Bilstein 2007 France (Alsace)

bilstein ruine

Bilstein ruines-1

Un haut pan de mur percé de deux belles ouvertures en ogive domine le village d’Urbeis. Perché à 590 m, deux constructions occupent le couronnement d’un petit éperon : le palais et le donjon. Entre les deux, une cour avec en son centre une citerne, dite à filtration, l’orifice mis à jour en 1964 est dans un état remarquable. Le logis qui comportait au moins deux niveaux, se trouve à l’aplomb du rocher, ses grandes baies ouvraient sur la vallée. A l’opposé vers la montagne, le petit donjon carré défendait toute l’enfilade, sur sa partie la plus exposée la muraille est plus épaisse. L’entrée se situe du côté de l’abrupt, un passage voûté ménagé dans le bâtiment offrait un accès direct à la cour puis au donjon sans pénétrer dans le logis, l’ouverture sur la cour demeure. Au-dessus, la salle principale du palais bénéficiait d’une cheminée, des arrachements entre les deux ouvertures le suggère. Le château est petit, ses vestiges se résument à trois ou quatre pans de mur largement remaçonnés. Le site est sécurisé, des mains courantes et des gardes corps défendent les à-pics. La petite randonnée d’approche (20 mn) contourne l’éminence qui supporte le rocher, l’arrivée par le sud-est débouche sur une vaste plate forme que domine le donjon. A l’extrémité Est, appuyée sur un rocher, vous trouverez les restes d’une écurie. Le Bilstein « Lorrain », en opposition à son homonyme plus Alsacien au dessus de Ribeauvillé, fermait le Val de Villé à l’ouest, l’Ortenbourg l’ouvrait à l’est. Propriété des Habsbourg, toute la vallée et ses deux forts furent âprement disputés de 1230, première évocation du Bilstein, jusqu’à sa ruine organisée par les Suédois durant la guerre de Trente ans. Au début du XIVe, à peine cent années après sa fondation, le site est scindé entre un haut et un bas château. L’évêque de Strasbourg achète la partie haute aux Habsbourg, via une banque, et l’inféode aux oberkirsch. Elle comprend la cour, la citerne et le donjon. Le bas, avec le palais, reste dans le giron des Habsbourg qui en proposent la gérance aux Amoltern. Changement de propriétaire ou de nouveau gestionnaire vers 1420, les Marx tiennent la position jusqu’à la fin du siècle. Ils repoussent les assauts des troupes de Charles le téméraire en 1474, ce dernier avait déjà conquis l’Ortembourg. A cette occasion, le comte de Nassau est fait prisonnier puis enfermé au Bilstein, les Strasbourgeois montent un siège pour le libérer, puis y installent les Montjoie. Les Choiseul Meuse reprennent l’affaire jusqu’à sa ruine après la guerre de Trente ans. Ce bel exemple résume le marché immobilier en montagne, avec le morcellement d’un  domaine pour des raisons essentiellement pécuniaires. Au cours des XV et XVIe siècles les grandes familles délaissent progressivement leurs forts d’altitude au profit d’un habitat plus confortable, les châteaux de plaine se développent. Paradoxalement, ces derniers disparaîtront plus rapidement, victimes de leur implantation en zone urbanisée. Solidement ancrés aux pentes des ballons, leurs vieux frères témoignent encore de la féodalité alsacienne. R.C.

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