Pierrefonds 1990 France (Aisne)

Château de Pierrefonds

En arrivant par l’est, c’est à dire par le plateau, un jour d’hiver brumeux, vous n’égalerez pas la sensation glaciale qui pénêtre tout entrant dans la cour du château. Dans cet espace minéral sans soleil, un fameux courant d’air préfigure l’emprise lugubre de cet immense bâtiment qui semble construit en béton banché. Ils sont loin, doux et agréables les châteaux du val de Loire en pierre ivoire. Pourtant, lorsque Louis d’Orléans fait agrandir la vieille tour philippienne, le souci esthétisant de l’ensemble est déjà visible. La vocation défensive est encore d’actualité, mais l’ostentatoire oriente la construction. 1396, la France est partagée par une guerre civile dont l’occupation anglaise est le catalyseur, Charles VI gouverne quand sa folie ne l’accapare pas, son frère mène grand train et couche avec la reine. Dans son Valois il refait sa France, il érige des forteresses dignes d’un monarque, en ces périodes d’instabilité il vaut mieux s’affirmer et pouvoir s’abriter rapidement. Louis donne dans le multiple magnifique : aménagement décoratif à Coucy, agrandissement de Pierrefonds, construction de la Ferté Millon. Ses frasques et son ambition attisent crainte et jalousie, il se fera poignardé un soir par les hommes de Jean sans Peur, en sortant de chez Isabeau.
En 1407, l’enceinte est en place avec la plupart de ses tours, le vieux donjon remanié parade avec ses nouvelles vis et tourelle d’angle. Plus rien n’évoluera, la place restée dans le domaine royal subit quelques sièges pendant les guerres de religion pour terminer minée au XVIIe, durant deux siècles la ruine domine le pauvre village. A la fin du XIXe, Viollet Le Duc convainc Napoléon III de restaurer un site gothique, les Français redécouvrent leur patrimoine médiéval, Mérimée en est l’apôtre, Taylor et Nodier font l’inventaire Pittoresque et Romantique de l’Ancienne France. Première option Coucy, où les travaux débutent, mais Napoléon préfère Pierrefonds. Ce nouveau site décrié par les puristes n’a pas perdu son caractère monumental et son enveloppe demeure conforme au XVe, en revanche Eugène s’est lâché dans la cour, les courtines sont bordées de bâtiments, un escalier d’apparat est accolé au donjon, une chapelle gothique trône dans la cour. Les aménagements intérieurs ont été largement modifiés, il fallait pouvoir abriter et divertir toute la classe dominante, mais Napoléon ne séjourna ici que deux ou trois fois. La visite est une déambulation dans de grandes salles vides sombres et froides, vivement les tours et le chemin de ronde, tu respires enfin. Vue bucolique sur la forêt ou sur le bourg qui s’étale sur les flancs des collines avoisinantes avec des petits manoirs de la fin du XIXe, ça sent bon la bourgeoisie parisienne en week end. Avec l’avènement du chemin de fer, Pierrefonds, l’Oise, Coucy devenaient les destinations de prédilection le temps d’un dimanche pour des milliers de Français. R.C.

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