Cem 2012 Turquie (Cilicie)

cem-1-Ruines-R.Crozat

Cem-Ruines-R.Crozat

Lorsque nous avons demandé à ce vieil homme qui bricolait dans son potager, le chemin pour nous rendre à Cem Kale, nous ignorions que sa fille habitait la ferme qui garde le sentier et que son gendre laissait à ses moutons blancs et noirs la jouissance du site. Avant les Arméniens, les byzantins étaient installés sur ce petit plateau, mais la cité était déjà abandonnée au XIe. La justification de cette thèse s’appuie essentiellement sur la qualité grossière de la construction faisant appel à des pierres de réemploi. Les preuves s’affichent sur le bâtiment de la porte qui se pare des plus belles, placées judicieusement à la vue des visiteurs. Il est toujours charmant de constater que, même dans les contrées reculées au bout du bout d’un éperon où les seuls protagonistes sont des paysans locaux, l’ostentatoire désir de paraître se manifeste. Sans trop chercher, vous trouverez aux alentours de la porte des croix grecques gravées dans la pierre, des cavaliers et des félins en haut relief, des extraits de corniches puis une pièce majeure couronnant le linteau de la porte. Deux lions féroces y encadrent un personnage, certains s’interrogent sur leur origine arménienne ou byzantine, ce type de statuaire ne se retrouve sur aucun château du XIIe, d’autre part la position de la pierre et son ajustement illustre un parfait bricolage. Il semble néanmoins que cet ensemble ait profité d’une attention toute particulière de la part de ses bâtisseurs, il suffit de lever les yeux pour admirer la bande de pierres affleurantes qui se démarque de l’appareil à bossage de la construction. Sept petites ouvertures, placées à intervalle régulier, rythment cette surface plane qui se déroule sur toute la façade. Presque moderne dans sa forme arrondie, elle se libère des contraintes défensives, les angles ne sont pas très prisés à Cem. L’enceinte ondule sur toute sa face Nord, le front d’attaque, les autres côtés sont bordés par des falaises ou du précipice, les murailles font plutôt office de parapet, toujours impressionnantes depuis la vallée.
Le fort se retranche sur un bout de rocher concluant une belle étendue de pelouse et de buissons taillés comme des topiaires par les moutons et les chèvres. Ramassée, la masse grise de rochers de laquelle émergent les fortifications se détache sur l’horizon, dernier refuge avant le grand plongeon. A l’intérieur, les blocs et les niveaux dictent le bâti, difficile d’y évoluer facilement aujourd’hui, l’affaire ne devait pas être plus aisée il y a 800 ans. Aucune plateforme de plus de 100 m2, le retranchement paraît la seule fonction du lieu. La partie la plus élevée forme un camp isolé par d’énormes blocs et une courtine intérieure. L’entrée se défend par un corridor et deux portes, l’ensemble s’appuie sur le mur Est. Un peu de spiritualité dans ce chaos abandonné à peine pillé, la chapelle trônait à l’extrémité Sud alignée sur un pan de la muraille qui conserve encore des merlons, certes de facture plutôt grossière, une rareté qu’il est intéressant de souligner. Seules parlent les pierres, aucune histoire, le nom historique étant inconnu, y demeurent quelques vestiges de l’occupation byzantine. Un bloc taillé portant des inscriptions, et surtout une chapelle, les ruines de cette agglomération que nous n’avons pas vues sont implantées sur le flanc Est, Edwards mentionne un ravin séparant les deux sites. Sur le plateau, au pied de la tour Nord-est il y a un abreuvoir aménagé, ses abords circulaires sont constitués de pierres taillées, citerne ou puits, les agneaux s’y désaltèrent paisiblement. Le château gardait l’aval d’une succession de vallées orientées nord sud, à l’est de la route principale depuis Goksun vers Kadirli. Edwards parle de la passe de Mazdaç, depuis Kadirli, monter vers le nord en direction Sumas, ensuite à Mehmetli, remonter une vallée vers le nord-est en direction Katirliköyü, vous n’êtes qu’à 650 m d’altitude. R.C.

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