Baghras, Gaston 2012 Turquie (Cilicie)

Baghras-1-ruines-R.Crozat

Bagharas-ruines-R.Crozat

Fort heureusement personne ne s’est encore penché sur la préservation de la forteresse de Baghras. Indemne, les murs sont tagués, la végétation s’étend, les pierres tombent, les béances s’ouvrent au dessus des voûtes, dans les galeries la terre et le sable ruissellent. Seul sur son gros rocher, la ruine raconte encore un passé plus que millénaire, elle doit être encore plus belle au levant quand la pierre blanche reçoit. Combien de gars avides ont rêvé du pouvoir, en contemplant la plaine vers Alep, à peine 40 km, quand vers le sud, 15 suffisent pour Antioche ? Les pentes douces du sud-est plantées d’oliviers ne laissent pas imaginer les abrupts redoutables du nord et de l’ouest, la passe est bien verrouillée. La fortification fait foi, avec une position incontournable pour tous les voyageurs ou les envahisseurs qui franchissent les Piles de l’Amanus.  Siège d’un pouvoir convoité, ultime verrou qui défend ou inquiète Antioche au gré de ses alliances, Baghras relie la Syrie à la Cilicie, enjeu stratégique passant de mains en mains, sans vraiment subir de sièges. Au cœur des ruines le voyage se poursuit dans les galeries, les boyaux s’enfoncent dans la terre, les salles sont vastes, les casernements et les celliers éventrés mais encore voûtés, vestiges magnifiques. Délaissées, les niches de la grande chapelle, les belles lancettes du mur ouest de la salle de bal, l’allure altière des hautes galeries légèrement courbes ou les larges salles aux voûtes fatiguées presque naturelles. La fin de la journée apporte toute la solitude mais moins de lumière, elle canalise la boulimie du visiteur, le rendant à l’essentiel. Combien de sites ai-je visité au-delà du jour, où je m’efface dans l’obscurité. Bizarrement, la forteresse essentielle serait indéfendable, démantelée, brulée, abandonnée à deux reprises, plutôt qu’assiégée. Emplacement romain, elle appartient aux Byzantins qui la reconstruisent au Xe siècle, les Seldjoukides d’Alep s’y installent de 1084 jusqu’à l’arrivée des Francs en 1097, petit flou jusqu’à l’arrivée des Templiers en 1136. En 42, ils n’en disposent déjà plus, les Grecs l’utilisent comme base pour la reconquête d’Antioche toujours arabe, retour des chevaliers en 1155. Nouvelle perte en 70 au profit de Mléh, ancien Templier pro arménien qui s’appuie sur les soldats de Nour el Din, la soif du pouvoir ne se pose jamais de limite dans la duplicité. Mléh disparaît en 1175, les gars du Temple reviennent pour une durée de treize années, ils connaissent bien les lieux… Reddition qui profite à Saladin, pour deux années seulement, il démantèle et abandonne craignant une arrivée massive de Francs due à la troisième croisade. Installation arménienne en 1191, Léon II brigue Antioche afin de compléter son futur petit royaume de Cilicie. En 1193, Bohémon III s’y fait piéger, Léon imagine la partie gagnée mais les habitants résistent, il attend 1216 pour placer son pale petit neveu Raymond-Ruben sur le trône. Pendant ce temps les Templiers piaffent et intercèdent jusqu’au pape qui excommunie Léon, promis en 1211 ils ne peuvent à nouveau jouir de leur bien qu’en 1216. Entretemps, les Arméniens auraient effectué des travaux. Période de grâce pour nos amis à la croix, ils semblent conserver le château jusqu’en 1266. La mort de Léon et l’éviction de Raymond-Ruben en 1219, occasionne un changement éphémère de suzeraineté, un certain Adam est nommé régent mais il tombe sous les coups de poignard d’un Assassin. En 66, Baïbars remonte d’Egypte raflant tout sur son passage, c’est la fin des occidentaux en Palestine, nos amis chevaliers préfèrent incendier la forteresse. Les Mamelouks s’établissent jusqu’au col de Beylan, juste au dessus, dernière date connue 1280, les Mongols conquièrent le rocher mais les circonstances ne se racontent pas. Deux cents années de tumulte au profit d’une bande de turbulents, la paix arabe revenue, la position stratégique l’impose comme un fort de garnison bien entretenu. Ma fin oscille au XIXe, entre l’abandon et/ou l’incendie qui dissuade tout nomade entouré de chèvres d’y taper une incruste durable. R.C.

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