Ayas 2008 Turquie (Cilicie)

Escale divertissante, le petit port d’Ayas rompt avec l’austérité des forts de montagne. Dommage, le château de la terre n’est pas d’un grand intérêt, et celui de la mer est en cours de réfection. La visite ou le séjour doit s’accompagner d’une baignade ou d’une brochette dans l’un des caboulots du port, depuis lequel vous pourrez vous ravir de la vue sur les murailles dépenaillées. Sur la terre, il n’est qu’une enceinte qui cerne une avancée vers l’eau. Quatre tours flanquantes, en fer à cheval, dont la plus éminente, sur trois niveaux voûtés, domine l’anse du port. Le site est construit sur les vestiges de l’antique Aegae, de nombreux éléments engagés dans les murs témoignent. Paradoxalement, ce réemploi ne serrait pas seulement attribuable aux Arméniens, grands spécialistes de cette technique, mais plutôt aux Egyptiens (Mamlouks) qui récupèrent Ayas dès 1337. L’intérêt stratégique du site n’a pas été partagé par tous, de longues périodes de désuétude justifient l’état de la construction aujourd’hui. La façade sur le port, avec sa tour polygonale très abîmée, est imbriquée dans des constructions elles aussi en ruine. La saleté règne, contraste immédiat avec la partie Nord où une mosquée pimpante occupe le terre-plein central, les parties adjacentes de la muraille semblent en avoir profité. Cette remarque vaut pour de nombreux villages turcs où les abords de l’établissement cultuel rutilent, se heurtant à la rusticité moyenâgeuse de l’environnement rural. Sous l’occupation arménienne la ville connaît une période commerciale florissante de 1260 à 1340, surtout après la chute d’Antioche puis d’Acre en 1291. La place est vitale, via Chypre les flux de l’orient vers l’occident transitent par le port d’Ayas qui répond directement au roi, et non au seigneur régnant sur la province. Les Génois s’enrichissent en contrôlant la plupart des échanges commerciaux. L’occupation Mongols stabilise la région, la situation devient encore plus profitable à tous. Plusieurs attaques Mamlouk sont régulièrement repoussées, au moins sept en 60 ans. C’est à la fin de ce XIIIe mouvementé que le château de mer est bâti, ce qui n’empêche pas à la ville de brûler en 1322. Elle demeure dans le giron de l’empire puisque le pape finance les travaux de reconstruction, le naïf abusé croyait encore au rétablissement des Croisés en Palestine. Après la conquête Egyptienne, l’ensemble sombre doucement faute d’une utilité stratégique, Ayas reste un petit port de pêcheurs. Au milieu du XVIe Soliman le Magnifique restaure les deux châteaux et y abrite une partie de sa flotte. Ayas sert également de port de débarquement pour des voyageurs vers l’orient, Marco Polo s’y est arrêté. Le fort de la mer, que je n’ai pu visiter, occupe une petite île à 400 m au large. A son extrémité Nord, une vaste salle ronde était couverte d’une seule voûte en rotonde, trois autres salles sont agrégées dans un bloc de construction dont les parois vers le large font plus de 6 m d’épaisseur.
Les vestiges du bel appareil que nous voyons aujourd’hui appartiennent à la période ottomane, beaux blocs jointifs, aspect lissé des façades, variation chromatique dans l’utilisation de la pierre, rarement un travail d’Arménien. R.C.

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