Wasenbourg 2013 France (Alsace)

Des superlatifs et beaucoup d’informations à propos de cette belle ruine, si vous avez de la chance vous la trouverez au bout d’une longue montée en forêt, dans une clairière où le soleil claque sur la tour romaine. En réalité, un simple rocher « wachfels » sur lequel des archéologues au XIXe plaquèrent trois colonnes prélevées au château, afin de soutenir un bandeau d’architrave récupéré et reconstitué lors de premières fouilles. Les Romains utilisaient le site comme un poste d’observation, postés sur la pile, ils accumulaient 10 m au 400 qui couvrent le nord de la plaine d’Alsace. Installé sur l’un des coussièges du palais Goethe embrassait avec simplicité la vue sur les clochers d’Haguenau dépassant la forêt et plus loin où se dressait la flèche de la cathédrale. Les écrits attestent d’une occupation en 90, à la place du château il y avait un temple, le passage des Huns en 451 aurait consacré sa fin. Désacralisation ne rime pas avec abandon, au VIIIe siècle le rocher sert de base à une construction qui doit reprendre des vestiges en place, augmentés d’un peu de bois. Le vrai château date du XIIIe, un témoignage évoque 1273 et nomme l’évêque de Strasbourg. Bonne corrélation qui lie la construction à celle de la cathédrale, identification de marques de tailleurs, avec peut être le même maître d’œuvre. Plusieurs détails d’ornementation dénotent du soin apporté aux éléments structurels et modénatures.

La vie des châteaux alsaciens ne s’écoule pas aussi lentement que le Rhin, un rythme de torrent des montagnes serait plus approprié, Wasenbourg aura son lot de multi-propriétaires. D’abord avec les Burne au XIVe, intendants sous la main des Lichtenberg répondant à l’évêque, allié aux Habsbourg, ensuite viennent les Deux-Ponts-Bitche à la fin du XVe. A demi ruiné lors des jacqueries de 1525, il est restauré par les Hanau-Lichtenberg puis loué aux Niedheimer, suivis des Alteimer. A la fin de la guerre de Trente ans il est pillé par les Français, mais la lutte continue avec un procès qui oppose les Hanau aux Leningen-Westerburg qui emportent la ruine avant de la repasser Hohenlohe-Bartenstein pour terminer entre les mains des Strahlenheim. En 1890, la province allemande d’Alsace-Lorraine achète le bien, des fouilles débutent dans les années qui suivent. Cette fastidieuse énumération, pourtant synthétisée, nous éclaire en principal sur la richesse des sources reconnaissantes des vicissitudes de l’incertitude destinée familiale des hobereaux Alsaciens malmenés par leurs princes. Au premier abord, « ils ont osé… » construire un joli château derrière un grand mur. Un véritable monolithe de 3 m d’épaisseur de 14 sur 18 de haut, derrière lequel tout peut arriver, même l’édification d’un palais, paré de l’une des plus belles fenêtres en Alsace, neufs lancettes, bien restaurée dès le début du XXe. Complaisance, tout le vocabulaire, architectonique, militaire, du Moyen-âge se rassemble ici. La variété des ouvertures, remarquables par leurs ornementations et leurs dimensions dignes d’une maison bourgeoise, s’oppose à la rigidité de la façade Est. Austère pureté de l’oriel au seul soubassement ourlé, surmonté d’un bandeau tout aussi inutile, la porte en ogive parfaite comme un trou de souris au pied de cette muraille suit un escalier presque d’apparat, heureusement, à dix mètres trois formidables corbeaux impeccables supplantent fermement la porte de la niche. Partiale restauration, négligente des masses, qui met en lumière les beaux détails transformant ces murs en catalogue. Le client est satisfait, surpris par les anecdotes, son champ de vision s’attache aux détails : latrines, oriel, hourd, baie géminée, cheminée, frise sculptée, installé dans la salle avec femme, enfants et chien il peut, sans le savoir, reprendre la posture de Goethe 250 années auparavant contemplant à loisir la plaine du nord. J’aurai pu vous parler des basse-cours, du fossé Nord, de la citerne et de la fontaine à l’extérieur, de l’intérieur avec ses différents niveaux, pour conclure par la vallée de Falkenstein que le château sur son éperon dominait.
RC

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