Bir, Birecik, Al bira, 2012 Turquie (Euphratèse)

Birecik-ruine-R.Crozat

Birecik-1-ruine-R.Crozat

L’évidence d’une position où l’Euphrate coule lentement sans mémoire entre ses falaises blanches. Ici naissent ou finissent les contreforts du Taurus. Depuis les plaines de Mésopotamie, la chaleur monte, la ville conserve une allure médiévale, les rues bordées d’échoppes aux larges auvents s’amenuisent vers le plateau. L’ombre de la falaise et du château descendent sur la vieille ville, bruissante, étourdissante. Les plus jeunes sillonnent en mobylette, les bien plus âgés gardent l’ombre en sirotant un thé accompagné d’une cigarette. Une toupie en bois vaut encore ½ euro, c’est une affaire de papy. Depuis l’est, Birecik marque une transition dans la traversée de la Turquie, un passage où toutes les rivalités historiques sont concentrées sur deux siècles, annonçant le début de la chute de l’empire Byzantin jusqu’à l’installation définitive des musulmans, de la fin du XIe au XIIIe.  Avant l’arrivée des francs en 1098 la cohabitation ethnique filait bon train, les Artoukides tenaient le terrain. Philarète dans son projet de renaissance de la Commagène intégrait le point avec ses vieilles fortifications byzantines. Gogh vasil la revendiqua dans son vaste état, mais la principauté, tout en étant inféodée au Comté d’Edesse, conserve son indépendance sous la férule des deux frères Pahlawouni, Apelgharip et Likos, jusqu’en 1118. Beaudoin de Bourcq et Galéran du Puiset auront mis tout le temps et l’argent nécessaire pour la conquérir, une année de siège ! L’enjeu en valait la chandelle : petit état, mais riche et surtout bien placé, il contrôle toute la vallée de l’Euphrate ainsi que le passage est/ouest, enfin les Pahlawouni possèdent aussi Zeugma sur la rive ouest. Jusqu’à la vente de 1150 du Comté d’Edesse aux Byzantins, Al Bira demeure dans le giron franc. L’acquisition ne profite pas longtemps aux Grecs, une année plus tard toutes les places bordant l’Euphrate sont raflées par les Artoukides. La muraille qui enserre toute la ville date de l’installation des Mamelouks à la fin du XIIIe siècle. La forteresse profite d’un emplacement géologique très avantageux, elle occupe une falaise isolée naturellement du plateau par un large fossé dans lequel se recroqueville la ville. Un système défensif relativement simple, le site jouit d’à-pics sur tous ses cotés, d’ailleurs l’accès aux ruines ne tombe pas sous l’évidence, mais un galopin livreur de pain s’empressera de vous y mener. La montée semble convenir à l’origine, une  grosse tour carrée couvre le chemin, sa dernière façade toujours en bel état se pare d’un appareil en moellons à bossages. Un contraste saisissant avec la construction dressée à la pointe Sud, paroi lisse, petites ouvertures rectangulaires. En terminant l’éperon, le bâtiment provoque le respect par son austérité et ses dimensions, un monolithe écrasant de sa puissance toute velléité d’approche à peine belliqueuse. L’attribution des constructions reste délicate, la partie Sud pourrait être allouée aux Arméniens sous les Pahlawouni, le parement ainsi que les ouvertures de la tour Est, près de l’accès, semblent dater de l’époque des Francs, sachant que les Mamelouks ont occupé la place suffisamment longtemps pour l’avoir aménagée à leurs fins. Sur le sommet la langue s’étire pendant au moins 150 m sur 30 m au plus large. Les traces d’occupations sont nombreuses, tas de pierres et blocs de maçonnerie rythment une plateforme où tout doit griller à souhait. La partie Sud conserve des salles voutées, évidemment aux relents nauséabonds, comme il sied à toute ruine urbaine. La qualité, la dimension et l’ajustage des blocs confirment l’hypothèse arménienne pour cette partie. Côté Est, de part et d’autre de la rampe d’accès, un beau glacis habillait les pentes depuis la base de la muraille jusqu’à la verticale de la falaise. Il se retrouve également à l’angle Sud/Est sur l’embase de ce qui devait être une tour. Aujourd’hui, la vie rêvée aux pieds de la falaise ne s’éloigne pas de celle qu’entretenait les Pahlawouni, contrairement aux cités voisines, notamment Gaziantep, Birecik paraît comme un bon bourg paisible et poussiéreux, baigné par les eaux azur de l’Euphrate.  R.C

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