Turbessel, Tell Bâshir 2012 Turquie (Euphratèse)

Turbessel-ruine-R.Crozat

Turbessel-1-ruine-R.Crozat

Rien, le tell règne sur une plaine agraire sillonnée par des larges routes comme les affectionnent les Turcs. Assise au bord de la nationale qui t’emmène depuis Urfa vers le sud-ouest, cette grosse motte donne 15 m d’aplomb à celui qui la conquiert et la possède. Là, il faut le reconnaître, les assaillants n’ont jamais démérités. In fine, tous l’ont possédée cette citadelle : les Byzantins, les Turcs, les Arméniens, les Francs, les Seldjoukides, sauf les Mongols car les Mamelouks avaient décidé de tout raser. Depuis la nationale, il faut beaucoup d’attention ou connaître l’histoire du site pour y déceler les moindres vestiges. La butte est pelée, à ses pieds rien n’y subsiste, aucun signe de la ville qui existait encore au XIIIe siècle. La première ferme seule est à 200 m, quant au premier village, étendu le long d’une route secondaire, il se traverse en baillant. La question vient immédiatement : comment en est-on arriver là ? D’une ville disputée où cohabitaient différentes croyances, devenue capitale du comté d’Edesse, imaginer ici une citadelle sur le tertre, sa muraille à ses pieds, la ville puis ses faubourgs, cela paraît insensé. Rien, toutefois si vous gravissez la côte, les flancs recèlent des vestiges qui vous procurent quelques compensations. Vous n’êtes pas venus pour rien ! Le promeneur attentif et observateur découvrira un dallage avec l’embase d’un mur en bel appareil, l’emplacement d’une porte ou d’une salle enserrée dans une tour. En longeant la périphérie, des traces de la fortification émergent de la terre, une saignée de fouilles sur toute la hauteur ne révèle finalement rien, autrement que de l’intérêt pour ce passé glorieux. Sur le côté ouest, une portion d’un mur remanié et constitué de gros enrochements semble appartenir à une époque largement antérieure à la période historiée, bien mouvementée, racontée par Maxime Goepp et Gérard Dédéyan. Jusqu’à la fin du VIIIe siècle, la ville fait partie de l’empire, mais la région devient de moins en moins sûre, progressivement les émirs gagnent le terrain qu’ils relâchent à nouveau aux Byzantins après deux siècles. 100 années plus tard, la main passe aux arméniens, des Roubéniens de la famille Pahlawouni, implantées à Birecik au nord, en bordure de l’Euphrate. Les Francs débarquent en 1098 incluant la ville dans leur comté d’Edesse, sans hostilité de la part des Arméniens et des Syriaques Jacobites, soulagés car les émirs aux portes du territoire, ne relâchent pas la pression des raids. Les revirements ne font que débuter, le XIIe siècle sera chaud. L’histoire pourrait être fastidieuse, retenons la puissance et la richesse de Turbessel, plusieurs fois capitale refuge des comtes d’Edesse, cité florissante. La plaine est fertile, arrosée par le Sadjour, la route d’Antioche y passe, lieu de commerce et d’échange, souvent encerclée mais rarement prise, située à 50 km au sud de l’Euphrate elle n’est pas l’enjeu d’un passage stratégique. La vie y paraît plus douce qu’ailleurs, les grands noms de l’épopée du royaume de Jérusalem l’ont fréquentée. Un peu de name dropping, chronologiquement : les deux frères Pahlawouni Apelgharip et Likos, Baudoin de Boulogne, Fer, Gogh Vasil, Tancrède d’Antioche, Josselin de Courtenay, Josselin II et sa femme Béatrice (une princesse arménienne), à peine Josselin III, Nour-el-Din, Saladin et Baybars. Turbessel bien défendue par ses deux enceintes dont l’extérieure en terre crue de 4 m d’épaisseur, ses 15 tours et sa position dominante, ne survivra pas la destruction de sa citadelle en 1265 par Baybars avec ses Mamelouks. Après la vente du comté en 1150 aux Byzantins, puis la conquête de Nour-el-Din en 51, la ville est passée définitivement dans le giron musulman, elle reçoit une restauration de ses défenses dans le dernier quart du XIIIe. Marque de son enrichissement ainsi que de l’insécurité qui plane sur la région, jusqu’à la fuite des derniers croisés en 1291. En roulant vers Kilis, d’autres tells ponctuent ce chemin droit, étaient-ils couronnés par de petites forteresses ? Au moins, ils rompent la monotonie de la morne route, avant d’attaquer les pentes du Kartal Dagi qui t’emmène à 400 m vers Rawanda. R.C.

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