Candir, Baberon, paperon 2012 Turquie (Cilicie)

Candir-1-Ruines-R.Crozat

Candir-ruines-R.Crozat

Même en relativisant, il s’agit quand même du berceau de l’une de des deux familles qui ont présidé aux destinées de la Cilicie pendant deux siècles. Une citadelle isolée aujourd’hui, à l’écart de toutes les routes, éloignée du premier village. Le visiteur solitaire ne s’en plaindra pas, la forteresse dont l’emprise épouse une espèce de gros camembert de 3,5 ha se trouve posée au creux de la vallée perdue, désertique, aux versants ravinés et replantée de pins. Une vague brume dilue la lumière grise d’un jour pluvieux, des éclats de verdure ceignent les flancs du pog. Cela n’empêche pas les bucherons de travailler même le dimanche. Au XIe siècle, Apelgharip vient ici trouver une meilleure fortune que dans son Vaspourakan natal, chassé par les Seldjoukides. Depuis la fin du XIe les princes arméniens exilés s’installent dans le Taurus, sans dépaysement depuis leur Arménie rocheuse et montagneuse. Accueillis à bras ouverts par les Grecs pour mieux les inféoder alors que ces derniers ont savamment manœuvré pour ruiner tous les efforts d’une auto administration en Arménie. Il faut aimer ou savoir pour s’enraciner dans ces montagnes isolées, vivre dans des citadelles perchées à plus de 1500 m, la neige, la pluie, le froid, les intrigues et les musulmans qui gagnent du terrain. Tous à la même enseigne, les Roubéniens sont à Vahga, les Hétoumides à Lampron ou ici à Baberon, Gogh Vasil est à keysoun ou à Hromgla. Quant aux francs, ils se contentent de passer, préférant à d’obscurs châteaux les rivages lumineux de la côte phénicienne. Pour leurs alliances, les Arméniens joueront plus souvent avec les Croisés en s’opposant aux byzantins. Lorsque Apelgharip débarque avec sa famille à Tarse, c’est à Baberon qu’il entrepose sa collection de reliques, dont un doigt de Pierre. En prime, lui échoit également le fief de Lampron, il le cède à Ochin. En 1078, lorsqu’il disparaît, Ochin revient, à son décès en 1110 Ochin II reprend la place, ensuite nous connaissons Sembat 1er, puis Bacunian jusqu’en 1199. De fortes personnalités continuent de s’imposer avec Constantin, puis Hétoum en 1263, celui qui fonde la dynastie des Hétoumides, elle s’impose à la tête du royaume de Cilicie. Baberon se trouvait à la confluence de deux routes qui se rejoignaient pour filer vers le sud, la région est riche, parfaitement alimentée par les torrents et rivières qui descendent des sommets alentour. La forêt couvre la montagne, dans la vallée, vergers et cultures procurent toute l’aisance nécessaire. Un véritable eden enviable, bien enclavé, préservé des raids Seljoukides, les premiers ont lieux vers 1245, les Mamelouks délogent définitivement les Arméniens à la chute du royaume à la fin du XIVe, la place devient le chef lieu du canton. Le premier constat lors de la visite est l’absence d’éléments défensifs, pas de tours, ni de hautes murailles. La nature y pourvoit, aucun autre accès ne semble possible hormis celui du nord-est, entre 15 et 20 m de falaises ceinturent toute la plateforme. Ils devaient exister des passages en bois, notamment pour accéder aux caves, citées par Edwards, creusées dans le rocher. Le château résidence établi à la pointe Nord-ouest frappe le voyageur qui parvient ici pour la première fois. L’unique route d’accès depuis l’ouest, impose le point de vue solennel de la belle façade parée d’élégantes et grandes ouvertures en obérant toute références aux symboles militaires. La magnificence devient puissance, le calcul était-il délibéré de la part des Arméniens qui ont conçu et construit la majeure partie de Baberon ? Les points de vue uniques se multiplient, déterminés par la disposition extraordinaire du formidable rocher. Parvenir au plateau n’est pas banal, heureusement notre guide nous a épargné le gravissement inutile des premiers flancs en contournant les falaises par le nord et nous amener devant un minuscule passage surplombé par une paroi s’élevant à 20 m. Un escalier en deux volées, taillé dans le rocher, équipé de paliers fortifiés, t’emmène jusqu’au sommet. Un pavillon avec gloriette vaguement à l’abandon domine une lande lavée par le vent et la brume. Baberon, comme Vagha, ou Hromgla ont subi les prémisses d’une restauration tombée dans un oubli préférable, au regard des infrastructures touristiques dont « jouissent » Harunyié, Gosne et Ravanda… A l’exception de cet édicule, depuis lequel la vue doit être magnifique, et de menus aménagements dans l’escalier, le site est en parfaite ruine.
Parcourir l’étendue occupe une longue parenthèse que je ne décrirai pas, à chacun ses souvenirs, la chapelle, le palais, les marques des tailleurs, la décoration de certains linteaux, les hasards des éboulements, l’intervisibilité avec Evciler et des panoramas sur les vallées environnantes désertes ou pimpantes de minarets scintillants.
A 50 km au nord-ouest de Tarse, la voie la plus facile part de Mersin vers Gosne, dominée par un petit fort qui défendait l’accès aux routes de montagne vers Lampron et Baberon. Avant Degirmendere redescends vers Capar au col d’une nouvelle vallée orientée vers le sud, la citadelle se cache dans un défilé sur le flanc Est. La localisation est difficile, j’évoque notre guide dans l’article de Sinap. R.C.

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