Haruniye 2012 Turquie (Cilicie)

Harunyie-ruines-R.Crozat

Harunyie-1-ruines-R.Crozat

Dans le petit bourg papillonne toute une population, fébrile comme un samedi, le vieux château s’accroche à la montagne sur un éperon avancé. Dans l’ascension, la route se dégrade en s’entourant de lauriers rose, l’eau des ruisseaux coule à profusion. La progression offre des points de vue circulaires, la silhouette est parfaite, rectiligne, la masse encombre toute la colline. Il n’y a pas encore de parking, mais tout est aménagé pour recevoir des touristes, l’administration turque ne fait rien à moitié lorsqu’il s’agit de réhabiliter son patrimoine. La place est parfaite, des bungalows rythment le cheminement vers le fort, d’abord on descend puis on remonte pour parvenir au pied du rocher. Un beau monolithe de basalte, l’énorme tour de l’époque Mamelouk rappelle celle du Marquab (en Syrie) avec son appareil polychrome. Un sentier en dalles de béton permet d’effectuer le tour sans se salir, des gardes corps en bois préviennent de toutes chutes, les courtines ont été relevées ainsi que les tours, les arches des portes reconstruites, les pierres ne peuvent plus tomber. L’entreprise de restauration a débuté en 2009, en 2012 l’extérieur du château est neuf. Depuis leurs cahutes au bord du chemin, les familles pourront admirer l’œuvre d’Haroun Al Rachid, remaniée par les Byzantins après 960, puis par les Arméniens au XIIe, suivis par les chevaliers Teutoniques en 1236. A la fin du siècle les Egyptiens reconquièrent la place, élue chef lieu de canton et symbole de leur puissance lors de l’occupation. La première construction, dès la fin du VIIIe, est donc arabe, en plein milieu de l’Amanus la position défend la route qui relie La Cilicie à Maras. Lorsque les Grecs tentent de reconstruire leur empire au Xe siècle, Nicephore Phocas réinvesti les territoires perdus, en 959 le château de Haruniye lui revient. Après 1198, la place appartient aux Arméniens, nul ne sait quand et comment. Léon Ier fonde le royaume arménien de Cilicie, heures fastueuses du petit territoire sillonné par tous les occidentaux en quête d’aventures.  Finalement le fort échoie aux chevaliers Teutoniques, arrivés sur le tard dans la contrée les Allemands s’installent plus volontiers en Cilicie, les Francs préférant la côte phénicienne aux montagnes arides. Pour affirmer leur légitimité et se défendre des Grecs, les rois de la Petite Arménie courtisent les Croisés et plus loyalement les princes allemands. Deux cadeaux en font la preuve : Amuda d’abord puis Haruniye en 1236, cédé par H’étoum. A ce répit occidental, quelques aménagements culturels typiques sont attribués : l’aménagement du passage d’une herse, ainsi que le soin augmenté à la forme parfaite des niches d’archères en pointe d’ogive. Vers 1266 lorsque Baïbars remonte, au premier mouvement les chevaliers lâchent l’affaire. Heureusement l’intérieur n’a pas encore profité des mêmes largesses de la part des maçons du XXIe siècle, juste une mise hors gel du dessus des parties voûtées. Les deux niveaux restent accessibles, autour de la cour les salles et la longue galerie de la porte principale gardent les stigmates du passé soigné. Remarquables : la reprise d’alignement d’une portion de la voûte en ogive ou des culs de lampe qui attendent toujours leur doubleau. Dans la galerie, un rang de blocs saillants fait office de corbeaux, une particularité pour disposer d’un niveau supérieur pour le stockage, une idée exploitée à Toprake. L’escalier vers la terrasse se dissimule dans un solide bloc de maçonnerie compris entre les espaces couverts. La cour longe le flanc moins exposé du sud-est, toutes les galeries s’accrochent à l’épais mur bouclier au nord-ouest. Ces vestiges appréciables obèrent un extérieur navrant, tous ces kiosques vides en attente de la montée de la civilisation des loisirs. La masse totale du château semble liée au sol par deux solides passerelles de bois, la visite aurait même un sens : entrée par la porte principale en levant les yeux la trachée de la herse, puis la longue galerie suintante tellement que les parois se couvrent de concrétions calcaire, dans la cour effroi de la ruine, béance des salles aveugles soudain réveillées par un niche de d’archère, parfaite voûte ogivale restaurée hier, les plus téméraires filent sur la terrasse par le boyau de l’escalier, les blasés ressortent par la porte du sud, pour revenir à leur kiosques ils empruntent l’allée bétonnées qui longe le flanc sud-est. Un château qui se traverse bizarrement de part en part. R.C.

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