La Chapelotte 2007 France (Vosges)

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Avant 1914, au milieu de la forêt, il se trouvait au col de La Chapelotte une maison forestière et une chapelle. D’un côté la Lorraine, la vallée de Celle sur Plaine, de l’autre le massif vosgien. Fin 18 la crête est pelée, rouge, non pas de sang comme le commenterait un expressionniste en mal d’inspiration, simplement parce que le grès rose qui constitue la montagne a bénéficié d’un labourage en profondeur. Ensevelis par la mine, hiver comme été, 2000 soldats français et autant d’allemands ont payé de leur peau. Finalement, les types se sont rendus compte qu’à plus de 35 m de profondeur, les mines n’opéraient plus ! Quelquefois, à peine 20 m séparaient les deux lignes de front, sur place difficile de savoir où se situaient les uns et les autres, seuls repères, les Allemands ont construit des bunkers en béton. Les Français, persuadés de reconquérir rapidement, utilisèrent des matériaux naturels ou se terrèrent au fond des grottes. L’éloquence des chiffres devient le pléonasme de l’horreur : 55 mines pour un front de 300 m, 150 tonnes d’explosif, 1500 m de galeries, dont une française s’enfonce à plus de 120 m sous les lignes adverses. Ensuite, du matériel de haute volée : centrale de production d’énergie, liaison ferroviaire, gaz, lance-flamme, barbelés électrifiés. Amusant paradoxe, les troupes en première position dans les Vosges y venaient en villégiature, histoire de se refaire une santé. Profiter également de l’air pur pour des compagnies corses et niçoises qui y stationnent durant des hivers entiers ! Lorsque tu franchis le col, le souvenir s’efface, un calvaire et les deux jambages du péristyle de la chapelle sont debout, c’est tout. Il faut s’enfoncer un peu en forêt pour découvrir une première tranchée, rapidement tu tomberas sur des barbelés puis des « queues de cochon », assez facilement tu trouveras les vestiges de ton premier poste de mitrailleuse bien bétonné. La promenade peut durer plusieurs heures, pour l’amateur de ruines perdues c’est un parc où tu cours d’attractions en attractions. La quête du vallon qui abrite l’hôpital et plusieurs casemates allemandes figure la consécration. Plus loin, la découverte des pierres tombales parachève l’œuvre. Ce traitement, dans mon inventaire de la fortification médiévale, du site de la Chapelotte illustre sur l’échelle du temps la relativité de ses écarts. Les modes de construction défensives employées nous ramènent en plein Moyen-âge. Parement de murs en pierre, ossature en béton coffrée par des rondins de bois, implantation d’un bunker à l’extrémité d’un éperon. Départ d’un téléphérique, le fameux ouvrage s’accroche au flanc de la colline, assis sur un socle de béton, il s’élève sur deux niveaux, sur l’autre côté une petite terrasse domine le vallon. Il protégeait toute l’enfilade, dont le fameux hôpital. La visite de ce dernier redonne un peu d’humanité à l’endroit, sinistre dans cette forêt de résineux, l’entrée de la chapelle est surmontée d’un fronton classique, certaines salles sont agrémentées d’une frise de couleur ou d’un désuet ornement de plafond. La construction n’a pas subi de démolition. Des photos d’époque montrent des casemates habillées façon cabanes au Canada, sur des esplanades fleuries des soldats joviaux fument leur pipe. Un autre passé git à quelques kilomètres avec les ruines du château de Pierre-Percée abandonné depuis le XVe. Ici, sur une éminence, les vestiges d’une autre tour du XIIIe auraient servi d’observatoire aux Français. La recherche des emplacements requiert de longues heures de marche dans un site absolument pas sécurisé. Il n’est pas rare dans une tranchée de tomber sur l’entrée d’une galerie de mine à la béance impudique s’enfonçant dans les entrailles de la montagne. Grottes et cavités dans le rocher sont nombreuses, la forêt est calme, les cartes difficiles à interpréter mentionnent à peine les édifices. En hiver, vous ne croiserez que des chasseurs. R.C.

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