiver, aventurez vous dans la grande salle des gardes qui conserve ses voûtes et arcatures, passez à la cuisine et dans la boulangerie où les cheminées fumeraient encore. La ruine date de la fin du XVIIe consécutivement au siège infructueux de Gaston d’Orléans en 1632, suit un lent délabrement. A l’abandon par ses seigneurs, surviennent les pilleurs, manants du coin toujours ravis de trouver des matériaux à bon compte. Au début du XXe une campagne de sauvegarde est entreprise par les Monuments Historiques et orchestrée par Ruprich Robert. Dernier avantage de la visite hivernale : vous échappez à un spectacle d’animation, enfin je vous laisse imaginer l’état romantique de la ruine qui inspira Georges Sand et Maupassant. R.C.
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Chalucet 1993 France (Haute Vienne)
Posté par ruine le mai 7, 2009
Il pleut souvent dans le Limousin. Cet écrin de verdure en est la preuve, une luxuriante végétation enserre les murs, d’ailleurs le plan au sol des bâtiments n’est même plus visible. Premières fondations au XIIe, les principales constructions datent du XIIIe. Possession de la couronne, Chalucet a toujours résisté aux Angliches, mais pas aux voleurs. Au XIVe, le château tombe dans l’escarcelle d’un premier bandit qui rançonne dans les vallées. Puis, vint le tour de Perrot le béarnais célèbre pour sa dualité : mi grand brigand, mi chevalier, en tout cas un vrai businesman. Il rançonne, exploite, flatte et persécute à l’envi, il bâtit des aménagements luxueux dans le château pour finir par le revendre au roi pour une somme astronomique. Fortune faite il retourne dans son Béarn plein aux as.
Le règne des seigneurs pillards n’en finit pas, de nouvelles bandes s’installent, en 1593 les bourgeois et paysans des environs réclament le démantèlement. Les ruines sont vraiment considérables, notamment le donjon, dommage la végétation recouvre tout. L’emplacement est idéal, un éperon barré à la confluence de deux rivières, à l’origine il y avait deux châteaux, réunis maintenant. Du premier, plus ancien, il ne subsiste qu’une grande tour, le second du XIIIe conserve son plan en quadrilatère et une belle façade avec corbeaux, merlons et mâchicoulis. Hélas derrière ce mur ce n’est plus qu’un enchevêtrement d’arbustes, de ronce, de pierres. Il pleuvait à verse quand je visitai Chalucet, les pieds dans la boue, je me voyais à la poursuite du diamant vert, en pleine la jungle, me frayant un chemin dans les ronces, ruisselant sans pouvoir lever les yeux et contempler le délabrement des tours. Je vous recommande la traversée de Limoges à 10 km au nord avant la visite du site, juste pour vous mettre dans l’ambiance. R.C.
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