La Mothe Soulaucourt 2010 France (Haute Marne)

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Dans cette enclave haut-marnaise du sud du département des Vosges, une butte dépasse de peu ses voisines. Dépouillée pendant des siècles, elle prend la forme d’un massif boisé de plus dans ces limbes verdâtres et dépeuplés. Un fortin contrôlait depuis longtemps la voie romaine d’Agrippa, lorsqu’en 1255 le comte de Bar y plante un château. La terre revient aux Lorrains quand René d’Anjou annexe le duché de Bar. Située à la jonction de trois territoires, la Champagne, la Bourgogne et la Lorraine, inutile d’épiloguer sur l’importance stratégique d’une fortification à cette place ! On comprend également l’acharnement des Français à posséder cette butte, puis à la rayer de la carte. Ses habitants n’auront pas démérité, tellement résistante que Mazarin en aurait demandé la démolition intégrale, allant même jusqu’à polluer ses puits en y gâchant du mercure. Au terme d’une épreuve de 200 jours, les familles survivantes du dernier siège en 1645 s’en sont aller repeupler les villages aux alentours. Les Chanoines sont envoyés à Bourmont, des pierres un peu partout au gré des adjudications, bâtie en 1698 l’église d’Outremécourt en profite largement. La prospérité souriait à La Mothe, le château du gouverneur dominait une cité de 4 000 âmes, à peine 1500 à Nancy, ou 750 à Châtel sur Moselle. Bien à l’abri derrière de puissants remparts élevés par Chrétienne du Danemark en 1548, fraîchement restaurés au début du XVIIe, La Mothe inquiète le camp français. Période de tourmente à l’est, depuis 1618 la guerre de Trente ans ruine les campagnes, les soldats et les paysans rivalisent de cruautés que ne renieraient même pas une compagnie de Nazis, remémorez-vous les gravures de Callot avec son « arbre aux pendus ». Une épidémie de peste complète le tableau, de quoi tordre le cou à l’angélisme populaire de la belle et douce vie sous l’ancien régime. La ville subit trois sièges consécutifs, un premier en 1634 la ville est prise mais les bourgeois demeurent et le duc renie ses engagements, retour des Français en 1641, le décès de Richelieu interrompt les hostilités. 1644, nouvel encerclement avec l’issue fatale et la purge radicale qui s’ensuit l’année suivante. Longtemps le plateau demeura dénudé puis un jour on décida de l’oublier définitivement en le reboisant. A flanc de coteau, la route gagne en sous-bois les 190 m de dénivelé qui mènent aux derniers vestiges de la cité perchée à 500 m d’altitude. Ces quelques fortifications de la porte basse encouragent le promeneur en lui laissant présager d’autres fructueuses rencontres. Vous saurez vous contenter de cet ensemble, piètres restes au bastion St Nicolas dévoré par les racines, ailleurs quelques trous et fouilles sauvages révèlent des seuils d’habitations ou des caves. Pour vous divertir, comptez sur la compagnie de l’esprit de ceux qui ont vécu et se sont battus ici, plutôt que d’une présence contemporaine. Vous vivrez des instants poignants lorsque seul vous allez croiser le vieux monument mémorial, au milieu de la clairière symbolisant l’emplacement de l’ancien château. En 1959, H.P. Eydoux dans l’une de ses envolées rêvait « de réveiller les souvenirs endormis », il évoquait le pavage des rues, des restes d’habitations, les quelques rangs de pierres subsistant du chevet et de la salle du chapitre de la collégiale. Même le panorama a disparu, la belle forêt de hêtres et de chênes masque à la vue les ondulations des paysages du Bassigny. R. C

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