Morimont 2009 france (Alsace)

morimont-ruine-R-Crozat

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De toute part, il reste invisible, dissimulé par la végétation luxuriante de cette région largement arrosée, impossible de deviner qu’un tel château se trouve là. Heureusement, les ruines sont fléchées depuis la route d’Oberlarg à Levoncourt. Rendez vous à l’auberge, une grande bâtisse du XVe convertie en hôtel de charme. Le site n’en manque pas. Perchée sur la crête qui mène par un chemin au château, l’ancien relais seigneurial se repère comme le seul point au milieu de la forêt. A peine cinq minutes de marche sur le sentier de crête, et tu jouis d’une vue plongeante sur les ruines. Ambiance des jours de pluie sur le massif vosgien, tout se rassemble pour mieux te digérer, l’herbe, le brouillard, le ciel. L’accueil est redoutable, défendu par une canonnière que n’aurait pas reniée Serré de Rivières, un défilé d’entrée t’attend, quelquefois tu ressens la solitude autant que la pluie. Les dimensions du fort collaborent encore un peu plus au dramatisme. 60 mètres par 50, cela tient plus des grandes forteresses françaises du XVe, que du petit nid d’aigle alsacien ramassé sur un bout de rocher. Pourtant, le premier Morimont du XIIIe se conforme à cette physionomie, une protubérance rocheuse fait front à un éperon barré surmonté d’un gros donjon. A ses pieds, la chapelle, puis un logis, côté Sud une petite basse-cour dont l’enceinte a été englobée dans les agrandissements du XVe. La sinistre entrée, peu engageante à dessein, est un long corridor taillé dans le rocher qui contourne les fondations du donjon. Au fil de chaque reconstruction, les bâtiments profitent du style en vogue, ici aussi, la Renaissance semble avoir marquée les esprits : aménagement de la tour d’escalier, dernière survivante aujourd’hui d’un logis de la fin du XIV. La partie la plus récente, datée du XVe, a nécessité 30 années de travaux. Il demeure de beaux restes, les 7 tours sont en partie debout, une grande salle souterraine de 50 m sur 8 de large et 4 de haut est parfaitement conservée. Couverte par une voûte en berceau, elle évoque les grands châteaux de l’Oise : Pierrefonds, Coucy, mais aussi la salle des écuries de Lagarde dans l’Ariège ou encore les vastes entrepôts souterrains de Saône, du Marquab et du Krac.
L’histoire se confond avec celle de tous les châteaux du Jura alsacien suisse, dont Ferrette est le point d’influence. La famille de Morimont fait référence dans la longévité, de la fondation du fort au début du XIIIe jusqu’au XVIIe, ils établissent, reconstruisent, modernisent. Liés aux Ferrette, ils rendent également hommage aux Habsbourg en 1324. 30 années plus tard la terre tremble à Bâle, les constructions subissent leur seconde destruction, après celle ordonnée par l’évêque de Strasbourg au début du XIIIe. Le parti pris des Français par la famille, à l’encontre de l’Alsace et des Suisses, provoque une troisième démolition en 1445. Finalement, les alliances nouées et la présence de Gaspard à la cour du roi de  France, favorisent la reconstruction de grande ampleur qui suit. Adaptation à l’artillerie, développement de l’emprise vers le nord, élévation de deux tours dédiées au tir d’armes à feu, l’épaisseur de leurs murs avoisine les 4 mètres. Aujourd’hui, les gueules béantes des énormes bouches à feu continuent de tourmenter le passant. Au XVIIe les affaires se gâtent, après un siècle de quiétude, le dernier héritier vend, en 1632 les suédois débarquent et s’installent au château. Lorsque les Français les délogent, Morimont morfle en entamant son chant du signe : pillage, incendie, révolution, Bien National, changements de propriétaires. Les premières velléités de restauration ou de consolidation s’échafaudent vers 1850. Des travaux entrepris récemment, condamnent l’accès à l’intérieur du site, lors de mon passage en Juillet tous les cadenas étaient ouverts. R.C.

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