Calan, la Roche Guillaume 2012 Turquie (Cilicie)

Calan-ruines-R.Crozat

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La route passe au nord du rocher de Trapesac en le contournant par un large arc, puis s’enfonce dans la montagne. Nous quittons la plaine pour renouer avec toute l’incertitude des pistes et des chemins de montagne. Il pleut beaucoup au printemps sur les reliefs de l’Amanus et du Taurus, l’état des routes, entre profondes ornières et coulées de boues ne facilite pas la progression pour les 13 km du vol d’oiseau qui sépare les deux forts. L’avancée  s’apparente plus à celle de la tortue que de l’aigle fondant sur son but. Pour aller débusquer les gars planqués dans leur nid, il fallait être motivé. Les visiteurs, au fil des siècles, admettent un voyage fastidieux, aujourd’hui la passe de Nur Daglari qui offrait une autre voie pour aller d’Alexandrette à Antioche est peuplée comme un bout du monde d’où personne ne voudrait s’échapper. La situation impeccable, une haute vallée avec le premier plateau de Dergimendere, le village s’aligne de part et d’autre d’une piste de boue rouge où les chevaux sont plus à l’aise que les 4×4. 1200 m, toute la fraîcheur de l’altitude, le site potentiel du château se découvre tout au bout de ce long plateau, mais la route replonge à nouveau dans une vallée boisée. Le rocher supporte une grande plateforme inclinée où l’on distingue sur une excroissance des fragments de muraille. Quelquefois la paresse nous ferait placer les ruines au bord de la nationale juste pour nous éviter d’essayer tous les chemins qui mènent vers le pog. En attendant nous roulerons, nous questionnerons et déclinerons quelques tasses de thé. Cette fois encore il faut contourner, d’abord par le flanc Ouest, c’est à l’axe du rocher qu’une piste de plus traverse la vallée vers l’est, perché sur ses falaises nous allons l’aborder par le nord, la direction de Y’ousul était la bonne. Au col, file un sentier vers l’échine qui relie le haut plateau du château à la montagne. Le cheminement dans un sous-bois ne donne aucun repère sur la progression, entre le site et le col se trouve une première éminence trompeuse, son seul intérêt est de dominer la face Nord-Est du fort. Son ascension n’est pas aisée mais néanmoins possible, le point d’appui apparaît remarquable pour un siège d’autant qu’il verrouille tout accès à l’éperon. Nous n’y avons pas trouvé de traces de fortification évidentes. Il faut vingt minutes pour se rendre jusqu’au pied du fossé, une tour carrée épouse le sommet de la falaise. Le sentier longe le côté nord, puis circule sur la paroi Est, parfois il est taillé dans le rocher quand il s’arrête devant une faille. Auparavant il devait exister une passerelle en bois qui surplombait un précipice, remercions les bergers qui ont jeté par-dessus ces 4 m deux petits troncs, le passage s’effectue avec des prises de mains dans la roche. Enfin, le long plateau herbeux où souffle le vent, des vestiges de murs bordent les à-pic de la vaste basse-cour, le bloc fortifié veille. L’ensemble est très ruiné, des éboulis de petits blocs de pierres mal dégrossis couvrent les pentes. La construction ne brille pas par son appareil qui ressemble à celui de Baghras, une élévation rapide avec beaucoup de mortier. La ruine semble ancienne, les restes souffrent d’un long abandon, quelques morceaux de bravoure sont toujours en place : plusieurs citernes ou salles enterrées à mi pente, un pan de courtine sur deux niveaux avec deux ouvertures et la façade intérieure de la chapelle. Certainement la pièce la plus éloquente du savoir faire de certains constructeurs, peut-être Arméniens, la voûte de la porte d’accès est constituée de 8 voussoirs parfaitement ajustés, au-dessus dans la même veine, plusieurs rangs de pierres remarquables forment la naissance d’une voûte. La chapelle, ainsi que le logis qui lui est contiguë sont établis chacun sur des pièces voûtées, Edward évoque une crypte, C. Cahen une citerne, l’avancée du logis dominait et protégeait la passerelle. Nous n’en avons rien vu, des pans de murs se seraient effondrés depuis les relevés de 1981. Les récits historiques contemporains de la belle époque du XIe au XIVe siècle mentionnent des noms de sites évoquant leur environnement ou la vue qu’ils offrent. C’est en partie sur ces textes (peu nombreux) que depuis la fin du XIXe les archéologues historiens avancent une histoire et un nom pour ce château. Sans aucune certitude, il pourrait donc s’agir d’un fort tenu et construit par les Templiers appartenant au système défensif qui s’ajoute à Baghras et Trapesac. Eloigné de près de 30 km de ce dernier, reculé au fin fond de la montagne il décourage Saladin en 1188, en tenant les deux autres l’intérêt de la Roche Guillaume tombait. Léon II, roi de Cilicie le récupère en 1203, les chevaliers s’y réinstallent vers 1230 et l’abandonnent au passage des Mamelouks en 1266. Les Arabes l’appellent aussi Hadjar Choghlan, mais d’après une description éponyme, depuis ce château l’on voit un lac, or il n’y en a aucun de visible aujourd’hui. Les Turcs le nomment également Tchivlan Kalé. Dernier mystère dans la passe, des cartes et d’autres témoignages signalent un siège épiscopal : Palatza, Baldjat et/ou Chougr un couvent. Depuis la route principale bien avant Karankya, en remontant d’autres fonds de vallée en quête d’un « Sultan Kalé » inscrit sur la carte routière contemporaine, nous sommes tombés sur un ensemble de ruines auquel nous n’avons donné aucun nom ni fonction. La configuration du site, son implantation en bas d’une petite vallée, une maçonnerie plus légère que celle d’une fortification, la disposition cloisonnée du plan pourrait évoquer un bâtiment utilisé à des fins religieuses. R.C.

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