Ravanda, Rawenda, Ravenel 2012 Turquie (Euphratèse)

Ravanda-ruines-R.Crozat

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Il n’y a pas d’horizon, juste des collines et des collines plantées de vergers comme il semble y avoir toujours eu. La seule qui ne soit pas cultivée est arasée avec un château fort ruiné posé dessus. Dans un paysage éternellement calme, aucune habitation, aucune présence, tout est rangé, même les ruines sont parfaitement aménagées. Toutes les civilisations sont passées par ici. En fin de jour, les Turcs d’aujourd’hui ont lâché leurs outils, à présent ils tchatchent sous la treille avec un verre de thé, une cibiche et leurs potes. Entre les montagnes, il se créait des passes, il s’agit ici de celle de la vallée du Haut Afrin entre Edesse et Antioche. Les places fortes ne manquaient pas, Bir, Turbessel au nord-est, quelques fortins sur des pogs au milieu de la plaine, ensuite Rawanda dans son pays de cocagne, puis vers le sud ouest, il y avait Calan loin dans la montagne, bordant la plaine se trouvait Trapesac et Baghras à 10 km au nord d’Antioche. La plupart sont d’anciennes fortifications byzantines, réinvesties par les Turcs Seldjoukides, passées aux mains des Arméniens, briguées et conquises par les Francs, reprises par les Ayyoubides, administrées et entretenues par les Artoukides, avec quelques années aux mains des Mongols, requises enfin avec les Mamelouks. L’intrigue la plus fameuse pour la possession du fief est concomitante à l’installation des occidentaux. Lorsque la cavalerie franque se pointe vers 1097, il faut s’imaginer une bande de gars peu scrupuleux qui débarque en terre inconnue, aucuns ne parlent la même langue surtout pas celle des locaux. Durant les deux siècles d’occupation, les lettrés chrétiens qui écrivent l’arabe se comptent sur les doigts des deux mains. Les chevaliers vont rapidement devoir s’appuyer sur des chefs locaux Grecs ou Arméniens. Bagrat, frère de l’illustre Gogh Vasil, appartient à cette caste, roublard en jachère de territoire, il collabore activement avec les Francs en les aidant à conquérir des places fortifiées aux mains des Turcs d’Alep. En gratification, l’aventurier reçoit le commandement de Rawanda et de Kourous, ce faisant le naturel perfide et cupide de l’Arménien lasse son protecteur Baudoin de Boulogne. Bagrat gagne du temps en cédant le bien à son fils, mais la torture franque sera la plus forte. Rawanda revient dans le Comté d’Edesse, Godefroy de Bouillon, frère de Baudoin, en devient le seigneur. Un long épisode plein de chantage, de tortures et de roueries, tant du côté des Croisés que de l’Arménien. En 1104, retour de Bagrat qui l’administre jusqu’en 1115 fin de la principauté, retour dans le giron du comté. En 1150, il constitue un lot parmi les perles de la vente du comté aux Byzantins, quand Nour el din passe l’année suivante, il retourne entre les mains des Ayyoubides, débute une période calme simplement perturbée par le passage des Mongols vers 1260. Parvenir à Ravanda, Rawenda, ou Ravenel… n’est pas difficile, mais il ne faut pas se fier à son emplacement sur la carte, son accès se situe à 15 km de Kilis sur la voie principale qui la relie à Antioche, une petite route s’enfonce dans la montagne vers le nord. Il faut passer un premier village puis une vallée, s’ouvre un nouvel horizon où trône sur son tertre le château. La fin du jour est propice, le calme, la douceur et les couleurs, mais elle abrège le parcours, l’emprise est vaste. Les ruines, sauvées par d’importants travaux de maçonnerie et de consolidation paient la rançon de cette conservation en vue d’un putatif tourisme de masse. Le flanc Sud est doté d’une rampe d’accès, mastodonte rampant de pierres blanches qui se distingue de très loin. Un trait caractéristique des nombreux châteaux que j’ai visités dans cette région est le relatif bon état de conservation de l’ouvrage d’accès. Œuvre d’apparat, néanmoins militaire, l’impression sur le visiteur s’y trouve déterminante, sophistication justifiée. Une valeur qui perdure sous tous les régimes, de l’héritage romain avec les Byzantins, aux Arméniens, avec les Mamelouks ou les Ayyoubides. Les soins apportés valent autant pour l’ingéniosité des systèmes défensifs que pour la qualité et la robustesse de la maçonnerie. L’état de la porte de Rawanda n’est pas le plus emblématique, mais les deux niveaux de galeries sont toujours présents, sa construction serait postérieure à l’occupation franque. Gare aux trous sur le plateau, deux grandes citernes et un puits, tous en parfait état de maçonnerie, offrent leur béance, vive l’aventure. La part de l’entrée est de loin la mieux conservée, elle devait englober le palais, seules cinq tours  marquent encore le périmètre de l’enceinte, l’une d’elles possède encore son poste de garde. Insolite et sans justification immédiate une construction circulaire se plante au centre de la vaste étendue herbeuse à proximité de la citerne Nord, elle semble pleine, appartiendrait-elle à une première enceinte circulaire qui occupait le sommet de la colline ? Il existe une autre petite tour semblable sur le versant Sud. Pour longtemps, les ruines dominent l’apaisant paysage, demain ils reviendront s’occuper de leurs vergers. R.C

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