Karasis 2013 Turquie (Cilicie)

 

Karasis-kale-ruine-r-crozat.

Karasis-kale-ruine-r-crozat

Les turcs eux même émettent des réserves, ce faisant elles ne doivent pas vous empêcher de visiter ce site qui n’a jamais été fouillé. Karasis se mérite, l’expédition pour sa visite force quelques précautions : pas de short, encore moins de marcel, prévoyez plutôt une tenue épaisse, des moufles, un couvre-chef, des lunettes, quelques heures de maquis laissent des traces, pour le ravitaillement emmener de l’eau, de la nourriture, une boussole et une tente, l’abri pour la nuit est toujours réconfortant, surtout à plus de 1000 m au pays du brouillard. Personne ne passera, même pas un berger avec ses chèvres, trop loin, pas d’eau. Rappelez-vous l’histoire du Petit Poucet. Pour visiter l’intégralité du site prévoyez deux journées, l’épais maquis, la déclivité, l’absence de chemin et l’étendue de la citadelle sauront vous occuper. La route s’interrompt à 590 m, la prairie à la cabane est à 700, le col à 880, la citadelle vers l’extrémité Sud à 910, en tout une bonne heure, d’autant qu’il faut laisser des cairns à tire larigot. L’acropole vers la terminaison Nord culmine à 1060, au moins deux kilomètres de maquis dégueulasse séparent les deux extrémités, toujours sans visibilité et pas de sentiers. Très peu d’informations sont disponibles à propos de Karasis, une construction vers 300 avant JC, pendant la colonisation des Séleucides. Une dynastie fondée par Séleucos, l’un des généraux suivant Alexandre, installée sur la partie orientale du bassin méditerranéen. La position domine toute la plaine sur l’axe Nord-Sud qui traverse le Taurus depuis l’Anatolie vers la Méditerranée. Le site n’est pas inconnu, il existe un panneau de fléchage depuis la route qui s’enfonce dans la montagne en direction de Feke, le seul pendant 18 km, lorsque la piste cesse, il faut poursuivre à pied. Au XIXe siècle, des archéologues Français sont parvenus à le visiter, au début du XXIe une mission germano-Turque a pratiqué un inventaire, mais toujours sans fouille. Brosses à dents et pinceaux s’abstenir, car soulever ou manipuler des blocs gros comme des voitures (dixit des promeneurs turcs) relève de l’exploit surtout dans un maquis d’épineux dépassant souvent deux mètres. La performance n’égalerait pas celle des bâtisseurs, ceux qui ont érigé cette citadelle, acropole, il y a plus de 2300 ans. La crête est bordée de falaises sur trois côtés, à l’est, la seule face accessible se donne aux randonneurs aguerris. Une longue muraille coure encore sur plusieurs kilomètres cernant toute la sommité, ses blocs cyclopéens, ajustés et assemblés sans mortier, s’empilent intacts jusqu’aux 10 m originels. Nous n’avons inventorié que la partie Sud, certains l’appellent le château (kale), d’autres évoquent un lieu de culte, reste l’indéniable puissance de cette ligne fortifiée rendue infranchissable par sa structure et par ses barrières naturelles. Les bâtiments les plus emblématiques semblent localisés dans cette portion. Liés ou accolés à la muraille, rescapés des tremblements de terre, le temps ne parvient pas à les user. L’appareil cyclopéen est fait pour durer, les blocs taillés dans une pierre si dure, que même jetés au sol ils ne soient ni brisés ni écornés, comme un jouet d’enfant qu’il suffit de remonter. Un redoutable assemblage, avec des tailles en biais, des rangs inférieurs qui s’imbriquent dans les supérieurs, le parement devient le jeu d’une construction abstraite. Dans les tours et les bâtiments les plateaux sont en bois, dans les murs les logements attendent simplement de nouvelles poutres. Remarquables, l’ampleur et la structure font œuvre, un linteau est orné de la figure symbolique de l’éléphant, sur la même façade une pierre proche du seuil porte un renflement sphérique, sur la plupart des blocs un tailleur y a laissé son empreinte. A la pointe Sud se tenait une vaste bâtisse, ce n’est plus qu’un champ de pierres parfaites descendues par un séisme, peut être celui de 1114 qui ravagea toute l’Euphrathèse et Maras. En le traversant quelques-unes bougent encore, comme tombées de la veille, pas un arbuste ou une touffe d’herbe! L’éloignement, à plus de 20km de Kozan, augmenté d’une position inaccessible préservent encore le site des pilleurs ou des aménageurs. Pour rejoindre le temple, au nord, cela coûte encore 100 m de dénivelé, une marche pénible d’au moins deux kilomètres dans ce sale maquis avec le risque calculé de se perdre au moins plusieurs fois. Sans nous, pour cette fois, ils nous restaient six heures de lumière naturelle. Nous sommes allés voir les deux petits châteaux de Rifatiye avant de monter vers Karsanti. R.C.

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