Mavga, Mahgva 2018 Turquie (Cilicie)

Avis aux lecteurs, voici un cadeau pour noël : un article extrait du prochain ouvrage qui poursuit nos aventures en Cilicie. Parution prévue au printemps 2020

Inaccessible depuis longtemps, les uniques photos du rocher depuis l’intérieur montrent des types en tenue de spéléologues. Pour le touriste non équipé seuls les deux niveaux bas restent accessibles. L’histoire débute dès le terre-plein qui sert également de décharge de matériaux sous un poste de vigie abandonné, depuis son balcon en béton fissuré la plaine de Mut vibre dans la chaleur d’un gris fondu.
Le monstre de calcaire parade, repu de soleil, rogné de partout, que raconteraient toutes les niches abandonnées de ce dôme déchiqueté. L’appel de l’aventure sans doute, il faut s’approcher au plus près, jusqu’à toucher l’énorme tour ; le totem sans lequel Mavga serait oublié.
Jusqu’à l’isthme qui relie le rocher au plateau la “promenade“ dégringole de terrasses en terrasses, cela n’en finit pas pour approcher l’inéluctable plongée, 300, 400 mètres peut être plus de précipice. Sombre abîme, acquis à l’ombre pour longtemps, le passage est réellement étroit.
J’imagine des flots furieux creusant, inlassables, se régalant de roche friable, façonnant ces milliers de poches refuges qui abritèrent des hommes et des femmes fuyant des invasions répétées pendant des siècles, devenues aujourd’hui le royaume de hardis bergers archéologues.
Hormis la tour et la ligne de rempart qui la borde en incluant la porte, les élévations en moellons sont parcimonieuses, l’essentiel de l’habitat ou des structures domestiques devait être boisé et troglodytique. Aux abords du rocher, dont l’accès se réservait aux privilégiés, toute une autre population d’hommes et d’animaux s’agglutinait dans de nombreuses cavités, anneaux, râteliers et mangeoires taillées dans le rocher témoignent encore de cette occupation. Tout ce bâti d’abris naturels se succède et s’étage, aménagé sous des voûtes naturelles supportées par de frêles piles, à chaque niveau ses surprises, ses passages uniques reliant une terrasse à la suivante.
Une grosse demie heure de descente un peu exposée dans la caillasse suffit pour atteindre le niveau final. La tour à portée de main nous domine à présent, hélas il fallait bien un coup de pouce pour fortifier définitivement le monolithe. Facile, à l’endroit de l’isthme ténu de quelques pas, une brève entaille a rompu le précieux passage, deux mètres ont suffit, à peine autant de profondeur, tout étant cerné de précipices. Un tronc placé dans le fossé facilite le franchissement, malaisé et périlleux ; las, malgré cela la tour et son rempart au-dessus appartiendront à mes inaccessibles, une structure d’accès en bois devait exister pour parvenir au niveau de la porte du rempart.
La construction de la tour fait dans le solide avec un appareil de moellons calibrés, taillés grossièrement et noyés dans un mortier généreux, un enduit à pierre vue recouvre une grande partie de l’édifice. Une seule ouverture donne sur le côté Nord face au plateau, plutôt ornementale. L’élément symbolique évoque plutôt une construction arabisante, la figure décorative de l’arc brisé placé dans un cartouche est fréquente dans l’architecture arabe. La baie serait presque aveugle à l’exception du quart inférieur gauche, tout autour sous le périmètre de l’arche la paroi est couverte d’inscriptions arabes suffisamment grandes pour être lues depuis le plateau. Il vaut mieux attendre une lumière rasante pour les déchiffrer. L’encadrement du décor et les voussoirs utilisent des blocs parfaitement ajustés, les mêmes que pour le chainage intermédiaire qui ceint toute la périphérie de l’édifice. Le couronnement se pare d’une corniche moulurée avant un ultime niveau, suffisamment ruiné pour ne pas permettre de conjectures sur la configuration d’un ouvrage boisé en encorbellement, aucun trou de boulin visible. A l’intérieur j’ignore si une couverture voûtée existe encore.
Le rempart et la porte dans le prolongement de la tour semblent de moindre facture, certainement contemporains ils utilisent le même mode de construction avec des petits blocs parfaitement alignés mais le mortier paraît moins généreux et sans trace d’enduit. L’ensemble présente un aspect de ruine avancée, en réalité l’état de la maçonnerie de la tour pourrait supposer une restauration récente, ce qui semble peu vraisemblable. De gros blocs bien ajustés encadrent la porte, au moins les jambages pour ce qu’il en reste ; au-dessus la maçonnerie en partie effondrée laisse apparaître une traverse de bois, cette reprise de décharge supportait encore au moins deux mètres de hauteur de murs. Le passage était couvert par une voute brisée, il est largement obstrué par les effondrements. A la noue de la tour et du rempart une autre ouverture se tenait là, l’encadrement a entièrement disparu. En divers endroits des bribes de murs toujours en place supposaient des terrasses ou des paravents de cavités. Plusieurs d’entre elles avaient été retaillées au carré, il se dit que des galeries souterraines permettraient de naviguer à l’intérieur du dôme, possible, nous ne sommes pas très éloignés de la Cappadoce, mais le site de Mavga n’appartient pas à la même histoire. Nous n’en connaissons que quelques passages, la configuration naturellement défensive du site dû susciter la convoitise assez tôt, d’autant que la montagne domine toute la plaine de Mut, l’ancienne Claudiopolis. Une étape commerciale sur la route de Silifke (Séleucie) à Karaman, vers le nord et le plateau anatolien. Les Romains auront certainement occupé la place, les Byzantins également, les Seljoukides dès leurs premiers raids au VIIIe siècle l’auraient annexée dans leur sultana. Mentionnée sur la liste du couronnement de Léon Ier à la fin du XIIe siècle, Mut et sa région sont rattachés au royaume de la Petite Arménie, Mavga appartient à un baron nommé Kersak. Rapidement perdue par ce dernier, fait prisonnier par les Seljoukides lors de la bataille de Choghakan il la cède pour le prix de sa liberté.
Monter à Mavga depuis Mut est très facile, en direction du nord-est passer à Kelceköy, avant Bagcagiz une route en épingle repart au nord-ouest et gravit à flanc de côte, parmi les accidents géologiques l’un d’entre eux porte la tour, 10 km.
La ville de Mut assise un plateau domine une vaste plaine exploitée par de l’arboriculture, la température y serait la plus élevée de Turquie en été avec 45° de moyenne, une véritable cuvette. Un petit château, surtout une grosse tour ronde avec une enceinte bordent le sud-ouest du plateau. Il s’agit d’une construction formée de deux cylindres chemisés, cernés par une haute enceinte, le site intégralement restauré tient lieu de petit musée.
RC

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