Kaysersberg 2013 France (Alsace)

A ma connaissance trois illustres personnages fréquentèrent Kaysersberg, le docteur Schweitzer, Roger Hassenforder et mon père. Les deux premiers en sont natifs et y vécurent, le troisième se contentant une fois par an d’y emmener, aux beaux jours, sa famille ou ses copains pour une promenade dominicale. Trêve de raillerie, je me suis longtemps interrogé sur le sens de cette coutume, l’Alsace regorge de villages tous aussi charmants, inutile, nous devions nous envoyer deux heures de routes dont deux cols pour rallier ce spot. J’opterais pour la simplicité de cette destination qui regroupait tous les poncifs du vernaculaire alsacien, donc infiniment consensuel. Un jour de fête permanent, la foule, les boutiques de spécialités culinaires, les pavés, le pont sur la Weiss, le restaurant de Roger le cycliste renommé du Tour de France et le musée dans la maison natale du bon docteur. Il suffisait de lever les yeux pour apercevoir les remparts du château qui couvaient le bourg. Aux pieds des Vosges, juste avant la montée du Bonhomme, Kaysersberg change un peu d’allure, autour du vieux village enserré dans ses remparts se développent de nouveaux quartiers dopés par l’industrie papetière. Héritage de l’industrialisation des fonds de vallée à la fin du XIXe, ceux qui ont survécu durent s’adapter et grossir énormément. Cette introduction pose un décor où se marient idéalement toute l’idéologie touristique des XXe et XXIe siècles. Satisfaisant pour tous, de beaux points de vue préservés permettent d’imaginer le caractère authentique. Franchissez le rempart et montez vers le château à travers les vignes, peu de touristes empruntent ce chemin, la plupart se contente d’errer de boutiques en boutiques avant de s’envoyer une mousse. Tous les plaisirs réunis, même le château n’est plus en ruine, les murs parfaitement rejointoyés uniformisent l’appareil approximatif de granit. Efficace, mais peu harmonieux, avec ses galets ou ses blocs à peine taillés. Simpliste, la description du fort ne s’aventure pas au-delà de son unique tour, évidemment donjon. Heureusement un chemisage bricolé permet de gloser, bizarrement il n’inclut pas toute la tour, la déclivité du terrain posait un problème, mais quelques rangs de pierres supplémentaires n’effrayaient pas les maçons au XIIIe siècle !
La tour officie en terme de bouclier, l’épaisseur de son mur libère seulement de l’espace pour un escalier. Depuis le couronnement vous aurez l’exclusif point de vue plongeant sur village enchanté. La basse-cour est vide, les bâtiments s’adossaient à la courtine sur au moins trois niveaux. Plusieurs reprises de maçonnerie dont une belle bouche à feu témoignent de la volonté toutefois modérée de s’adapter aux armes à feu.
Au départ il y avait autre chose, la construction fermait ou contrôlait l’accès au col, avant 1227. A cette date, les Hohenstaufen entament une reconstruction du village et du château. Vingt ans plus tard l’évêque de Strasbourg en prend possession, l’année suivante en 1248 le duc de Lorraine occupe la place, l’évêque reviendra vers 1260. Finalement, la place échoit, avant la fin du XIIIe, aux Habsbourg, Kaysersberg demeure une propriété royale, administrée en conséquence et relativement convoitée. La route de la Lorraine passe par là. Une importante restauration a lieu vers la fin du XVIe, elle suit le saccage d’une jacquerie et peut être la mise aux normes pour les pièces d’artillerie. La ruine et l’abandon se déroulent après la guerre de Trente ans, les premières fouilles en 1870. Le mystère est définitivement gommé, la propreté et l’intégralité stylistique gagnent le terrain. R.C.

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