Tauzia 2010 France (Gers)

tauzia-ruine-R.-Crozat tauzia-ruines-R.-Crozat.

La Gascogne transpire le bonheur, idée idyllique contemporaine véhiculée par des paysages de cartes postales, où des stars gavées de bonnes chères arpentent des marchés rebondis de riches victuailles. L’apparition du Tauzia au travers d’une haie de verdure au détour d’un virage en rajoute une pincée, pourtant sa construction à la fin du XIIIe siècle révèle l’histoire mouvementée de la région du XIIe au XVe. Rappelons la douloureuse union de Louis VII et d’Aliénor d’Aquitaine qui dura tout de même 15 années de 1137 à 1152. La belle, d’une intelligence supérieure, supportait difficilement son pataud catho d’époux, en cultivant un goût prononcé pour le pouvoir. Evincée des affaires, elle parvient néanmoins à participer à une croisière en méditerranée à destination d’Antioche puis de Jérusalem Palestine. Pendant l’excursion, de mauvaises langues lui prêtèrent des relations adultérines, à son retour le couple se déchire. In fine, un lien de parenté avérée par l’église officialise la possibilité d’un divorce. Séparation en 1152, Aliénor à 32 ans, retour à Bordeaux, elle s’entiche d’Henri Plantagenêt d’Anjou et de Normandie, en principal roi d’Angleterre. L’Aquitaine, de Poitiers aux Pyrénées, devient Anglaise en 1154, une épine de taille pénètre dans la sandale du royaume. Après avoir donné deux filles à Louis, elle offre encore six enfants à Henri, dont Richard dit Cœur de Lion, elle décède en 1204, à 82 ans ! Heureusement pour Louis, au terme de deux autres mariages, il donne un demi-frère à Richard, Philippe II dit Auguste, la bataille peut commencer. Ca va durer 200 ans, en Gascogne les comtes d’Armagnac chassent définitivement les Anglais en 1377. La construction des châteaux dits gascons fait suite au traité d’Amiens en 1279 qui redonne aux Anglais l’Agenais dont le Condomois. Ces derniers pas très sûrs de leurs positions, mandatent les seigneurs locaux, qui leur rendaient allégeance, pour édifier des postes de guet aux limites de leurs prérogatives. Ainsi naquirent de grosses et hautes maisons fortes dans lesquelles certains voient l’influence des constructions bien parallélépipédiques d’outre-Manche. Sur une ligne de 50 à 60 km vous découvrirez Sainte-Mère au Nord, à vue du Tauzia Mansencome, avec en intervisibilité Lagardère. Vous trouverez également beaucoup de similitudes au château du village fortifié de Larressingle, vers l’ouest. Tous ces forts n’étaient pas systématiquement en territoire anglais, lequel a fait école ? Outre l’aspect massif et ramassé, d’autres détails sont flagrants de ressemblance ; les belles archères cruciformes à terminaison pattée, la présence de deux tours seulement, la hauteur très élevée de la muraille, au Tauzia 24 m pour 14 à la courtine, un appareil très soigné de pierres calcaire, ici l’assemblage du remplissage est un mortier et non de la terre. Enfin, toutes ces demeures ne semblaient pas posséder d’autres systèmes défensifs que leurs hauts murs presque aveugles, un portail d’accès surélevé et certainement un crénelage sur le couronnement des tours. Sur leurs terres, vers 1288 au Tauzia, les Barbazan édifient pour le compte des Anglais. En dépit des vicissitudes d’occupation, durant 200 années, la famille tente de demeurer fidèle aux Armagnacs : départ anglais en 1325, puis retour en 1360 et abandon définitif en 1377 lorsque Dugesclin s’en mêle. Fin du XVe, après plusieurs mains dont les Astarac et les comtes de Foix, le Tauzia avec ses terres sont cédés à Jean de Marestang en 1479. Sa longue descendance entreprend de transformer le poste de garnison en une demeure habitable : percement d’une porte dans la tour, ouvertures sur la façade méridionale, construction d’une tour d’escalier polygonale. En 1640, nouvelle vente à la famille de l’Ebéron qui ne l’habite pas, prémices de l’abandon qui s’ensuit. Un incendie ruine le château au XVIIe, il n’est pas reconstruit, la tour d’escalier est démolie au XIXe. Il demeure dans la propriété des de la Forcade du Pin de 1710 à 1953, qui conservent une ruine pour un titre de noblesse supplémentaire. Le Tauzia se distingue par l’élégance et la variété des sculptures qui ornent ses grandes baies gothiques percées au début du XVIe. Les retombées des modénatures qui les soulignent se terminent par des culs-de-lampe figurant des visages d’une grande finesse. Dernier constat, en circulant autour de la muraille, aucune pierre ne jonche le sol, pourtant il en existe de nombreuses branlantes à 24 m, le propriétaire âgé de 80 ans, ne se remémore pas en avoir ramassé, il est né dans la ferme aux pieds du château. Aucune source n’alimente le coteau d’Augé, dixit ce charmant monsieur, il existerait à l’intérieur un puits qui descendrait à 30 m ensuite une galerie mènerait jusqu’à la Baïse. Maignaut Tauzia est 8 km au sud de Condom. R.C.

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