Geben Gaban Kapan 2008 Turquie (Cilicie)

Godefroy de Bouillon aurait dû y passer, dommage  la vallée d’Andirin, à cette époque, étaient entre les mains des Seljoukides. La première croisade avait traversé l’Anatolie, en franchissant cette dernière chaîne du Taurus elle accédait aux plaines en direction d’Edesse. En 1097, les Byzantins guidaient tous ces troupeaux de pèlerins francs, depuis Goksun vers Maras, la piste la plus franchissable était celle qui passait par Geben, Azgit, Andirin. Aujourd’hui, la route principale passe plus à l’est par Sadalak, Godeffroy et sa bande ont bien emprunté cette piste moins sûre, aucune fortification n’est présente sur cette voie. En passant à Geben vous comprendrez l’appellation de verrou pour un ouvrage  fortifié, elle prend ici toute sa signification ; qui tient ce fort, doit contrôler toute la vallée. Le village, à 3 km au sud, était un nœud de communication, outre l’axe principal Nord-sud, d’autres routes transversales desservent de nombreuses petites vallées contiguës, certaines en cul-de-sac, d’autres menant vers de grands axes. L’arrivée par le nord est certainement la plus impressionnante, le piton qui porte le château se détache clairement avec ses aplombs de plus de 400 m. La route circule sur le versant Ouest opposé, elle permet une remarquable vision semi-circulaire sur le site, précisément sur le logis en partie haute. Depuis le sud, le château ferme vraiment toute la vallée, la route du col passe à ses pieds, il est inévitable, ses trois rangs de fortification s’étagent sur une forte déclivité. Pendant l’occupation arménienne, vers 1216 une bagarre fameuse se déroula dans la vallée, les Mamelouks emportèrent le morceau, plusieurs chevaliers furent faits prisonniers, paradoxalement le baron Levon  demeura maître dans son fort. Encore  une fois, la majeure partie du bâti est attribuable aux Byzantins, les Arméniens se contentent de procéder à quelques ajouts. Leur occupation débute vers 1145, survient l’épisode de 1216, puis la capture Mamelouk de 1346 suivi d’une brêve reprise qui s’achève avec la chute du royaume en 1375. Quelques sursauts d’activité avec le maintien d’une présence arménienne se poursuivront au XVe et jusqu’au XIXe, pas forcément dans le fort mais dans le village. En cela aussi, Geben et Vahga ont eu un destin parallèle, ils contrôlaient des routes d’accès stratégiques pour la Cilicie, enfin ils appartenaient aux Rubeniens. Le point est à la fois défensif et résidentiel, il suffit de considérer l’importance du logis et le nombre de salles, néanmoins tu peux t’interroger sur les conditions de la vie hivernale dans pareil endroit, à plus de 1500 m. Je n’ai vu aucun vestige de cheminée, l’endroit est réputé pour être enneigé de novembre à mars. Au bord du précipice, alignés sur la crête sur le flanc Nord les constructions sont naturellement et idéalement défendues  par un abîme vertigineux. A l’ouest, offrant une vue imprenable sur la route, s’élevait un complexe d’habitation sur trois niveaux. Attribué aux byzantins pour les fondements et la détermination des lieux, les Arméniens auraient loti l’espace. Difficile, voire dangereux, l’accès au sous-sol, il reste une belle voûte en ogive et deux minuscules pièces taillées dans la roche. L’accès principal au logis se pratiquait au niveau intermédiaire qui compte plusieurs salles dont la plus vaste s’allongeait sur 20 m. Toute la partie Ouest s’est éparpillée 200 m plus bas, dommage l’accès à ce qui pourrait être une chapelle est vraiment impossible.  L’étage supérieur, certainement d’un assemblage plus léger a disparu, il demeure un pan du mur Nord et l’escalier extérieur face au Sud. En poursuivant vers l’est, toujours accroché à la falaise ; les vestiges d’une tour avec une citerne, puis dans les anfractuosités de la roche des pièces aux fonctions non définies, enfin un autre logis. L’espace est généreux, orienté Nord/Sud, surmonté d’une grande voûte, il devait avoir un second niveau. Depuis l’extérieur un beau mur en pierres à bossage s’élève encore à plus de 7 m, juste derrière  il existait une autre sortie pour les moments difficiles, son accès devait être réservé aux sportifs. En contrebas, au sud-est, sur la ligne de la première enceinte, les restes d’un bâtiment intriguent ; d’une part par son implantation périphérique isolée et surtout par son absence de toute ouverture vers l’intérieur, enfin son unique porte donne sur l’extérieur de la forteresse. Cette construction de l’époque byzantine aurait pu être un lieu de culte, l’accès n’est pas aisé. L’implantation du château sur un pan sévèrement incliné ne devait pas rendre la vie très facile aux occupants, aucune basse-cour ou d’espaces plans. Paradoxe récurrent pour les châteaux de Cilicie : ici la présence de d’énormes rochers dans les salles ainsi que dans les passages, entre en contradiction avec l’ingéniosité des systèmes de défense ou la qualité des appareils. Ces forts sont d’avantage des espaces militaires que de résidences, représentants  d’un pouvoir féodal assez fragile où l’ostentatoire prime sur le fonctionnel. Position : lat. 37° 48 863 N, long. 36° 24 449 E. R.C.

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