Schoeneck 2012-1984 France (Alsace)

La chapelle est dans le puits !
Un titre ronflant qui interpelle, pourtant l’association Cun Ulmer Grun, avec ses vaillants membres qui fouillent et refouillent le puits du château depuis plusieurs mois, affirme que les deux tiers de l’édifice y ont été jetés. Renseignements pris, ils en sont déjà à -10m. De vrais gamins et gamines, en retraite, qui s’amusent sérieusement, le dimanche c’est la fête, barbecue géant, les gars en salopettes charrient des seaux de pierres et de mortier, d’autres s’activent truelles en mains, certains malins commentent avec verve et emphase les découvertes aux touristes avides de croustillances. Elles ne manquent pas, entre la reconstruction galopante et les déchets de l’antre… Exemplaire, le moule à Lammele vernissé du XVIIe n’est pas banal, aujourd’hui encore l’oster lammele est traditionnellement préparé à la période de pâques en Alsace, il s’agit d’un gâteau de génoise qui à la forme d’un agneau.
Par beau temps, vous ne serez pas seuls, ça grouille, un peu moins à l’extérieur autour des courtines. Je garde de ma visite en 1984 le souvenir d’une ambiance plus sereine. A peine si je me souvenais ; fort heureusement l’accès à la basse cour des logis avec sa belle porte ogivale et sa petite poivrière me sont revenus. A présent un ouvrage en bois franchit un grand fossé, il y a 30 ans il ne semblait pas exister, ensuite un sentier s’avançait parmi un plan de broussailles dominé par la paroi de grès rose. 
Les abords de l’ensemble du site ont été dégagés, la muraille du front Ouest de la première enceinte arbore son bel état, presque maniériste avec son rang de frises lombardes. La grosse tour aux canonnières en profite tout autant, ses bouches à feu ne sont pas épargnées par l’élan décoratif, celles des bastions ne manquent pas de roulures également, du XVIle tardif. En rose et vert, la promenade du tour des remparts procure plus de plaisir que de gravir les plateformes intérieures surpeuplées, chacun souhaitant immortaliser son prochain ou sa promise au plus haut. Gardez-vous ce souvenir, aux  jours nombreux de solitude du château, d’un univers de sapins et de ruines, les Vosges du Nord achèvent les plus stoïques par leur âpreté. Allez-y, montez sur une butte, ce n’est qu’une immense et déprimante couverture vert sombre qui ondule à perte de vue. A vivre un jour de novembre quand la brume et la neige s’emmêlent. Le vécu n’est jamais bien loin, même si le jour de ma dernière visite l’été indien ravivait les cimes d’un bon supplément de lumière.
J’en viens à présent à l’histoire, bien documentée et relativement linéaire, sans partition du site comme il est de coutume en Alsace. Première mention au XIIe sur des documents attestant d’anciennes corvées, il ferait partie d’une seigneurie relevant des Hoenstaufen. A la fin du XIIIe, le nouveau château, le précédent aurait été démoli, appartient aux Lichtenberg. Il demeure dans cette famille jusqu’à la fin du XIVe, quand il échoit entre les mains des Deux Ponts-Bitche. Confié aux Durkeim, il subit d’importants travaux de rénovations et de modernisations, dont l’adaptation de ses fortifications aux tirs d’artillerie. Passe la guerre de Trente ans à laquelle il survit, retour des Hanau Lichtenberg, les Durkeim administrent et reconstruisent après l’incendie de 1663. Démantèlement en 1680 puis ruine jusqu’à la fin du XIXe, moment des premières fouilles, reprises en 1981 puis en 2003 avec les résultats constatés aujourd’hui. Les parties visibles datent des XIIIe, XIVe et XVIe, la dernière restauration, juste avant le siège des armées de Louis XIV, ne crée pas de nouvelles structures, les deux bastions datent déjà du XVIe. Le château occupe un long éperon selon l’axe nord sud, un fossé séparait deux masses rocheuses sur lesquelles étaient bâtis des logis. Au nord, le socle le plus élevé comprenait un donjon à l’aplomb du rocher, le palais et sa suite s’abritaient dans son enfilade, cette part du XIIIe recouvre vraisemblablement les vestiges de l’ancienne construction. La vraie basse-cour occupait une partie du front Ouest, elle ne devait pas permettre de communiquer directement avec le château. Au-delà de l’enceinte, il subsiste aujourd’hui un beau boulevard qui pouvait être ceinturé par un mur. Au sud, l’entrée est un morceau de bravoure digne des Arméniens, les bastions enserraient une tour d’entrée ouvrant à l’ouest directement sur la basse-cour fermée. Le passage à l’est vers les parties sommitales débutait à la tour en empruntant une souricière avec un passage à 90°, un pont, dont une partie certainement à levis, franchissait le fossé pour t’amener au seuil du portail. Les montées aux plateformes s’effectuaient par des escaliers passant dans le rocher. Sauvegardés, les pans de muraille serpentine s’accrochent à leur socle, de belles petites fenêtres à doubles lancettes égaient la solennité des ruines.
Près de Niederbronn les Bains, sur la route de la vallée du Jaegerthal en allant vers Obersteinbach, stationnez votre os à l’intersection d’un chemin sur la gauche, en « marche » pour une demi-heure, comme d’habitude en Alsace vous n’aurez la révélation du lieu qu’en arrivant.

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