Nemrut Dag Yeni Kale 2008 Turquie

Une ruine magnifique au bord d’une falaise, un peu occultée par la richesse des sites qui l’environnent. En redescendant du mont Nemrut, tout ce que vous pourrez voir ensuite semblera plus fade. Cette sensation nous l’avons tous ressentie ; persistance mêlée d’images, d’odeurs, de chaleur, d’une texture de pierre, de la couleur d’un instant qui demeure plusieurs jours après la visite remarquable. La vallée de Petra m’avait laissé une sensation similaire.
Le Mont culmine à 2150 m, il s’aperçoit à des dizaines de kilomètres, sa fondation est contemporaine de l’occupation romaine, proche de l’an zéro. Une chambre mortuaire sous un tumulus de 75 m abriterait la dépouille d’un roitelet de Commagène, reposant ainsi au plus près des cieux il consacrait son immortalité. L’œuvre est titanesque, des statues de plusieurs mètres de haut dans un style mi hellénique mi perse sont dressées face à un paysage infini baigné d’Euphrate, depuis les terrasses la vue est à 360°. A la meilleure saison, du matin au soir, des centaines de pèlerins touristes suivent le soleil sur les modénatures. Rite retrouvé, comme à la belle époque du culte d’Antiochos, qui néanmoins se retrouve bien seul quand survient la nuit glaciale. En redescendant, vers le sud-ouest, depuis la route du parc deux éperons se distinguent du relief : sur celui de droite vous apercevrez des ouvertures régulières percées dans la paroi. Elles éclairent une vaste salle taillée dans la roche, seuls témoins visibles du site millénaire d’Eski Kale, la résidence cultuelle d’Antiochos 1er , le maître du tumulus. La colline lui est dédiée, parsemée de vestiges où des stèles remarquables, elles le mettent en scène tutoyant les divinités, toujours dans la célébration. En face, sur l’éminence épousant les mouvements géologiques, vous distinguerez une dentelle de murs. Au plus proche,  quelques édicules accrochés à 100 m de verticalité rocheuse relient un point d’eau à la muraille tout en haut. La Nymphe coule, les petites constructions servaient d’abris relais à un long escalier qui permettait le ravitaillement en eau, il existerait un passage souterrain entre les collines des 2 sites (Eski et Yeni). L’accès au château s’effectue par le côté Nord-ouest, il suffit de contourner l’éperon afin de se rendre au village, durant le trajet vous allez pouvoir admirer toute la spectaculaire façade ouest qui s’étire sur la crête. L’entrée en souricière pour la première enceinte évoque le travail des Arméniens, pourtant ces derniers n’ont jamais colonisé le site, nous sommes loin de la Cilicie. Les beaux restes que nous contemplons appartiennent au XVe, époque des Mamelouks qui gardent l’Anatolie pendant un bon siècle avant la domination définitive des Ottomans. L’implantation originelle daterait du site du règne d’Antiochos, au XIIe un bref passage des Francs du comté d’Edesse est consigné, certainement l’une de leurs plus lointaines incursions vers le nord. La visite n’est pas libre un guide caissier indigène semble ouvrir la porte au gré de ses humeurs, si tu parviens à pénétrer, il te suivra et guidera fissa tes pas. Le site garde tous ses murs, plutôt chancelants, leur faible épaisseur n’y est pas indifférente. La partie basse est construite en grosses pierres parfaitement taillées et assemblées, ce type de maçonnerie est plus ancien, XIIIe siècle. Les superstructures de ce qui suggère un palais, en partie haute, ne relèvent pas de la même qualité de construction, appareil plus incertain, et moellons de plus petite taille. La forteresse abritait toutes les fonctionnalités d’une ville : mosquée, citernes, bazar, place de marché, prison évidemment… L’emprise est importante et les vestiges s’étagent au moins sur trois niveaux visibles, il subsiste également des espaces en sous-sol. Une ruine en plein devenir, le site ne semble pas avoir été déblayé, les équilibres ne manquent pas, chaque année doit constater son lot de chutes de pierres. Imbrications, assemblages et confrontations de style ou d’époque offrent un cheminement varié dans un environnement minéral, pour une fois la végétation n’occulte pas le champ de vision. Dans la partie basse, de belles salles voûtées en ogive ou sexpartite, toujours en bon état, émergent de la gigantesque ruine, les murs de l’enceinte en appareil à bossage sont percés d’archères et supportent encore de belles bretèches. L’intérêt stratégique du lieu est difficile à cerner, partie intégrante du système défensif  de l’accès au mont Nemrut à l’époque de la Comagène, il est le seul à avoir été remanié. Les autres sites, non réoccupés,  ont conservé leur empreinte romaine. R.C.

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