Vahga 2005-2008 Turquie (Cilicie)

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« Certains lieux excitent la curiosité et forcent l’admiration », ainsi se conterait le résumé d’un guide touristique évoquant Vahga… s’il en connaissait l’existence. Heureusement, personne ne parle de cette forteresse de montagne perdue dans un environnement qui ne plaisante pas. Un formidable château, à 1100 m, qui côtoie les premiers 2000 dans son environnement, un décor sans fioriture où l’aridité du vent colle aux pierres. Ni hasard, ni mégalomanie outrancière, le site occupe une place stratégique sur la route qui remonte en quête d’un col vers le plateau anatolien. Depuis le XIIe, il a vu se regrouper aux pieds de ses murailles une forte colonie arménienne. La montagne servait de premier refuge aux populations chassées de la plaine. Depuis Sis, sur la route du nord, Vahga fut à la fois l’ultime forteresse arménienne, une base de repli, et en 1144 un point d’appui pour la reconquête de la Cilicie. Quand les châteaux de plaine tombaient en quelques jours, le piton endura un siège de trois semaines, au terme duquel il fut décidé que l’histoire allait se terminer dans un pré en dessous du fort. Un tournoi opposerait directement champions Arméniens et Byzantins, ces derniers l’emportèrent. Cette défaite entraîna la chute du premier Levon en 1138, fin du premier rêve d’autonomie des Arméniens, Levon mourra emprisonné à Constantinople.  Les byzantins semblaient vraiment déterminés à récupérer le château du prince Koch Vassilia ou Gogh Vassil qui régna sur l’Euphratèse au tout début du XIIe.
Une vallée riche en monuments, avant d’emprunter la piste vers à la forteresse, sur l’autre versant de la vallée, un pont traverse le torrent, la route en terre finit dans un hameau au milieu duquel trône sur une butte des vestiges d’une construction en gros moellons, en bas à l’intersection un panneau indiquait le mot magique : « kale » (château en turque, prononcer kalé). En contrebas du vallon de Vahga, il subsiste à moins d’un kilomètre une église arménienne remarquable, sur le versant opposé en surplomb du château siège un autre édifice très ruiné à l’attribution floue, peut être une chapelle.
Sur le flanc Ouest du rocher, l’Est donnant sur des falaises, une « ville » s’étendait là depuis la fin du XIe, réduite à quelques pauvres fermes au début du XXe, consécutivement aux tragiques migrations des populations locales. Prenez une journée pour y parvenir et visiter le lieu, le chemin est long depuis Adana, heureusement le défilement de ce paysage montagnard compense largement le temps passé derrière des Toros (Renault 12 clonée) asthmatiques et fumantes. Traverser Sis (Kozan), sa citadelle inévitable me nargue avec pas moins de 44 tours, direction le nord. Cinq kilomètres après Feke, l’éperon du château domine la route, il paraît encore bien éloigné, il faudra au moins 20 bonnes minutes pour atteindre son contrefort. Utiliser une piste sur la gauche (fléchée) en assez mauvais état, mais elle reste praticable pour une voiture de tourisme. Le château trône sur son pog au-dessus des fermes. Fin de mon premier séjour en 2005, la nuit tombait sur Vahga.
Ma seconde visite en 2008 révèle que les murailles abritaient une toute communauté, ainsi qu’une velléité de préservation.
Berceau des Roupénides, au faîte de leur pouvoir au XIIe siècle, la forteresse se considérait comme un site majeur. Elle demeure aujourd’hui un endroit digne d’intérêt pour les Turcs avec un potentiel touristique indéniable, l’implantation, la fière allure d’un nid d’aigles ajoutée à l’état et à la qualité architecturale des vestiges prêchent pour une sauvegarde de l’ensemble. Une amorce est en cours avec l’installation d’une porte en métal censée restreindre l’accès à l’intérieur, des traces de consolidation autour du châtelet vont également dans ce sens. Après une courte marche d’approche pour parvenir au pied du rocher, un pan incliné se distingue de la pierraille, manifestement restauré, il t’amène facilement à la porte. Heureusement, le site est maintenu ouvert, en réalité la porte a été forcée. L’aventure peut commencer, lugubre, nous pénétrons dans une longue nef voûtée, supportée par quatre doubleaux en ogive. Un remarquable travail qui rappelle celui de l’entrée de la citadelle de Sis, attribuée aux Mamelouks. Il s’agit d’un véritable châtelet, avec ses chicanes et ses tours il défendait le passage vers le niveau intermédiaire. Aux pieds des enrochements du second plan, la petite plateforme sous la tour polygonale devient accessible par un petit escalier depuis le couloir principal. Surprenante voie d’accès, tantôt elle épouse les bords de la falaise, dans sa première partie, exposée au sud, tantôt les passages sont abrités, plus prosaïquement le chemin évite les gros enrochements. Vers le second plateau il disparaît complètement, les rochers encombrent un peu moins le plateau. Ici un premier ensemble de constructions garde cet accès, j’y repère les vestiges d’une porte, un mur bouclier percé de trois meurtrières, la tour polygonale peaufine le groupement. Ce bâtiment attribué aux Arméniens diffère dans sa forme et dans son appareil. Il se compare à la maison forte de Kis. Dans ses fondements, Edwards y verrait bien une citerne, ses autres niveaux pouvaient être des pièces d’habitation.
Au centre comme un ventre, l’oeuvre majeure du site, une citerne principale utilise en partie une cavité naturelle située en plein milieu du pog. Des proportions monumentales, sa voûte flotte à plus de 8 m, supportée par une énorme pile centrale, l’ensemble me rappelle la salle basse du donjon franc de Saone en Syrie. Au Proche-Orient, avant les chapelles, les citernes figurent parmi les structures les mieux conservées, elles retiennent toute la vitalité. Cathédrales enfouies, par leurs dimensions, leur configuration ou leur implantation, exaltant le génie et les prouesses architecturales de leurs bâtisseurs. D’autres constructions en direction de la pointe Nord, des salles corridors toujours couvertes de leurs voûtes d’arête s’adossent à la muraille. Encore une répétition de style rencontrée dans plusieurs sites arméniens, Gokveglioglu, Savranda, Silifke, Toprake…
De l’avis de visiteurs avertis : Dunbar, Boal, Hellenkemper et Edwards, la forteresse appartient aux ouvrages Arméniens sur les fondations d’un ouvrage byzantin. Seule la face Ouest est investie, très peu de murs sur le front Est, de ce côté la falaise plonge vers un infini montagneux. R.C.

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