Turquie Cilicie

Vahga 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 25 octobre 2007

Vahga Turquie cilicie

Vahga Turquie cilicie

Certains lieux excitent la curiosité et forcent l’admiration, ainsi se conterait le résumé  d’un guide touristique évoquant Vahga… s’il en connaissait l’existence. Heureusement, personne ne parle de cette forteresse de montagne perdue dans un environnement qui ne plaisante pas. Un formidable château, à 1250 m, autour duquel les premiers sommets sont déjà à 2000, en prime l’aridité et l’âpreté du décor. Ni hasard, ni mégalomanie outrancière, le site occupe une place stratégique sur la route, vers le nord, qui vient de Sis, Kozan aujourd’hui. Depuis le XIIe, il a vu se regrouper aux pieds de ses murailles une forte colonie arménienne. La montagne servait de premier refuge aux populations chassées de la plaine. Sur la route du nord, Vahga fut à la fois l’ultime forteresse arménienne, une base de repli, et en 1144 un point d’appui pour la reconquête de la Cilicie. Quand les châteaux de plaine tombaient en quelques jours, le piton subit un siège de trois semaines, au terme duquel il fut décidé que l’histoire allait se terminer dans un pré en dessous du fort. Un tournoi opposerait directement champions Arméniens et Byzantins, ces derniers emportèrent le challenge. Cette défaite entraîna la chute du premier Levon en 1138.  Les byzantins semblaient vraiment déterminés à récupérer le château du prince Koch Vassilia.
La vallée est riche en monuments, avant d’emprunter la piste d’accès à la forteresse, sur l’autre versant de la vallée, un pont traverse le torrent, la route en terre finit dans un hameau, au milieu duquel, sur une butte, trône des vestiges d’une construction en gros moellons, en bas à l’intersection un panneau mentionnait « kale ». Dans le vallon de Vahga, il subsiste à moins d’un kilomètre une église byzantine remarquable, et en surplomb du château un autre édifice  à l’attribution floue, peut être une chapelle.
Sur le flanc Ouest du rocher, l’Est donnant sur des falaises, une « ville » s’étendait là depuis la fin du XIe, réduite à quelques pauvres fermes au début du XXe, suite aux tragiques dispersions des populations locales. Prends ta journée pour y parvenir et visiter le lieu, le chemin est long depuis Adana, heureusement le paysage compense largement le temps passé derrière des caisses asthmatiques et fumantes. La route traverse Sis, sa citadelle te nargue avec pas moins de 44 tours, direction Feke. Cinq kilomètres plus loin, le château est visible depuis la route, mais il paraît encore bien éloigné, il te faudra au moins 20 bonnes minutes pour atteindre son contrefort, utilise une piste sur la gauche (fléchée), elle est en mauvais état, mais reste pratiquable pour une voiture de tourisme. Le château se trouve sur un pog au-dessus des fermes. Fin de mon premier séjour en 2005, la nuit était tombée sur Vahga.
Ma seconde visite en 2008 révèle, que les murailles abritaient une toute communauté, ainsi qu’une velléité de préservation.
Pour les Arméniens, lorsqu’elle fut le berceau des Roupénides, au faîte du pouvoir au XIIe, la forteresse se considérait comme un site majeur. Elle demeure aujourd’hui un endroit digne d’intérêt pour les Turcs, le potentiel touristique est indéniable, la localisation, l’allure ajoutée aux vestiges intérieurs prêchent  pour une sauvegarde de l’ensemble. L’installation d’une porte en métal, plutôt récente, qui défend  l’accès, ainsi que des traces de consolidation autour du châtelet corroborent l’antithèse de l’oubli. Heureusement, le site est ouvert à tous les vents. Après une courte marche d’approche pour parvenir au pied du rocher, un pan incliné se distingue de la pierraille, manifestement restauré, il t’amène facilement à la porte. L’aventure peut commencer , après le franchissement de la grille, accueil lugubre dans un grand hall abrité par une voûte supportée par quatre doubleaux en ogive. Remarquable travail, qui rappelle celui de Sis, attribué aux Mameluks. Il s’agit d’un véritable châtelet, avec ses chicanes et ses tours, qui défendait le premier passage vers le sommet. Au pied des enrochements du second plateau, une petite plateforme dominée par une tour polygonale est accessible par un petit escalier depuis le couloir principal. Surprenante voie d’accès , elle épouse les bords de la falaise, dans sa première partie, exposée au sud, le passage est toujours abrité, son prolongement vers le second plateau a complètement disparu. Un premier ensemble de constructions défend cet accès, les vestiges d’une porte, un mur bouclier percé de trois meurtrières et la tour polygonale mentionnée précédemment. Ce bâtiment, attribué aux Arméniens, diffère dans sa forme et dans son appareil. Il se compare à la maison forte de Kis. Dans ses fondements, Edwards y verrait bien une citerne, ses autres niveaux pouvaient être des pièces d’habitation.
Oeuvre majeure du site, la citerne principale, elle utilise en partie une cavité naturelle située en plein milieu du pog. Ses proportions monumentales, sa voûte à plus de 8 m supportée par une énorme pile centrale  rappellent la salle basse du donjon franc de Saone. Au Proche-Orient, les citernes figurent parmi les structures les mieux conservées, pièces vitales elles retiennent toute la sacralité de l’eau. Cathédrales enfouies, par leur dimension, leur configuration ou leur implantation, elles révèlent le génie et les prouesses architecturales de leurs constructeurs. En direction de la pointe Nord de l’éperon, adossés à la muraille se trouvent des salles corridors toujours couvertes de leurs voûtes d’arête. Cette disposition se retrouve dans plusieurs sites arméniens, Gogveglioglu, Savranda, Silifke, Toprake…  De l’avis de visiteurs avertis : Dunbar, Boal, Hellenkemper et Edwards, l’ensemble est attribué aux Arméniens, sur les fondements d’un ouvrage
R.C.

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Anavarza 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 25 octobre 2007

Anavarza Turquie Cilicie

Anavarza Turquie Cilicie

Une grande plaine fertile s’étend des contreforts de l’Anti Taurus au rivage. Dans cette platitude, parsemés sur leurs pitons isolés, les forts arméniens égaient une monotonie d’ocres écrasée de soleil. Au nord-est d’Adana plusieurs sites se dressent ainsi, se surveillant entre eux. La falaise d’Anavarza s’aperçoit à plus de 20 km à la ronde, depuis Toprakale elle se distingue sur un horizon voilé. En arrivant sur le lieu, dominés par l’immense barre qui culmine à 200 m, des restes de constructions romaines et byzantines s’étalent dans une belle prairie verte tondue par des moutons. L’accès au site s’effectue au sud juste avant la passe entre les rochers. Si tu ne souhaites pas te faire importuner, laisse ta caisse près des rochers et grimpe fissa avant qu’un vieux trésorier turc jovial et transpirant l’oignon ne t’alpague. L’ascension démarre au pied la colline avec quelques marches taillées, autour, épars, des fragments de bâtiments pré-arméniens. 20 longues minutes d’ascension sous un soleil bien lourd nous amènent au bord du plateau. Ici débute la première enceinte, un mix de pré-arabe, byzantin et arménien qui augure le bricolage et le réemploi, dont les Arméniens étaient friands, enfin n’oublions pas le travail des Muslims qui occupèrent le site jusqu’au XVe. Passé la porte, c’est d’abord une vaste étendue d’herbe, de laquelle émerge la chapelle byzantine,  trois nefs accolées, écroulées, seule une voûte en cul-de-four porte encore des traces de peintures.
A 400m, le plateau se rétrécit, sur une bande étroite en surplomb il y a le château, isolé sur son éperon par un fossé. Imposante masse de pierre qui atteste de la très ancienne occupation, corroborée par le recyclage de blocs d’époques antérieures, principalement dans les soubassements, frises d’attique, corniches, colonnes, chapiteaux se retrouvent mêlés sans dessus dessous. Un caractère récurrent dans les constructions arméniennes, où la rapidité de construction et l’efficacité prévalent sur la qualité et l’esthétisme. Ce second plateau est occupé sur sa périphérie par de nombreuses constructions accolées à la courtine. Depuis une baie du donjon, 150 m plus bas, j’aperçois parfaitement le tracé de l’enceinte romaine, les moutons font des points blancs sur la prairie. Le plan de l’ancienne cité vespasienne se devine au sol. La dernière partie, vers le nord, épouse une arête rocheuse qui serpente, monte, descend, au moins 500 m de muraille. Diffcile d’imaginer Anavarza en capitale du petit royaume de Cilicie au XIIe  siècle, lorsque les Roupénides dominaient légèrement les hétoumides. Du village actuel à la ville romaine, l’histoire s’étale sur 2 000 ans : d’abord cinq siècles d’occupation romaine, ruinée par les conquêtes Seljoukide en 824, réinvestie au XIe par les croisés lors de leur transhumance vers la Palestine, puis les Arméniens de 1111 à 1374, date de la reconquête définitive par les Mamluk, et la fin proche du royaume Arménien de Cilicie. R.C.

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Yilan 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 25 octobre 2007

Yilan Turquie Cilicie

Yilan Turquie Cilicie

Si vous êtes un peu intéressé par les châteaux de la petite Arménie, vous aurez certainement vu une photo de Yilan Kalesi, “le château du serpent”. Parmi tous ces forts de la plaine de Pamphylie, il est le plus célèbre. Proche de la route principale qui traverse l’Anatolie, il affiche une fière silhouette sur sa colline au milieu de la plaine, ses murailles et son équipement défensif sont en bon état, enfin pour les fainéants, c’est le lieu idéal pour une ballade de dimanche après midi, dommage que la Turquie soit aussi loin. Facile d’accès, tu ne peux pas te tromper, une petite route depuis la nationale te mène direct au parking, après il te reste un quart d’heure pour parvenir à la porte, évite les heures chaudes. La progression vers le château te régale, les enceintes successives se découvrent, les tours s’enchevêtrent, le plaisir de passer là quelques temps me gagne.
Mon premier regard dans la première enceinte ne me dit pas où je dois aller, sensation jouissive d’avoir tellement à voir. Je vais au plus loin en me retournant régulièrement pour être sûr de ne pas manquer un détail. Les constructions sont concentrées sur 200 m de long et à peine 100 au plus large, le site est partagé en trois parties auto défensives. Les enceintes basses défendaient l’approche de la partie haute qui recevait toutes les habitations. Les deux basses-cours parallèles, à flanc de rocher, ne valent que par les lacets de leur belle muraille en pierre à bossage, leurs deux portes d’accès sont placées sur le même axe, chacune est défendue par une tour. L’accès au plateau supérieur oblige à gravir plusieurs rochers, il devait y avoir un escalier en bois. L’entrée est remarquable de systèmes défensifs, elle se fait dans une construction encadrée de deux tours élevées de trois niveaux, tout y est : à l’aplomb du mur pour une défense depuis le parapet, un assommoir devant la porte, la souricière avec ses deux ouvertures à 90 degrés. Passé cet ouvrage, tu peux admirer l’intérieur de l’enceinte en parfait état, à gauche la voûte de la grande citerne dépasse du taillis et des rochers, parfaitement fraîche. Sur toute la périphérie, des tours bastionnées ont conservé leurs salles basses voûtées, au centre un chaos de roches et de végétation dissimule les ruines de la chapelle, en contrebas il y a une autre citerne. Seul vestige de l’occupation du site à l’époque byzantine, l’ouvrage est à demi enterré, doublé d’un parement de briques, vous y verrez également une rigole de récupération des eaux. Pour terminer l’errance, tu iras visiter l’intérieur des tours de l’entrée, il y reste de belles voûtes. L’histoire de Yilan est mal connue, d’ailleurs son nom médiéval l’est tout autant, des clés de voûte ainsi que des détails permettraient de dater certaines parties de la construction du règne de Levon Premier, fin XIIe, la grande époque des châteaux de Cilicie, rien de sûr. Toujours dans l’approximation, une garnison l’aurait occupé jusqu’au XIXe. R.C.

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Kis 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 25 octobre 2007

kis turquie Cilicie

kis turquie Cilicie

Une maison sur la colline, à des kilomètres à la ronde par-delà les vallées tu l’aperçois, la butte culmine à 550 m. La fin de l’après-midi allait forcément nous gratifier d’un beau coucher de soleil.
L’accès n’est pas fléché, mais il est aisé, la campagne est placidement vallonnée, le château est bien visible depuis la route 750, direction Cokak, prendre un chemin sur la droite monter dans les pâturages 1/4 h sur la crête, dans une courbe quitter le chemin, terminer à pied 20 mn sur un sentier de chèvres. A nouveau peu d’information au sujet de l’occupation des lieux et de la construction. L’attribution au passé arménien est corroborée par l’implantation dans cette zone géographique de la Cilicie et par le travail de maçonnerie caractéristique. Pourtant à Kis l’appareil est plutôt soigné, des pierres à bossage encadrent les baies, le rythme des ouvertures, leur grande taille, les corbeaux sur la partie nord et les proportions du bâtiment confèrent de l’harmonie à l’ensemble voire de la préciosité. Le site est à l’écart de toutes routes importantes, modeste par sa taille de 30 m sur 12 de large avec deux niveaux principaux, entouré d’une enceinte constituée d’un mur continu peu élevé et sans tour, il n’illustre pas la mégalomanie d’un chef de canton.
L’approvisionnement en eau reste un problème majeur, hormis un vague puits artésien insuffisant en cas de siège, une citerne est obligatoire. A Kis, elle se trouve sous les trois niveaux du corps Sud et surtout elle est alimentée par une disposition ingénieuse. Sur la façade exposée au soleil affleurant j’avais remarqué en arrivant une saignée verticale sur toute la hauteur, en m’approchant je constatais qu’elle se terminait sur une pierre saillante creusée en rigole qui pénétrait le mur, à l’intérieur je retrouvais le déversoir dans la citerne. Le tour du château sera bref, il jouit quand même d’un panorama à 360°, à l’intérieur la visite est en odorama, l’âcre fragrance des crottes de chèvres nous accompagne, le squatt est ancien car des millions de ces petites billes forment un tapis moelleux de plusieurs dizaines de centimères. Les salles ont conservé leur voûte, certains escaliers sont toujours en place, mais il n’y a plus de toiture, évidemment l’aménagement est sommaire, toutefois il semble subsister une cheminée dans la grande salle du bas de l’aile Nord.
En guise de conclusion poèto-kitsch, je termine en pensant qu’ici tout est désolation et misère, que le temps ne fait rien de bien à l’affaire et c’est tant mieux. R. C.

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Bogazpinar 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 25 octobre 2007

Bogazpinar Turquie Cilicie

Un vieux panneau tordu et gris indiquait bien Bogazpinar kalesi dans la descente 3 km avant Lampron, mais nous n’y prêtions aucune attention. En remontant, après la révélation de ce site improbable sur le tertre de Lampron, j’avais l’œil gauche sur chaque route traversière, je la retrouvais enfin au second passage. Rapidement la route se commue en chemin, tout d’abord au milieu de maisonnettes
de villégiature, puis en plein alpage, au détour de virages je l’aperçois de mieux en mieux. Une tour seule, posée sur un gazon, à 1270 m, en pente douce.
En contrebas d’un gué, des gitans campent, roulottes, chevaux et tracteur, pas de Marcel pour tirer la caravane, ils ont des tronches noires comme leurs vêtements, une vieille bricole un feu pendant que des ados font brailler un chien, des hommes coupent du bois avec une tronçonneuse. Je laisse l’os en dessous du château souhaitant que les gamins ne viennent pas nous casser les pieds. Solitude et ruine romantique, un vrai luxe, seul bruit, celui des cloches des moutons un peu plus haut dans l’alpage.
La construction est simple, un quadrilatère avec quatre tourelles pleines, la maçonnerie utilise un grand nombre de pierres à bossage, une porte basse pour le premier niveau, une autre à trois mètres pour le second, les trois niveaux étaient voûtés. Désolation à l’intérieur, reconverti en bergerie depuis plusieurs siècles, ce n’est plus qu’un chaos de pierres et d’herbes peu engageant, les trois voûtes sont tombées en cascade. La salle basse est encore en partie couverte, aux niveaux supérieurs ne subsistent que des arches.
A l’extérieur je respire à nouveau, le rocher de Lampron à 5 km se laisse admirer. Ne comptez pas sur l’histoire, simplement quelques réflexions, la relation avec le rocher en face est évidente, l’intervisibilité la justifie, pourtant beaucoup d’éléments les opposent. Le style presque élégant de Sinap, sa maçonnerie à bossage contraste avec l’appareil jointif de Lampron avec ses constructions scellées aux rochers lorsque la petite tour se dresse en pleine pampa sans autres éléments défensifs. Alors, ouvrage avancé défensif ou offensif ? Tellement improbable que je ne m’en lasse pas de ce refuge d’alpage. R.C.

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Tece 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 25 octobre 2007

Tece Turquie Cilicie

Tece Turquie Cilicie

Après Korykos, la tour de Tece au milieu des champs et des plantations de citronniers ne mérite pas un vrai détour. Son implantation en bord de route à la sortie du village sur une légère éminence peut néanmoins la rendre désirable, pour des stakhanovistes du vieux pan de mur. Ici, il n’en reste plus que deux d’une tour maîtresse cernée d’une petite enceinte. La vue stratégique sur la mer est barrée par des immeubles campés le long de la route côtière, de l’autre côté la plaine agraire vibre au soleil.
Au XIIe, la construction devait abriter un baron local et ses ouailles ou encore des caravaniers, en cas de troubles. Les croisés y auraient séjourné, peut-être l’ont ils possédée alors qu’ils défendaient le bord de mer. Au loin, la ruine est prometteuse, sur place tu fais trois fois le tour de près ou de loin afin d’être sûr de n’avoir rien oublié. Trois niveaux, le premier est couvert d’une voûte en berceau, les deux suivants réservés à l’habitation, ont droit aux planchers. Petit paradoxe, pourquoi une archère à côté de deux baies d’un mètre de large ? Des corbeaux, supportant un ouvrage en bois, sont toujours en place sur le pourtour, pour le reste c’est ruine et tas de cailloux. Pas d’historique connu.
Bon voilà c’est fini, en route pour Lampron, en montagne. R.C.

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Lampron 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 18 octobre 2007

Chateau de Lampron Turquie Cilicie

Chateau de Lampron Turquie Cilicie

La chaleur tombe, l’habitat prend des allures de chalets suisses, à 75 km de Tarsus la mer est bien loin. Nous avons traversé des vallées, roulé sur des hauts plateaux, emprunté des défilés, peu à peu l’ocre jaune et la poussière s’efface, bleu et vert dominent. Un univers coquet de résidences secondaires disséminées dans la vallée, au milieu de ce paysage alpestre trône un formidable rocher qui se voit à des kilomètres à la ronde, posé dessus le château, dont j’imagine quelques superstructures. Un œil exercé est capable de déterminer la position d’un site sur le terrain. Je fais moins le malin quand il s’agit de trouver l’accès, premier essai infructueux, nous atterrissons dans la cour d’un restaurant désaffecté en dessous de la terrasse Nord, la seconde tentative nous offre l’occasion de faire le tour du rocher au pied des falaises, après la visite du vieux village sur le flanc Ouest, des ouvriers nous indiquent le chemin. 20 mn en zig-zag de terrasses en terrasses, inutile d’aller trop à gauche vous ne passerez pas, à droite dans un petit défilé prends l’escalier taillé dans le rocher, deux derniers lacets et te voilà dans la souricière à l’arménienne (2 portes à 90°). La partie Sud est très ruinée, des murs délimitent des enclos auxquels il est difficile d’attribuer une fonction. Le plateau du piton est très accidenté, il s’étend sur 400 m et plus de 120 de large, du haut de ses falaises de 40 m il domine le bourg. Au centre, aucune trace de bâti, l’éperon Nord en léger surplomb supporte les constructions les plus attractives, cinq salles agglomérées dont quatre sont encore voûtées. La plus belle mesure 20 m de long, la maçonnerie est en parfait état avec un bel appareil de pierres jointives, une particularité rare si l’on considère les techniques de constructions en usage dans la région. Constantes arméniennes : l’absence de décorum et l’austérité qui confèrent à tous ces sites l’appellation de fort voire d’ouvrage purement défensif, par ailleurs vous aurez remarqué l’absence des donjons dans les châteaux arméniens.
L’histoire connue de Lampron nous la devons à Robinson & Hughes, puis à Hellenkemper dans les années 70. Malgré son isolement montagneux le site est un lieu convoité, sa position stratégique près des Portes de la Cilicie excite les peuplades de passage dans la région. Les Grecs, avant les Byzantins auraient occupé l’endroit. Au XIIe, le château est déjà cité, le fameux Levon roi de Cilicie s’en empare à la suite d’un mariage, il échoue dans les mains d’un baron félon (Constantine) qui s’allie aux muslims, démasqué il est exécuté. Au tout début du XIVe il sert de prison pour des croisés, jusqu’à la fin du siècle une garnison mamluk le garde. Après, c’est fini jusqu’à l’invasion des antennes d’un relais émetteur. Immanquablement, tu pourras embrasser un paysage panoramiquement à 360°, vers le nord-est, tu distingueras au milieu d’un alpage une grosse construction. A la jumelle, non tu ne rêves pas, c’est bien une tour posée sur une pelouse et de surcroît pas ruinée. Vite en bas, sans trop de regrets pour ce site sans surprise.
R. C.

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Meydan 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 18 octobre 2007

Meydan Turquie Cilicie

Chateau de meydan Turquie Cilicie

L’intérêt de certains sites repose plus dans leur quête que dans leur configuration. Depuis Adana il y a environ 60 km, le château est en montagne à 1500 m. Il faut apprendre à se méfier des cartes en Turquie, surtout des routes secondaires. 3 h pour parvenir au village et l’apercevoir perché sur son piton, puis une de plus pour toucher la porte. D’ailleurs, il y a bien longtemps qu’il n’y a plus d’huis là-haut, l’endroit est vraiment planqué et il ne faut pas craindre de faire un peu d’escalade pour y arriver. Dans la cour tout est mêlé, le rocher, les murs, la végétation d’altitude, pas trop de pillage, il fallait redescendre les pierres dans la vallée… L’austérité règne, brutalité des formes, dénuement des parois, absence de toute ornementation, seulement la fonction défensive. Il n’y avait pas d’eau sur place, le premier puits était à 20 mn de marche, alors il y a quatre citernes. Le site occupe deux espaces, la partie haute surplombe de 50 m la plus basse. Un puissant mur appuyé sur le rocher les sépare, son rôle défensif est manifeste considérant les tours et les postes de tir, cette partie offrait un dernier refuge en cas de siège. Au plus haut il y a une belle terrasse, recouverte d’une pelouse d’alpage au bord d’un à-pic, comptez à perte de vue les chaînes montagneuses. En bas la concentration de vestiges est plus forte, principalement le mur Est, percé de 11 archères au ras du sol, plus quatre ou cinq autres 4 m plus haut, il défendait un autre accès. L’entrée principale était de ce côté, aujourd’hui la poterne Ouest semble la seule issue d’accès. Qui pouvaient être les malfaisants capable de cavaler en pleine montagne, d’escalader et de se frotter à des murailles de plus de 7 m ? Les constructions sont toutes là, mais assez abîmées, le temps en a fait son affaire. La chapelle incluse dans une tour est en parfait état, sans doute sa construction avec d’énormes blocs l’a préservée des rigueurs de la montagne. A l’intérieur, seule concession au décorum dans cette austérité minérale, une voûte en cul-de-four où alternent les rangs de briques et de pierres. Recueillir des informations sur le château, sa construction, son histoire, sa ruine est aussi difficile que de s’en approcher, il n’est pas mentionné sur les cartes récentes. Son nom est celui du village moderne un peu plus bas, quand bien même il serait situé à la croisée de routes stratégiques au moyen âge, que défendait-il et surtout qui acceptait de demeurer très longtemps là-haut ?
Allez à Meydan même si vous vous perdez un peu. Utiliser la route qui passe à l’ouest du lac depuis Adana en direction de Karaisali et d’Aladag. Le château est visible depuis la route, le chemin d’accès se situe dans le village en contrebas de la route à gauche. L’accès au pied du pog est possible en 4×4, environ 20′, puis terminer à pied dans les sapins 10′. Position : 37° 31 N, 35° 23 E à 1450 m. R.C.

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Silifke 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 18 octobre 2007

Silifke turquie Cilicie

Silifke turquie Cilicie

Le château sans porte, comme il est fait mention dans les rares guides touristiques qui le mentionnent. A part cela, il est idéalement situé sur deux axes : un Nord Sud qui menait les croisés de l’Anatolie à la mer, et un Est Ouest sur la stratégique route de la côte sud. Le lieu est investi depuis l’antiquité, la ville fut fondée par l’un des généraux d’Alexandre et s’appelait Seleucia, puis au IXe et Xe viennent les empereurs romano-byzantins. Du XIIe au XIVe , la petite Arménie est très agitée, au gré d’alliances et de mésalliances entre les quatre protagonistes du coin : Byzantins, Arméniens, Croisés au début puis muslims à la fin. Parmi ces illustres, deux roitelets Arméniens se distinguent, Levon qui est emprisonné à Constantinople et Levon Premier qui récupère, pérennise, s’allie à Frédéric Barberousse pour lutter contre les Arabes.
La place s’étend sur plus de 200 m de long et 80 de large, sur une colline qui domine la ville ancienne. La grande enceinte, avec ses 10 tours, quoique ruinée demeure en place. Un début de restauration voire de reconstruction est en cours, un travail d’Allemand sans doute, au vue de la qualité de la prestation, qui ne ressemble en rien aux appareils arméniens mais plutôt à un boulot de Francs. Heureusement, la restauration semble arrêtée. L’entrée du jour s’effectue sur la face Nord, après avoir utilisé un long corridor, une seconde paroi double plus de la moitié de la courtine Nord. En contrebas, allez jeter un œil sur une grande citerne enterrée. La porte franchie, tu fais face à un immense champ de pierres, il ne reste rien au centre, que des moignons de mur et une citerne, les bâtiments principaux étaient à l’ouest. Perché sur un tas de cailloux, point de vue circulaire et stratégique, ce ne sont pas les ruines qui obstruent la vue, tu contemples la mer au sud avec les montagnes tout autour. La visite est rapidement menée, de longues gaines en voûte d’ogive adossées aux courtines,  témoignent de vastes espaces couverts, tout est vraiment très abimé. Nous passons de salles en salles sans franchement parvenir à identifier leur vocation. Dans les tours, il demeure  quelques belles salles basses voûtées en coupole. En marchant sur le mur Sud, je distingue les traces et subsistances d’un fossé délimité par une première enceinte, il devait cerner l’ensemble. L’avantage indéniable du site est son positionnement périurbain, il dispose surtout d’un restaurant d’altitude, nantis d’une terrasse couverte, juste au pied des murailles. R.C.

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Korikos 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 12 octobre 2007

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Korikos 2005 Turquie (Cilicie) necropole

Nous aurions pu faire un reportage sur le tempérament sportif de la Fiat Albea. La route de la côte qui relie Antalya à Adana vaut bien une spéciale du Tour de Corse. Seul inconvénient, nous roulons sur route ouverte, les camions turques hors d’âge sont autant d’obstacles pour « faire un temps » entre chaque site.
A l’est, le soleil se couche plus tôt, en arrivant à Korykos vers 17h, vous n’aurez plus le choix entre le château de terre et celui de la mer. Pas le temps d’aller sur l’île à 200 m de la plage, en compensation, nous sommes en technicolor, une lumière jaune oranger irradie les pierres sur un fond de mer bleu profond. Le site devait être encore plus beau 20 ans auparavant, aujourd’hui la magnifique plage est bordée à l’ouest par des buildings de plusieurs étages, heureusement le château à l’est n’est pas encore encerclé.
L’occupation d’un tel site n’est pas nouvelle, quand les Arméniens en font leur deuxième port et construisent le fort au XIIe, les Byzantins, les Arabes et les Grecs connaissaient déjà l’endroit, les stigmates de leur passé en constellent les murs. Colonnes, entablements, jambages, linteaux, stèles funéraires, bornes, portails proposent un nouveau jeu pour les promeneurs, “Sampling à Korykos” : identifie et attribue l’origine des pierres recyclées. Entre bricolage savant et réemploi… une spécialité des bâtisseurs arméniens.
L’endroit est stratégique pour la maîtrise des plaines agraires de l’ouest, entre Silifke et Tarsus, il protège la Cilicie. La plupart des historiens s’accordent sur la fondation du château actuel au début du XIIe, l’époque est trouble, les Croisés ont tenu le lieu quelques années avant de se faire déloger par les Byzantins, les Arméniens craignaient les Mamluks, les Chypriotes jusqu’en 1360 assurent le dernier rempart contre l’annexion définitive des musulmans. Quant aux Grecs, ils y avaient édifié un fort dont les éléments se trouvent maintenant scellés dans les murs.
L’implantation de l’ensemble occupe un éperon barré, à mains d’homme, le fossé taillé dans le rocher isole la forteresse. Une double enceinte épouse la forme d’un quadrilatère presque parfait, des tours carrées encadrent et rythment les murailles. Le site est en bon état. La visite regorge de détails signifiant le soin et la particularité de la construction. A l’intérieur des tours, de deux ou trois niveaux, les escaliers sont placés dans l’épaisseur des murs, des voûtes couvrent chaque étage. Le chemin de ronde, sur l’enceinte extérieure, reste pratiquable, il mène à la porte de la mer avec sa vue sur la baie et l’autre château sur son île. Le côté Est borde la longue passe taillée dans le rocher, profonde, elle me ramène à Saone, ici les vagues la pénètrent, frappant ses flancs noirs et les tours qui la bordent. Dans la basse-cour, les constructions sont bien plus ruinées, de beaux vestiges permettent encore l’affectation des bâtiments, à toi de repérer les trois chapelles, une seule date de l’époque arménienne.

La nécropole
Tu n’es pas au bout des bonnes surprises, pour terminer traverse la route!
Tu vas pouvoir entamer à une longue promenade dans une formidable nécropole du début de l’ère chrétienne, oubliée de tous, sauf des agriculteurs qui déplacent les sarcophages pour planter de la vigne. A perte de vue, un enchevêtrement de pierres tombales et de couvercles brisés, jetés, tout a été pillé sans exception. En ruines également, trois bâtiments qui s’apparentent à des lieux de culte, basilique ou sanctuaire…

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Softa Kale 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 8 octobre 2007

Softa Kale Cilicie 2

Softa Kale Cilicie

Au bord de la route qui mène à Tarsus, à moins de 20 km d’Anamur, la forteresse est supportée par un piton. Il s’agit d’une vaste enceinte défendue par de nombreuses tours et redans. La sommité de la colline est totalement ceinte, la partie habitée se trouve à l’est juste en surplomb de la falaise. Le flanc Sud, plus exposé, est défendu par une succession d’enceintes. Sur la crête s’étire une muraille renforcée de tours carrées, elles sont rondes sur le mur inférieur, au total plus de 100 m de courtines en bon état. La porte de la seconde enceinte bordée de deux saillants en éperon est un ouvrage avancé, sa disposition en souricière rappelle celle de ses voisins. Un château arménien vraisemblablement, toutefois il n’est pas cité ainsi. Pas d’informations historiques sur le lieu, sa position en bord de mer renforçait le dispositif de protection côtier qui servit tour à tour aux protagonistes des environs entre le XIe et le XVe (Byzantins, Arabes, Croisés et Arméniens).
Autre particularisme défensif, l’entrée du corps d’habitation est encadrée à nouveau de deux tours pleines ou saillants en éperon couronnés en demie coupole à arrête. Un dispositif plutôt décoratif, qui renvoie à un artifice ottoman. Personne sur la colline écrasée par la chaleur, une heure trente d’ascension dans le maquis pour parvenir au faîte. Je n’y suis pas allé, Mamur kalesi avait absorbé le crédit temps libre. Nous devons visiter Silifke qui promet beaucoup, et rouler encore trois ou quatre heures sur cette maudite route de corniche encombrée de camions asthmatiques, pour arriver à Korykos en soirée où 2 châteaux attendent.
Piètre compensation, vite, nous avons fait le tour du piton par la route, au pied des falaises j’ai photographié quelques maisons de paysans en me disant que le temps ne passait pas aussi vite pour tous. Seules concessions contemporaines des bâches de polyane sur le toit d’un appentis. R. C.

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Mamur Kale 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 8 octobre 2007

Mamur Cilicie 2

Mamur Cilicie

Premier château vers la Cilicie, depuis Antalya. Pour les passionnés, la route est jalonnées de ruines romaines considérables, dans un bon état de conservation. Avec cette première visite, je prends conscience de mon arrivée dans un nouveau pays, à Mamur la mer lèche la base des murs à tel point qu’une tour ou deux sont répandues dans l’eau. Pourtant, il n’est abandonné que depuis la fin de la première guerre mondiale.
Au bord de la célèbre route 400 qui longe toute la côte méditerranéenne, combien de types sont passés par ici, la mer est d’un bleu profond accentué par la blancheur de la roche, combien s’y sont baignés, Frédéric Barberousse, la frivole Aliénor.
Vite avant qu’un bus de touristes germains vienne réveiller le site, nous payons une modeste somme pour pénétrer dans la grosse tour carrée couvrant l’entrée. Le bel état du crènelage ravit les touristes, ils ne seront pas déçus par l’intérieur, tours et salles en grossière maçonnerie sont bien entretenues. Ils pourront aussi monter et descendre à loisir des couronnements au chemin de ronde jusqu’aux salles basses en passant par les galeries de surveillance dans les courtines, il y a de quoi amuser les familles.
De l’aventure et du risque également sur le côté Ouest face à la mer où tours et murailles se sont effondrées, les coursives s’arrêtent brutalement surplombants des effondrements de blocs encore maçonnés. Au centre, l’immense basse-cour d’un bon hectare est séparée en deux sur toute sa longueur. Il s’agit plutôt d’une extension du site vers la plage avec un rang de muraille supplémentaire posé sur un remblai, la similitude de maçonnerie incline à penser que les phases de construction sont proches.
L’histoire est intimement mêlée à celle d’Anamur, la ville voisine. Au IIIe siècle, les Romains édifièrent un premier fort, repris et aménagé par les Byzantins, le château que tu peux visiter aujourd’hui serait du XIIIe, l’époque des grandes constructions arméniennes est en cours. Mamur, s’il s’inspire du savoir-faire arménien est bâti par un sultan Seljoukide. Au XIVe il passe aux mains des Croisés qui l’utilisent comme un poste avancé pour leur implantation chypriote. Récupéré et agrandi au XVe par les Ottomans, l’occupation dure cinq siècles, apparemment pour se défendre de Chypre au large et de l’implantation anglaise au XIXe. Allez dans la grosse tour Est, les voûtes des salles sont en moule de baba au rhum, la pile centrale abrite le conduit du puits quand un escalier s’enroule autour.
Damned, lorsqu’un bus vient d’arriver, son lot de touristes s’égaye dans la basse-cour, il est temps de faire le tour de l’impressionnante enceinte. L’ensemble est tellement photogénique, sur son fond de montagnes, qu’il est mis en scène dans de nombreux films (turcs). R. C.

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Tamrut 2005 Turquie (Cilicie)

Publié par ruine sur 1 octobre 2007

Tamrut 2005 Turquie (Cilicie)

Tamrut 2005 Turquie (Cilicie) R.C

La route est longue et périlleuse pour Tamrut le château est en pleine montagne loin de toute habitation. Nous avions perdu beaucoup d’heures à Meydan, à vol d’oiseau c’est 20 km pas plus, mais un massif montagneux les sépare. En redescendant vers Adana, tu prends une petite route à droite vers Etekli (fléchée), après le village c’est une piste durant 40 mn, inutile de regarder vers l’horizon si un pan de mur ou une butte te paraît propice, le château n’est jamais visible depuis la route. Passe d’abord un col, plonge vers la vallée, 600 m plus bas coule l’Eglence pas une âme vivante au fond de cet immense espace herbeux, franchis le pont, la piste remonte sur l’autre versant, prends toujours à droite. Si tu vas à gauche, dans un vallon tu rencontreras trois ou quatre fermes à flanc de colline, demande ton chemin, peut-être se souviendront-ils de nous. Le moyen âge n’est pas loin. Le soleil rasait la cime des pins nous désespérions, quand… il est là, au-dessus, inaccessible dans cette solitude, orienté à l’ouest alors que la piste vient de l’est. Idéalement placée l’enceinte occupe le couronnement d’un piton isolé de la montagne. Si tu trouves un chemin de chèvres à flanc de côte, il te faudra seulement 10 minutes d’un bon raidillon, l’entrée (à l’ouest) se situe entre les 2 tours. Aujourd’hui, il serait difficile d’imaginer que ce château ait eu une position stratégique tant il est isolé, la plus belle preuve en est son bon état de conservation. A l’époque de l’hégémonie arménienne sur la région les enjeux étaient légèrement différents. En plein col, sur la chaîne qui sépare les Portes de la Cilicie de Pozanti, il défendait deux grandes vallées et des routes qui menaient à d’autres plus importantes.
Pas d’histoire pour Tamrut, construit par des Arméniens, seules des inscriptions gravées dans la pierre à 6 m de hauteur au-dessus de la porte en attestaient, c’est tout. Parvenu en haut, le soleil a disparu, la piste de l’aller en nocturne puis 60 km de routes turques, à tombeau ouvert, nous attendent. Aux alentours de 20h nous quitterons Tamrut avec un goût d’inachevé et de retour possible. La visite sera rapide, la porte est défendue par une souricière comme à Yilan, le périmètre intérieur est partagé entre arbustes et roche affleurante, la cour en plan incliné est totalement cernée par des casernements adossés à la muraille. Une à une, j’inventorie toutes les salles, impossible de signifier leur destination. Des baies voûtées ouvrent sur la vallée encore traversée par des particules de lumière jaune. Derrière, au nord-est, une haute paroi verticale grise, presque bleue, la lumière ne parvient déjà plus dans ce fossé naturel où s’installe une monochromie sinistre en soirée.

Je réalise que le site est entièrement isolé du flanc montagneux et que les murs prolongent l’aplomb de la falaise. Pour un endroit abandonné depuis plus de cinq siècles, il subsiste en bon état de nombreux éléments : quelques portes d’accès aux salles périphériques, la chapelle, une citerne en guise de crypte, les tours et l’enceinte. Difficile d’exprimer la solitude de ce petit château, sa fragilité au pied des montagnes, conjuguée à sa redoutable position, loin de tout, où tu joues à l’explorateur, celui qui le découvre pour la première fois, seul le calme ou le vent règne là-haut. Position : 37° 29 N, 35° 11 E à 900 m.

Le retour vers Adana. 21h30, l’Albea traverse Etekli à vive allure dans un nuage de poussière. Trois rares lampadaires illuminent le croisement, les abords de la mosquée et la rue principale. “Arrête-toi, j’ai soif”. Il faisait déjà nuit quand nous passâment la porte de Tamrut, ce jour-là nous avions sacrifié à la découverte de deux ruines nos chich tawik et chich kebab quotidiens. Au moins une journée où nous ne roterions pas l’oignon. Un moustachu affable s’empressait déjà autour de nous, le gourbi faisait dans les 10 m2 et regorgeait de marchandises : du clou au Miko de base. Un Coca light et une eau gazeuse à la réglisse, le taulier nous invite dans son restaurant. Avec un grand sourire de franche sympathie pour ce bonhomme qui taffe depuis qu’il est réveillé, nous déclinons l’invitation. En sortant, nous lui adressons un dernier sourire toujours franc de sympathie émus par la bonhomie de cette scène pastorale qui nous renvoie direct 10 siècles auparavant. Là, se trouve rassemblée une grande partie, assise, des gars du patelin qui tchatchent et jouent au backgammon en sirotant du raki ou de la bière. Le poste de télévision posé sur une chaise distille des images de danseuses et des pubs. Je ressens comme tous les aventuriers le besoin impérieux de m’immiscer dans ce microcosme, boire un glass de raki en tirant sur une latte de tabac turque et échanger quelques sourires avec ces édentés qui transpirent l’oignon. Une pensée m’assaille : “mais, ces types ne connaissent même pas les 35 h, d’ailleurs ils ne doivent pas connaître le temps libre, et le mot loisir ? Remarque, lorsque tu leur demande de localiser le château dans la vallée d’à côté ils ne savent pas, signe de l’étendue de leur périmètre de survie”. Inconscients de leur bonheur, ces gars ont la vie belle : les femmes aux champs ou à la cuisine avec les mioches, ils partagent leur existence calme et nonchalante entre le bar salle de TV, quelques menus travaux agraires, le bricolage de leur maison, la sieste, la tchatche avec leur potes, sans rêver aux pays lointains où la vie est forcément meilleure. Derrière nous Tamrut est dans la nuit. R. C.

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