Besni Pehesni Turquie 2012 (Euphratèse)

Besni-ruines-R.Crozat

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Vous n’irez jamais à Besni ! Loin sur la crête vaguement infléchie, les toitures des immeubles modernes scintillaient, devant moi un calme absolu s’étendait. Un caravansérail ruiné délicatement posé sur une terrasse, dans la ligne de fuite plusieurs minarets jalonnent les détours du torrent au fond de la gorge, pointant et rythmant l’espace. Depuis mon promontoire quelques ruines de tours s’accrochent encore à l’abrupt, en contrebas la route serpente jusqu’aux premiers faubourgs, à 5 km. A l’est de la ville, le site opérait comme un verrou, dernier rempart catholique contre l’envahisseur musulman venu des steppes du nord-est. Besni est en pays Kurde à l’ouest de l’Euphrate, vers l’est de la Turquie, à 130 km au nord de Gaziantep. A 900 m d’altitude, le bourg replié dans un relief de collines de moyenne montagne, s’étire aujourd’hui à ses extrémités nord et sud sur des crêtes. Garnies de nouveaux immeubles colorés, elles se peuplent d’un exode rural en pleine expansion.
L’importance parvient au Xe siècle avec l’arrivée des Arméniens, il y avait déjà un château occupé par des chrétiens Syriaque Jacobite installés-là depuis au moins le VIe. Dans sa volonté de reconstitution de la Commagène Philarète crée un état et établit plusieurs points de fortification sur une ligne de défense à l’ouest de l’Euphrate. A cette époque la ville se nomme Pehesni ou Bet hesna, la position est stratégique car elle se trouve à la confluence de voix importantes : nord sud de Mélitène vers Alep, est ouest de Diyarbakir vers la plaine de Cilicie à Marach. Dénommé le prince brigand, Gogh Vasil prend le pouvoir sur un territoire qui s’étend depuis Marach jusqu’à la vallée de l’Euphrate. En 1085, il s’empare des principales places fortes Rapan, K’esoun et Pehesni puis installe son siège à K’esoun mais il ne parvient à conserver ni Pehesni, ni Arnish et Hromgla tombées aux mains de K’ourdik, un de ses vassaux.  Jusqu’à sa disparition en 1112, Gogh a ferraillé durement, en 1098, en compagnie de son frère Bagrat installé plus au sud à Rawanda, il se heurte à Godefroy de Bouillon, les deux frères étaient réputés pour leurs pillages des monastères jacobites. La position de Pehesni est déterminante en ce début du XIIe siècle, avec Hromgla au sud, c’est une épine dans le pied de Gogh car ces deux « fortifications de première » encadrent sa capitale K’esoun. Le grand tremblement de terre de 1114 aplanit les dissensions et la plupart des villes, Besni n’est pas mentionnée, mais l’événement signe la fin de la domination arménienne sur l’Euphratèse. En 1116, les Francs parviennent à leur fin en intégrant ce territoire au comté d’Edesse, sans fait de guerre, simplement en faisant empoisonner K’ourdik par sa maîtresse puis en écartant Vasil Tegha, le fils de Gogh. Hélas, la joie fut de courte durée, en 1151 Nour al Din reprend Edesse. En 1293, les Mamelouk s’octroient définitivement toute la contrée, le catholicos de Hromgla rejoint la Cilicie. L’horizon pacifié profite à l’activité économique qui justifierait la construction d’infrastructures commerciales et religieuses dont le caravansérail, un pont supporté par un arc en ogive, enfin l’érection de plusieurs minarets, (des relais de prières ?). Entre douceur et rupture, la topographie tourmentée du site contribue au mystère, depuis la colline qui embrasse tous les points de vue, plane toute la bizarrerie de l’endroit : filant vers le sud, une échine saillante déchire le paysage, vers la ville, à l’ouest, pointent les édifices religieux et commerciaux, à l’est émergeant sur de côtes herbeuses, plusieurs champs de tombes noires vaguement dressées, s’estompent derrière les graminées balayées par le vent. Lieu tellurique, ou concentration de forces magnétiques ? L’endroit est surprenant devenant intrigant en exagérant fascinant. Campé sur son assise supérieure le château fermait la vallée, ses flancs se parent de constructions symboliques qui tranchent des vestiges arméniens et byzantins.
Vers l’est, une fausse ruine de tour dont seule la façade aval demeure, inachevée ou simplement figurante, ses murs ne sont pas plus épais que ceux d’une habitation. Sur le devers Sud, une construction en forme de pyramide tronquée reprend la symbolique du passage dans un défilé, elle est formée par deux murs qui devaient se rejoindre au sommet. La construction de ces deux édifices est postérieure au XIIIe siècle, sur la façade de la tour un cartouche reprend une citation en arabe. Du château arménien, rares ruines, la face Ouest porte encore des restes d’enceinte et de tours en parfait surplomb, le front Est conserve des vestiges de salles semi-enterrées, le couronnement est pelé.
Lorsque vous parvenez à Besni depuis le sud ou de Gaziantep, traverser toute la ville vers le nord, puis descendre dans un vallon vers l’est qui ouvre sur la vallée, un minaret se situe en contrebas de la bifurcation. R.C.

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