Linchamps 2012 France (Ardennes)

Chaque dimanche nous longions la Semoy pour nous rendre à Bohan en Belgique. Mon père faisait le plein de la « guinde » et de cigarettes, ma mère nous achetait des plaques de chocolat Côte d’or, l’éléphant barrissait au bout de chaque barre. A cette heure j’ignorais la vie enfouie des tours et châteaux qui défendaient les boucles de la rivière depuis Florenville, Bouillon jusqu’à Monthermé. Je remercie les auteurs du site http://mosa.ouvaton.org/ qui m’a permis de découvrir cette ligne de fortifications érigées du Xe au XVIe siècle, la forteresse de Linchamps figure l’ultime édification. N’imaginez pas une route des châteaux de la Semoy, laissons à Verlaine et Rimbaud la paternité de cette aventure, contentez-vous de tristes ruines pour la plupart arasées au XVIIe. Aucun donjon ne marque les boucles romantiques de la petite rivière, charmante égoïste, déjà évoqué dans mon article au sujet du château de Bouillon. Sous une pluie battante, comme il en tombe souvent en automne sur cette montagne, un chemin longe la crête en sous-bois, au travers des feuilles et du rideau de pluie j’entendais les braillements des adolescents qui jouaient sur le stade de foot de Hautes-Rivières. Aucun balisage, sans repère, vers le sommet le sentier parvient à une paroi oblique anormalement plane, en avant un fossé barre vaguement l’éperon. Les vestiges seront rares, la végétation n’attend pas, le site s’étend sur plus de 250 mètres pour 120 de large, dissimulé par la forêt. Les découvertes sont au hasard, en tournant autour des sommités, puis en les gravissant des restes de structures porteuses apparaissent. Des saignées, ou des escaliers taillés dans le schiste ardoisier ; une pierre impossible à équarrir dont les appareillages ne peuvent tenir qu’à gros renfort de mortier, requérant un entretien régulier. La disparition de tous les murs du château s’expliquant ainsi, il demeure néanmoins des zones de pierriers desquels n’émergent aucun bloc taillé, pourtant la ruine ne date que de la fin du XVIIe. A ce temps, Louis XIV restructure en ayant le souci d’une bonne gestion des finances et d’une maîtrise de ses places fortes, entretien, potentiel nid de contre pouvoir conduisent à la mine un lot de fortifications. Linchamps disparaît définitivement en 1673. Une histoire courte, au moins pour celle documentée qui débute vers 1530 avec l’édification par Antoine de Louvain, homme d’armes inféodé au royaume de France. La mauvaise réputation de son fils Jean, brutalité et exactions en nombre, notamment la mise à sac de villages dont il assure la protection dans la vallée de la Meuse, finissent par la mise en déroute du gaillard et la destruction du château en 1550. Quatre années plus tard, une nouvelle forteresse adaptée à l’artillerie, siège sur l’éminence, 90 mètres au dessus de l’eau. Avec Henri de Lorraine, duc de Guise, la fortification s’étoffe, imaginez une vaste construction entourée de bastions. Rien ne dépasse, pas de haute tour, le donjon ne sera pas reconstruit, remontez la vallée, visitez Bouillon et transposez. Suite de l’histoire, la couronne rachète Linchamps en 1629, vingt années plus tard il appartient aux frondeurs, Ligneville et Condé jusqu’en 59. Destruction et abandon en 1673. Si elle n’est pas écrite, une vie antérieure se conçoit bien avant le XVIe siècle, un tel endroit ne pouvant rester inoccupé. Depuis Nohan ou Hautes-Rivières vous finirez bien par le trouver et le traverser, ne vous fiez pas au hameau de Linchamps dans la petite vallée qui remonte. R.C

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