Herrenstein 2013 France (Alsace)

Tout un plateau oublié que la forêt recouvre. Une vaste étendue parsemée de murets, de bases de logis, dont un bâtiment émerge encore, complet, seuls les bois de charpente sont descendus. Partout des ruines bousculées, soulevées par les racines, des cônes d’effondrement étalés aux pieds des murailles où gagnent lichens et lierres. Daté de 1510, le dessin de l’élévation réalisé par Specklin pour la reconstruction et l’adaptation à l’artillerie, en partie suivi, explicite le résumé de 300 années de décrépitude. Pour les châteaux survivants de la Guerre de Trente ans, le passage de Montclar, l’homme de main de Louis XIV en alsace, assurait un démantèlement. Herrenstein se ruine et se démonte au profit du Lichtenberg, l’un des seuls sur lequel Vauban jette son dévolu. Paradoxalement, l’abandon du site ne date que du début du XXe siècle. En 1925 l’enclos servait pour une exploitation agricole, avec une auberge restée en activité jusqu’à la première guerre. Des vestiges témoignent de cette occupation domestique : l’ancienne chapelle convertie en pavillon à deux niveaux toujours debout mais sans toit, une cave en parfait état, plusieurs soubassements d’édicules, dont des latrines. Depuis cette époque, le château n’a subi aucun traitement de préservation, une disposition rare en Alsace, pourtant l’emprise du site est importante et sa fortification au passé reconnu assez édifiante.
L’histoire débute à la frontière des XIIe et XIIIe siècles, le fort devait défendre l’abbaye de Neuwiller, Albert de Dagsbourg l’administre, puis à son décès il retourne à l’évêché de Metz. Il subit une première restauration avec des aménagements vers 1260. Au XIVe il se morcelle, (c’est une habitude en Alsace), heureusement la ville de Strasbourg le rachète progressivement et parvient à l’unité en 1480. Renaissance, vive l’artillerie, la seconde transformation donne dans l’euphorie. L’enceinte extérieure se reconstruit avec le percement de bouches à feu, le donjon diminue afin de s’aligner à la courtine, des bastions sortent de terre pour défendre l’accès principal, à l’ouest le fossé s’élargit. Cette première moitié du XVIe se fait dispendieuse, la ville de Strasbourg finances les travaux mais elle s’empresse de le revendre dans un état de délabrement lorsque s’achève la Guerre de Trente ans. Fin de règne, de Rosen restaure une dernière fois son château jusqu’au démantèlement en 1673.

Les ruines recèlent plusieurs « trésors » qui flatteront assez rapidement l’égo des visiteurs avides de particularismes et de détails domestiques. A l’ouest sont implantées les parties exploitées dernièrement, la cave avec son voussoir gravé « 1790 » et les vestiges des dépendances de l’auberge. Bâtie sur la structure de l’ancienne chapelle, le pavillon conserve sa porte en arc brisée avec des ouvertures bricolées, l’ensemble, comme je l’ai déjà évoqué se maintient, les bois de charpente entremêlés au sol et l’angle Nord-est se désagrège, le jambage de la porte semble tout contenir. Depuis la plateforme les restes sont chiches, difficile d’appréhender l’ancien logis attaché à la courtine Nord. Pour cette fois encore, faire le tour est plus édifiant sur la puissance et l’emprise de la fortification : 110 mètres sur 38 de large. Les styles varient au fil des restaurations, l’influence des moyens et des objectifs marquent les différents appareillages de maçonnerie. Blocs petits et énormes, plus ou moins jointifs, bossage grossier ou parfait pour les bastions. Le front nord offre un bien meilleur spectacle avec les bouches d’évacuation des latrines à l’ouest, l’arc de décharge à l’est, finir comme la proue d’un navire à l’extrémité Est. Le front Sud, défendu par les bastions et les fausses braies, est très largement ruiné. Du donjon octogonal il ne subsiste que trois ou quatre rangs de pierres, à l’est un beau pan de muraille conserve une élégante lucarne, légèrement obscurcie par un lierre majestueux, le reste se laisse recouvrir tranquillement. J’ai noté également un beau sommier de bastion en belles pierres. L’accès au château n’est pas franchement signifié, depuis le haut du village de Neuwiller-les-Saverne un chemin creux, certainement ancien, embarrassé par des arbres, monte directement. Le site est à 400 mètres d’altitude, la promenade dure vingt minutes.

Publicités
Cet article, publié dans Alsace France, est tagué , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s