Montcornet 2010 France (Ardennes)

Moncornet-ruine-R.-Crozat  Montcornet-1-Ruine-R.-Crozat

Tout autour, d’humbles maisons ardennaises donnent la mesure au gigantisme de la forteresse. Un mastodonte de pierre isolé sur un éperon. La métaphore n’est pas vaine, en voici ses principales dimensions : le rocher pointe depuis le nord vers le sud sur 170 m et 50 de large, la masse du corps d’habitation fait ses 50 sur 50, enfin aux trois niveaux encore perceptibles, il faut y ajouter un quatrième, sans oublier des toitures suffisamment pentues et recouvertes d’ardoises. A la fin du XVe, la « bête » est défendue comme un porte-avions, à Montcornet toute la modernité des systèmes défensifs est représentée. Riche, longue et éloquente liste : boulevard défendu sur 3 niveaux par 18 archères et bouches à feu, châtelet, double pont-levis dont un piétonnier à bascule, gaine de circulation avec des postes de tir à la base des murailles, à tous les niveaux des canonnières certaines avec évents, tour à orillons et plateforme d’artillerie. A l’extrémité Sud, la dernière tour mesure plus de 16 m de diamètre sur 4 niveaux, isolée de la basse-cour par un fossé, et fermée par un pont-levis. Le site géologique est remarquable, un simple fossé au nord détache le long rocher du plateau. L’occupation dès le néolithique semble confirmée, suivent les périodes gauloise et romaine, enfin sous les Carolingiens lorsque naissent les premières infrastructures militaires. Durant les Xe et XIe siècles des seigneurs du Porcien engagent des travaux de fortification, s’appelaient-ils déjà Montcornet ? Ces derniers tiraient leur richesse de forêts au nord et d’un péage installé sur la Meuse à Deville, vers le sud ils possédaient les plaines agraires de la Sormone. La lignée, depuis Hugues, se poursuit jusqu’en 1295. A l’occasion d’un mariage, les Miles de Noyer deviennent propriétaires, pauvre famille qui s’implique dans la Guerre de Cent Ans et se ruine en rançons. En 1446, la seigneurie se vend avec le château en mauvais état, à Antoine de Croy. Ce que tu contemples actuellement date de cette période. Tour à tour les propriétaires contracteront des alliances avec le duché de Bourgogne et le royaume, le domaine se situe à mi-chemin, entre un Hainaut bourguignon et une Champagne française! Cette place stratégique ne semble pas avoir souffert de sièges ou de combats, elle passe d’une main à l’autre par alliance ou rachat. Ainsi, Charles de Gonzague à la belle époque de Charleville acquiert le château, dans la seconde moitié du XVIIIe il parvient au duc d’Aiguilllon qui le fait démantelé. Abandonné, il végète, les pierres s’échappent, redécouvert par le curé du village au milieu du XXe siècle, des chantiers de jeunes s’organisent pour déblayer la cour et les boyaux. Humble renaissance sans fastes et sans grands moyens, il se conserve comme une belle ruine. Un peu à l’écart, Montcornet appartient aux chemins du « Pays où l’on n’arrive jamais », traversé seulement par la départementale secondaire qui relie Arreux à Renwez, d’autres voies existaient, aujourd’hui elles finissent par se muer en chemins boueux un peu gras. Ici, il pleut souvent. Fermé en hiver, un peu plus ouvert à la belle saison. R.C.

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