Saulxure sur Moselotte France (vosges) 1986 – 2011

saulxure-Ruines-R.-CrozatRuine-saulxure-R.-Crozat

Succession difficile; à peine plus de 100 années distancent la fin des travaux en 1861, du dépeçage en 1970. Depuis longtemps le château ne s’ouvrait plus qu’à la belle saison, pas souvent rieuse dans la vallée encaissée de la Moselotte. Les Vosges ne s’illustrent pas pour leur richesse et leur douceur de vivre au XIXe siècle, un habitat disséminé, exclusivement agricole, occupe les côtes et les fonds de vallée. Jusqu’au milieu du siècle, les ordres religieux tiennent encore la dragée haute, mais l’industrialisation progresse en favorisant une classe de petits tisserands qui profitent du contexte de délocalisation de la production. Rapidement, ils amassent des fortunes confortables au profit d’une main d’œuvre bon marchée, endormie par des œuvres sociales. Ils bâtissent villages écoles, cités ouvrières, salles des fêtes, routes, églises, usines, en se gardant d’afficher un luxe ostentatoire pour leurs grosses demeures à la simplicité biblique. Un profil bas dont les Gehin s’abstiennent, établie depuis 1825 la manufacture profite grassement au fondateur, surtout à sa femme. Lorsqu’en 1854 débutent les travaux, le patron, épuisé par une vie de labeur, repose en terre depuis déjà 10 années. Ses fils dilettantes se sont enfuis à paris, la veuve restée dans la vallée rêve de Versailles et décide de construire le château. Il s’agit de bien plus qu’une demeure bourgeoise néo classique, à l’instar de celles des potentats voisins. L’allure du bâti est traditionnelle, un long quadrilatère avec des petits retours en L. L’architecte appartient au cru, l’affaire prend toute sa quintessence dans le détail et l’ornementation. De part et d’autre du corps principal, posées sur deux terrasses, des serres abritant des jardins d’hiver mènent à un billard et une bibliothèque. Deux dépendances : écuries et conciergerie sont reliées à l’ensemble par des grilles en fonte que ne renierait pas Jean Lamour, Sir Paxton aurait également apprécié l’hommage à son Cristal Palace pour les serres. Tout a disparu, les serres chauffées par l’usine furent démontées dès 1914 puis entre les deux guerres, quant aux grilles, leur fonte fut récupérée en 1978. Heureusement, les cariatides et atlantes qui supportent l’encorbellement côté parc demeurent en place. Elles soutiennent doublement la bâtisse, au propre comme élément structurant et décoratif majeur, au figuré par leur classement à l’inventaire. Sans ces quatre œuvres du sculpteur d’empire Georges Clère, la bâtisse serait au tapis depuis longtemps. A noter également, tout le travail de statuaire sur les frontons et les linteaux, un programme remarquable qui trouve son pendant à l’intérieur, dans l’unité de l’ornementation et le choix du mobilier. Là aussi, la veuve paysanne fait preuve d’un goût très sûr, sa fortune et ses relations parisiennes n’y sont pas étrangères. On peut dire que les plus fameuses maisons et artisans d’art, également référencés chez Napoléon III, contribuèrent au lustre du « Versailles Vosgien ». A présent, le palais est une véritable ruine, lors de ma première visite en 86, la toiture recouvrait encore l’ensemble, mais l’eau passait, les lambris de la bibliothèque l’habillaient encore, des médaillons de taffetas éventrés garnissaient toujours certains murs du salon, la végétation dissimulait les façades, dans le parc trônait un pavillon façon chalet suisse. Aux dernières nouvelles, les gravats s’entassent entre les quatre murs, chacun se refile la patate chaude pour faire tomber les restes. Les éléments de la statuaire, classés depuis 1980, finiront placés dans une obscure réserve de musée. La ruine se trouve au centre du village. R.C.

Advertisements
Cet article, publié dans France, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s