Lampron 2005 Turquie (Cilicie)

Chateau de Lampron Turquie Cilicie

Chateau de Lampron Turquie Cilicie

La chaleur tombe, l’habitat prend des allures de village suisse, à 75 km de Tarsus la mer est un souvenir, nous avons traversé des vallées, roulé sur des hauts plateaux, emprunté des défilés, peu à peu l’ocre et la poussière font place au bleu et au vert. Un univers coquet de résidences secondaires disséminées dans la vallée, au milieu de ce paysage alpestre trône un formidable rocher. Il se voit à des kilomètres à la ronde, au dessus le château dont s’imaginent quelques superstructures. Mon œil exercé devient capable de déterminer la position d’un site sur le terrain. Lorsqu’il s’agit de trouver l’accès des constructions arméniennes, l’affaire se complique… Premier essai infructueux, nous atterrissons dans la cour d’un restaurant désaffecté en dessous de la terrasse Nord, la seconde tentative nous offre l’occasion de faire le tour complet du rocher au pied des falaises, après la visite du vieux village sur le flanc Ouest, des ouvriers nous indiquent le chemin. 20 mn à zigzaguer de terrasses en terrasses, inutile d’aller trop à gauche vous ne passerez pas, à droite dans un petit défilé monter l’escalier taillé dans le rocher, deux derniers lacets, nous voici dans une souricière à l’arménienne (2 portes à 90°). Sur la partie Sud très ruinée, des murs délimitent des enclos auxquels il est difficile d’attribuer une fonction. Le plateau très accidenté s’étend sur 400 m et plus de 120 de large, du haut de ses falaises il domine de 40 mètres le bourg et ses chalets suisses. Au centre, aucune trace de bâti, l’éperon Nord en léger surplomb supporte les constructions les plus attractives, cinq salles accolées, dont quatre toujours voûtées. La plus belle mesure 20 m de long, sa maçonnerie préservée dans un bel appareil de pierres jointives tranche avec la pierre à bossage plus courante.
Au registre des constantes, l’austérité et l’absence de décorum confèrent à tous ces sites l’appellation justifiée de fort, voire d’ouvrage purement défensif. Souvent établis sur des sites géologiques inaccessibles, ces châteaux se passaient de tours de guet ou de donjon.
L’histoire de Lampron, siège de la dynastie royale des Hétoumides, est reconnue, Claude Mutafian nous la raconte assez clairement. Malgré son isolement montagneux ce site exceptionnel proche des Portes de Cilicie excite toutes les convoitises. Les Grecs, avant les Byzantins auraient déjà fortifié le rocher. Les premiers seigneurs arméniens arrivent en 1070 depuis leur Arménie natale, la famille d’Apelgharip implantée d’abord à Paperon se divise, Lambron revient à Ochin, sa descendance est assumée en 1170 par son fils Hét’oum, ces petits princes indépendants continuaient de rendre hommage à l’empereur. Mais progressivement les Byzantins perdent la main. D’alliances en coups de main, la famille parvient à détenir les principales portes de la Cilicie, côté Taurus avec ces deux premières forteresses, côté Amanus avec Servantikar (Savranda) et Négir (Mancilik). Hélas, le premier souverain du royaume de la Petite Arménie ne sera pas un hétoumide mais un Roupénien, l’autre famille installée au nord à Vahga. La situation s’inversera lors d’un bon mariage en 1262. Après Hét’oum vient son fils cadet Constantin qui fait diversion en s’alliant aux Seljoukides, ses anciens amis arméniens se chargeront de le liquider en 1250, une affaire confuse. Son fils hét’oum reprend le château et sa fille Keran épousera le prince héritier Leon, leur fils nommé Hét’oum II devient roi en 1285. Vous avez suivi… Les vrais ennuis ne tardent pas à surgir, en 1300 la place subit une attaque musulmane, gros dégâts réparés vers 1310. La fin approche, vers 1337 les Karamanides s’emparent définitivement de la région, Paperon résiste encore 10 années jusqu’à sa chute en 1347, 30 ans plus tard le royaume de la Petite Arménie à cesser d’exister. Une garnison Mamelouks y stagne avant l’installation ottomane. Le calme revenu, les châteaux perchés s’oublient jusqu’à l’invasion de pylônes pour des relais émetteur. Immanquablement, la vue embrasse le paysage panoramiquement à 360°, vers le nord-est, au milieu d’un pâturage une autre grosse construction attire mon regard, je ne rêve pas, au zoom je reconnais une tour posée sur une pelouse, de surcroît peu ruinée. Vite au suivant, sans trop de regrets pour les restes de Lampron. R.C.

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