Rougon 2008 France (Var)

Grave XIe siècle, quand les pauvres agglutinent leurs masures en torchis, aux contreforts d’un château sensé les protéger un jour. Malin XVIIIe, qui achève la ruine de tous les symboles de l’ancien régime et de la féodalité, offrant ces carcasses de pierres aux même paysans toujours aussi pauvres. Qui pourrait vivre dans trois tours fichées sur les dents d’un piton de 50 m ? Apparemment personne ne se précipitait, il semble que les seigneurs locaux aient toujours préféré une solide maison dans le village, il en est ainsi des Glandevés avant 1560 ainsi que des Brun de Castellane ensuite. Il faut imaginer la scène, au bout du canyon des gorges du Verdon, la montagne s’avance formant un verrou, l’endroit est plus que propice à toute édification de fortification. Si la vue est à 360°, tous les vents sont également au rendez-vous, accéder au site par mauvais temps est une expérience idéale pour se rompre le cou. Pour aborder les parties sommitales il faut escalader quelques rochers riches de surplombs impressionnants, côté village ou côté canyon. Il subsiste deux plateformes sur lesquelles des vestiges de soubassement permettent de définir des emplacements d’occupation, quant à leur destination, tu peux rêver !  Deux arches enjambent le vide, il y en avait au moins trois, l’une d’elles a été démolie en 2003, elle menaçait de chute. Une semblable opération de salubrité publique sur les courtines, avait déjà été organisée en 1900 afin d’épargner les habitations de tombées sporadiques. La hardiesse de ces structures dominant des à pics de plus de 50-60 m laisse songeur, quant à leur construction. L’une des arches a été soigneusement consolidée récemment, elle aurait supporté une tour. L’autre est un fragment de voûte couvrant une pièce souterraine, la partie aval disparue se trouve maintenant au pied du rocher. Les fondements de l’occupation du site dateraient du début du IXe avec la citation d’une « villa », au XIe  l’insécurité doublée d’une démographie galopante requiert trois nouvelles implantations défensives dans la région. Le premier château de Rougon est construit autour de la barre des Catalans, une dénomination tardive liée à l’occupation aragonaise de la fin du XIIe, A cette époque, la Provence est rattachée au royaume d’Aragon qui s’étend également sur la Catalogne. Vers 1200, le piton est investi par l’élévation de trois tours avec dépendances, le fait est attribué à la famille des Castellane. Le village n’existe pas encore, quelques maisons sont accolées à la falaise. Quelques luttes domestiques plus tard, à la fin du XIIe, les Glandevès héritent du fief. Sous la houlette de Louis, le premier de la lignée, le château reçoit son ultime configuration.  Au XVIe, le domaine passe aux mains des Brun de Castellane puis dans celles de l’abbaye de Lérins, juste avant la révolution et la ruine totale. Démantelé, les restes serviront en réemploi dans les maisons du village.
L’intérêt stratégique du lieu est indiscutable, le château est à sensation et à émotion, un formidable poste d’observation et un refuge si les affaires tournent mal.Altitude 1300 m, depuis la D952, si tu arrives de l’est, franchis le Point Sublime, ensuite une petite route t’emmène jusqu’au village, l’accès à l’éperon est possible par deux voies, la plus familiale serait celle qui débute en bas du village et grimpe dans la pierraille sous les arches. Sur l’autre face, dans les arbustes, il y a plus d’escalade. R.C.

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