Haut-Koenigsbourg 2016 France (Alsace)

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Avertissement au lecteur : cet article est une uchronie, une interprétation de ce que pourrait être ce château aujourd’hui si…..

La longue construction s’étire sur son socle granitique, à plus de 730 m l’imposante forteresse impériale domine encore l’entrée du Val de Villé. Depuis plus de quatre siècles, Le plus fort et le plus gros des châteaux d’Alsace se laisse doucement digérer par la forêt de pins qui l’entoure, certains plus hardis ont pris racines sur les hautes murailles. Quelques touristes courageux empruntent le sentier du Club Vosgien pendant une bonne heure en sous bois. Bravant le risque de se fouler une cheville, ils parcourent cet immense pierrier pour admirer cette longue courtine toujours dressée à plus de 10 m. Je m’y suis rendu plusieurs fois. La première, au terme d’une longue marche depuis le Hang au dessus de Saales, nous avions dormi dans la vallée, à La Vancelle, j’étais adolescent. La seconde fois, l’ascension s’est déroulée dans la brume, la couverture nuageuse très dense entourait le sommet, le vaisseau de pierres rose semblait pouvoir rejoindre La Lorraine. Lors de ma dernière virée sur la colline, j’ai parcouru l’éperon d’est en ouest pour visiter l’Oedenbourg ; à peine un jet de pierre le distance du gros bastion Ouest. Une belle pièce d’artillerie, les deux formidables tours barrent l’accès à l’éperon, tout est en état, la courtine qui les relie conserve une partie de ses corbeaux. A l’intérieur, des blocs jonchent le sol de la basse cour, des arbres y poussent, devant moi se dresse toujours l’imposante masse du palais qui enserre le donjon. Depuis le grand incendie d’octobre 1918, le site est resté fermé pendant plus de 30 ans, dans l’espoir d’une ultime reconstruction. Ouvert à tous les vents, entendu ceux du vandalisme, qui croirait à la restauration de Bodo Ebhardt de 1901 à 1908, Dix petites années de splendeurs et l’oubli revenu, à nouveau seuls dans la nuit et le brouillard, les blocs de grès libérés de leur appareil rejoignent pesamment la roche mère. Heureux Alsaciens allemands qui venez contempler la forteresse, aujourd’hui, remémorons-nous les images romantiques en arpentant ces ruines moyenâgeuses agrémentées du confort hygiéniste du XXe.
Pour celui qui ne connaîtrait pas l’histoire récente, confrontation perturbante sur le mur Est du donjon, où une succession de réservoirs de chasse d’eau côtoie une verticale de manteaux de cheminées du XVe, unis dans le délabrement. Toutes les superstructures en bois ont disparu, brulées récupérées. Pendant la seconde guerre mondiale, lors de l’épisode de la poche de Colmar, un groupe de Nazis s’y était installé. L’histoire se répète, un seigneur pillard s’était fait délogé en 1462 par les troupes de la coalition des villes de Bâle, Colmar et Strasbourg, le château est détruit. Repris par les Thierstein en 1479, les nouvelles fortifications s’adaptent à l’artillerie, construction du gros bastion Ouest, renforcement des courtines et élévation d’une seconde enceinte. Les imposants vestiges datent principalement de cette période, les ajouts décriés de la dernière restauration concernent simplement des détails dans l’aménagement intérieur ainsi que des éléments décoratifs qui accentuaient le romantisme médiéval. Fondus dans la masse ruinée, Ils appartiennent maintenant au Moyen-âge. Lorsque les Thierstein s’éteignent, perclus de dettes, l’empereur reprend le site et fait construire à l’est le Bastion en étoile. Les coûts d’entretien sonnent le glas de la forteresse, l’empereur s’en désintéresse, survient la Guerre de Trente ans, une pauvre garnison dans un château délabré résiste en vain pendant 52 jours. Un incendie achève le travail. La vieille histoire débutée au milieu du XIIe, avec Frédéric le Borgne, s’est poursuivie avec Frédéric Barberousse, puis avec le duc de Lorraine au XIIIe et les Ratsamhausen, jusqu’au XVe lorsque des seigneurs pillards investissent la place. Choix cornélien pour le Conseil Général du Haut Rhin qui a dû arbitrer pour la restauration du Holandsbourg, au détriment du Koenigsbourg. J’imagine aisément la configuration du site avec une route d’accès, des flux incessants d’automobiles et d’autocars dont le trafic est régulé par des feux tricolores… à 700m, en pleine forêt ! Il y aurait une buvette, un restaurant à la choucroute sans saveur et une guitoune pour le visitor center. R.C.

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