Qalaat al Rabha 1998 Syrie

Qalaat al Rabha

En descendant vers Mari, la température s’élevait progressivement dans le désert. Roulant vers le sud-est, nous nous enfoncions dans un inconnu de tas de sable et d’ocre. Au départ j’avais bien remarqué le symbole magique sur la carte signifiant la ruine, Mari à plus de cinq mille ans et la proximité de l’Irak me captivaient davantage.
A l’écart de la nationale au-dessus de Mayadin, sur un tas ruisselant se dressaient quelques murs pantelants, un vrai château de sable séchant doucement au soleil. La route serpente sur le flanc, nous stationnons la voiture au bord du grand fossé face à des moignons de mur. Seuls au monde, nous pénétrons dans un univers d’ocre jaune, tout est mêlé : la terre et les murs, drôle de mix de matériaux. De la brique crue, mi-cuite, cuite, bloc de poudingue, variété d’appareils aussi, tout cohabite exprimant les campagnes successives de construction. Nous descendons, le château comportait  trois niveaux dont deux en souterrain, galeries basses, voûtes fragiles en briques crues, à tout instant je crains de recevoir l’édifice sur la tête. Un véritable labyrinthe, les couloirs se croisent, il y avait sans doute de grandes salles, un donjon dominait l’ensemble, il n’en reste que les quatre murs aveugles. Nous marchons dans les éboulis et dans le sable, le vent s’engouffre dans les passages en promenant des tourbillons de poussière, à Rabbah tout semble calme mais inquiétant. L’ombre du puissant Nour ad-din plane encore sur la colline, son château de sable n’aurait guère duré plus d’une centaine d’années. Forteresse arabe sur l’Euphrate, il servait exclusivement de poste militaire sur le fleuve, mais des invasions mongoles de la fin du XIIIe il ne se relèvera pas. Sans doute sa fonction purement défensive et sa rapide inutilité l’ont-elle privé d’une longue vie et d’un entretien. Depuis 700 ans la brique crue se délite, c’est son avantage.
D’autres biographes du lieu lui prêteraient une vie plus longue, peut-être jusqu’au XVIe ? La visite de Rabbah n’est pas sans impression, césure forte entre les salles obscures, le labyrinthe des couloirs, la monochromie maronnasse, et l’aspect reposant, fortement signifiant d’une ruine fondante et finalement inoffensive. Cela vaut bien un détour. R.C

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