Saone 1998 Syrie

Chateau de Saone

Château de Saone

Il se dénomait aussi Sahyoun, aujourd’hui c’est Qalaat al Saladin le plus grand fort du Proche-Orient, 750 m de long, avec un vrai éperon barré à main d’hommes. Sur la petite route de Lattaquié, au franchissement de la dernière crête le vaste plan incliné apparaît juste en face. Un champ de ruines disséminées entre roches affleurantes et bosquets desquels émergent des bâtiments nettement identifiables. C’est par le bas, que Saladin s’est emparé facilement du site, trop de surface à couvrir ou à défendre, travaux inachevés. En voiture vite, une fois de plus le temps nous presse, la route plonge dans le ravin pour remonter sur les côtes, falaises puis murailles se dressent devant nous, nous pénétrons le fameux défilé avec son extraordinaire aiguille de roche qui devait supporter un pont glissant 28 m plus haut. 155 m de longueur, sur 25 de haut et 15 à 20 de large, travail titanesque entièrement taillé aux pics, le fossé le plus impressionnant du monde médiéval, à l’image du château, le plus vaste, trop peut-être. Ici la mégalomanie du comte Robert a pris le pas sur la raison militaire, 5 ha, toutes les défenses avec le donjon sont concentrées au sud près du fossé.
L’impact dramatique que représente l’arrivée n’est pas vain, après l’aridité du panorama, l’âpreté des falaises rehaussées par la muraille puis la traversée du couloir, l’atmosphère n’est pas franchement engageante sous ce vrai soleil de plomb fondu. N’oublions pas que ces forts abritaient en cas de siège une grande population de Croisés, en pays hostile il valait mieux tenir ses arrières.
Le 26 juillet 1188 quand Saladin se pointe à Saone, je ne sais pas s’il connaît l’endroit, en tout cas, pas impressionné, il rafle la mise
en quatre jours. Feignant une attaque sur le côté frime, le fossé imprenable, son fils pénètre tranquillement par une brèche dans le mur du faubourg  Nord. Selon les chroniqueurs de l’époque les Arabes n’étaient pas une poignée de malheureux, mais une vraie armée équipée comme un porte-avion, avec pas de moins de quatre mangonneaux capable de balancer des pierres de plus de 300 kg.
L’entrée est au sud dans une tour bien préservée, elle accueille aujourd’hui la billetterie, pas spectaculaire mais savamment défendue par une souricière. A l’intérieur, le décor se confond avec le paysage du jebel Ansarié, rochers, arbrisseaux, murs ruinés se mêlent à l’infini, à droite c’est le donjon franc qui domine, plus loin tu sais qu’il y a la porte qui donne sur l’obélisque, 30 m de vide et la pile.
A gauche vers le nord, sur une éminence le vieux donjon byzantin ruiné, en contrebas à 500 m dans le chaos de ruines et de végétation, le faubourg.
Les pelouses des basses-cours des châteaux anglais font figures d’opérettes aux côtés de cette immensité tourmentée. Il faut une bonne journée pour visiter Saone, l’après-midi est déjà bien avancé, je ne visiterai pas la partie Nord. Tout de suite, vers le donjon avec ses blocs cyclopéens qui défie le temps, à l’intérieur aussi tout est surdimensionné le pilier central de quatre mètres de côté supporte une voûte en quatre partie à l’étage, la même un peu plus lumineuse, douce fraîcheur. Enfin la terrasse, four solaire, largement envahie par de l’herbe et bordée de solides créneaux. Gigantesques encore, à demi enterrées, des salles basses prennent l’allure de halles, chevaux, fourrage, bétail, voire les hommes de la garnison pouvaient y cohabiter. Je n’oublie pas la petite poterne qui ouvre sur le précipice 28 m de vide, à 7 m le pic et en guise de garde-corps une barre avec deux planches croisées, réalité inouie. Pourquoi, qu’y avait-il sur le plateau en face ? Tellement de sophistication et de travail pour gagner un peu de temps, encore une facétie de ce bon Robert dont la vie se termine cruellement : décollé puis jeté aux fauves, à Damas chez son ancien copain le prince Togtekin.
A la recherche de la citerne, nous savions qu’elle se situait sur le flanc Est, il faut se frayer un chemin parmi broussailles et ruines, derrière un bosquet un ouvrage semi enterré, une petite porte. Nous voici à la “tribune d’une église de campagne”, lugubre et glauque, c’est une salle de 36 m de long, haute de 16 n’ayant pour seul éclairage que trois ouvertures dans la voûte. L’eau est buvable selon Henry-Paul, c’est vrai qu’elle semble limpide, elle doit dater du dernier siège au XIXe, quand les Ottomans retranchés dans les murs repoussèrent les assauts égyptiens.

Tu ne quitteras pas le fossé de saone sans tenter d’escalader l’obélisque, si aujourd’hui une voiture y circule largement, il n’en était pas question au début du XXe siècle, seuls des bourricots empruntaient la passe obstruée par des gravats et la végétation. Un déblaiement effectué par les descendants de ceux qui avaient fait le boulot de carriers, 800 ans auparavant. R.C.

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