Rochechinard 2008 France (Drôme)

rochechinard

Rochechinard-1

Oublié, un dernier vallon sur les contreforts du Vercors. Un semblant de village avec sa chapelle, ses fermes disséminées sur les flancs et les replis de collines, tout est vert, bien arrosé. Plantées sur un piton isolé dénué de tout intérêt stratégique, à 600 m d’altitude, les belles ruines magnifient le cirque. Alternance d’une architecture purement militaire avec celle d’une véritable résidence, un mix de puissance et d’élégance projeté progressivement sur trois tours. Après un court cheminement en sous-bois, au sortir de la forêt, depuis l’isthme qui lie le piton à la montagne apparaissent immédiatement les premières fortifications. L’accumulation de systèmes défensifs est patente sur la première tour, plus nuancée sur la seconde, pour disparaître totalement sur la dernière : un logis aux délicates ouvertures renaissances, prolongé d’un jardin suspendu offrant la vue sur la plaine du Rhône. Le nid d’aigle flair le luxe, il aurait accueilli en 1483 le prince ottoman Zizim, petit frère du grand Memhet II  vainqueur des derniers « Romains » d’orient. Trois familles se sont succédées du XIIe au XVIIIe. Derniers en date, les Mosnier entreprennent les ultimes travaux au XVIe et XVIIe, dont une réfection des toitures, à peine cinquante années plus tard la ruine est avérée. Il est loisible d’imaginer que, lassés de leur isolement ou peut être fauchés n’en pouvant plus d’entretenir la bête, les descendants la délaissèrent. Depuis ma première visite il y a 20 années, l’allure n’a pas changé, à l’exception des travaux de restauration entrepris par le nouveau propriétaire, un courageux illuminé qui ne ménage pas sa peine. Demandez-lui de vous conter comment, avec l’aide de trois copains il est parvenu à véhiculer et placer une poutre de 9 m pesant 1,5 tonne, en une semaine ! L’exploit force le respect, l’ampleur des travaux découragerait n’importe quel millionnaire. Hormis la tour centrale qui conserve sa voûte en coupole, les autres vestiges sont magnifiquement déchiquetés. La première tour surplombe l’arrivée, son plan est octogonal et ouvert à la gorge. Seul élément défensif face la montagne, elle se retrouve bardée de bouches à feu, par ailleurs bizarrement réparties. L’édification fait partie des grands aménagements des années 1480, l’époque également de la fin des Alleman. Cet un éloquent concentré de l’architecture militaire du XVe : angles saillants, canonnières à tir rasant, échauguette pour le flanquement, défense par le couronnement, sans oublier une petite barbacane, et bien sûr le pont-levis.
En retrait, le donjon et le logis sont implantés sur la base des premières constructions du XIIe, isolés du premier ouvrage par l’ancien fossé une structure en bois en permettait le franchissement. Aujourd’hui, vous ne pourrez pas aller au-delà, le gros donjon est fermé, il compte cinq niveaux éclairés par de belles ouvertures regardant sur la vallée, côté cour, des canonnières formaient un ultime rempart. A l’extrémité de l’éperon le dernier bâtiment offrait tout le luxe d’une résidence seigneuriale de la fin du moyen âge, cheminées, latrines et grandes baies.
Rochechinard illustration romantique du XIXe, outre des manants voisins qui pillent pour leurs masures, de nombreux chantres, peintres et poètes trouvèrent l’inspiration dans le spectacle des ruines toutes fraîches et l’austérité du monument dévoré par la forêt. R.C.

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