Krac Qalaat el Hosn 1998 Syrie

Krac des chevaliers Syrie

Krac des chevaliers Syrie

Qui ne connaît pas le Krac ? Au moins tu as visionné une photo de son signifiant, ce beau château de pierres blanches, posé sur sa montagne, avec sa double enceinte et ses beaux talus réguliers. Un ensemble parfait, le site idéal que chaque touriste du Proche-Orient se farcit inéluctablement. « t’as fait le Krac, non mais j’ai fait Petra…”. Je ne me trahirais pas en affirmant que j’en rêvais et qu’il fut le premier monument de mon périple en Syrie. Une disposition que je vous recommande car tout ce que vous pourrez visiter ultérieurement vous semblera bourré de charme. En venant de Damas, tu t’interroges sur les mensurations de cette éminence au loin, elle te paraîtra disproportionnée car il te reste encore 15 km à couvrir, “ça doit être ça, la vache c’est immense… ». Effectivement, mais la route que j’emprunte ne me restitue pas le château que je connaissais, à trop l’idéaliser j’ai perverti mon imaginaire. Nous accédons par la face Nord, celle du village avec ses cases agglutinées aux pieds du seigneur. Premier mythe qui se volatilise, le Krac n’est pas isolé dans des contreforts montagneux, je pressens déjà le malaise à l’intérieur. J’ai le choix entre hyper restauré à l’écossaise, blindé de touristes, ou une coquille vide. Evidemment ce sera moins bien que sur les photos, que je connais par cœur : la galerie gothique, la rampe d’accès, la chapelle.
A vous de juger si vous allez en Syrie. Le Krac est un beau château, sa chapelle romane habitée par le mystère est bien sombre, les baies géminées de sa galerie sont identiques à celle d’un cloître gothique, sa rampe d’accès en chicane évoque une ruelle de la Médina, du haut de ses tours la vue tend vers l’infini. Même les toits terrasses du village en dessous possèdent le charme d’une bastide de Guyenne au XVe, quand ses mômes crasseux braillaient dans les rues. Il n’y a pas encore si longtemps, en 1930, 500 Alaouites avec leurs poules et leurs moutons squattaient les cours et les tours du château, les salles fleuraient bon l’étable, ambiance bruit et odeur. Il faut imaginer l’état du château à cette époque ; remparts et cours envahis par la végétation avec des reliefs en tout genre. Aujourd’hui tu peux t’attarder sur les détail de la construction : l’ajustement, le dessin puis la taille des pierres utilisées lors de l’interpénétration du cylindre des tours dans le glacis impeccablement désherbé.
Du charme peut-être pas, mais la satisfaction d’être allé sans doute au bout d’un rêve.
Pour les Hospitaliers qui régnaient là depuis que Raymond II de Tripoli leur avait cédé la place en 1142, la vie contemplative n’était pas primordiale… entre construction, sièges et séismes. Devançant les Francs, les Kurdes séjournèrent sur la butte, réellement le site était déjà occupé depuis l’Antiquité, ce que tu vois aujourd’hui date de 1180 pour le noyau central. Trois tremblements de terre, dont les deux premiers ruinèrent en partie le château. Le dernier en 1201 semble avoir incité les Hospitaliers à renforcer les murailles et à entamer la vaste campagne qui voit s’ériger la double enceinte et les tours de flanquements, la galerie aussi d’ailleurs, riche XIIIe.
A partir de 1207 cinq sièges successifs, à raison d’un tous les dix ans, entre dattes et loukoums, d’aménagements en reconstruction les habitants du Krac profitent à peine des douceurs du climat dans le sérénité et la volupté. Jusqu’à la fin, en 1271 les frères ne lâchèrent pas le morceau. 60 chevaliers exsangues contre une armée équipée de machines, avec à leur tête Baybars le champion de l’unité arabe. La lutte était perdue d’avance, pourtant il leur fallut plus de cinq semaines pour vaincre, par la ruse, les preux combattants, dans cette forteresse réputée imprenable. Rapidemment, après la reddition les musulmans entreprenaient, eux aussi, d’importants travaux de restauration, au fil des années ils renforcent l’enceinte du côté Est et bâtissent la grosse tour carrée sur le front Sud, le plus vulnérable. Au milieu du XIXe le bâti était encore intact, il s’est réellement dégradé lorsque le lieu s’est transformé en village de bédouins. Concluons avec des chiffres éloquents : 600 m d’enceinte, 225 m de long, 150 de large, des talus de 25 m de haut, la plus grande salle 120 m sur 8 de large et 10 de haut.  R.C.

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