Château Queyras 1997 France (Hautes Alpes)

Chateau Queyras

L’histoire commence au XIe et plus sûrement en 1265. L’endroit est saisissant, j’y arrivai en fin de matinée, toute la nuit il avait neigé, pas assez pour ouvrir les pistes des crêtes. Depuis Guillestre, la route remonte la vallée du Guil, entre défilé de roches noires et fond de vallée herbeuse l’été. Le verrou, ainsi baptisé par les pros de la fortif, semble effectivement, occuper le milieu de la vallée, juste après un dernier défilé. Dans les nuages et la neige fondante la construction recouvre tout le couronnement d’un éperon, à ses pieds le village. Triste en diable, avec ses pierres grises et ses toitures en “bac acier” vaguement couvertes de mocquelotte, il plomberait le moral d’un gagnant du gros lot de la Loterie Nationale. Au-dessus c’est pire, la masse grisâtre et suintante du fort achève de me glacer pour de vrai le dos, le fond de l’air est vraiment frais. Tu sais, cette humidité persistante, qu’est ce que je fais là, les potes sont restés dans le chalet à siroter des bières en jouant au poker. Au moins j’aurai un truc à raconter ce soir, ces zouaves ne m’écouteront même pas.
J’imagine l’intérieur, des couloirs bétonnés où règne le froid, la condensation sur les murs et les voûtes, des pièces nues, des casernements sinistres aux châlits rouillés, chaque cour que tu traverses est un courant d’air, la bise souffle là-haut. Heureusement c’est fermé, de septembre à juin. La position hautement stratégique de Château Queyras a déterminé Louis XIV pour le renforcement de la place. A la suite de la révocation de l’Edit de Nantes les Savoyards et les huguenots menacent à nouveau le Queyras. Vauban s’acquitte de la tâche à peu de frais, en 1700 il agrandit la superficie du site qui se transforme en fort. La partie médiévale est englobée dans une nouvelle enceinte qui occupe tout le couronnement de l’éperon, la garnison compte plus de 200 hommes. Tout le vocabulaire militaire est bien là réuni autour du vieux donjon à l’appareil incertain dissimulé par un grossier crépi : bastion, terre-plein en demie lune pour l’artillerie, galerie voûtée à l’épreuve des bombes. Au XIXe, le système défensif s’étend aux contreforts avec des batteries couvertes, c’est l’époque Haxo. Avec la stabilisation des frontières le lieu perd de son importance et devient une caserne pour les Chasseurs Alpins, épargné par les deux guerres du XXe, l’armée s’en sépare en 1967. Parvenu intact avec ses aménagements successifs depuis le XIVe, l’agglomération et la juxtaposition des bâtiments ne charment pas, l’harmonie grisâtre de l’enduit et du schiste n’arrange pas l’affaire, l’efficacité prime, heureusement nous sommes en montagne. R.C

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