Qalaat al Khaf 1998 Syrie

Qalaat al Khaf

Qalaat al Khaf

Le vieux avait sans doute choisi ce lieu pour son calme et son retirement à mille milles de toutes habitations. Rashid al-din Sinan, alias le vieux de la montagne chef de la fameuse « terrible secte des assassins » s’est installé là en 1131 ou en 1162. Aucune force ne parvient à les déloger pendant 150 ans, il faudra attendre la fin du XIIIe avec Baybars pour assister à leur réduction. Ce château, parmi la dizaine qu’ils détenaient, fut leur dernier repaire.  Bouffis de rancune envers  leurs cousins Sunnites et Chiites qui les avaient virés d’Alamut et hors d’Iran, ils n’hésitaient pas à donner des coups de mains à tous, probablement au plus offrant. Tour à tour ils assistèrent et assassinèrent des Francs ou des Arabes.
La soumission des Fedayins à leur chef est relatée dans le célèbre événement de 1195. Henri de Champagne se pointe au Khaf avec armes et bagages pour une visite de courtoisie. Le vieux du moment ordonne alors à deux de ses fidèles, camés jusqu’aux oreilles, de se jeter par dessus la muraille, plein de vie ils s’écrasent en bas de la falaise. L’histoire dit qu’Henri fit cesser le carnage car la garnison risquait d’y passer. Ainsi, ces serviteurs totalement dévoués à leur grand pourvoyeur de haschich, de chef, qui leur promettait fortune et fornication dans l’au-delà, obéissaient au doigt et à l’œil, prêts a commettre
n’importe quel attentat suicide.
Aujourd’hui, la tranquillité règne sur le plateau, même pas une vieille odeur de haschich ne flotte.  Les vestiges sont rares, une tour éperon domine l’esplanade au pied de la falaise, d’ailleurs sans elle, au premier abord tu douterais de la domesticité du site. Un sentier monte doucement en longeant la paroi, dans le sous-bois surgit la caverne qui donna son nom au château, la roche est percée comme un tunnel, une superbe inscription en arabe surmonte le porche. L’entrée était là, des traces de porte subsistent, quelques lacets permettent l’accès au plateau sous la bienveillance d’une tour, dernier vestige debout. En haut, seulement des murets, je me demande si des constructions ont réellement existé, absence de tas de pierres, les dernières et seules traces de vie sont des trous dans la roche affleurante, certains plutôt pour des poteaux, d’autres sont des jarres ou des petites citernes avec leur système très érodé de récupération d’eau. L’endroit semble retrouver sa sauvagerie naturelle, platière, maquis et arbrisseaux, le tour du promontoire est rapide, gaffe aux bords de falaises, un grand calme plane.
150 m plus bas, immuables, deux masures en terre s’étagent sur des terrasses, seule concession au XXe finissant : le tracteur, les femmes fauchent, les types bricolent. Sur le plan supérieur des moutons bâfrent et des enfants courent en zig zag, ils doivent déjà connaître l’histoire des deux fedayins, il n’y a que 800 ans… Parvenir à Qalaat al Khaf n’est pas mince affaire, complètement isolé, le site s’intègre dans un paysage de montagnes duquel rien ne diffère puisque tout le bâti supérieur a disparu. Heureusement les bergers sont affables, mais ils ne parlent et n’entendent rien à l’anglais, pourtant la ville de Qadmos n’est qu’à 15 Km, le mot Khaf fait sésame encore faut-il comprendre leur guidage. Compte encore moins sur la signalisation exclusivement en arabe, aux routes se succèdent des chemins, au terme de deux bonnes heures nous avons enfin trouvé, l’éperon se distingue par son arasement, cerné de monts plus élevés, il émerge au centre d’un vaste cirque. Bizarre ce dénuement pour un site occupé jusqu’en 1816, les Ottomans en avaient fait une prison, l’Alcatraz des montagnes. R.C.

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